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mercredi 31 octobre 2012

Les jeux de la Faim...



Crise Alimentaire : Les jeux de la faim
La crise alimentaire fait des ravages dans le monde. Il s’agit d’une crise silencieuse, elle ne fait pas la une des journaux et n’intéresse ni la Banque centrale européenne, ni le Fonds Monétaire International, ni la Commission européenne. Pourtant, elle touche 870 millions de personnes qui souffrent de la faim. C’est ce qu’indique le rapport « Etat de l’insécurité alimentaire dans le monde 2012 », présenté cette semaine par l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO).
Nous pensons trop souvent que la faim ne frappe que dans des endroits très éloignés du confort de nos fauteuils. Et qu’elle a peu à voir avec la crise économique qui nous affecte. La réalité est pourtant très différente. Il y a de plus en plus de personnes qui souffrent de la faim dans les pays du Nord. Il ne s’agit évidement pas de la famine telle qu’elle touche des pays d’Afrique et ailleurs, mais elle implique bel et bien une absence des calories et des protéines minimales nécessaires, qui a des conséquences sur notre santé et sur nos vies.
Cela fait plusieurs années que l’on évoque les terribles chiffres de la faim aux Etats-Unis : 49 millions de personnes affectées, soit 16% des ménages, selon les données du Département de l’Agriculture des Etats-Unis, dont plus de 16 millions d’enfants. Des chiffres anonymes auxquels l’écrivain et photographe David Bacon met un visage dans son œuvre « Hungry By The Numbers » (Faméliques selon les statistiques) ; les visages de la faim dans le pays le plus riche du monde.
Dans l’Etat espagnol, la faim est également devenue une réalité tangible. Pour bon nombre de personnes frappées par la crise, c’est : sans travail, sans salaire, sans maison et sans nourriture. D’après les chiffres de l’Institut National de Statistiques, en 2009, on estimait que plus d’un million de personnes avaient des difficultés à consommer le minimum alimentaire nécessaire. Aujourd’hui, la situation est encore pire, même si elle n’est pas chiffrée. Les organismes sociaux sont débordés et, ces dernières années, les demandes d’aide alimentaire et de médicaments ont doublées. D’après l’organisation « Save the Children », avec un taux de pauvreté infantile de 25%, de plus en plus d’enfants ne mangent pas plus d’une fois par jour, à la cantine scolaire, à cause des difficultés que rencontrent leurs familles.
On ne peut donc pas s’étonner qu’un journal aussi prestigieux que le New York Times ait publié, en septembre 2012, une galerie de photographies de Samuel Aranda, lauréat du World Press Photo 2011, qui, sous le titre « In Spain, austerity and hunger » (En Espagne, austérité et faim), fait le portrait des conséquences dramatiques de la crise pour des milliers de personnes ; faim, pauvreté, expulsion de logement, chômage… mais aussi luttes et mobilisations. D’après un rapport de la Fondation Foessa, l’Etat espagnol compte l’un des taux de pauvreté les plus élevés de toute l’Europe, se situant juste derrière la Roumanie et la Lettonie. Une réalité qui s’impose aux observateurs extérieurs, malgré la volonté de certains de la passer sous silence.
Par ailleurs, la crise économique est intimement liée à la crise alimentaire. Les mêmes qui nous ont conduit à la crise des hypothèques « subprime », cause de la « grande crise » en septembre 2008, sont ceux qui spéculent aujourd’hui avec les matières premières alimentaires (riz, maïs, blé, soja…), provoquant ainsi une très importante augmentation des prix. Cette augmentation rend ces produits inaccessibles pour de larges couches de la population, particulièrement dans les pays du Sud. Fonds d’investissements, compagnies d’assurances et banques achètent et vendent ces produits sur les « marchés à terme » dans le seul but de spéculer avec ceux-ci et faire du profit. Quoi de plus sûr que la nourriture pour investir puisque nous devons tous, normalement, en consommer tous les jours.
En Allemagne, la Deutsche Bank vante des bénéfices faciles si l’on investit dans les produits agricoles en hausse. Des « affaires intéressantes » du même genre sont proposées par les principales banques européennes, comme BNP Paribas. D’après les données du World Development Movement, Barclays Bank a empoché en 2010 et 2011 près de 900 millions de dollars grâce à la spéculation sur l’alimentation. Et il n’y a pas besoin d’aller si loin. La banque Catalunya Caixa offre de juteux bénéfices économiques aux clients qui investissent dans les matières premières sous le slogan « un dépôt 100% naturel ». Quant au Banco Sabadell, il dispose d’un fonds spéculatif qui opère dans l’alimentaire.
La faim, malgré ce qu’on nous dit, ne dépend pas tant des sécheresses, des conflits militaires, etc., que de ceux qui contrôlent et qui dictent les politiques agricoles et alimentaires et qui possèdent les ressources naturelles (eau, terre, semences…). Le monopole actuel du système agroalimentaire, aux mains d’une poignée de multinationales qui disposent du soutien des gouvernements et d’institutions internationales, impose un modèle de production, de distribution et de consommation des aliments au service des intérêts du capital. Il s’agit d’un système qui provoque la faim, la perte d’agro-diversité, l’appauvrissement des paysans et le changement climatique. Un système où le profit de quelques uns passe avant les besoins alimentaires de la majorité.
« Les jeux de la faim » : c’est le titre d’une fiction réalisée par Gary Ross, basée sur le best-seller de Suzanne Collins et dans lequel des jeunes doivent s’affronter dans une lutte à mort afin d’obtenir la victoire, c’est-à-dire de la nourriture, des biens et des cadeaux pour le restant de leurs vies. La réalité n’est parfois pas très éloignée de la fiction. Aujourd’hui, certains « jouent » avec la faim pour gagner de l’argent.
Esther Vivas
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera.
Esther Vivas est coauteure de “Planeta indignado” (éd. Sequitur) avec JM Antentas. Plus d’infos : http://esthervivas.com/francais/

jeudi 31 mai 2012

Printemps au Quebec, indignation durable...


Printemps érable, colère durable
Récit Le gouvernement québécois durcit le ton face à un conflit étudiant qui a débuté il y a trois mois.
Chaque soir, le scénario est le même. Autour d’une petite place du centre-ville de Montréal, des dizaines de manifestants arborant un carré rouge, le symbole de la contestation étudiante, se rallient à la tombée de la nuit. Parfois armés de trompettes et de tambours, ils sillonnent les rues de la métropole, avant d’être dispersés par la police, qui les suit à la trace. Depuis plus de trois mois, 150 000 étudiants et lycéens québécois font front contre leur gouvernement. Né de l’opposition à la hausse des droits d’inscription, le mouvement s’est mué en véritable contestation sociale et politique. Le «printemps érable», baptisé ainsi en clin d’œil au printemps arabe, ne veut pas finir.
Le gouvernement a dévoilé, jeudi, un projet de loi spéciale pour suspendre les cours jusqu’au mois d’août dans les établissements touchés par la grève. Il prévoit surtout une forte restriction du droit de manifester et de très lourdes amendes pour les organisateurs de piquets de grève. Mais cette annonce n’a pas changé le rituel de la protestation. Bien au contraire. «Passer une loi spéciale pour une grève étudiante, il faut le faire !» fulmine Caroline. Cette trentenaire a fini ses études depuis bientôt une décennie. Pourtant, la jeune femme n’a cessé de manifester, aux côtés de ses amis. Dont Kolia, 32 ans, qui affirme : «L’éducation, c’est un droit universel, une richesse collective.»
Depuis ses débuts, le mouvement étudiant n’a jamais cessé de surprendre par son ampleur. En trois mois, Montréal a été le théâtre de 230 manifestations, de jour comme de nuit : du jamais-vu. «On ne s’attendait pas à cette mobilisation historique, ni à une loi spéciale, remarque Jeanne Reynolds, porte-parole d’une association étudiante. Le problème, ce n’est pas la grève, c’est la hausse des droits d’inscription.»
Managérial. Au Québec, les frais annuels exigés par les universités sont les moins élevés du Canada. Cette exception devrait toutefois disparaître avec la hausse annoncée par le gouvernement libéral, qui propose de les faire passer de 2 200 à 4 000 dollars canadiens (1 700 à 3 000 euros) au cours des cinq prochaines années. Pour les étudiants québécois, qui préfèrent le modèle scandinave à celui de leurs voisins nord-américains, c’est trop. Et pour leurs professeurs, qui réclament des états généraux sur l’université, aussi. «On nous impose la comparaison avec les grandes facultés du monde, mais nous sommes farouchement opposés à cette standardisation», explique Max Roy, président de la Fédération québécoise des professeurs d’université. Selon lui, la hausse de la contribution étudiante au budget des facultés est un nouveau symptôme du mal qui accable les facs québécoises : une gestion managériale d’entreprise. Ces dix dernières années, le poids des gestionnaires dans la masse salariale a augmenté trois fois plus vite que celui des professeurs. «Cet enjeu est mis au jour par le conflit», estime Max Roy.
Conflit marqué par une réponse policière plutôt musclée : plus de 500 personnes ont été arrêtées dans les manifestations de Montréal. Le gouvernement de Jean Charest n’a jamais plié. Ni sous la pression de la rue ni sous celle de ses adversaires politiques. Un entêtement étonnant : la hausse des frais d’inscription ne rapportera à terme que 210 millions d’euros par an. Au pouvoir depuis bientôt dix ans, Jean Charest a survécu aux allégations de corruption qui éclaboussent régulièrement son parti. «Mais beaucoup de jeunes se posent des questions sur la justice et la justesse des règles fixées par le gouvernement», note Paul Sabourin, professeur de sociologie à l’université de Montréal.
Peluche. Si le Premier ministre a justifié sa loi spéciale par le désir de ramener la «paix sociale», dans les rues de Montréal, la poursuite du mouvement ne fait aucun doute. «Je vais mener la bataille jusqu’au bout», annonce Guillaume, un lycéen de 17 ans. A ses côtés, sa petite amie, Julie-Anne, une peluche à la main, exprime sa colère : «On est vraiment contre le néolibéralisme. C’est frustrant d’être considérés comme des moins que rien.»
Amir Khadir, député de Québec solidaire, un parti de gauche proche du milieu syndical et militant, est convaincu que le gouvernement fait fausse route. «Jean Charest pense qu’il va épuiser les étudiants. Mais il ignore la réalité du terrain. Même dans notre parti, où on est habitués à la mobilisation citoyenne, on ne comprend pas le mouvement. Ça dépasse tout ce qu’on a connu en trente ans, avoue-t-il. Le mouvement étudiant a planté une force au Québec impossible à déloger. Je ne vois pas comment ça va se régler. Va-t-il y avoir de la violence ? Des dérapages ? Je ne le souhaite pas. Mais une chose est sûre, le gouvernement n’aura rien fait pour empêcher une telle escalade.»
ANABELLE NICOUD Correspondante à Montréal

78, une loi anti-étudiants
Depuis plus de trois mois, le Québec vit une des pires crises sociales de son histoire. Les étudiants en grève et les citoyens qui les soutiennent arborent fièrement le carré rouge, symbole de l’opposition à la hausse des frais de scolarité annoncée par le gouvernement de Jean Charest. Dès février, celui-ci avait déclaré qu’il ne négocierait jamais avec les étudiants. Après plus de deux mois de grève étudiante, il a enfin accepté de discuter à condition que ne soit pas abordée la question des droits de scolarité, le nœud du débat. Après moins de quarante-huit heures, ces négociations ont été rompues par le gouvernement. Début mai, retour aux négociations : gouvernement et fédérations étudiantes ont élaboré une feuille de route censée tracer la voie pour une sortie de crise honorable. Le projet d’entente, assez minimal, évoquait la possibilité de dégager des économies dans le budget universitaire, afin d’atténuer l’effet de la hausse. Mais, avant même que les étudiants se soient prononcés sur le sujet, le Premier ministre, Jean Charest, et sa ministre de l’Education, Line Beauchamp, se pavanaient déjà en affirmant qu’ils avaient réussi à écraser le mouvement étudiant. Suite à ces déclarations, les étudiants ont massivement rejeté l’entente de principe. Démission de Beauchamp ; ultime contre-offre de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), que le gouvernement n’a pas daigné étudier ; et enfin cette loi spéciale 78, «loi matraque» qui lui donne des pouvoirs répressifs accrus et réduit à néant la force démocratique des associations étudiantes. Une loi qui va à l’encontre des libertés d’expression, d’opinion et de manifestation et vise aussi tous les citoyens du Québec. Cette loi prévoit aussi une clause «Henri VIII», selon laquelle l’exécutif peut désormais modifier toute autre loi, de façon unilatérale et sans passer par l’ensemble des députés élus au Parlement. La loi 78 accorde par ailleurs à l’étudiant le droit individuel d’accéder à ses cours, au mépris des votes de grève. De plus, tout professeur invitant ses étudiants à respecter le vote de grève peut être accusé d’infraction. Ce texte même peut nous valoir des sanctions parce que nous, ses auteurs, sommes aussi des professeurs.
La position dans laquelle le gouvernement nous place est intenable. Comment un professeur peut-il donner un cours sur la démocratie, son histoire et sa valeur, alors qu’on lui demande d’être le complice de son déni ? Comment peut-il enseigner le concept de désobéissance civile chez Etienne de La Boétie, Henry-David Thoreau ou Hannah Arendt, alors qu’une apologie un peu trop vibrante de celui-ci peut lui coûter de 7 000 à 35 000 dollars canadiens [5 400 à 27 000 euros] d’amende ? Comment peut-il favoriser le développement de l’esprit critique de ses étudiants quand on lui demande de taire le sien ? Pour nous, qui nous réclamons d’une culture humaniste, il devient quasi impossible de faire notre travail, de façon honnête et honorable. Cette loi-matraque ne règle rien ; au contraire, elle ne fait qu’envenimer la crise. En plus de mépriser la jeunesse, le gouvernement Charest s’en prend à la liberté, à la démocratie et à la valeur de l’enseignement.
GUILLAUME BARD Professeur de philosophie et de sciences humaines, Montréal, ESTELLE DRICOT Professeur de philosophie et de sciences humaines, Montréal, MARCELA FAJARDO Professeur de philosophie et de sciences humaines, Montréal, JEAN-FRANÇOIS LESSARD Professeur de philosophie et de sciences humaines, Montréal

jeudi 3 novembre 2011

La faim est faite de main d' homme...

«La faim est faite de main d’homme»
Jean Ziegler: «Genève est devenue la capitale mondiale de la spéculation sur les matières premières agroalimentaires.»
Il n’y a nulle fatalité à la faim dans le monde, affirme Jean Ziegler. L’ex-rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation lui consacre son dernier livre. Et désigne les affameurs.
Loin d’être une malédiction, la faim dans le monde, qui tue 35 millions d’êtres humains chaque année, est «faite de main d’homme», selon Jean Ziegler. Le sociologue, aujourd’hui vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, lui consacre son dernier ouvrage, Destruction massive. Géopolique de la faim. A la faveur d’une parole désormais libérée du devoir de réserve, il y relate son expérience de rapporteur spécial du Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour le droit à l’alimentation, mandat qu’il a exercé entre 2000 et 2008. Un livre coup de poing qui dénonce un scandale, la violation permanente du premier des droits humains: le droit à l’alimentation. Rencontre.
Dans la Corne de l’Afrique, des milliers d’enfants sont morts ces derniers mois, 13 millions de personnes y sont menacées par la faim. On parle de la pire sécheresse survenue depuis soixante ans. Elle ne constitue pas la seule cause de la famine, cette catastrophe était prévisible, dites-vous. Expliquez-nous.
Jean Ziegler: Ce qui se passe aujourd’hui dans ces cinq pays – Somalie, nord du Kenya, Djibouti, Erythrée, Ethiopie – est effroyable. Tous les jours, les fonctionnaires de l’ONU doivent refouler des centaines de familles à l’entrée des camps de réfugiés, car l’argent pour les nourrir manque. La sécheresse dure depuis cinq ans, il n’y a plus de récoltes. Mais les vraies causes sont occultées. Pourquoi, malgré la catastrophe prévisible, ces pays n’ont-ils pas constitué de réserves alimentaires? Parce que les prix des aliments de base – à savoir maïs, blé et riz, qui couvrent 75% de la consommation mondiale – ont explosé. En un an et demi, le prix du maïs a augmenté de 93%, le riz de 110%, la tonne de blé est passée de 110 euros en septembre 2010 à 271 euros aujourd’hui.
Pourquoi de telles variations?
A cause de la spéculation boursière. Après les pertes considérables qu’ils ont subies, les spéculateurs ont migré des marchés financiers vers celui des matières premières, et des aliments en particulier où, le plus légalement du monde, ils engrangent des profits astronomiques. En 2010, ils ont gagné 37% net sur le riz. Dès lors, les pays pauvres ne peuvent constituer de réserves ni le Programme alimentaire mondial (PAM) acheter suffisamment de nourriture.
Justement, que fait le PAM chargé de l’aide d’urgence?
Le PAM a perdu la moitié de son budget: il était de 6 milliards de dollars en 2008, il n’est plus que de 3,2 milliards aujourd’hui. Les pays occidentaux ne paient plus leurs cotisations, accaparés qu’ils sont à renflouer à coups de dizaines de milliards leurs banques défaillantes. Les spéculateurs, les requins de la finance, les monstres froids des grandes banques devraient être transférés devant un Tribunal de Nuremberg pour crimes contre l’humanité. A cause de leur avidité pathologique au gain, des gens aujourd’hui meurent par milliers.
Face à cette situation, on a l’impression que les Etats manquent singulièrement de volonté, non?
On pourrait imaginer que les parlements interdisent le dumping agricole, la fabrication de bioéthanol à partir des plantes nourricières, ou encore qu’ils révisent leurs lois boursières respectives afin d’interdire la spéculation sur les aliments de base. Ce serait simple. Les sociétés transcontinentales privées qui dominent le marché agroalimentaire mondial sont moins de dix: Monsanto contrôle 90% des semences, Cargill 26% du commerce mondial du blé, Archer Daniels Midland a la haute main sur les engrais, le groupe Louis Dreyfus sur 40% du commerce du riz, etc. Ce sont eux qui décident chaque jour de qui va vivre et qui va mourir sur cette planète. Leur pouvoir financier et idéologique est tel que les gouvernements américain, anglais, français, allemand ou suisse exécutent leurs volontés. Ils sont intouchables.
Quel rôle joue Genève?
Depuis que le premier ministre britannique Gordon Brown a décidé de taxer fortement les revenus des spéculateurs au-delà de 500 000 livres, les hedge funds ont migré à Genève, où le conseiller d’Etat en charge des finances, David Hiler, leur a fait un pont d’or. Genève est devenue la capitale mondiale de la spéculation sur les matières premières agroalimentaires. Le canton cofinance même la conférence de ces «requins tigres « qui se tient chaque année à l’Hôtel Kempinski. Les ONG Action de carême et Pain pour le prochain ont écrit au Conseil d’Etat pour se plaindre de sa façon d’utiliser l’argent des contribuables. Sans obtenir de réponse.
Toutes les cinq secondes un enfant de moins de 10 ans meurt de faim. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’agriculture mondiale serait pourtant en mesure de nourrir normalement 12 milliards d’êtres humains, soit près du double de la population mondiale. Comment?
Avec les révolutions technologique, électronique et scientifique, le manque objectif a disparu de la planète. Un enfant qui meurt de faim est assassiné. La faim est faite de main d’homme: les mécanismes qui la créent peuvent donc être brisés par les hommes. Il y a en plusieurs. Un quart des récoltes du monde est détruit par les rongeurs faute de silos. Le vol des terres, ensuite. En 2010, en Afrique, 41 millions d’hectares de terres arables ont été accaparés par des hedge funds, des banques, des fonds souverains, etc. Enfin, tout l’argent que gagnent les pays les plus pauvres sert au service de la dette extérieure, au détriment des investissements dans l’agriculture vivrière. En Ethiopie, par exemple, seules 3,8% des terres sont irriguées. La Banque mondiale a beau jeu de déclarer que la productivité agricole africaine est lamentable pour légitimer le fait de laisser aux investisseurs étrangers le soin de «valoriser» ces terres. Au Burkina Faso, au Niger, au Mali, en temps normal, un hectare produit 600 à 700 kilos de céréales. Alors qu’en Suisse, en Bretagne ou en Lombardie, le même hectare en produira 10 tonnes, soit 10 000 kilos. Ce n’est pas parce que le paysan africain est moins travailleur ou moins compétent que le paysan européen, au contraire, mais le paysan africain n’a pas d’engrais, de semences, d’irrigation ou d’animaux de traction. Il a la houe et dépend des pluies, comme il y a trois mille ans. Il n’y a qu’une chose à faire: investir dans l’agriculture familiale de subsistance.
Vous en appelez à une «insurrection des consciences», qu’est-ce que cela signifie?
L’ordre cannibale du monde n’est plus acceptable. Partout, un impératif moral est à l’œuvre. Une fraternité de la nuit se lève, puissante, qui n’est liée ni aux partis politiques ni aux syndicats. Dans l’hémisphère sud, au Sénégal, dans le nord du Brésil, aux Philippines, en Indonésie, nous assistons à un extraordinaire réveil des paysans. Ils n’attendent rien de leur gouvernement ni de l’ONU, ils occupent des terres, affrontent directement les multinationales sur leur terrain, souvent avec violence. Au Nord, au cœur du monde des dominateurs, la société civile progresse à travers des mouvements multiples. Jugée romantique il y a dix ans, l’idée de la taxe Tobin est aujourd’hui étudiée par le G20. En Suisse, le masque est tombé: le contribuable a donné 68 milliards de francs en 2008 à UBS, qui continue de spéculer comme avant, dans un cynisme total. Même à Wall Street, malgré la pure violence du Capital et l’arrogance de ses détenteurs, l’idéologie obscurantiste néolibérale est en lambeaux. I
«Je peux calmer ma mauvaise conscience»
En quoi ce livre constitue-t-il pour vous une libération?
Libéré du devoir de réserve, je peux enfin dire ce que j’ai vécu, calmer ma mauvaise conscience. Les Mayas au Guatemala, par exemple, où chaque année 90 000 enfants meurent de faim. Quand j’arrive sur place, dans les jeeps blanches de l’ONU, accompagné d’interprètes et d’officiers de sécurité, je vois l’espérance dans les yeux de ces gens. Et, au même moment, je sais que je les trahis. Je sais que lorsque je demanderai une réforme agraire devant l’ONU, j’aurai face à moi les Etats-Unis et leurs alliés, que toutes mes recommandations seront rejetées. La seule chose que j’ai obtenue, ce sont trois hélicoptères pour réaliser un relevé topographique, parce qu’au Guatemala il n’y a même pas de registre foncier. Mais je peux aussi rendre justice aux damnés de la terre, témoigner de leur résistance, le plus souvent ignorée ici. Et enfin, je peux fortifier chez nous une prise de conscience, en montrant de qui nous sommes les complices et où sont les fronts d’action. Ici, en Europe, l’insurrection des consciences est proche.
Près de cinquante ans de lutte

En 1964, jeune avocat stagiaire, aspirant révolutionnaire, Jean Ziegler sert de chauffeur à Ernesto Che Guevara venu à Genève assister à la première Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement. La veille de son départ, alors qu’ils contemplent la ville depuis le dernier étage de l’Hôtel Intercontinental, Jean Ziegler propose de l’accompagner à Cuba. Le Che refuse: «C’est ici le cerveau du monstre, c’est ici que tu dois te battre.» Jean Ziegler est resté. Il a été professeur de sociologie à l’université de Genève. Elu du peuple, également, puisqu’il a siégé, sous les couleurs du Parti socialiste, au Conseil national. On lui doit de nombreux livres traduits à travers le monde, notamment La Suisse lave plus blanc, La Suisse, l’or et les morts, L’Empire de la honte ou encore La Haine de l’Occident. De 2000 à 2008, il a été rapporteur spécial du Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour le droit à l’alimentation. Il est aujourd’hui vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.
Christiane Pasteur
Jean Ziegler, Destruction massive. Géopolique de la faim, 2011, Ed. du Seuil.

jeudi 9 juin 2011

Indignons nous tous, à Paris comme à Madrid...

"Indignons-nous tous, à Paris comme à Madrid !"
La crise globalisée a mis en évidence la dérive oligarchique de nos démocraties. Nous continuons à nous "lever tôt" et à "travailler plus" pour gagner moins. Nous ne pouvions toutefois pas nous plaindre, heureux que nous sommes d'avoir encore un emploi !
La situation est pourtant digne d'indignation. En effet, ceux qui ont provoqué la crise sont les premiers assistés par nos gouvernants, et de surcroît grâce à nos impôts. Les Espagnols ont commencé le mouvement le 15 mai à Madrid, à la Puerta del Sol, sans les partis politiques et contre la classe gouvernante. Celle-ci, loin de se soucier du bien-être populaire, applique sans scrupule une purge d'austérité économique dictée par les mêmes qui n'ont pas hésité à faire appel à l'Etat pour sauver leurs banques.
Les plus de 70 villes espagnoles "indignées" se sont converties en agoras où tout le monde discute et pense autrement notre vivre-ensemble. Les pancartes lues dans les rues parlent d'elles-mêmes : "Nous ne sommes pas contre le système, le système est contre nous", "L'alternance n'est pas la démocratie", "La violence, c'est gagner 600 euros par mois", "Nous ne sommes pas une marchandise"…
DEUIL
C'est dans ce climat d'effervescence citoyenne que le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) perd massivement les élections régionales et municipales. Les résultats du suffrage outre-Pyrénées sont sans appel : le 1,6 million de personnes qui votaient au PSOE dans les élections nationales de 2009 se sont abstenues, ont voté blanc ou accordé leur confiance à d'autres formations politiques en 2011.
Rien de plus normal : comment se sentir encore représenté par une gauche qui n'a pas hésité à baisser les salaires des ouvriers et qui a favorisé la précarisation des relations de travail avec une batterie de mesures de flexibilisation du marché du travail que les conservateurs auraient pu plébisciter ? Lesdites mesures, loin d'améliorer la situation, ont aggravé le taux de chômage, qui est passé de 18 % en 2009 à 21,27 % en 2011. Personne en Espagne n'était contre un ajustement économique nécessaire, mais personne n'accepte que les bas salaires soient les seules variables d'ajustement.
En France, la situation n'est guère plus avantageuse : entre 1996 et 2006, les 10 % des salariés les moins bien rémunérés ont gagné 131 euros de plus, et les mieux rémunérés (0,1 %), 5 426 euros ! Un cadre gagne en moyenne dix fois plus qu'un ouvrier. Et selon le palmarès établi par Les Echos le 26 avril, les grands patrons français ont touché un salaire 24 % plus élevé en 2010 qu'en 2009, pour un montant moyen de 2,46 millions d'euros, soit 150 fois la valeur du smic !
Si l'on est ni rentier ni héritier, on doit faire le deuil de vivre à Paris ou à Madrid : le prix de l'immobilier a augmenté de 140 % en dix ans dans la Ville lumière et de 288 % dans la capitale du royaume ! Le prix des loyers ne cesse d'augmenter : pour moins de 800 euros, on ne trouve pas un studio à Paris ou un deux-pièces à Madrid, alors que le salaire moyen net est de 1 500 euros ici et de 900 à Madrid !
Pourtant, nombre d'experts continuent d'expliquer que tout cela est normal. Mais comment peut-on accepter de ne pas pouvoir se loger décemment dans la ville où on travaille ? Espérer un premier CDI à l'âge de 35 ans ? Se voir réduire peu à peu le remboursement des médicaments ? Ou devoir payer toujours plus cher gaz et électricité ?
La mobilisation continue à la Puerta del Sol et à la Bastille, l'affluence des citoyens indignés ne cesse de croître afin que nos Etats soient au service des citoyens et non à celui des grands pouvoirs financiers. La politique, c'est-à-dire notre destin, se fait dans les agences de notation ou dans les grands cabinets d'avocats d'affaires et non dans son lieu naturel : le Parlement.
Nul ne peut prédire la suite de ce mouvement politique, mais nous savons qu'il serait catastrophique que les grands partis de gauche ne reprennent massivement à leur compte les principales revendications des indignados, tant le contenu des revendications que la critique du système électoral.
Daniel Borrillo et Victor Gutierrez Castillo, respectivement enseignants à l'université Paris-Ouest et à celle de Jaen (Andalousie)

vendredi 29 avril 2011

Accueillir l' étranger comme son frère...

"Un concours de démagogie et d'europhobie entre Paris et Rome"
Députée de Paris, Sandrine Mazetier ( photo) est secrétaire nationale à l'immigration au sein du Parti socialiste. Elle fustige un "concours de démagogie" entre Sarkozy et Berlusconi au sujet des migrants tunisiens. Elle défend par ailleurs la vision de son parti sur l'immigration.
Nicolas Sarkozy envisage une réforme de l'espace Schengen pour faire face à l'arrivée de migrants venant notamment de Tunisie...
Sandrine Mazetier : Il faut d'abord ramener le sujet dans des proportions qu'il n'aurait jamais dû quitter. Je vous rappelle qu'en janvier, Nicolas Sarkozy a justifié publiquement le remaniement gouvernemental en brandissant le risque de flux migratoires "incontrôlables" à l'issue des révolutions arabes. Depuis janvier, il y a eu autour de 20 000 migrants, ce qui est très peu à l'échelle européenne.
Que proposerait le PS à sa place ?
Nous sommes pour le respect de l'Etat de droit dans l'accueil de ces personnes. Il existe une directive européenne de protection temporaire, qui a été créée pendant la guerre des Balkans, et qui prévoit, dans des circonstances exceptionnelles, un accueil solidaire au sein de l'UE de populations fuyant des troubles. Cet accueil est alors mutualisé, et temporaire. On examine ensuite les situations des personnes et on organise leur retour si possible. Nous proposons simplement d'appliquer cette directive.
Nous disons aussi que la situation à Lampedusa [île italienne où arrivent nombre de migrants en provenance du Maghreb] ne peut pas être gérée uniquement par l'Italie. Pour l'instant, nous assistons depuis quelques jours à un concours de démagogie, de xénophobie et d'europhobie de part et d'autre des Alpes. Les personnes qui recherchent la protection de l'Europe doivent être traitées humainement, et les normes européennes doivent être respectées.
Faut-il suspendre Schengen, selon vous ?
Nicolas Sarkozy a créé toutes les conditions pour faire gonfler ce sujet. Suspendre Schengen, cela n'a rien à voir avec le fait d'en appliquer les clauses. Il existe ainsi une "clause de sauvegarde" dans le traité, qui permet à un pays de rétablir temporairement les frontières en cas de potentiel trouble à l'ordre public.
En fait, Schengen a tout prévu, sauf l'irresponsabilité de certains dirigeants actuels et leurs annonces irresponsables et disproportionnées. En outre, je rappelle que les contrôles existent toujours en Europe, même s'ils ne sont plus aux frontières. Chaque jour, on arrête des immigrés clandestins.
Quel programme propose le PS sur l'immigration ? Vous évoquez une régularisation ciblée des sans-papiers, sur des critères précis...
Nous sommes en général pour des règles et pour la régulation. La droite a créé une foule de personnes en situation irrégulière. Nous ne proposons pas de régularisation large, mais une régularisation sur des critères extrêmement précis : la durée de présence sur le territoire, le fait d'avoir un travail, la scolarisation des enfants et un casier judiciaire vierge.
Pour le reste, nous refusons l'appellation "immigration choisie", qui laisse croire qu'une partie est donc "subie". Nous estimons que les migrations de travail s'organisent s'il y a des secteurs qui en ont besoin, avec les partenaires sociaux, mais aussi avec les territoires concernés. Car oui, il y a une question économique de l'immigration, qui est nécessaire, même si ce sujet est un impensé en France, et surtout à droite.
Sur le plan européen, faut-il également mener des actions, selon vous ?
Dans le programme, nous évoquons un renforcement du droit d'asile sur le plan européen. Il faut réfléchir à des normes communes sur ce droit fondamental. En revanche, nous ne sommes pas certains que les politiques migratoires doivent se décider au niveau européen. Les situations sont très différentes entre le sud et le nord de l'Europe, les pays méditerrannéens et les pays nordiques...
Sandrine Mazetier, députée PS de Paris
Propos recueillis par Samuel Laurent

Dans le sud de l'Italie, un village déserté reprend vie en accueillant des immigrés
Riace (Italie). On l'appelle "le village des migrants". En arrivant sur la petite place de Riace, ce village du fin fond de la Calabre perché sur une colline, non loin de la côte, on comprend vite pourquoi. Les fillettes qui courent en criant, en cet après-midi presque estival, sont éthiopiennes, érythréennes ou somaliennes. Comme leurs mères qui veillent sur elles depuis l'atelier de couture, un peu plus loin. Ce n'est pas pour rien qu'à l'entrée de Riace, le panneau indique "ville d'accueil" et qu'il y a quelques jours, L'Osservatore Romano, le quotidien du Vatican, a cité cette bourgade comme un exemple à suivre vis-à-vis des immigrés.
Alors que d'un bout à l'autre de l'Italie, les Tunisiens arrivés ces dernières semaines à Lampedusa sont rejetés, le maire de Riace, Domenico Lucano, a fait savoir au gouvernement que sa commune était prête à en accueillir une partie. Une quarantaine de communes des alentours aussi se disent disponibles à emboîter le pas de Riace sur le chemin de la solidarité choisi un jour de juillet 1998.
Ce jour-là, une embarcation avec 300 Kurdes à bord échoue sur la côte. Les habitants ne réfléchissent pas à deux fois et ouvrent leurs portes. C'est le déclic. Ces étrangers arrivés de la mer constituent une aubaine pour un village en voie de dépeuplement. Riace comme tant d'autres communes calabraises est déserté par ses habitants, partis chercher fortune ailleurs.
Alors que le bourg comptait plus de 2 500 personnes dans le passé, il n'en abrite plus que quelques centaines. La découverte, en 1972, au large, des Bronzes de Riace, deux sculptures grecques du Ve siècle avant J.-C., a été la énième déception. Les statues sont parties au musée de Reggio de Calabre. Avec les touristes qui devaient affluer ici et contribuer à stopper l'émigration.
Riace comprend alors que sa richesse réside dans l'accueil des étrangers. Le village allait remplir le vide laissé par ses émigrés partis au Canada ou en Australie avec ces immigrés venus, eux aussi, de loin. "Un avenir était possible, avec une nouvelle cohésion sociale. Les gens s'en allaient, l'école avait fermé, les services de base commençaient à manquer. On se demandait à quoi bon programmer encore des travaux publics, et même tenir en vie un bourg qui se vidait petit à petit. Or, avec ces nouveaux arrivés, l'espoir pouvait renaître", explique le maire.
Assis au café ou sur les marches de l'église, les habitants semblent habitués à une situation qui leur apparaît désormais comme normale. "Nous nous sommes pas mal repeuplés, mais je peux vous dire que le village était littéralement mort", lance, satisfait, l'un d'entre eux. Un autre villageois acquiesce en regardant les enfants courir dans les ruelles : "Pour nous, ce sont tous des petits-fils."
Une association se charge de repérer les logements vides et de les remettre en état pour l'accueil des réfugiés. Ceux-ci ne sont pas laissés seuls. En attendant les subventions pour les demandeurs d'asile qui tardent systématiquement, des bons sous la forme d'une sorte de monnaie locale, à l'effigie de Gandhi, Luther King ou Che Guevara, circulent librement dans le village. Au moment où l'argent arrivera, les magasins demanderont à être réglés directement à la commune.
En attendant la définition de leur statut, les réfugiés occupent leur temps avec profit. Le silence des ruelles est rompu par des ateliers de couture, de menuiserie, de céramique, de verrerie qui ont été ouverts en vertu d'un plan régional pour l'insertion des migrants. L'idée est de transmettre aux immigrés les vieux métiers du cru.
Employée à la verrerie, Lubaba est arrivée d'Ethiopie il y a trois ans, au terme d'un long périple. En Libye, elle s'est embarquée pour Lampedusa, avant de commencer un autre voyage dans les centres d'accueil italiens, cette fois. Jusqu'à Riace où elle a décidé, enfin, de s'arrêter. "J'ai un logement, j'ai de quoi vivre, j'apprends un métier et ma fille est née ici", explique-t-elle.
Six mille réfugiés sont passés par le village au fil des années. Si beaucoup repartent, certains restent et tentent de créer leur propre atelier ou commerce. Un choix qui n'est pas facile, comme a pu le constater cette Afghane qui a ouvert Les Tricots d'Herat (ville afghane) après avoir fui son pays avec ses deux enfants à la suite de la mort de son mari. "Nous avons de quoi manger grâce à ce que j'arrive à vendre, mais c'est dur. L'hiver, c'est mieux, mais l'été, j'ai plus de mal avec les tricots en laine", explique-t-elle en travaillant sous le regard de sa fille Faeze.
Cette dernière n'a pas de doute. Son avenir est ici. Dans son italien au fort accent calabrais, elle dit se sentir "comme les autres à l'école". Plus de 200 réfugiés comme elle et les membres de sa famille ont fait le choix d'être les nouveaux citoyens de Riace.
Salvatore Aloïse

mardi 1 février 2011

Devoir d'indignation

Des élus de la Communauté de Commune du pays de Saillans sont prêts à voter pour l'implantation d'un supermarché Spar sur la zone d'activités au niveau du village de Saillans .

Une étude (OCMMR) demandée en 2007 par ces élus est défavorable : un supermarché nuirait à la « centralité » commerciale du village de Saillans et du canton

Deux artisans attendent depuis avril 2010 apportant entre 10 à 12 emplois nouveaux (contre 2 à 4 pour Spar)

Ces deux artisans apportent un chiffre d'affaire équivalent à celui du supermarché (1 million) sans prendre sur les commerces installés

Le « Proxi » de Vercheny est directement concerné

2 emplois menacés

Pour 9€ 66 HT le m2, le grand commerce s'installerait et les
citoyens du département paieraient les infrastructures à venir (aménagement routier)

Quel gain écologique ? Des haricots verts du Kenya? Des pommes

du Brésil? Des fraises d'Espagne... ?

Une forte mobilisation citoyenne s'est levée pour garder une qualité de vie, un cœur de village et de canton vivant, favoriser des choix de vie (artisans, commerçants), des circuits courts, des produits de qualités

LE JEUDI 3 FEVRIER (JOUR DU VOTE) A 18h45 PLACE DE LA POSTE A SAILLANS

VENEZ NOUS REJOINDRE

"d'après un tract distribué lors des journées d'écologie au quotidien"