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dimanche 10 novembre 2013

Attaques racistes : Des inibitions disparaissent...



Christiane Taubira : «Des inhibitions disparaissent, des digues tombent» 
Pour Christiane Taubira, les attaques racistes dont elle fait l’objet sont "plus" que des simples «dérapages».
La ministre de la Justice, Christiane Taubira, a accepté de parler longuement, pour la première fois, des violentes attaques qu’elle a subies ces derniers mois - et qui n’étaient pas les premières. Mais, surtout, de son inquiétude sur une France où quelque chose «se délabre».
Vous avez subi des injures racistes d’une enfant, lors de manifestations contre le mariage pour tous. Cela vous a surprise ?
Venant d’une préadolescente, forcément. Cela renvoie évidemment à ses parents, au cadre familial, à l’éducation - je suis triste, en réalité, pour elle. Mais cela dit, plus profondément, que dans notre société, des choses sont en train de se délabrer. Au-delà de mon cas, ces attaques racistes sont une attaque au cœur de la République. C’est la cohésion sociale qui est mise à bas, l’histoire d’une nation qui est mise en cause.
Constatez-vous plus généralement un dérapage de la parole publique ?
Ce ne sont pas des dérapages, qui sont des inattentions, c’est infiniment plus grave ! Il s’agit très clairement d’inhibitions qui disparaissent, de digues qui tombent. Cela ne date pas du mois dernier : en réalité, nous l’avons vu venir. Je ne vais pas vous faire le florilège de ce à quoi j’ai eu droit depuis que je suis aux responsabilités : les propos qui ont accompagné ma nomination [«Quand on vote FN, on a la gauche et on a Taubira», avait alors dit Jean-François Copé, ndlr], l’hystérie pendant les débats sur le mariage pour tous, les choses qui circulent sur Internet… Le «gorille», j’y avais le droit dès le début de l’année, de la part d’opposants au mariage pour tous. Le cabinet s’inquiétait de savoir s’il fallait porter plainte, je leur ai dit qu’on avait autre chose à faire.
Il y a donc eu des signes précurseurs ?
Je me ramasse depuis longtemps du «macaque», du «Y a bon Banania», par des manifestants ou des élus qui l’écrivent sur leur site internet. Il y a aussi quelque chose de très subtil que personne n’a relevé : lors des manifestations anti-mariage gay, des slogans clamaient : «Taubira, t’es foutue, les Français sont dans la rue.» On a l’habitude de lire «T’es foutu, les parents sont dans la rue» ou bien «les médecins sont dans la rue…» Mais, dans mon cas, on peut dire : «Les Français sont dans la rue.» Etape par étape, les choses ont surgi et on s’y est habitué, on s’en est accommodé, on n’a pas voulu les lire.
Cette «attaque au cœur de la République» est-elle le fruit d’un glissement progressif ou plus brutal ?
C’est un long glissement… Périodiquement, et encore sous le dernier quinquennat, on a construit un ennemi intérieur. Ceux qui sont incapables de tracer un horizon passent leur temps à dire au peuple français qu’il est envahi, assiégé, en danger. Ils prospèrent sur la doctrine du déclin. Il y a eu des étapes : le fameux débat sur l’identité nationale (même s’il a fait un flop), le débat sur l’islam (même s’ils l’ont désigné «débat sur la laïcité», avant d’y renoncer), le ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale [mis en place en 2007 par Sarkozy], qui était choquant par le lien qu’il faisait délibérément entre ces deux enjeux… Mais il y a un paradoxe intéressant de la société française. On a parfois l’impression, sondages à l’appui, d’un soutien massif de l’opinion publique aux discours d’exclusion, aux propos racistes. Et lorsque les responsables politiques qui l’utilisent sont sûrs d’emporter l’adhésion du plus grand nombre, ils franchissent toujours la ligne de trop. Ils l’ont franchie il y a quelques années lorsqu’ils ont fait arrêter des gamins devant les écoles pour les expulser. RESF [le Réseau éducation sans frontière] est né à ce moment-là, avec des enseignants et des parents.
Assiste-t-on à un déplacement de la parole politique ? A une droitisation qui ferait sauter des interdits dans l’opinion ?
Il y a deux sujets : la classe politique et la société. Du côté politique, il n’y a pas forcément de stratégies pensées, mais des calculs au jour le jour, une cascade de tactiques. Incontestablement, l’opposition a un problème d’identité, de filiation politique : qui est-elle ? Comment prend-elle le relais de son histoire ? Quel chemin trace-t-elle ? On a connu une droite plus républicaine. Et puis il y a la société. Les sociétés européennes peuvent se boucher les yeux, mais leur histoire a fait qu’elles sont plurielles. Elles ont oublié comment la nation s’est construite, et ceux qui ont la parole ne le rappellent pas.
Cette banalisation de la parole discriminatoire a-t-elle à voir avec l’institutionnalisation du Front national ?
Incontestablement. Même si Mme Le Pen fait semblant d’être présentable, les Français savent ce que représente son parti - et son idéologie, qu’elle n’a d’ailleurs jamais reniée. Mais cette banalisation du FN est plus de la responsabilité de ceux qui la pratiquent que d’elle qui la suscite ! La banalité avec laquelle ce parti est aujourd’hui présenté ! On a l’impression que c’est un parti né à la dernière présidentielle. Il n’a aucune clarification à apporter sur son passé, ses choix, ses orientations. Il suffit juste qu’il n’en parle pas à haute voix. Les Français prennent donc acte qu’une organisation avec un tel héritage est un parti comme les autres. Pourquoi alors ce qu’il porte ne serait pas acceptable dans la société ?
C’est aussi à la gauche, et au gouvernement, de délivrer une parole forte. L’affaire Léonarda a donné lieu à des débordements. Ne faudrait-il pas clarifier la politique française de l’immigration ?
Les responsables politiques, quels qu’ils soient, doivent parler clairement - que ça concerne la politique d’immigration, fiscale ou autre. Maintenant, lorsqu’on regarde les chiffres de l’immigration, il faut arrêter d’en faire un feuilleton quotidien ! En quoi l’immigration est-elle un problème ? En quoi met-elle en danger la société française ?
Mais ça, il faut le dire ! Il faut dire qu’il n’y a que 15 000 Roms en France !
Oui ! Et ça fait un an qu’on débat là-dessus pratiquement tous les jours ! On continue à dire aux Français : «Vous êtes 67 millions, mais continuez à mettre votre bouclier sur vos têtes parce que vous êtes assiégés» au lieu de généraliser des réponses efficaces. La parole politique doit être plus claire, plus déterminée, plus ancrée historiquement et plus projetée dans l’avenir.
Cette banalisation de l’expression raciste s’accompagne-t-elle d’une hausse de délits - injures antisémites, sexistes ou homophobes, violences racistes ?
Oui. Au premier trimestre 2013, 1 500 plaintes ont été enregistrées. Elles sont constituées à 73% d’injures et de diffamations, mais aussi de dégradations (tags sur les tombes par exemple) ou de violences. Au premier trimestre 2012, il y en avait eu 1 300. Et on sait bien qu’il y a beaucoup moins de plaintes que de cas. En juin 2012, j’ai adressé aux parquets une circulaire pour qu’ils organisent de manière plus systématique la lutte contre le racisme ou l’antisémitisme. Je les ai engagés à tenir informés les élus, les associations et les instances confessionnelles, car il est bon qu’au niveau local, chacun connaisse l’ampleur du phénomène. J’ai fait vérifier que chaque cour d’appel abrite bien un pôle antidiscrimination. J’ai demandé à l’Ecole nationale de la magistrature de monter une formation pour les magistrats, gendarmes, policiers et avocats. Elle a été inaugurée en juin. Nous avons réactivé la plateforme Pharos, qui permet le signalement de délits liés à la cybercriminalité.
Que faire face à ces propos ? En parler, les poursuivre en justice au risque de leur donner de l’écho ? Ou les ignorer ?
La réponse judiciaire est indispensable : il faut rappeler que le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. Mais elle ne suffit pas : on ne peut pas demander à la seule justice de réparer les pathologies profondes qui minent la démocratie. La question est éthique plus que morale : il ne s’agit pas de savoir si c’est bien ou mal d’être raciste, mais de déterminer quelle est l’éthique de notre société. A partir du moment où nous faisons destin commun, nous acceptons les principes de la République. C’est la logique du droit du sol et c’est ce qui a balisé toute l’histoire de France. Il faut voir ces attaques, les entendre, même s’il ne s’agit pas de les comprendre. Il faut les dénoncer et les combattre. Des millions de personnes sont mises en cause quand on me traite de guenon. Des millions de gamines savent qu’on peut les traiter de guenons dans les cours de récréation !
Avez-vous été déçue par la faiblesse des réactions qui ont suivi les attaques dont vous avez été victime ?
[Soupir] J’ai eu beaucoup de messages de soutien. Les gens ont réagi sur ma personne or, le sujet, ce n’est pas ma personne. Il est grave, il concerne le lien social, la République. Que valent les institutions quand on attaque de la sorte la garde des Sceaux ? Est-on encore capable de réagir lorsque la société est ébranlée sur ces fondations ? Les réactions n’ont pas été à la mesure. Il y a eu la question au gouvernement de Jean Glavany à l’Assemblée, l’interview de l’historien Pascal Blanchard dans Libération, elles sont justes, mais ce sont des analyses, pas une alerte, dans le sens où des consciences dans la société française pourraient dire : «Attention, ce n’est pas périphérique, c’est une alarme.» Ce qui m’étonne le plus, c’est qu’il n’y a pas eu de belle et haute voix qui se soit levée pour alerter sur la dérive de la société française.
Fabrice ROUSSELOT et Sonya FAURE
L'Assemblée ovationne Taubira, victime d'attaques racistes
La ministre de la Justice a été la cible, ces dernières semaines, de propos racistes. Elle a remercié, ce mercredi à l'Assemblée nationale, les députés, le Premier ministre et le Président, qui l'ont publiquement soutenue.
La garde des Sceaux Christiane Taubira a été ovationnée par les députés de gauche et du centre mercredi à l’Assemblée, où elle a remercié le président François Hollande, Jean-Marc Ayrault et les députés pour leur soutien face aux attaques racistes dont elle a été la cible. A l’occasion d’une question adressée à la garde des Sceaux, le député UDI de Polynésie Edouard Fritch lui a déclaré la solidarité de son groupe politique, et en particulier de Jean-Louis Borloo, face aux attaques racistes «injustes et indignes». Quand Christiane Taubira a débuté sa réponse en remerciant pour les soutiens reçus, tous les députés, sauf ceux de l’UMP, se sont levés pour l’applaudir.
L'Assemblée ovationne Taubira, victime d'attaques racistes
La ministre a exprimé sa «profonde gratitude à monsieur le Premier ministre qui, dès la première minute, m’a manifesté son soutien sans faille, absolument sans faille». Elle a aussi remercié «le président de la République qui aussi dès la première minute et à deux reprises en conseil des ministres a fait une déclaration tout à fait solennelle de l’agression contre le pacte républicain» que constituent ces attaques. Elle a également dit sa gratitude «à tous les députés qui ont manifesté d’une façon ou d’une autre leur réprobation de telles pratiques et de tels propos».
Dans une interview ci-dessus, Christiane Taubira avait jugé «pas à la mesure» les réactions aux attaques dont elle est l’objet, qu’elle a qualifiées de danger pour «la cohésion sociale» et de «digues qui tombent». «Le sujet, ce n’est pas ma personne,» a-t-elle ajouté. Elle avait reçu des messages publics de soutien dans la matinée du président et du Premier ministre.
Peu après la séance des questions au gouvernement, le président de l’UDI Jean-Louis Borloo a déclaré dans les couloirs de l’Assemblée que les attaques contre la ministre sont «évidemment inadmissibles». «Ce qui est très grave, c’est que c’est au-delà de Mme Taubira : c’est toute personne qui peut avoir une différence visible. On est totalement blessés, la République c’est l’inverse de ça», a-t-il lancé.
La ministre a notamment récemment été comparée à un singe sur la page Facebook d’une candidate d’extrême droite du Front national, exclue depuis, et traitée de «guenon» par des enfants, excités par les parents, lors d’une manifestation contre le mariage homosexuel.
APL

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