Hier soir, dimanche 30 janvier Chantal Delacotte éveillait 200 Dioises et Diois à la pensée de Philippe Descolas aux Rencontres de l' Ecologie de Die. la Philosophie à la porté de toutes et tous.
« Je » et « tu » existent dans toutes les langues. Cependant, pour la faune et la flore, il existe des voies différentes pour se prononcer sur ce qu’elles ont en commun avec les humains. Par exemple, dans le totémisme, une même classe totémique regroupe humains et non-humains dans une ressemblance des intériorités. Le totem joue le rôle d’une matrice immuable dont l’humain et le non-humain sont des incarnations. Seules les enveloppes corporelles se modifient. Des régimes d’identification tels que l’anthropocentrisme ou l’analogie sont basés sur une différence radicale des intériorités entre humains et non-humains. L’animisme correspond à une ontologie basée à la fois sur une intériorité identique et une spécificité pour chaque classe d’êtres. Dans une conception animiste, la société des toucans est régie comme celle des hommes, et d’une certaine manière, tout n’est que culture, les toucans étant considérés comme ayant un comportement culturel. Selon Descola, dans une ontologie animiste, il est plus « difficile de discerner une individualité bien affirmée derrière la brume équivoque des apparences et des faux semblants » . Cette gestion plus difficile de l’identité est sous-jacente aux rites de la chasse aux têtes chez les Jivaros. La tsantsa est préparée pour représenter une identité jivaro générique, dépersonnalisée alors même que la représentation unique d’un visage y est conservée. Le guerrier capte pour sa lignée une identité vierge, qui sera actualisée par un enfant à naître.
Chez les Jivaros et d’autres peuples des basses terres d’Amérique du Sud, la « prédation constitue le schéma cardinal de la relation à autrui ». Dans l’ensemble de ces populations, les formes de réciprocité sont souvent très développées et valorisées, comme par exemple, chez les Tukanos et les Compas. Ces sociétés possèdent généralement le même type d’ontologie, la même base économique, les mêmes techniques, particulièrement d’apprivoisement de jeunes animaux sauvages, dans un écosystème équivalent. Cependant, les Jivaros ne se seraient jamais inscrits dans un système d’échange, selon Descola, et maintiennent dans leurs relations avec les humains et les non-humains, une « tension prédatrice » (p. 469).
Levi-Strauss a souligné la place primordiale de l’échange. Celle-ci se conçoit particulièrement dans le cadre d’une ontologie totémique : chaque classe totémique n’est qu’une partie qui doit échanger pour se perpétuer. L’ontologie animiste ouvrirait un nouveau possible : une compatibilité avec un comportement de pure prédation, se traduisant par la guerre, la vendetta, le rapt des jeunes animaux, des femmes et des enfants. Ce possible est celui des sociétés de l’animisme prédateur, dont les Jivaros forment une réalisation.
Descola propose des débuts de mises en série convaincantes : l’ontologie analogique s’associe aux pratiques sacrificielles. Les analogies permettent de chaîner le sacrifiant au sacrifié, la victime à la divinité. La série n’est pas complétée du côté économique : sans doute un lien existe entre ces économies de la connaissance et la typologie des économies premières distinguant les chasseurs-cueilleurs, les chasseurs-essarteurs, les éleveurs – sachant que la pratique sacrificielle est sans doute un puissant stimulant à la diffusion de l’élevage. Cette discussion est absente. Un autre limite de la démarche de Descola est dans l’absence d’ouverture vers la situation de sociétés contemporaines, qui sont elles aussi sans doute Par-delà nature et culture , sans que ses ontologies spécifiques soient réellement évoquées.
L’évaluation environnementale témoigne encore aujourd’hui d’une hétérogénéité des modes d’identification entre humains et non-humains. Descola n’aide à comprendre qu’une hétérogénéité des sociétés premières. Néanmoins sa contribution est majeure pour qui veut comprendre l’hétérogénéité des relations entre humains et non-humains. Certains des modes d’identification catalogués par Descola arrivent à fédérer un monde commun préservant l’hétérogénéité des composantes, comme dans le cas du totémisme, d’autres non, comme l’animisme prédateur des Jivaros.
Ecologie au Quotidien
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