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jeudi 10 avril 2014

Climat : avant le rendez vous de "Paris 2015"...

s2bnetworkorg.gifTout le monde se souvient de l’échec du Sommet de Copenhague en 2009, qui n’a pu être rattrapé depuis. Cette fois c’est la France qui accueillera la prochaine négociation internationale sur le climat « Paris Climat 2015 ». A Copenhague, la mobilisation massive et internationale des organisations politiques et des mouvements sociaux, sous le mot d’ordre commun de « Changeons le système, pas le climat », avait réussi à braquer les projecteurs sur l’enjeu climatique. Elle n’avait néanmoins pas pu empêcher la fin du protocole de Kyoto et l’abandon de tout objectif contraignant. L’oligarchie mondiale réunie, relayant la volonté des transnationales, y avaient mis tacitement fin à l’accord de diminution des émissions de gaz à effet de serre. C’est un feu vert pour continuer à délocaliser et libéraliser les marchés qui y fut donné et le modèle productiviste qui s’est imposé ce jour là : continuer à produire à tout-va sans se poser la question de l’utilité sociale de ce qu’on produit, comment on le produit, dans quelles conditions de travail, avec quel impact social et écologique.
Cet échec a malheureusement entraîné le délitement de certaines alliances et changé les rapports de forces qui s’étaient constitués au cours du long processus de préparation des négociations entre de larges parties de la société civile et certains pays, notamment ceux de l’Alba. Dans cet espace laissé vacant se sont engouffrées les multinationales qui agissent au nom du « développement durable ». Au point qu’à la conférence de Varsovie en novembre 2013, la plupart des ONG et des syndicats ont quitté le processus de négociation, dénonçant la mainmise des firmes sur les négociations.
Dans ce contexte, l’Union Européenne est en train de mettre la dernière touche à la position libérale qu’elle adoptera pour la conférence de « Paris Climat 2015 », position dans laquelle le gouvernement français entend tenir son rôle. Car François Hollande a bien compris que c’est un sujet majeur qui inquiète les français et qu’il ne peut continuer d’ignorer. Plombé par son rôle actif de promotion du nucléaire, pressé par ses alliés écologistes de donner un signe permettant de justifier leur maintien au gouvernement, en quête d’un retour en bonne grâce dans l’opinion, le Président Hollande a donc à tout prix besoin de construire un accord européen, quitte à en brader le contenu. Car c’est le point d’entrée dont il a besoin pour présider la Conférence de Paris en position de force.
C’est dans ce contexte que le Conseil Européen s’est réuni les 20 et 21 mars derniers. A l’agenda, les gouvernants nationaux européens devaient y discuter de la question du paquet énergie-climat européen pour 2030. Las, l’ordre du jour impressionnant de ce Conseil entre Ukraine, relations avec l’Afrique, semestre européen et stratégie libérale européenne, ne laissait que peu de chances aux enjeux climatiques. Les conclusions n’ont fait que confirmer cette crainte. Foin d’accord, on y a retrouvé des intentions remises au lendemain avec un « plan d’étude » pour juin 2014 et le renforcement du marché carbone. Un nouveau Conseil placé sous le sceau du libéralisme et construit main dans la main avec les États-Unis qui demande « d’étudier les façons de faciliter les importations de gaz naturel des Etats-Unis vers l’Union européenne et de considérer comment cela peut être reflété dans le GMT ». Ce n’est pas un hasard si François Hollande et Barack Obama ont abordé de manière concomitante à la fois les négociations sur l’accord de libre échange Union Européenne - États Unis, et les négociations climatiques lors de la visite du Président Français le 10 février dernier. Ce n’est pas non plus un hasard si le président Obama est revenu à Bruxelles ce mercredi 26 mars pour reprendre les discussions sur le Grand Marché Transatlantique.
Cet épisode est à l’image de la stratégie globale de l’Union européenne en matière climatique : recours au marché carbone et renforcement de la libéralisation du marché de l’énergie. Pour faire passer la pilule libérale, l’objectif adopté par le Parlement Européen de 40% de réduction des émissions en 2030 par rapport à 1990 est souvent décrit comme ambitieux. Il ne prend pourtant pas en compte les derniers rapports du GIEC qui demandent d’accentuer les efforts pour maintenir le réchauffement climatique sous les 2°C, au delà desquels nous savons les conséquences irréversibles pour l’humanité. Par ailleurs il concentre la majorité de l’effort sur la période allant de 2030 à 2050. C’est une grave erreur car au delà du résultat, en matière de réduction des émissions, c’est tout autant l’objectif que la trajectoire pour l’atteindre qui importe. Les gaz à effet de serre s’accumulent d’année en année dans l’atmosphère. Aussi, plus vite nous réduisons les émissions, moins l’effort à fournir est important. A l’inverse plus nous repoussons ces efforts, plus ceux à déployer seront importants sur la dernière période. Enfin, le protocole d’accord européen ne prend pas en compte ce qui est produit ailleurs puis importé dans l’Union Européenne. Selon une note du Ministère de l’Ecologie lui-même, lorsque l’on calcule ces émissions nettes en France par exemple, les émissions n’ont pas augmenté de 5% mais de 15% entre 1990 et 2007. C’est le cas partout en Europe. Par ce biais l’Union Européenne transfère une part de sa responsabilité climatique vers d’autres pays qui se sont vu transformés en ateliers de production du monde, et dilue sa dette écologique vers des lieux moins regardants en matière de conditions sociales et environnementales.
Sous la pression des lobbies de l’énergie dont la parole a été fortement portée par les gouvernements de Pologne, du Royaume-Uni mais aussi par le gouvernement français, le Parlement européen a adopté un paquet climat énergie vidé d’objectif contraignant différencié aux niveaux nationaux en matière d’énergies renouvelables. Cet abandon s’accompagne de mesures de renforcement de la concurrence et de la libéralisation du marché, de la liberté d’exploiter les gaz et huiles de schiste et de déclarations d’intention dépourvues d’objectifs en matière d’efficacité énergétique.
Face à la faiblesse du Parlement européen, à la mainmise des lobbies sur la Commission européenne et à l’inaction du Conseil européen, face à la complicité du gouvernement français, il est crucial de reconstruire, prolonger et renforcer la mobilisation des peuples. Le sommet de Cochabamba en a été une étape. En France, l’immense réussite du forum Alternatiba le 6 octobre 2013 à Bayonne a montré que des forces sont disponibles, prêtes à converger et à se mobiliser. Le 27 septembre prochain, partout en France s’organiseront des répliques d’Alternatiba. Leur réussite sera déterminante et nous appelons l’ensemble des militants des forces sociales et écologiques du pays, à en être partie prenante. Car l’équilibre climatique est une question cardinale de notre projet écosocialiste et de progrès humain. Il est le garant des conditions même de la vie humaine sur Terre et dépendra de notre capacité, en tant qu’humanité, à organiser nos relations avec les écosystèmes nécessaires à la vie. Cette question est donc celle, avec la lutte contre le Grand marché transatlantique, qui organise et structure le combat de notre camp au niveau international. C’est également une des bases sur lesquelles s’est fondé notre réseau écosocialiste européen et sur laquelle se développe la convergence des mouvements sociaux à l’échelle internationale. Ne manquons pas ce rendez-vous, ou il n’y aura pas de lendemain.
Corinne Morel Darleux et Mathieu Agostini
Illustration: réseau s2bnetwork.org

mardi 4 mars 2014

Nouveaux Défis face au dérèglement climatique...

Climat : 10 défis et 10 questions pour François Hollande et le gouvernement


S’auto-décerner un rôle de « leadership » en matière climatique avec un pays qui a refusé de ratifier le protocole de Kyoto et qui sape les négociations climatiques internationales depuis deux décennies, aurait du faire rire la Terre entière. En tout cas plus que les pantalonnades sur la vie privée de François Hollande. Les Etats-Unis ne sont-ils pas premier du classement des pays ayant le plus émis de CO2 en cumulé depuis 1850, avec près de 20 % des émissions totales ? Et n’est-ce pas aux Etats-Unis que l’on trouve les niveaux d’émissions par habitants les plus élevés de la planète, hormis les petits pays producteurs d’hydrocarbures fossiles ?

A prétendre disposer d’un « leadership en matière de lutte contre le changement climatique » avec les Etats-Unis et Barack Obama, on peut se demander si François Hollande a bien saisi les défis que pose le péril climatique. Des défis qui sont autant de questions pour un gouvernement qui multiplie les incohérences. Tour d’horizon..
Et si les prétentions de la tribune conjointe de Barack Obama et François Hollande cherchaient au contraire à masquer l’absence de toute ambition climatique des deux pays ? Alors que la France doit accueillir la 21ème conférence internationale sur le climat de l’ONU en 2015, celle qui doit aboutir à « un accord applicable à tous, juridiquement contraignant et ambitieux, c’est-à-dire permettant de respecter la limite des 2°C » selon les objectifs fixés par Laurent Fabius, le gouvernement français multiplie les incohérences et les décisions hypocrites en matière de lutte contre les dérèglements climatiques et de transition écologique et sociale.
Tour d’horizon, en dix défis qui sont autant de questions urgentes auxquelles François Hollande et le gouvernement devraient s’atteler plutôt que de se payer de bons mots.
Comme la société civile l’a exprimé à Varsovie lors de la précédente conférence internationale, « assez de mots, des actes ».

samedi 1 mars 2014

Comment allons-nous gérer les déplacements de population dus au dérèglement climatique...

Des millions de réfugiés climatiques attendent un statut


Les États-Unis vont bientôt devoir gérer leurs premiers réfugiés climatiques, avec la disparition de villages entiers en Alaska. A l’échelle mondiale, près de 500 millions de personnes pourraient être obligées de migrer d’ici 2050. En cause, les catastrophes naturelles liées au réchauffement climatique : des régions entières seront sans doute rayées de la carte. Face à l’urgence, les institutions internationales trainent à définir un statut pour ces réfugiés. Alors que les partis d’extrême droite instrumentalisent déjà la peur de ces nouveaux flux migratoires. Il ne reste que quatre ans aux 350 habitants de Newtok, en Alaska, avant que leur village ne disparaisse. Il sera alors noyé par la montée des eaux et victime de la fonte du permafrost, ce sol des régions froides gelé en profondeur [1]. Selon le quotidien britannique The Guardian, qui raconte l’histoire de ces « premiers réfugiés climatiques américains », l’érosion dévore la côte à la vitesse terrifiante de 27 mètres par an. Alors que la concentration de CO2 dans l’air vient d’atteindre un record, 150 millions de personnes dans le monde vivent dans des zones susceptibles de disparaître sous les flots d’ici la fin du siècle.
« Avant même d’avoir les pieds dans l’eau, les habitants doivent quitter des endroits dans lesquels ils ne peuvent plus vivre, décrit Raoul Kaenzig, doctorant en géographie à l’université de Neuchâtel, en Suisse. La salinisation des nappes phréatiques proches des côtes les rend impropre à la consommation, et les terres impossibles à cultiver. Cette conséquence du réchauffement climatique entraine des exodes définitifs. Le phénomène est irréversible. »

jeudi 27 février 2014

Vers une loi courageuse sur la Transition Energétique ?



Que faut-il pour que la loi  de « Transition Energétique » soit une bonne loi ?
C.D. : Il faut la mise en oeuvre des engagements pris et un volet très ambitieux sur les économies d'énergie. Le temps des demi-mesures est révolu. Si on rate ce rendez-vous, ce ne sera pas un problème simplement pour les écologistes, mais pour tout le pays. Cela signifiera qu'on aura manqué de capacité de conviction ou que certains auront manqué à leurs responsabilités. Nous devons diminuer la part du nucléaire, pas uniquement pour des questions de sécurité ou de déchets, mais parce que si on ne prend pas ce virage dès aujourd'hui – et c'est presque tard déjà – nous subirons l'avenir. Cela relève du destin collectif de la France. Nous allons accueillir la conférence internationale sur le climat en 2015 : le pays hôte doit être exemplaire.
Le gouvernement en est-il conscient ?
C.D. : Il ne l'a pas encore démontré, et je le regrette. Les élus locaux, les chefs d'entreprise l'ont mieux compris : ils sont dix fois plus en avance que les responsables politiques nationaux. Chacun doit comprendre qu'il n'est pas question d'un accord entre partis politiques mais d'une capacité à engager l'avenir de ce pays. Le président de la République avait raison de dire que la loi sur la transition énergétique devait être la loi majeure du quinquennat.
Cécile Duflot, est ministre de l'Égalité des territoires et du Logement dans le premier et le deuxième gouvernement  de Jean-Marc Ayrault. Elle est élue députée de la Sixième Circonscription de Paris , lors des élections législatives , avec 72,18 % des voix au second tour. Cécile Duflot étant membre du gouvernement, sa suppléante Danièle Hoffamn-Rispal siège à sa place à partir du 22 juillet . elle s’est plusieurs fois distinguée par des prises de position allant à l’encontre de la ligne gouvernementale : opposition à la construction de l'Aéroport de Notre Dames des  landes , de l'EPR, et, plus récemment, ses réserves concernant la politique d’austérité du gouvernement.
- Transition énergétique : les ONG présentent leur "vrai projet de loi" : Face aux atermoiements du gouvernement, neuf ONG, ont présenté "le vrai projet de loi de programmation pour la transition énergétique". Ce texte, construit autour de mesures consensuelles, servira à évaluer l'ambition du futur projet gouvernemental.
Ce mercredi 26 février, neuf associations écologistes ont présenté leur "vrai projet de loi de programmation pour la transition énergétique". Ce texte, "reprend 80% des mesures consensuelles du débat national sur la transition énergétique (DNTE), et non pas la position de base des associations", explique Anne Bringault, coordinatrice sur la transition énergétique pour les ONG, qui s'interroge sur le retard pris : "est-ce-que la transition énergétique, ça commence à bien faire ?".
Les ONG mettent sur la table ce projet de loi dans un contexte particulier. En effet, hier soir, les sénateurs ont adopté une résolution centrée sur le prolongement de la durée de vie des réacteurs français et leur remplacement progressif par des EPR. Par ailleurs, demain doit se tenir une réunion de la commission spéciale du Conseil national pour la transition écologique (CNTE) après l'annulation de la précédente, début février. Une réunion dont les associations n'attendent rien, le ministère leur ayant indiqué qu'aucun élément rédigé ne leur sera présenté.
Mépris et reculs
En préambule, Malika Peyrault, des Amis de la Terre, a dénoncé le "mépris" du gouvernement vis-à-vis des aspirations des citoyens et de la société civile. Elle critique le retard pris dans la rédaction du projet de loi, l'absence de pilotage politique, la rédaction du texte ayant été confiée à la Direction générale général de l'énergie et du climat (DGEC) du ministère de l'Ecologie, ainsi que l'insertion d'éléments hors débat sur le transition énergétique, et en particulier des dispositions relatives à l'enfouissement des déchets nucléaires.
Quant au Réseau Sortir du nucléaire (RSN), il pointe les "reculs" sur le nucléaire et notamment concernant la fermeture de la centrale de Fessenheim et la réduction à 50%, d'ici 2025, de la part du nucléaire dans la production électrique française. On se dirige "vers un scénario Proglio", déplore Charlotte Mijeur, c'est-à-dire un maintien de la puissance actuelle de production du parc nucléaire français associé à un développement des renouvelables pour réduire la part relative du nucléaire dans la production électrique. Et de qualifier d'"inacceptables, la logique de rentabilité à court terme d'EDF".
La réduction de la part du nucléaire est l'une des principales attentes des ONG de la future loi. En effet, "il est impossible de maintenir le nucléaire et d'avoir une politique de sobriété", estime la représentante de RSN. Un point repris par Maryse Arditi, de France Nature Environnement (FNE), qui explique que la "stratégie Proglio" implique une croissance de la consommation énergétique française de 3,5 à 4% par an. "Seul Henri Proglio peut se permettre de proposer un scénario aussi improbable", juge-t-elle, rappelant que la consommation énergétique est en baisse. Quant à inverser la tendance, elle a exprimé de forts doutes, expliquant que le déploiement d'un parc de 3 millions de véhicules électriques n'entraînerait qu'une hausse de 1% de la demande électrique.
Des mesures à court terme pour préparer le long terme
Du côté des propositions, les associations ont insisté sur les éléments les plus structurants de leur projet de loi. En premier lieu, le document se base sur une perspective de long terme articulée autours de trois enjeux : l'atteinte du facteur 4, c'est-à-dire la division par 4 des émissions de gaz à effet de serre (GES) à l'horizon 2050 par rapport à 1990, la réduction à 50% de la part du nucléaire et l'objectif de voir l'ensemble du parc immobilier français atteindre un niveau de performance énergétique bâtiment basse consommation (BBC) d'ici 2050. Lors du DNTE, "les ONG ont gagné le débat sur le long terme et le Medef celui sur le court terme, c'est-à-dire celui sur les mesures concrètes", analyse Maryse Arditi qui estime qu'au-delà des trois grands objectifs fixés par les ONG se pose la question de savoir comment les mettre en œuvre dès maintenant.
Concrètement, les ONG souhaitent tout d'abord que le projet de loi fixe un cap en matière d'énergies renouvelables. A ce sujet, Raphaël Claustre du Cler déplore le "rôle ambigüe" joué par la France au niveau européen. Si la France a défendu un objectif renouvelable pour 2030, elle s'est opposée à ce qu'il soit décliné au niveau des Etats membres. De même, il regrette que soit étudié, en France comme en Europe, l'abandon des tarifs d'achats, alors même que ces tarifs "sont la solution la moins chère et la plus démocratique". S'agissant des expérimentations locales, le représentant du Cler souhaite surtout que "le cadre règlementaire soit simplifié pour les massifier".
En matière de maîtrise des consommations d'énergie, le projet de loi des ONG s'appuie sur le triptyque : information des ménages, offres répondant aux besoins et financements adéquats. Par ailleurs, il faut "imposer de ne pas rater les bonnes étapes de la vie du bâtiment", insiste Raphaël Claustre. Il ne s'agit pas d'imposer la rénovation énergétique des bâtiments, mais plutôt de s'assurer que chaque opération de rénovation importante intègre les enjeux énergétiques connexes.
Quant aux transports, il s'agit de "transporter mieux, moins et autrement", explique Lorelei Limousin du Réseau Action Climat (RAC), regrettant que le seul axe de la politique gouvernementale soit le soutien aux véhicules électriques. En pratique, le projet de loi propose de réduire la mobilité contrainte, en limitant l'étalement urbain via un conditionnement des aides publiques à l'accessibilité aux transports en commun, de prioriser le financement du rail et des transports collectifs, de lancer des appels à projets dédiés aux nouvelles mobilités et de réduire la vitesse maximale à 110 km/h sur les autoroutes et à 80 km/h sur le reste du réseau.
Evidemment, le financement reste un enjeu clé et s'agissant de ce point, les associations plaident pour le soutien à l'investissement citoyen et pour une structure de financement publique qui pourrait emprunter à bas coût, à l'image de la banque allemande Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW). Elles rappellent aussi qu'une importante conférence bancaire et financière de la transition énergétique a été annoncée par François Hollande lors de la conférence environnementale, le 20 septembre 2013. Mais elle se tiendra "plutôt en juillet qu'en juin", déplore Raphaël Claustre.
Ecologie au Quotidien
Le Chastel 26150 DIE, Rhône-Alpes, France
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vendredi 14 février 2014

Le dérèglement climatique va entrainer des migrations microbiennes...

Vue aérienne la baie de Quervain au GroenlandLe grand dégel arctique ouvre la voie à des migrations microbiennes risquées

La fonte accélérée des glaces arctiques résultant du réchauffement climatique ouvre la voie à des mouvements migratoires sans précédent d'agents pathogènes qui posent un risque pour les mammifères marins et potentiellement pour les humains, mettent en garde des scientifiques.
«Avec le changement climatique, nous réalisons qu'il existe une possibilité sans précédent pour que des agents pathogènes se déplacent vers de nouveaux environnements et y provoquent des maladies», a expliqué jeudi à la presse Michael Grigg, parasitologue à l'Institut américain des allergies et des maladies infectieuses.
«La glace est une énorme barrière écologique pour les agents pathogènes et avec l'augmentation des températures dans l'Arctique ils peuvent survivre et accéder à de nouveaux hôtes vulnérables qui n'ont pas développé d'immunité contre ces microbes et parasites faute d'y avoir été exposés auparavant», a-t-il expliqué lors de la conférence annuelle de la Société américaine pour le progrès de la science (AAAS) réunie à Chicago (Illinois, nord) du 13 au 17 février.
Une nouvelle souche du Sarcocystis appelée pinnipedi jusqu'alors séquestrée dans les glaces arctiques, a récemment émergé et provoqué une mortalité étendue chez des phoques gris et d'autres mammifères menacés de l’Arctique comme des otaries, des morses et des ours polaires, des grizzlis en Alaska et ce jusque dans le sud de la Colombie Britannique au Canada.
Un autre parasite communément trouvé chez les chats, appelé Toxoplasma gondii a été découvert chez des baleines blanches (beluga) dans les eaux arctiques, du jamais vu, a indiqué le scientifique.
Cette découverte il y a quelques années, a déclenché une alerte sanitaire chez les populations Inuits qui traditionnellement se nourrissent de la viande de ces baleines, a-t-il dit.
- Les mammifères marins, des sentinelles.
«Il s'agit d'un nouvel agent pathogène qui est endémique dans l'Arctique et qui a tué 406 phoques gris, pourtant en bonne condition physique, dans l'Atlantique Nord en 2012», a précisé Michael Grigg indiquant que ce parasite est inoffensif pour les humains.
Pour lui, il s'agit du premier exemple de parasite venu du Nord et migrant vers le Sud. Il établit un parallèle avec la peste noire en Europe au Moyen-Age qui a décimé un tiers de la population qui n'avait jamais été exposée à ce pathogène.
La toxoplasmose, l'infection provoquée par le parasite Toxoplasma gondii, est la principale cause de cécité infectieuse chez les humains et peut être mortelle pour les fœtus ainsi que les personnes et animaux dont le système immunitaire est affaibli.
Ce parasite se propage surtout par la consommation de viande insuffisamment cuite ou de l'eau qui a été en contact avec des sols contaminés par des excréments de chat.
«Les mammifères marins peuvent agir comme de bonnes sentinelles de l'écosystème dans l'Arctique où ils dépendent de la glace pour survivre et répondent ainsi au changement climatique en changeant de lieux où ils s'alimentent», a relevé Sue Moore, une biologiste océanographe de l’Agence américaine océanique et atmosphérique, à la conférence de l’amas (American Association for Advancement of Science).
«Ils émettent des signaux et nous devons en améliorer notre interprétation», a-t-elle jugé notant que l'Arctique a perdu environ 75% de ses glaces pérennes ces dernières années.
«Nous savons très peu de choses quant à la capacité des végétaux, des animaux et des humains à répondre au rythme incroyablement rapide du changement climatique», a estimé Christopher Field, professeur de biologie à l'Université de Stanford (Californie). Un rythme dont la rapidité selon lui, est sans commune mesure avec celle du précédent grand changement climatique, le refroidissement de la planète il y a plus de 50 millions d'années.
MCD

samedi 18 janvier 2014

Chauffer ou refroidir, c'est toujours du business....ou la rentabilité du désastre

La catastrophe climatique comme source de profit : « les firmes de Wall Street investissent dans les businesses qui tireront profit du fait que la planète devient plus chaude »


Ministres et bureaucrates ont quitté la conférence de Varsovie sur le climat en se félicitant d’avoir progressé vers un accord mondial. En réalité, ils n’ont rien résolu du tout. Le sommet a certes précisé le mécanisme REDD+ qui rémunère les propriétaires de forêts pour la protection de celles-ci en tant que puits de carbone (et favorise du coup l’appropriation de la ressource au détriment des populations !). Mais aucun accord ne se dégage sur l’essentiel : la réduction des émissions, le calendrier, ainsi que la répartition de l’effort en fonction des responsabilités et des capacités.

Ce sommet devait être celui du financement de la lutte contre le réchauffement. Echec. Créé en 2009 pour verser dès 2020 et annuellement 100 milliards de dollars au Sud, le « fonds vert » ne contient que 17,5 millions et personne ne sait d’où viendra le reste. Pour « faire quelque chose » face à l’émotion soulevée par le typhon Haiyan, on a décidé un nouveau fonds « loss and damage ». Le but est de faire croire que la situation est sous contrôle, alors qu’elle ne l’est pas du tout. Comme l’a dit Sir Nicholas Stern, qui n’est pas un militant écosocialiste : « Les actions décidées sont tout simplement inadéquates en regard de la gravité de la situation ».
ONG et syndicats ont quitté la conférence pour dénoncer l’absence de volonté des gouvernements. L’Australie, le Japon et le Canada ont été mis en accusation pour le recul de leurs engagements. La présidence polonaise a été clouée au pilori parce que Varsovie accueillait un congrès mondial du charbon et que le sommet avait pour « partenaires » Mittal, BMW et d’autres pollueurs. Ces critiques du politique sont évidemment justifiées, mais ne vont pas au fond des choses, qui est que le capital des secteurs sales est plus fort que celui des secteurs propres et a le pied sur le frein de la transition écologique.
Début octobre, les patrons des plus grandes entreprises énergétiques européennes exigeaient l’arrêt des subsides aux renouvelables et le feu vert au gaz de schiste. Les capitalistes verts ont fait du lobbying dans l’autre sens, mais leur poids est limité (13% de la demande finale) et leur électricité plus chère. La Table Ronde des Industriels européens a donc appuyé les pollueurs et la Commission a obéi, le petit doigt sur la couture du pantalon.
Le processus est analogue dans tous les pays. Au final, le croisement de la concurrence entre secteurs propres et sales et entre puissances fait qu’on va droit dans le mur. Cette certitude à son tour accélère même le mouvement car le capital financier, jugeant que le désastre devient plus probable que son évitement, investit dans… le désastre. Bloomberg le notait récemment : d’abord intéressés par l’économie verte, les fonds de pension s’en retirent à présent. Commentaire du site patronal : « Aujourd’hui l’argent intelligent adopte une autre approche : partant de de la supposition que le changement climatique est inévitable, les firmes de Wall Street investissent dans les businesses qui tireront profit du fait que la planète devient plus chaude ».
Daniel Tanuro

mercredi 1 janvier 2014

Haiyan, un « message » mondial

LES PHILIPPINES, UN MOIS APRÈS LE PASSAGE DU SUPER TYPHON HAIYAN


Le cyclone Haiyan a frappé les Philippines le 8 novembre 2013. Par sa violence, il illustre les conséquences du réchauffement climatique. Les classes possédantes s’avèrent incapables de répondre aux désastres humanitaires qui creusent brutalement les inégalités sociales. Les puissances mettent en œuvre la « diplomatie des catastrophes », envoyant leurs flottes militaires sur le théâtre des opérations. Les enjeux de la solidarité n’en sont pour nous que plus importants.
Haiyan, un « message » mondial. Le super typhon Haiyan (Yolanda aux Philippines) est le cyclone [1] le plus puissant jamais enregistré touchant terre. Les vents ont atteint une vitesse soutenue de 310 km/h, avec des rafales allant jusqu’à 375 km/h. Il a été catégorisé classe 5 sur le plan international [2], soit le niveau le plus élevé. Pour rendre véritablement compte de sa force, il faudrait en réalité créer une nouvelle classe 6. L’événement n’est pas accidentel, mais illustre l’une des conséquences du réchauffement climatique : plus la température de la surface des océans s’élève et plus la vitesse moyenne des cyclones tropicaux augmente [3].
De même, le volume des océans croit sous l’effet conjoint de la hausse de température des eaux et de la fonte des calottes glacières aux pôles. L’impact des tempêtes sur les zones littorales s’aggrave en conséquence.
Des vents plus forts, des vagues plus hautes, des effets plus dévastateurs… Voici ce qui nous attend. Pendant ce temps-là, l’Australie jette au panier les lois visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre ; le Japon revoit très à la hausse ses « objectifs » en la matière ; l’Union européenne juge que la crise climatique ne doit pas conduire à mettre en cause la « compétitivité » des entreprises ; les grands producteurs d’énergie fossile « encadrent » la conférence de Varsovie sur le climat…
Crise sociale...
Désastre humanitaire et social. Le super typhon Haiyan a traversé en son centre, d’est en ouest, l’archipel des Philippines, balayant sur son passage une grande partie des îles formant les Visayas, mais ne touchant que marginalement Luzon au nord et Mindanao au sud. Les destructions sont souvent d’une rare ampleur : 80 à 95% de dizaines d’agglomérations soufflées ; de nombreux villages côtiers rayés de la carte.
Le choc a été très brutal, traumatisant. Les populations ont vécu un moment d’apocalypse. Les morts officiellement recensés approchent les 10.000. On ne connaîtra peut-être jamais le nombre réel des décès. Le gouvernement a tout fait pour minimiser la gravité de la situation. Des corps ont été emmenés par les flots, bien d’autres ont été enterrés dans des fosses communes avant d’avoir pu être identifiés. Des centaines de milliers de survivant.e.s ont fui les zones dévastées…
L’ampleur de la catastrophe est d’autant plus grande qu’elle touche un vaste territoire. Plus de 9 millions de personnes sont affectées. Samar, Leyte, le nord de Cebu, Negros, Panay et Busuenga sont sinistrés. Certaines îles sont dévastées à 95%, comme Daang Bantayan. La récolte de riz (s’était l’époque de la moisson) est perdue, le maïs couché, la végétation littorale nourricière et protectrice (les mangroves…) détruite ; les cocotiers et arbres fruitiers à perte de vue brisés...
Une tempête meurtrière, des inondations ou des glissements de terrain ne détruisent généralement que certains secteurs d’une agglomération. Les survivant.es peuvent se replier sur les quartiers préservés où des secours de proximité sont organisés. Rien de telle cette fois-ci. L’aide ne peut bien souvent venir que de loin. Or, dans le meilleurs les cas, des secours officiels n’ont commencé à arriver qu’une semaine ou dix jours après le désastre – et dans bien d’autres cas, trois semaines plus tard, la population n’avait encore rien reçu, ou si peu d’organismes privés. Même les corps des victimes décédées ont été longtemps laissés sur place, au point d’empuantir l’atmosphère.
La population a perdu ses moyens de subsistance (bateaux de pêche, matériel agricole…) et ses sources d’emploi, la grande majorité des salariés se retrouvant au chômage du fait des destructions. Le sentiment (justifié) d’abandon aidant, celles et ceux qui l’ont pu ont pris la route de l’exode vers la capitale (Manille-Quezon City), le centre économique de Cebu, préservé, ou Mindanao, au risque pour les pauvres d’aller gonfler les bidonvilles urbains. Ainsi, le port de Tacloban, dans l’île de Leyte, comptait 230.000 habitant.e.s – 100.000 d’entre eux ont littéralement fui cette ville en décombres.
Depuis longtemps déjà, ce sont les quelque 12 millions d’émigré.e.s philippin.e.s qui permettent à bon nombre de familles populaires de survivre, grâce à l’argent qu’ils envoient au pays. Les voilà à nouveau appelés à l’aide, mais ce sont souvent des sans-papiers aux revenus très modestes : leur capacité de sacrifice à des limites et les territoires sinistrés risquent de sombrer dans une pauvreté plus grave encore qu’auparavant (ils comptaient déjà parmi les régions les plus déshéritées des Philippines.). L’onde de choc social d’Haiyan peut aussi de s’étendre au-delà en affectant l’économie du pays et en accentuant la précarité dans les zones d’accueil des réfugiés climatiques.
L’irresponsabilité des classes possédantes. Au lendemain du 8 novembre, le président Benigno « Nonoy » Aquino a fait porter la responsabilité des destructions matérielles sur les autorités locales ; il a affirmé contre toute évidence que personne ou presque n’avait été tué ; il a violemment dénoncé les « pillards » – à savoir les populations sans nourriture ni eau potable qui cherchaient les moyens de survivre – ; il a proclamé que l’urgence était d’envoyer l’armée rétablir l’ordre (comprenez : protéger la propriété privée).
Les autorités locales ont eu beau jeu de rétorquer que le gouvernement ne les avait pas prévenus de ce que signifiait un typhon de la puissance d’Haiyan. Les populations n’ont pas été évacuées du littoral. Là ils avaient été constitués, les stocks de secours ont été emportés par les vents. Les navires de la flotte philippine n’ont pas été mis en alerte pour se préparer à venir en aide aux sinistrés. L’armée a bien rejoint Tacloban, mais sans rien avoir à offrir aux affamés.
Les Philippines sont coutumières des catastrophes naturelles et des désastres humanitaires, pourtant rien n’était prêt pour répondre à la situation. Le bilan de la présidence Aquino durant les semaines qui ont suivi la catastrophe est proprement désastreux. L’Etat semble incapable d’agir quand les autorités locales sont paralysées, ayant elles-mêmes perdu tout moyen d’action, voire tout ressort psychologique [4]. Peut être parce que le pouvoir est ici partagé entre « grandes familles » provinciales, les fameuses « dynasties politiques » dont l’origine remonte à l’époque de la colonisation espagnole. Traditionnellement terriennes, elles ont pris le contrôle de pans entiers de l’industrie et de la finance dans la banque, les télécommunications, le bâtiment...
Le pouvoir aux Philippines est donc partagé entre ces grandes familles provinciales, alliées ou en conflits les unes avec les autres. Avant d’être chef d’Etat, le président Aquino est chef de clan. Il doit traiter dans les Visayas avec les Romualdez dont la figure de proue, Imelda, fut l’épouse de Ferdinand Marcos qui – du temps de sa dictature –, fit assassiner son père. Voilà qui n’aide pas à la coopération…
Le clientélisme est l’une des marques de fabrique du régime philippin. Que ce soit par le biais des députés ou des autorités locales, une bonne partie de l’argent public destiné au « développement » ou à la « lutte contre la pauvreté » passe sous le contrôle des grandes familles et sert à conforter leurs clientèles – en toute légalité ou toute illégalité suivant les cas [5]. Il en va de même des secours aux victimes de désastres humanitaires. Leur répartition devient ainsi l’objet d’âpres marchandages dont les populations font les frais. Certains en profitent pour détourner l’aide internationale et la vendre à leur profit : on retrouve déjà sur les marchés de Manille des lots d’aide alimentaire US ainsi que des vêtements reçus à l’internationale. Un scandale de belle ampleur menace et le président Aquino a dû nommer comme responsable des secours un homme à poigne choisi en dehors du sérail : l’ancien chef de la police et ex-sénateur Ping Lacson connu pour ses méthodes expéditives, mais qui n’a jamais été soupçonné de corruption [6].
Les Philippines sont aussi l’un des pays où les inégalités sociales sont les plus criantes, même en temps de croissance économique. L’archipel est censé vivre actuellement un « succès asiatique », bénéficiant notamment d’une main d’œuvre très jeune. La Banque mondiale salue l’émergence d’un nouveau « tigre ». « Cependant », comme le note Jillian Keenanmay dans The Atlantic, « cette croissance économique n’est belle que sur le papier. Les bidonvilles de Manille ou de Cebu apparaissent aussi tristes que par le passé. Le Philippin moyen ne se sent pas particulièrement optimiste. Le boom économique ne semble avoir bénéficié qu’à une petite minorité de familles de l’élite ; alors que pendant ce temps un vaste secteur de la population reste vulnérable à la pauvreté, à la malnutrition et à d’autres sombres indicateurs du développement, donnant une autre image de la croissance du pays. » [7]
Les classes dominantes philippines sont bien plus préoccupées par le jeu politique au sein des élites, le renforcement de leur pouvoir local et le contrôle des ressources de l’Etat que par le sort des victimes. Ainsi, les inégalités sociales s’aggravent dramatiquement en temps de crise, au lieu de se réduire. Il en va certes de même en bien d’autres pays, l’irresponsabilité des possédants étant la règle et non l’exception.
Manoeuvres géostratégiques...
La diplomatie armée en tant de catastrophes. Depuis le tsunami de 2004 notamment, les puissances envoient leurs flottes militaires convoyer une aide parfois massive, mais jamais désintéressée. Les Philippines occupent une place géopolitique de choix dans une région, l’Asie de l’Est, où les tensions ne cessent de monter – ce qui explique pour une part l’ampleur des moyens actuellement déployés [8].
Le gouvernement était censé coordonner la distribution de l’aide internationale, mais s’en est révélé incapable. Aujourd’hui encore, les secours s’entassent des entrepôts lourdement gardés par l’armée alors que les victimes en ont désespérément besoin. Dans ces conditions, les Etats-Unis ont été les premiers à prendre l’initiative en faisant mouiller leur flotte au large de Tacloban, en déployant 3.400 soldats, 66 avions et 12 navires, y compris le porte-avion George Washington, délivrant quelque 2.500 tonnes de biens et assurant l’évacuation de plus de 21.000 personnes.
Le Japon a rapidement suivi avec l’envoi du destroyer porte-hélicoptères Ise – un des fleurons de la flotte –, le transporteur Ôsumi et le ravitailleur Towada, des avions ainsi que plus de 1 180 hommes... Soit la plus importante mission militaire nippone à l’étranger depuis la Seconde Guerre mondiale !
Dans un premier temps, la Chine est restée en retrait : un conflit frontal l’oppose en effet aux Philippines concernant la souveraineté maritime au large de l’archipel. Face au déploiement des moyens nippo-américains, elle a cependant décidé d’envoyer son navire-hôpital géant au large de Leyte et Samar.
« Pourquoi une telle hâte des Etats-Unis et de leurs alliés et un tel revirement côté chinois ? » se demande le journaliste Edouard Pflimlin [9]. « Les Philippines sont, comme le Japon, des alliés stratégiques des Etats-Unis en Asie. L’aide participe donc d’un renforcement des liens entre les Philippines et ses partenaires stratégiques. Côté chinois, il s’agit de ne pas perdre le peu de crédit qui lui reste auprès des Philippins. » Et de citer le New York Times : « Le typhon est en train de devenir une vitrine pour l’affirmation du soft-power [c’est-à-dire la capacité d’influencer les acteurs étatiques par des moyens non-coercitifs] en Asie. Les tensions géopolitiques ont été attisées par des revendications territoriales de la Chine dans la mer de Chine du Sud, et renforcées par les efforts américains de réaffirmer leur influence dans la région ».
« L’aide accordée n’est donc pas neutre » poursuit le journaliste : « les Etats-Unis ont engagé un rapprochement en matière de défense avec les Philippines et souhaitent y positionner des militaires ». Tokyo peut pour sa part « renforcer sa coopération militaire avec les pays d’Asie », coopération qui « prend la forme d’exercices militaires comportant une dimension d’aide humanitaire et en cas de désastre, en particulier les exercices Cobra Gold, Cope North et Rimpac. »
Les populations victimes de catastrophes humanitaires deviennent ainsi des pions sur le grand échiquier géostratégique de l’Asie de l’Est et du Nord-Est.
Notre solidarité
La solidarité populaire. Toutes les grandes ONG et associations intervenant sur le terrain humanitaire se sont tournées vers les Philippines – certaines pour le meilleur, d’autres pour le pire. Cependant, nul n’oublie le terrible fiasco de l’aide massive apportée à Haïti après le tremblement de terre de janvier 2010 qui explique pour une bonne part la baisse des dons en faveur des victimes d’Haiyan [10]. Il est impératif de présenter une conception de la solidarité qui échappe au jeu clientéliste des possédants, aux manœuvres géostratégiques des puissances et à la ruée sur le « marché de l’aide » d’ONG dévoyées.
Nous avons pour notre part décidé de soutenir l’initiative de solidarité portée par Mi-HANDs, une coalition de 50 organisations à Mindanao. Près de 1.200 foyers dans trois localités du nord de l’île de Leyte ont reçu des secours (soit probablement entre 5.000 et 6.000 personnes). En France, l’association Europe solidaire sans frontières (ESSF) a initié une campagne internationale de soutien financier qui, au 13 décembre 2013, avait déjà permis d’envoyer 15.000 euros à nos partenaires philippins [11].
A la mi-décembre, Mi-HANDs se préparait à engager l’étape suivante de leur campagne – la « réhabilitation initiale ». Il s’agit de s’attaquer à la reconstitution d’un cadre de vie pérenne permettant à la population de reprendre en main son propre avenir. Le trauma de la catastrophe du 8 novembre est très profond et – dans la mesure où elles existaient – les organisations sociales n’ont pas résisté à l’épreuve. L’objectif est de créer les conditions psychologiques et matérielles (maisons, moyens de subsistance…) de la reconstitution d’un tissu social actif, d’une auto-organisation des victimes. L’expérience accumulée à Mindanao peut s’avérer ici précieuse : l’organisation des victimes de désastres humanitaires et des personnes déplacées est devenue un mouvement social au même titre que les associations paysannes ou les syndicats.
Tout doit être conçu sur le long terme et en se plaçant du point de vue des victimes. Par bien des aspects, la campagne de solidarité initiée par Mi-HANDs a déjà posé des jalons pour l’avenir. Elle s’appuie sur une mobilisation militante et non pas sur de lourdes structures administratives, des appareils de permanents : c’est véritablement une solidarité « horizontale », populaire, entre deux régions (Mindanao et les Visayas) et envers des inconnus alors qu’aux Philippines, ce type d’aide, non institutionnelle, ne concerne généralement que les proches, les membres de sa famille.
Mais l’étape qui s’ouvre est difficile. Les frais logistiques sont élevés du fait des distances (les secours matériels doivent être acheminés de Mindanao ou Cebu), l’aide gouvernementale fait cruellement défaut, les autorités locales sont atones, la phase de reconstruction sera longue. Notre solidarité ne doit pas leur faire défaut...
• De nombreux articles sur la situation aux Philippines sont disponibles sur le site d’ESSF. Activez le mot clé Haiyan/Yolanda : http://www.europe-solidaire.org/spi...
• Toutes les informations sur la campagne de solidarités sont disponibles dans la rubrique : http://www.europe-solidaire.org/spi...
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Nous vous tiendrons régulièrement informés via notre site de la situation et de l’utilisation du fonds de solidarité.
Pierre Rousset
Notes
[1] Les typhons (dans le Pacifique) et les hurricanes (dans l’Atlantique) sont des cyclones tropicaux.
[2] Selon la classification en usage aux Philippines, Haiyan/Yolanda est de classe 4, là aussi la plus élevée. Les typhons enregistrés jusqu’alors dans l’archipel ne dépassaient pas la classe 3.
[3] Voir sur ESSF (article 30379), Alexandre Costa, Haiyan/Yolanda : Inside Each New Born Violent Storm Is the DNA of the Fossil Fuel Industry and Capitalism.
[4] Voir sur ESSF (article 30501), Richard Solis, The Impact of Super Typhoon Yolanda (Haiyan) to the Philippines and its Peoples.
[5] Peu avant la catastrophe du 8 novembre un très gros scandale de corruption et détournement de fonds a frappé les administrations chargées du développement local et de la lutte contre la pauvreté. Voir sur ESSF (article 30310), Maria Paz Mendez Hodes Haiyan and the other Philippines typhoon : The untold political scandal underpinning this tragedy.
[6] Voir sur ESSF (article 30546), Richard Solis, Philippines after Haiyan/Yolanda : A Storm Surge of Hope.
[7] The Atlantic, 7 2013. Disponible sur ESSF (article 29428), The Grim Reality Behind the Philippines’ Economic Growth.
[8] Très généreusement, diverses institutions financières internationales promettent aussi des prêts – qui viendront augmenter la dette du pays.
[9] Voir sur ESSF (article 30465), Philippines : les catastrophes naturelles, « arme » de la diplomatie japonaise.
[10] Voir sur ESSF (article 30387), Enquête IFOP-LIMITE : quelle générosité des Français pour les victimes de l’ouragan aux Philippines ?.
[11] Voir le bilan de la première phase de cette campagne, ESSF (article 30543), Solidarité Philippines : Ormoc, Palompon, Villaba – La phase initiale des opérations de secours est achevée. La campagne financière se poursuit.

* Une version raccourcie de cet article va paraître dans le prochain numéro de la revue « L’Anticapitaliste » (France).

mardi 24 décembre 2013

100 entreprises polluent le monde

90 entreprises sont responsables de deux tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre



Une étude pointe les 90 entreprises qui ont produit le plus de gaz à effet de serre. Les pétroliers Chevron, ExxonMobil, BP et Shell arrivent en tête. Parmi les groupes français, Total et le cimentier Lafarge sont les entreprises qui contribuent le plus aux émissions de CO2 et de méthane.


Deux tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre accumulées dans l’atmosphère depuis le début de la révolution industrielle sont causées par seulement... 90 entreprises ! Les recherches menées par Richard Heede viennent d’être publiées par la revue scientifique Climatic Change. Cette étude évalue les quantités de CO2 et de méthane liées aux plus grands producteurs privés et publics de pétrole brut, de gaz naturel, de charbon et de ciment. « 90 sociétés sur la liste des principaux émetteurs ont produit 63 % des émissions mondiales cumulées de méthane et de dioxyde de carbone entre 1751 et 2010, soit environ 914 milliards de tonnes d’émissions de CO2 », relève The Guardian, qui a répertorié ces 90 entités sur une infographie interactive. A l’exception de sept entreprises productrices de ciment, ce sont toutes des compagnies énergétiques produisant du charbon, du pétrole et du gaz.
Les cinq premières entreprises privées sont les géants pétroliers américains Chevron (3,5 % des émissions) et ExxonMobil (3,2 %), la britannique BP (2,4 %), la néerlandaise Shell (2,1 %) et l’entreprise américaine ConocoPhillips (1,1 %). Elles représentent à elles seules 12,5 % des émissions ! Les entreprises françaises ne sont pas en reste : Total arrive au 7ème rang des plus gros pollueurs du secteur privé avec 0,8 % des émissions. Du côté des cimentiers, on compte le groupe français Lafarge.
Quelles sont les compagnies qui provoquent le réchauffement climatique ? Infographie du Guardian.
L’étude rappelle également que la moitié des émissions de ces 90 « gros émetteurs » ont été rejetées depuis 1986, ce qui montre à quel point l’utilisation des combustibles fossiles s’est accélérée ces trois dernières décennies. Selon Greenpeace, « les analyses de R. Heede permettent d’identifier qui sont les pollueurs qui doivent réduire leurs émissions et s’engager à ne pas extraire les ressources jusqu’ici non exploitée ».
Au rythme actuel, le monde va épuiser en 30 ans son « budget carbone », c’est-à-dire la quantité de dioxyde de carbone qu’il peut émettre avant d’entrer dans la zone de danger des 2°C de réchauffement, a prévenu le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en septembre dernier. « Il sera bientôt trop tard, estime le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon. Nos modes de consommation sont incompatibles avec la santé de la planète ». Laisser les hydrocarbures dans le sol pour éviter le chaos climatique n’était pourtant pas à l’ordre du jour des dernières négociations climat qui se sont achevées à Varsovie le 23 novembre. « Tout ce qu’on a, ce sont des cacahuètes », a lâché le négociateur du Bangladesh.
Sophie Chapelle

dimanche 1 décembre 2013

Les climatosceptiques sont dangereux

La dangereuse désinformation sur le réchauffement climatique


On observe dans les médias une vaste campagne de désinformation concernant la question du réchauffement climatique. Alors que 97 % des experts en climatologie s’entendent pour dire que le réchauffement observé depuis le siècle dernier est en partie d’origine humaine, on voit encore des chroniqueurs non-spécialistes remettre en question l’existence même du réchauffement climatique (1).
L’auteur est professeur de philosophie au cégep de Saint-Jérôme.
Le 9 novembre dernier, dans sa chronique publiée dans le Journal de Montréal (article payant), Nathalie Elgrably accusait les médias de créer un « climat de terreur » en publiant les dernières données scientifiques indiquant une hausse de la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère. Selon elle, les scientifiques n’ont pas de bonnes raisons d’être alarmistes. Étrangement, ceux qui acceptent bien humblement le terrible constat émanant d’un consensus presque parfait d’experts en climatologie sont fréquemment présentés par certains chroniqueurs comme des dogmatiques qui croient religieusement que la science possède la vérité absolue.
Cela m’apparaît profondément absurde.
J’aimerais donc adresser aux climatosceptiques deux remarques concernant la logique. On s’entend tous pour être rationnels, non ?
Ma première remarque porte sur la valeur argumentative d’un avis d’expert. Un chroniqueur non spécialiste ne peut pas vérifier par lui-même si ce que disent les climatologues est vrai ; de la même façon qu’on ne sait pas si le diagnostic de notre médecin est exact. On peut quand même décider de s’en remettre au jugement d’une majorité de climatologues (surtout lorsqu’elle atteint 97 % !) de la même façon qu’on peut décider de faire confiance à son médecin. Si la quasi-totalité des études scientifiques réalisées sur la question du réchauffement climatique s’entendent pour conclure qu’il est d’origine humaine, alors il semble rationnel de croire nous aussi à cette conclusion. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit de l’avis d’un consensus d’experts. Ce n’est pas une confiance aveugle en la science, car avant qu’il soit raisonnable d’accepter un avis d’expert, des conditions doivent être respectées :
L’expert doit être reconnu comme tel par ses pairs.
L’expert doit donner un avis dans son propre champ d’expertise.
L’expert doit être impartial et il ne doit pas y avoir apparence de conflit d’intérêts.
L’avis de l’expert ne doit pas contredire l’avis de la majorité des autres experts du même domaine.
Il faut s’assurer que celui qui cite un avis d’expert le cite correctement. Les gens persuadés d’avoir raison lisent souvent avec un gros marqueur noir pour cacher ce qui pourrait améliorer leurs opinions.
Je laisse à mes lecteurs le soin de juger par eux-mêmes si l’avis de Nathalie Elgraby sur le réchauffement climatique respecte ces critères... À défaut de pouvoir refaire soi-même les études des climatologues, il est raisonnable d’accepter la thèse de l’origine humaine des bouleversements climatiques. C’est même la seule chose raisonnable à faire.
Remarquez que je ne dis pas que la thèse de l’origine humaine des bouleversements climatiques est vraie. Je dis seulement qu’elle est acceptable.
Ce qui m’amène à ma seconde remarque.
En science, il n’y a pas beaucoup de vérités définitives. On ne sait jamais si une observation ou une série d’observations ne viendra pas contredire une théorie bien établie. Tout le monde voulait bien admettre que les cygnes sont toujours blancs jusqu’à ce qu’on en découvre un noir. C’est pourquoi il faut être très prudent avant de dire qu’une théorie scientifique est vraie. En fait, les scientifiques ne disent pratiquement jamais cela, sauf ce qui est aujourd’hui des évidences, comme la théorie de la circulation du sang ou la théorie de l’évolution. En ce qui concerne les bouleversements climatiques, c’est tellement complexe qu’on ne peut se permettre de parler de vérité et aucun chercheur sérieux ne le fait. Donc l’accusation de dogmatisme que nous servent les climatosceptiques tombe complètement à plat. Il n’y a pas d’« Église réchauffiste ».
Si dogmatisme il y a, c’est bien du côté des sceptiques acharnés qui refusent de reconnaître la signification de l’existence d’un consensus presque parfait sur l’existence d’un phénomène qui menace la survie de l’espèce humaine. Trop assuré de lui-même, le scepticisme est, au mieux, comme disait Victor Hugo, une « carie de l’intelligence », au pire, un suicide de la raison.
François Doyon
Notes
(1) N. Oreskes, "Beyond the Ivory Tower : The Scientific Consensus on Climate Change," Science, Vol. 306 no. 5702, p. 1686.

mardi 26 novembre 2013

Fin pitoyable de la conférence sur le dérèglement climatique...

La fin pitoyable d’une conférence sur le climat vampirisée par les multinationales


Les ONG écologistes ont décidé de quitter la conférence des Nations unies sur le climat qui s’achève aujourd’hui à Varsovie. Elles n’ont plus rien à faire dans une enceinte envahie par les multinationales et où les pays les plus responsables du changement climatique refusent d’avancer d’un pouce.

Une BMW surpuissante est-elle le meilleur moyen de lutter contre le changement climatique ? C’est ce que laisse croire la firme - et l’ONU qui a accepté cette provocante turlupinade - en exhibant un de ses derniers modèles à l’entrée du lieu de la conférence sur le climat à Varsovie. Elle n’était d’ailleurs pas seule, puisque les firmes multinationales ont lourdement marqué leur présence durant la conférence : « Dès l’entrée, les logos sont partout : les distributeurs d’eau sont siglés Alstom, les fauteuils Emirates, le mobilier Ikea…Ce fut un vrai choc à notre arrivée ! », décrit sur Novethic Célia Gautier, du Réseau Action Climat. Et derrière l’affichage, les lobbies industriels, recensés par Corporate Europe Observatory, occupaient couloirs et sièges d’observateurs.
Le pays hôte, la Pologne, en a rajouté dans la provocation, accordant le statut de partenaire à douze entreprises, relève Basta !, tout en organisant un sommet sur le charbon au moment même de la conférence sur le climat et à cinq cent mètres de celle-ci.
Excédées et désolées, les ONG environnementales présentes ont décidé de ne plus participer à cette mascarade, quittant en masse la conférence jeudi 21 novembre.
Car, pendant que les multinationales paradaient, les gouvernements avaient multiplié les signes d’abandon : le Canada, qui avait quitté le protocole de Kyoto fin 2012, a salué la décision de l’Australie de n’envoyer qu’un fonctionnaire et non son ministre de l’Environnement à la conférence de Varsovie, tandis que le Japon annonçait qu’il augmenterait ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 !
Quant aux discussions elles-mêmes, elles n’ont pas avancé d’un pouce, notamment sur le volet financier : comme l’explique Oxfam France, "la réunion des ministres des Finances n’a amené quasiment rien de concret sur la question des financements et les négociations sur un mécanisme international de réparation des ’pertes et dommages’ sont restées au point mort". En fait, les pays riches refusent de tenir leurs engagements financiers envers les pays pauvres de les aider à s’adapter à un changement climatique dont ils sont les premières victimes.
Ils renâclent aussi à s’engager dans un accord contraignant de réduction des émissions : comme le rapporte l’AFP, les grands pays émergents veulent que les pays industrialisés, responsables historiquement du réchauffement, fassent beaucoup plus d’efforts qu’eux. Une position rejetée par les États-Unis, qui refusent que la Chine bénéficie d’un traitement de faveur. "Un accord basé sur cette ligne de partage entre pays développés et en développement ne fonctionnera pas", a déclaré le négociateur en chef des Etats-Unis, Todd Stern. A quoi le Chinois Zhenhua Xie répondait qu’il y a d’un côté des pays en cours "d’industrialisation" et d’autres "qui sont post-industriels", et que "cette division subsistera après 2020". Zhenhua Xie souhaite que l’accord de 2015 comprenne des "objectifs de réduction drastique d’émissions de gaz à effet de serre" pour les pays riches, et que les pays du Sud ne s’engagent qu’à "renforcer leurs efforts" en ce sens.
Face à cette divergence radicale de points de vue, on voit se dessiner une logique qui ferait d’un traité en 2015 une coquille vide, laissant à chaque pays le soin de prendre des initiatives en propre.
La France, qui accueillera au Bourget, près de Paris la conférence de 2015, pourra-t-elle peser pour que le rendez-vous débouche sur un traité réellement contraignant ? Il faudra déjà, pour cela, qu’elle ait elle-même une vraie légitimité environnementale, aujourd’hui défaillante si l’on considère son triste bilan en la matière. Un élément pourrait faire pencher la balance du bon côté : une mobilisation citoyenne internationale, comme l’écrit Maxime Combes, d’Attac. Les jeunes qui ont joyeusement rempli le train climatique de Bruxelles à Varsovie ont montré que ce n’était pas là des vains mots. Mais cela suppose une stratégie internationale des écologistes qui n’a pas encore émergé.
Hervé Kempf

vendredi 22 novembre 2013

Echec de la Conférence sur le dérèglement climatique...



Conférence mondiale de Varsovie sur les changements climatiques : les ONG quittent les négociations, du jamais vu !
Chaque année, les conférences mondiales sur le climat se succèdent et se ressemblent : des réunions où l'on s'applaudit sans véritables avancées et où les décideurs se complaisent dans une quasi inertie : ajustements à la marge, déclarations creuses, engagements repoussés, compromissions... Bref, de la politique et du lobbying, mais rien de responsable pour le climat de notre planète. Pour la première fois, les ONG de défense de l'environnement, excédées par tant de cynisme, quittent les négociations.
Cette année, après les conclusions sans équivoque du Volume 1 "Changement climatique 2013 : les éléments scientifiques" du 5e rapport d'évaluation du GIEC en cours de rédaction, la 19e conférence mondiale sur le climat[1] de l'ONU (COP19) portait l'espoir de décisions fortes et responsables. Ceci d'autant que la dernière conférence mondiale sur le climat (COP18) avait été un échec
Du 11 au 22 novembre 2013, les gouvernements du monde entier se réunissent à Varsovie (Pologne) pour négocier l'avenir de la politique climatique internationale et principalement pour définir le nouvel accord qui succédera au Protocole de Kyoto dont la première période d'engagement a pris fin le 31 décembre 2012[2]. Celui-ci doit être conclu en 2015 : un véritable défi puisque l'année dernière, le Japon, la Russie, le Canada et la Nouvelle-Zélande, s'étaient retirés du processus.
Alors que moins de 15% des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont aujourd'hui encadrées juridiquement, l'enjeu de cette COP19 porte notamment sur le retour des pays développés à la table des négociations et l'implication des pays en voie de développement qui représentent aujourd'hui presque la moitié des émissions mondiales, avec en tête la Chine, premier émetteur mondial de CO2.
Ainsi, en 2012, selon le bilan 2013 du Global Carbon Budget, la Chine représentait 27 % des émissions, loin devant les Etats-Unis (14 %), l'UE 28 (10 %) et l'Inde (6%)[3].
En outre, selon La lettre CO2 Solidaire, "Le financement de la lutte pour le climat est également au cœur des débats. La taxe sur les transactions financières ou la taxe sur les transports maritimes sont toujours au menu des discussions. Le Fonds Vert demeure désespérément vide et le Fonds d'Adaptation, alimenté par un pourcentage pris sur la vente des crédits Kyoto (CER), est de fait vide lui aussi."
Un nouveau sommet mondial sur le climat incohérent et inefficace
Le mouvement altermondialiste Attac France dénonce l'attitude du pays hôte de la conférence, la Pologne : "A Varsovie, c'est à se demander si le climat et des objectifs ambitieux de réduction d'émissions de gaz à effets de serre n'ont tout simplement pas disparu des négociations. Place à la promotion des énergies fossiles et à la liquidation du reste. Dans son registre, la Pologne fait fort. Enintroduisant au cœur de la conférence, comme sponsor et comme négociateur, quelques-unes des entreprises les plus polluantes de la planète, le gouvernement polonais contribue à étendre la mainmise des intérêts privés sur la conférence et le climat. Une présence tellement visible, jusque dans les annonces publiques diffusées en ville, qu'il est étonnant que la société civile n'ait pas mis sa participation dans la balance pour imposer leur retrait."
Plus préoccupant encore, le gouvernement polonais profite de sa position pour faire la promotion du charbon comme solution au changement climatique, alors que c'est justement la plus polluante des énergies fossiles... Avec la bénédiction de l'ONU qui a affirmé, par la voix de Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la convention climat de l'ONU, que le « charbon pouvait faire partie de la solution ». En outre, rappelons que la Pologne investit massivement dans l'exploitation des gaz de schiste pour satisfaire son avenir énergétique.

mercredi 20 novembre 2013

La machination des Climato-septiques....

ENVIRONNEMENT

Climato-sceptiques : les dessous de la machine à fabriquer du doute


En pleine conférence de l’ONU sur le climat, le climato-scepticisme continue d’être une machine de propagande très efficace, soutenue par l’industrie et organisée autour des think tanks conservateurs et néo-libéraux.
Le 11 novembre, alors que s’ouvrait à Varsovie la 19e conférence de l’ONU sur le climat, David Rothbard, président du Committee for a constructive tomorrow (CFACT3), think tank climato-sceptique de Washington, s’adressait aux habitants de la capitale polonaise. Sur une tribune installée dans le centre ville, Rothbard appelait les Varsoviens venus célébrer le jour de l’indépendance de la Pologne à « une nouvelle bataille pour la liberté contre ceux qui utilisent l’alarmisme climatique et environnemental pour voler nos libertés et donner aux bureaucrates internationaux le contrôle sur nos sources d’énergie, nos vies quotidiennes, notre prospérité et notre souveraineté nationale ».
L’épisode est relaté sur une quinzaine de blogs climato-sceptiques, qui décrivent un rassemblement de « 50 000 Polonais enthousiastes », unis contre « les tentatives des Nations unies pour voler nos libertés »… En fait, la vidéo diffusée par le CFACT montre un public agitant des drapeaux blanc et rouge et des panneaux avec des slogans comme « Bog, Honor, Ojczyzna » (« Dieu, honneur, patrie »), qui ne semble guère prêter attention à la diatribe de Rothbard, bien que celui-ci se soit adjoint les services d’un interprète.
Le discours de David Rothbard est typique de la rhétorique climato-sceptique, qui considère que toute tentative pour réguler les émissions carbonées est un attentat au libertés publiques. L’activisme du CFACT illustre la guerre de communication permanente menée par les groupes climato-sceptiques américains pour empêcher la mise en place de mesures de protection de l’environnement. Il est frappant d’observer qu’aux États-Unis, la contestation du changement climatique augmente sur la scène politique et dans la société, alors même que le consensus scientifique sur le réchauffement anthropogénique s’est renforcé et que l’opinion publique est sensibilisée à l’environnement.
L’une des raisons de ce paradoxe est que le climato-scepticisme made in USA n’a rien d’un mouvement d’opinion spontané. C’est un système organisé, qui s’appuie sur des puissances financières considérables, dispose de fonds se chiffrant en centaines de millions de dollars, de relais politiques (essentiellement républicains et conservateurs), d’accès à de grands médias comme Fox News, le Wall Street Journal (tous deux appartenant au conservateur Rupert Murdoch) ou le Washington Times du révérend Moon. À quoi s’ajoute une nuée de blogs dont les plus populaires (wattsupwiththat.com, climateaudit.org ou climatedepot.com) ont une audience globale estimée à 700 000 visiteurs par mois.
Ce système constitue une machine de propagande redoutable, dont l’action a fortement contribué à bloquer la ratification du protocole de Kyoto par les États-Unis, selon l’analyse de Aaron Mc Cright et Riley Dunlap, deux universitaires spécialisés dans l’étude du climato-scepticisme américain. Les contestataires du climat ont aussi joué un rôle important dans l’échec de la conférence de Copenhague en 2009. Celle-ci a été plombée par l’affaire du « climategate », qui a donné lieu à une campagne climato-sceptique très agressive visant à discréditer les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). En septembre dernier, l’influence des climato-sceptiques a aidé à la victoire électorale du libéral Tony Abbott, nouveau premier ministre australien, et farouche adversaire de la taxe carbone. Aujourd’hui, les climato-sceptiques cherchent à empêcher que la conférence de Varsovie ne débouche sur un nouveau traité international.
Comment fonctionne la « machine à nier le changement climatique », ainsi que l’appellent McCright et Dunlap ? Selon les deux chercheurs, les composants principaux de cette machine, en dehors des sources de financement, sont des think tanks conservateurs, des “groupes paravents” qui organisent campagnes et actions de promotion, et une “chambre d’écho” politico-médiatique.
Le rôle crucial des think tanks
La pensée climato-sceptique américaine est issue de courants conservateurs et néo-libéraux qui ont utilisé les think tanks comme relais d’opinion. L’un des tout premiers est la Fondation Heritage, créée en 1973 par le philanthrope Joseph Coors, propriétaire des bières du même nom. Mais c’est à partir des années 1980, avec l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan et le « renouveau conservateur », que les think tanks montent en puissance pour mener une guerre des idées contre le progressisme des années 1960-70. Et promouvoir les conceptions néolibérales : dérégulation, libre entreprise, limitation du pouvoir de l’État
Après Joseph Coors, trois milliardaires, dont les fortunes viennent en partie d’intérêts pétroliers, créent des think tanks influents : Richard Scaife, fondateur du CFACT, cité plus haut ; David Koch, qui fonde Americans for Prosperity ; son frère Charles, fondateur du Cato Institute. Parmi les think tanks importants, on peut aussi citer le Heartland Institute, l’American Enterprise Institute ou encore le George Marshall Institute.
À la fin des années 1980, deux éléments vont cristalliser le mouvement climato-sceptique : la chute de l’empire soviétique qui, en mettant fin à la guerre froide, suscite un besoin de nouveaux horizons géopolitiques ; la mise en place du Giec, en 1988. Ce dernier est immédiatement perçu par les néoconservateurs comme un ennemi, du fait que sa création représente « un effort sans précédent pour développer une base scientifique pour les décisions politiques », écrivent Dunlap et McRight dans un article de 20113. Dans la pensée conservatrice américaine, « la “menace rouge” en voie de disparition (a été remplacée) par la “menace verte” », la crainte de mesures de régulation environnementales, à l’échelle nationale et internationale.
Les efforts de Reagan pour réduire le rôle de l’État vont cependant se heurter à une résistance dans le domaine de la protection de l’environnement. De là vient la stratégie du climato-scepticisme : les conservateurs et l’industrie réalisent qu’il est « plus efficace de mettre en doute le besoin de régulation en discréditant les preuves de la dégradation de l’environnement, que de s’opposer à l’objectif de protéger l’environnement », écrivent Dunlap et McRight.
Le centre névralgique du système climato-sceptique
Autrement dit, plutôt que d’attaquer frontalement les mesures écologiques, la stratégie du scepticisme s’efforce de montrer qu’elles sont inutiles. La méthode consistera donc à jeter le doute sur le changement climatique, à relativiser son importance, à contester son caractère anthropogénique, à mettre en avant d’autres causes de variations climatiques, comme l’effet de l’activité solaire, etc.
Cette rhétorique est construite sur le modèle mis au point par l’industrie du tabac, qui a usé de multiples arguments pour nier ou minimiser le lien entre cigarette et cancer, en le présentant comme une maladie multifactorielle, associée à de multiples causes et en mettant l’accent sur l’importance du style de vie, du niveau économique, et ainsi de suite. La filiation entre la rhétorique des cigarettiers et celle des climato-sceptiques est très clairement analysée dans le livre d’Erik Conway et Naomi Oreskes, Marchands de doute (Éditions Le Pommier) .
À partir des années 1990, les think tanks conservateurs sont devenus le centre névralgique du système climato-sceptique. À travers des conférences, des reportages, des interviews diffusés sur les médias sympathisants, ou des campagnes publicitaires, ils assurent la promotion de la conception néo-libérale de l’environnement. Competive Enterprise Institute a aidé l’administration Bush à entraver le développement d’une politique climatique. En 2012, une campagne d’affiches lancée par le Heartland Institute assimilait les scientifiques du Giec au terroriste Unabomber, Ted Kaczynsky, dont les bombes artisanales ont fait, de 1978 à 1996, trois morts et 23 blessés…
Les think tanks ont aussi une activité importante dans l’édition de livres : une étude3 de Riley Dunlap et Peter Jacques montre que sur 108 livres climato-sceptiques publiés en anglais depuis le début des années 1980, 78, soit 72 %, ont bénéficié d’un financement par un think tank. À noter que deux de ces livres ont été écrits par des auteurs français, Christian Gerondeau et Marcel Leroux.
Le financement : l’industrie du pétrole et du charbon, mais pas seulement
Les compagnies pétrolières et l’industrie du charbon ont bien sûr compris d’emblée l’enjeu que représentait pour elles le changement climatique, dès lors que l’utilisation des combustibles fossiles était identifiée comme la principale source des émissions de gaz à effet de serre. Assez logiquement, l’industrie des combustibles fossiles a financé dès le début les campagnes climato-sceptiques, notamment en soutenant des think tanks et des scientifiques « dissidents ».
L’un des premiers scientifiques à nier le réchauffement planétaire a été Patrick Michaels, climatologue à l’université de Virginie, qui, dès 1989, critiquait ce qu’il appelait « l’environnementalisme apocalyptique », qu’il qualifiait de « religion la plus populaire depuis le marxisme ». Michaels a été sponsorisé par la Western Fuels Association, consortium lié au charbon, et a reconnu en 1995 avoir reçu 165 000 dollars de l’industrie. Il est aujourd’hui « directeur du centre pour l’étude de la science » au Cato Institute, le think tank fondé par Charles Koch.
Travailler pour un think tank offre un statut plus respectable qu’afficher un lien direct avec l’industrie, même si ce n’est souvent qu’une façade. D’après un rapport de Greenpeace USA, entre 1998 et 2012, ExxonMobil a versé un total de 27,4 millions de dollars à une soixantaine de think tanks, dont le Cato Institute, le Heartland Institute et la Fondation Heritage. Selon Dunlap et McCright, ExxonMobil a longtemps été le premier sponsor des think tanks et associations climato-sceptiques, mais aurait réduit sa contribution au cours des dernières années, craignant que cette pratique nuise à son image. La compagnie charbonnière Peabody Energy a également beaucoup contribué au climato-scepticisme, de même que des associations industrielles comme l’Institut américain du pétrole.
En dehors de l’industrie des combustibles fossiles, le climato-scepticisme a été soutenu par des sociétés du secteur de l’énergie comme Southern Company (compagnie d’électricité), des producteurs d’acier, des forestiers, des mines ou des constructeurs d’automobiles (Chrysler, Ford, General Motors). On peut aussi mentionner la Chambre de commerce des États-Unis. Au début des années 1990, un grand nombre d’entreprises américaines était ainsi alliée contre la science du climat et la politique environnementale. Le Giec apparaissant comme la cible centrale de la coalition industrielle.
Cette dernière va pourtant se fracturer au moment du deuxième rapport du Giec, en 1995, et de l’adoption du protocole de Kyoto. De grandes firmes comme BP annoncent qu’elles ne contestent plus la réalité du réchauffement anthropogénique. Plusieurs compagnies pétrolières et d’autres grandes firmes se lient à des organisations environnementales pour former le US climate action Partnership, groupe dont l’objectif est d’encourager une action publique pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. À la fin des années 1990, une part importante de l’industrie américaine semble prête à accepter la réalité du changement climatique et la nécessité de politiques de réductions des émissions. Mais cela ne durera pas : avec l’arrivée au pouvoir en janvier 2001 de George Bush qui insititutionnalise « le déni du changement climatique au sein du gouvernement fédéral », selon McRight et Dunlap, l’industrie des combustibles fossiles n’a plus grand-chose à craindre.
L’élection de Barack Obama et d’une majorité démocrate aux deux Chambres a remis au goût du jour la limitation des émissions carbonées, d’où « un énorme lobbying industriel pour s’opposer ou atténuer les mesures introduites par la Chambre des représentants ou le Sénat aussi bien que les tentatives internationales », notamment la conférence de Copenhague de 2009. « Ce lobbying s’est accompagné d’une escalade des attaques contre la science climatique et les scientifiques aussi bien que contre le Giec, avec un soutien considérable d’ExxonMobil et d’associations comme la Chambre de commerce des États-Unis », rapportent Dunlap et McCright. En somme, malgré certaines divisions, une part significative de l’industrie américaine continue d’alimenter le climato-scepticisme.
« La plus grande mystification jamais perpétrée »
À côté de cette coalition industrielle, un soutien très important vient de riches donateurs qui, par l’intermédiaire d’organisations à but non lucratif, financent anonymement le climato-scepticisme. Ainsi, deux organisations associées, Donors Trust3 et Donors Capital Fund, ont distribué aux think tanks climato-sceptiques un total de près de 150 millions de dollars entre 2002 et 2011 (d’après le rapport de Greenpeace USA). Ces organisations sont liées aux frères Koch, deux des principaux sponsors de think tanks climato-sceptiques. Le financement « philanthropique » pourrait donc être encore plus élevé que le soutien direct de l’industrie. Dunlap et McCright estiment que « dans les années récentes, les fonds versés par les familles Scaife et Koch pour financer les acteurs du déni du changement climatique et leurs actions ont pu dépasser l’apport d’ExxonMobil ».
Les « groupes paravent »
Ces organismes ont un rôle complémentaire de celui des think tanks. Ils fournissent aux entreprises une façade leur permettant de mener des actions sans apparaître directement. Un des premiers exemples est le Global Climate Coalition, créé en 1989 en réaction à la mise en place du Giec, et financé par des compagnies pétrolières (ExxonMobil, Texaco et BP), des constructeurs d’automobiles (Chrysler, Ford, GM), l’Institut américain du pétrole, etc. Le GCC a joué un rôle très actif dans l’opposition à la ratification du protocole de Kyoto par les États-Unis, notamment en diffusant des publicités télévisées et en menant des campagnes pour discréditer le Giec.
Le groupe Information council on the Environment (ICE) a été créé en 1991 par des entreprises du charbon et des compagnies d’électricité. Avec l’aide de scientifiques sceptiques comme Patrick Michaels, déjà cité, il a lancé une campagne médiatique pour dénigrer la notion de réchauffement global et critiquer l’accord des États-Unis pour la réduction des émissions carbonées lors du sommet de Rio de 1992.
En 1997, est apparu un autre groupe, la Cooler Heads Coalition (CHC), qui n’émane pas de l’industrie mais de plusieurs think tanks (CFACT, Heartland, CEI ou Competitive Entrerprise Institute). Ce groupe et son directeur, Myron Ebell, ainsi que le CEI ont joué un rôle crucial dans la promotion du « climategate » et les campagnes de dénigrement du Giec.
Les politiciens conservateurs
Dès le départ, aux États-Unis, le climato-scepticisme est associé à l’idéologie néo-libérale conservatrice. Il est fortement politisé, comme l’illustre la succession de basculements entre les présidences républicaines et démocrates. L’un des personnages les plus connus à cet égard est James Inhofe, sénateur républicain de l’Oklahoma, célèbre pour avoir affirmé dans un discours au Sénat que le réchauffement global était « la plus grande mystification jamais perpétrée contre le peuple américain ». Inhofe a été président du Comité pour l’environnement et les travaux publics, dont il a fait une tribune ouverte aux contestataires du changement climatique. Il a notamment employé Marc Morano, membre du CFACT et animateur du site climatedepot.com. Morano a aussi travaillé avec l’animateur de radio conservateur Rush Limbaugh, et a fait campagne contre John Kerry lors de la présidentielle de 2004.
Plus récemment, un autre politicien républicain, membre du Tea Party, Ken Cuccinelli, procureur général de Virginie, s’est illustré dans la guerrilla anticlimatologues : il a lancé en 2010 une enquête sur les recherches de Michael Mann, climatologue connu qui a été professeur à l’université de Virginie (il travaille actuellement à l’université de Pennsylvanie).
Sous prétexte de contrôler que l’argent public n’avait pas été gaspillé en finançant les travaux de Mann, Cuccinelli a usé d’une procédure appelée Civil investigative demand pour exiger que l’université de Virginie fournisse tous les documents dont elle disposait ayant un rapport direct ou indirect avec les recherches de Mann, notamment toutes les correspondances entre le chercheur, l’université et 39 autres scientifiques, de 1999 à 2010…
Sachant que cette procédure ne nécessite pas d’engager des poursuites, il est difficile de la considérer autrement que comme une forme de harcèlement administratif. Ce que la justice a d’ailleurs reconnu deux ans plus tard, en considérant que Cuccinelli n’avait pas autorité à demander les documents. En 2013, Cuccinelli a fait campagne pour l’élection au poste de gouverneur de Virginie. Et a perdu, le 6 novembre, face au démocrate Terry McAuliffe…
Même si Cuccinelli a perdu, l’épisode illustre la stratégie climato-sceptique qui fait feu de tout bois pour empêcher que le débat sur le réchauffement soit jamais tranché. Cette stratégie a jusqu’ici permis à l’industrie américaine des combustibles fossiles et à ses alliés politiques conservateurs d’éviter ce qu’elle redoute par-dessus tout : la reconnaissance du réchauffement global comme un problème grave qui justifie des mesures contraignantes pour réduire les émissions carbonées. Pour le mouvement climato-sceptique, le danger n’est pas la dégradation de l’environnement, c’est la remise en cause du dogme de la croissance économique sans freins.
Michel de Pracontal