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lundi 18 novembre 2013

La Vie vient-elle de l'Espace ?

La vie vient-elle de l'espace ?

comete IsonIllustration de la comète Ison
Une équipe de recherche britannique du département de biotechnologie et de biologie moléculaire de l'Université de Sheffield, dirigée par Milton Wainwright, aurait-elle découvert une trace de vie extraterrestre dans la stratosphère ? Peut-être, si l'on en croit l'observation troublante réalisée par ces scientifiques.
Fin juillet, cette équipe a envoyé un ballon-sonde dans la stratosphère au-dessus de Chester, dans le nord-ouest de l'Angleterre. Ce ballon était muni d'un tiroir télécommandé qui s'est ouvert pendant 15 minutes, entre 22 et 27 kilomètres d'altitude. Après avoir récupéré le ballon au sol, les scientifiques ont eu la surprise de constater, grâce à un examen microscope électronique à balayage, que le tiroir dont ils avaient déclenché l'ouverture contenait les restes d'une structure biologique, de quelques micromètres de long, proche d'une diatomée, une algue unicellulaire.
Or ces chercheurs précisent dans leurs communiqué  que toutes les précautions avaient été prises pour que le fameux tiroir ne puisse pas être contaminé avant et pendant le vol de ce ballon-sonde. Non seulement ce tiroir avait fait l'objet d'un nettoyage approfondi mais il était en outre muni d'un système de protection, sous forme de galerie, qui empêchait toutes particules venant du ballon de venir le polluer pendant son ouverture dans la stratosphère.
Selon ces chercheurs, aucun phénomène terrestre naturel (tempête ou éruption volcanique) ni aucune action humaine (vol aérien) ne peuvent expliquer la présence d'un micro-organisme de ce type à une telle altitude.
Le professeur Milton Wainwright en arrive donc à la conclusion "Qu'il est très probable que cette structure vienne de l'Espace et que la vie voyage probablement dans l'Espace sous différentes formes et arrive continuellement sur terre depuis très longtemps, sans doute transportée par les comètes".
D'autres recherches récentes menées par une équipe anglo-américaine confortent cette hypothèse d'une vie qui serait venue de l'Espace pour ensemencer notre Terre.
Les astronomes ont déjà détecté dans les comètes (comme la comète de Halley) des composés d'ammoniac et d'autres briques élémentaires de la vie qui constituent des acides aminés et les protéines. L'acide aminé le plus simple, la glycine, a d'ailleurs récemment été découvert dans les échantillons de la comète 81P/Wild-2 recueillis en 2004 par la mission Stardust de la NASA.
Mais l'apparition de la vie nécessite la présence et la combinaison d'acides aminés plus complexes. Or les modèles informatiques conçus par Nir Goldman, du Laboratoire national Lawrence Livermore en Californie, montrent que de violents impacts de comètes et de météorites pourraient provoquer la formation d'acides aminés complexes.
C'est précisément cette hypothèse que souhaitait vérifier une équipe d'astrophysiciens du Collège impérial de Londres, dirigée par Zita Martins.
Ces chercheurs soulignent que l'origine de l'apparition de la vie sur Terre reste un mystère aussi épais que son absence apparente sur d'autres planètes du système solaire comme Mars. Selon ces scientifiques, les comètes auraient pu jouer un rôle déterminant dans l'apparition de la vie sur notre planète.
Ces corps célestes qui viennent de la ceinture de Kuiper ou du nuage d'Oort sont en général composés pour moitié de glace faite d'un mélange d'eau, de gaz carbonique, de méthane, d'éthane et d'acétylène. L'autre moitié est constituée de roches similaires à celles des météorites. La plus célèbre de ces comètes, la fameuse comète de Halley, nous rend visite régulièrement tous les 75 ans et mesure 15 km de long avec un noyau de 500 km3 de volume et une masse estimée à environ 100 milliards de tonnes.
Un certain nombre de scientifiques pense que ces comètes pourraient non seulement être à l'origine de la présence d'eau sur Terre mais auraient également provoqué l'apparition des fameux acides aminés constituant les briques élémentaires de la vie.
Pour tester cette hypothèse, les chercheurs britanniques ont constitué plusieurs mélanges de glace, de dioxyde de carbone, d'ammoniac et de méthanol dont la température a été abaissée à un niveau comparable à celui des comètes. À l'aide d'un canon à gaz, ils ont ensuite tiré sur ces différents mélanges un certain nombre de projectiles de 500 kg à des vitesses allant jusqu'à 25 000 km/h.
À l'issue de ces essais, les chercheurs ont constaté qu'ils avaient réussi à produire des D et L-Alinine, un type d'acide aminé à l'origine des protéines ainsi que deux acides aminés qui ne sont pas, eux, impliqués dans les protéines, l'a aminoisobutyrique et l'isovaline.
Même si les chercheurs sont encore loin de pouvoir produire les 21 acides aminés nécessaires à la vie, ces expériences montraient tout de même que les impacts violents provenant de la collision des comètes avec la terre aient pu produire certains de ces acides aminés. Si l'on admet le fait que la Terre a dû être bombardée de manière permanente par des comètes depuis sa formation, il y a près de 4,6 milliards d'années, il est possible que ces comètes aient pu contribuer à augmenter sensiblement la quantité d'eau dans notre atmosphère, ce qui a sans doute accéléré le refroidissement et la solidification de la surface de la terre.
Mais toute la question est ensuite de savoir si ces comètes ont également joué un rôle majeur dans l'apparition de la vie sur notre planète, un événement évidemment capital qui serait survenu il y a au moins 3,8 milliards d'années, selon les dernières estimations. Même si ces expériences ne tranchent pas cette question fascinante, elles montrent qu'une telle hypothèse est plausible et que le bombardement continu de notre planète par un grand nombre de comètes pendant plusieurs centaines de millions d'années a pu finir par provoquer la constitution d'un grand nombre d'acides aminés nécessaires à l'apparition de la vie.
Ces travaux confirment donc ceux publiés en mars 2012 par une équipe du CNRS.
Ces chercheurs avaient en effet réussi à fabriquer une comète artificielle dans les mêmes conditions extrêmes que celles qui règnent dans l'Espace et l'avaient irradiée en la soumettant à un rayonnement ultraviolet intense. Quelques semaines plus tard, en utilisant une nouvelle technologie de pointe, la chromatographie multidimensionnelle en phase gaz, ces scientifiques avaient pu identifier la présence de vingt-six acides aminés dans cette comète artificielle.
Ils avaient également découvert pour la première fois six acides diaminés, dont la N-(2-Aminoethyl) glycine, fortement pressentie comme constituant-clé des premières molécules d'ADN terrestre : les molécules d'acide peptidique nucléique (APN).
Il faut enfin souligner qu'une autre étude publiée il y a quelques jours dans la prestigieuse revue « Science » étend cette hypothèse d'une vie venue de l'Espace aux autres planètes situées en dehors de notre système solaire.
Pour la première fois en effet, une équipe internationale d'astrophysiciens a découvert, en dehors de notre système solaire, à quelque 170 années-lumière de la Terre, autour d'une étoile en fin de vie (une naine blanche baptisée GD 61) des traces d'une présence abondante d'eau et un corps rocheux,
En observant le nuage de gaz évoluant autour de cette étoile, les chercheurs ont constaté que celui-ci correspondait aux restes d'un astéroïde qui devait avoir au moins 90 km de diamètre et était composé d'environ 26 % d'eau.
Mais les astrophysiciens ont également identifié dans ce vaste nuage, une présence abondante de magnésium, de silicium, de fer et de l'oxygène, des éléments qui forment les principaux constituants des roches.
Or il se trouve que les planètes rocheuses comme notre Terre se forment par l'agrégation d'astéroïdes et le fait de trouver autant d'eau dans un corps céleste de grande taille apporte la preuve que les matériaux formant les planètes habitables existent bien en abondance dans ce système stellaire et très probablement dans un grand nombre d'autres systèmes comparables.
Comme le souligne l'astrophysicien de Cambridge Jay Farihi, « Nos observations nous ont convaincu que cette naine blanche était en train de finir d'absorber un gros astéroïde composé pour plus d'un quart d'eau. Cette découverte confirme l'hypothèse selon laquelle les astéroïdes, en s'écrasant sur les planètes environnantes, leur apportent de grandes quantités d'eau, ce qui pourrait favoriser l'apparition de la vie. »
L'ensemble de ces avancées et découvertes en astrophysique et en exobiologie rendent donc sinon probable du moins possible, l'hypothèse d'une vie véhiculée dans l'Espace par la multitude de corps célestes s'y déplaçant (comètes et astéroïdes notamment) et « ensemençant » certaines planètes possédant déjà des conditions physico-chimiques favorables à l'apparition et au développement de la vie.
Mais si cette hypothèse se révèle fondée, alors une autre question fascinante se pose : sachant qu'il y a entre 100 et 240 milliards de planètes dans notre seule galaxie, dont plusieurs dizaines de milliards sont sans doute assez semblables à la Terre, se pourrait-il que la vie soit apparue sur d'autres mondes, apportée par ces corps célestes ?
Cette hypothèse semble raisonnable, même si pour l'instant la puissance de nos moyens technologiques d'observation et d'analyse ne nous permet pas encore d'identifier avec certitude la présence de la vie sur des planètes situées en dehors de notre système solaire.
Mais une telle détection n'a rien d'impossible et sera probablement à la portée de la communauté scientifique d'ici quelques années. En outre, les chances de repérer une planète porteuse de vie vont d'autant plus augmenter que, non seulement nos outils technologiques devraient rapidement progresser mais que le nombre de planètes extrasolaires identifiées (plus de 1000 de ces planètes ont déjà été découvertes en 20 ans) va très probablement exploser dans les années à venir.
Il se peut donc que non seulement la vie sur Terre soit venue de l'Espace mais qu'elle soit un phénomène assez banal à l'échelle cosmique. Si une telle réalité était scientifiquement confirmée dans les décennies à venir, il s'agirait non seulement d'une découverte majeure dans l'histoire de l'Humanité mais également d'un événement aux conséquences philosophiques et métaphysiques incalculables.
En effet, si nous avions la preuve que la vie, telle que nous la connaissons (c'est-à-dire basée sur la chimie du carbone), est présente un peu partout dans l'Univers, la question de son inscription potentielle dès la naissance du Cosmos prendrait une tout autre dimension.
Nous serions alors bien obligés d'admettre que la petite dizaine de constantes fondamentales (leur nombre exact ne fait pas encore l'objet d'un consensus scientifique) qui régit notre Univers semble bien avoir été parfaitement ajustée de manière à ce que la vie émerge partout dans le cosmos.
Cette question de l'ajustement extraordinairement précis des constantes fondamentales de la physique est en effet l'une des plus fascinantes de la science et ne peut pas être séparée, comme le pensait d'ailleurs Einstein, de l'énigme que représente l'apparition de la vie et son développement vers la conscience.
Or un article publié en mars 2013 par une équipe de physiciens sur le site de l'Université Cornell et intitulé « La viabilité de la vie basée sur le carbone en fonction de la masse du quark léger » est venu singulièrement renforcer ce lien ontologique entre la valeur des constantes fondamentales de notre Univers et la possibilité, sinon la nécessité, de l'apparition de la vie.
Dans cet article, les physiciens montrent, en s'appuyant sur les travaux de l'astrophysicien Fred Hoyle (décédé en 2001) que la nucléosynthèse du carbone et de l'oxygène en quantités nécessaires pour l'apparition de la vie aurait été tout simplement impossible si les quarks légers avaient des masses très légèrement différentes de celles observées dans la nature. Selon ces chercheurs, il suffirait que ces masses qui dépendent elles-mêmes de la valeur du fameux boson de Higgs découvert récemment par les chercheurs du Cern, varient de seulement 2 % pour que la vie basée sur le carbone ne puisse pas apparaître.
A ce stade de la réflexion on voit que les sciences de la matière et les sciences du vivant se rejoignent et nous conduisent à nous interroger sur la nature et la finalité de notre Univers. Soyons assurés que ces prochaines années seront décisives dans cette quête de connaissances qui nous fait aller toujours plus loin dans la recherche de nos origines comme dans celle de notre destin
.Auteur
fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

jeudi 4 octobre 2012

Demain , la dépossession...vers la dictature technologique...

Bactéries du futur : Dans leurs éprouvettes , des chercheurs préparent la biologie et la génétique de demain. Des "biologistes-ingénieurs" qui redéfinissent le vivant, et tentent de détourner des bactéries de leur fonction. Pour eux, la science est sur le point de pouvoir mettre un terme au bricolage inopérant de l'évolution darwinienne. Enquête.


A l’heure actuelle la demande en énergie croît plus vite que l’offre. Selon l’Agence internationale de l’énergie, à l’horizon 2030 les besoins de la planète seront difficiles à satisfaire, tous types d’énergies confondus. Il faudra beaucoup de créativité pour satisfaire la demande.
Vincent Schachter, directeur de la recherche et du développement pour les énergies nouvelles à Total commence son exposé sur la biologie de synthèse. “C’est important de préciser dans quel cadre nous travaillons”. Ses chercheurs redessinent le vivant. Ils s’échinent à mettre au point des organismes microscopiques, des bactéries, capables de produire de l’énergie.
En combinant ingénierie, chimie, informatique et biologie moléculaire, les scientifiques recréent la vie.

dimanche 4 mars 2012

Les grandes manipulations scientifiques du Communisme...

L’affaire Lyssenko, ou la pseudo-science au pouvoir

« Comment peut-on parler de science sans citer une seule fois le nom du plus grand savant de notre temps, du premier savant d’un type nouveau, le nom du grand Staline ? »
Victor Joannès, responsable communiste, en 19481

« On pourra nous mener au bûcher, on pourra nous brûler vifs, mais on ne pourra pas nous faire renoncer à nos convictions. (…) renoncer à un fait simplement parce que quelqu’un de haut placé le désire, non, c’est impossible. »
N. I. Vavilov, éminent généticien soviétique, mars 19392.

L’affaire Lyssenko appelle sous la plume de ceux qui se penchent sur elle les superlatifs les plus réprobateurs : « l’épisode le plus étrange et le plus navrant de toute l’histoire de la Science  », selon le prix Nobel de biologie Jacques Monod3 ; « une régression, unique dans les annales de la science contemporaine  », pour les journalistes Joël et Dan Kotek4 ; et rien moins que la « plus grande aberration rencontrée dans l’histoire des sciences de tous les temps  »5, si l’on veut bien suivre le généticien Denis Buican.6
Il est vrai que 60 ans plus tard, celui qui parcourt cette histoire est rapidement frappé par le caractère délirant de certains aspects du lyssenkisme. Comment l’URSS, qui proclamait par ailleurs son adhésion à une vision scientifique du monde, a-t-elle pu confier son agronomie à un charlatan, tout en le laissant détruire un pan entier de la recherche soviétique, celui de la génétique, pourtant jusque-là plutôt bien portant dans ce pays ?

La génétique, science « réactionnaire » ?

Pour ce qui est de la France, l’affaire Lyssenko commence le 26 août 1948, dans le journal communiste Les Lettres françaises, avec un reportage qui se fait l’écho de la session d’août de l’Académie Lénine des sciences agronomiques. Son titre : « Un grand événement scientifique : l’hérédité n’est pas commandée par de mystérieux facteurs »…
Science fausse et fausse science
Ce texte de Jean Rostand, paru en 1958, contient la première étude critique consacrée à l’Affaire. L’essai traite notamment de l’affaire des Rayons N, de la radiesthésie, des médiums (domaine appelé à l’époque la « métapsychie »), et pour finir de la « biologie mitchourinienne ».
Pourtant, aucune authentique découverte n’est à signaler, et le seul fait avéré est alors le suivant : la session qui a débuté le 31 juillet 1948 a vu la prise de pouvoir par l’agronome T.D. Lyssenko, qui proclame la déchéance de la génétique et l’avènement de ses propres conceptions en matière d’hérédité. Son rapport vise à « bannir le hasard de la biologie » et se situe lui-même dans la perspective suivante : « Dans la période post-darwinienne, la plus grande partie des biologistes du monde, au lieu de continuer à développer la doctrine de Darwin, firent tout pour avilir le darwinisme, pour en étouffer la base scientifique. L’incarnation la plus éclatante de cette dégradation est donnée par Weismann, Mendel, Morgan, fondateurs de la génétique réactionnaire contemporaine »7.
La génétique, qui est ici qualifiée de « réactionnaire », est alors une science jeune8, qui, en quelques dizaines d’années, a mis à jour les mécanismes de l’hérédité en s’appuyant sur l’idée de transmission des caractères par le biais des gènes qui en seraient le support matériel exclusif. Et ceux qui sont accusés ici de dégrader le darwinisme sont les principaux savants ayant contribué à la percée de la génétique :
Le moine autrichien Johann Gregor Mendel est considéré comme le père de la génétique pour avoir publié en 1865 ses travaux, passés inaperçus à l’époque, sur les lois de l’origine et de la formation des hybrides, à partir de ses expériences avec des variétés de pois. Il constate, en étudiant les descendances d’hybrides, l’existence de lois statistiques régissant la distribution des caractères concernés par le croisement.
August Weismann est un biologiste allemand de la fin du XIXe siècle, qui a réfuté l’hypothèse très répandue à l’époque de la transmission héréditaire des caractères acquis, par exemple en coupant la queue à des générations de souris… et en constatant que les souris continuaient à naître avec une queue longue ! Il a également émis l’hypothèse d’un « plasma germinatif » qui contiendrait l’information héréditaire.

Quant au généticien états-unien Thomas Hunt Morgan, il a pour sa part reçu le prix Nobel de médecine en 1933 pour avoir montré que les chromosomes étaient les supports physiques de l’information héréditaire. Ses expériences sur les fameuses mouches « drosophiles » du vinaigre ont confirmé l’application des lois de Mendel chez les animaux, en étudiant les descendances de mouches aux yeux blancs ou rouges croisées entre elles.
Ce sont toutes ces avancées que le lyssenkisme s’efforce de balayer. Et, dans le contexte du début de la guerre froide, alors que Jdanov a lancé la bataille idéologique sur le terrain culturel, le lyssenkisme est alors présenté par ses partisans comme l’exemple réalisé d’une « science prolétarienne » unifiant la théorie et la pratique et permettant par là-même de dépasser les horizons d’une « science bourgeoise » qui serait, elle, l’expression forcément limitative de l’idéologie d’une classe sociale aux abois… Au-delà de ces querelles purement idéologiques, Lyssenko annonce que sa compréhension nouvelle des mécanismes de l’hérédité va permettre de véritables révolutions agronomiques susceptibles de faire fortement progresser les rendements de l’agriculture soviétique collectivisée. Et c’est bien dans le domaine de l’agronomie, et non celui de la génétique, que le lyssenkisme a commencé sa singulière aventure…

L’ascension de Lyssenko

Lyssenko, l’agronome, se fait connaître en 1926-1927 par des expériences sur des cultures hivernales de plantes comme le pois. Il acquiert une certaine réputation avec sa technique de la « vernalisation » : il « découvre » que les variétés hivernales semées au printemps plutôt qu’en automne peuvent produire à condition d’avoir été préalablement exposées au froid. La vernalisation consistait à humidifier sous abri les semences de blé ou d’autres céréales, en les remuant sans cesse et en les maintenant dans des conditions déterminées. Les graines étaient semées alors qu’elles avaient déjà commencé à gonfler. Les fortes pertes de grains en Ukraine lors de l’hiver 1927-1928 provoquent un intérêt croissant pour la vernalisation, et Lyssenko reçoit le soutien du commissaire à l’agriculture Yakovlev, mais sa communication au Congrès d’agronomie de 1929 ne convainc pas les scientifiques réunis à cette occasion.9
Lyssenko se présente alors comme le continuateur des expérimentations du botaniste Ivan Vladimirovitch Mitchourine, qui a développé une pratique de croisements de variétés fondés notamment sur des greffes, et prétend avoir ainsi créé par « hybridation végétative » des centaines de nouvelles variétés. Mitchourine est parvenu dans les années 1920 à obtenir un certain soutien de la part du gouvernement soviétique, qui était initialement très sceptique, mais il est resté jusqu’à sa mort en 1935 largement déconnecté de la communauté scientifique, ce qui ne l’a pas empêché de devenir une sorte de héros populaire de la botanique, le prototype du nouveau scientifique intéressé par la pratique plus que la théorie. Lyssenko et Mitchourine ne sont alors que des pratiquants d’une agronomie plus ou moins fantaisiste prospérant en marge de l’agronomie scientifique privilégiée par le régime soviétique. Celle-ci est incarnée par la figure du généticien et botaniste Nikolai Ivanovitch Vavilov, président de l’Académie Lénine des Sciences agronomiques et membre du Comité Central. Il avait entamé un programme unique au monde d’importation systématique de variétés de plantes venues d’autres parties de la planète, et il avait initié l’étude de ces variétés dans le but d’améliorer les espèces.
Les attaques de Lyssenko contre Vavilov se développent à partir de 1931. Lyssenko estime que les progrès des rendements permis par les méthodes d’amélioration variétale de l’école de Vavilov sont beaucoup trop lents, et il affirme aux autorités soviétiques que l’application de ses propres méthodes à grande échelle permettrait d’atteindre les objectifs fixés pour le court terme, et ce d’une manière plus adaptée à la nouvelle agriculture socialisée. Les lyssenkistes remettent alors en cause les principes mêmes de la recherche scientifique incarnée par Vavilov : ils expliquent qu’il est absurde d’expérimenter dans des stations agronomiques spécifiques avant de généraliser l’usage des variétés obtenues, et que chaque paysan doit lui-même devenir un expérimentateur, la pratique primant sur les canons de la recherche scientifique10. Ainsi, au cours des années 1930, Lyssenko et ses disciples s’immiscent dans des questions d’ordre scientifique et en viennent à attaquer de front la génétique, dont les fondamentaux infirment leur propre approche de l’amélioration variétale, et notamment de l’hérédité des caractères acquis par les plantes au moyen de greffes.
En 1936 et 1939, lors de deux conférences sur le sujet, la majorité des scientifiques se taisent ou essaient d’apaiser Lyssenko par peur des représailles à l’encontre des « spécialistes bourgeois ». La discussion, engagée sur le terrain de la primauté du critère de la pratique, en reste au pur niveau de la théorie, sans référence précise à des données expérimentales11. La répression commence contre certains généticiens, dans un contexte de terreur généralisée à l’encontre de tous ceux qui sont accusés d’être des ennemis de l’intérieur. Le VIIe congrès International de génétique, qui aurait dû avoir lieu à Moscou en 1937, ne peut s’y tenir et se déroule finalement en 1939 en Écosse. Le généticien états-unien Hermann J. Muller, futur prix Nobel et sympathisant communiste installé au pays des Soviets, quitte l’URSS en 1937. Vavilov est arrêté et emprisonné en 1940, et meurt dans son cachot en 1943. Après son triomphe de 1948, Lyssenko est à la tête de l’agronomie et de la biologie soviétique, qu’il gère de manière dictatoriale en l’expurgeant de ses adversaires.
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Numéro 1, en janvier 1952, du bulletin de l’Association des amis de Mitchourine, principal artisan en France du « lyssenkisme expérimental ». Créée en 1950 et principalement animée par Claude-Charles Mathon, l’association a revendiqué au faîte de sa gloire 5 000 expérimentateurs, et a poursuivi ses activités jusqu’en 1963.

L’écho international de l’affaire

La révélation internationale du coup de force de Lyssenko a été une sorte de coup de tonnerre dans un ciel serein. En effet, la situation précaire de la génétique en URSS après 1939 était mal connue dans le reste du monde, comme le montre la perception du cas Vavilov. Les biologistes ayant des sympathies communistes, comme par exemple l’anglais J.B.S. Haldane, tendent alors à considérer les rares informations ayant filtré à propos de la mort de Vavilov comme de la propagande antisoviétique, et ils continuent à croire à la liberté de discussion scientifique en URSS12. Le biologiste français Pierre-Paul Grassé raconte comment, lors d’un voyage en URSS en juin 1945, les participants cherchent à rencontrer Vavilov et s’étonnent des réponses évasives et embarrassées de leurs interlocuteurs, jusqu’à ce qu’ils finissent par découvrir la vérité13.
La France est le pays où l’écho de l’affaire a été le plus profond, en partie du fait du poids du Parti Communiste dans l’immédiat après-guerre. La polémique enfle immédiatement après la parution de l’article des Lettres Françaises. Elle est relancée notamment en octobre 1948 lorsque le poète stalinien Louis Aragon s’improvise spécialiste en biologie en consacrant un numéro de sa revue Europe à la promotion des thèses lyssenkistes144. L’historien des sciences Stéphane Tirard, auquel les analyses qui suivent sont empruntées, a dressé la liste des différentes contributions parues à ce sujet entre septembre et décembre 1948, et constate que le débat a agité avant tout la presse de gauche. Il examine ensuite en détail les réactions d’un certain nombre de biologistes, les prises de position de trois d’entre eux étant très significatives15 :
Jean Rostand16 fait part de ses doutes sur la réalité des annonces faites par Lyssenko et prévient : « Ne tombons pas dans le ridicule de politiser les chromosomes ». Il tente de maintenir la discussion sur le strict plan scientifique, et met en quelque sorte les lyssenkistes au défi de produire les preuves de ce qu’ils avancent. Il esquisse un parallèle avec un lamarckisme alors en déclin, suggérant que le lyssenkisme allait probablement connaître le même sort17.
Jacques Monod, qui est chercheur à l’Institut Pasteur et proche du Parti Communiste, réagit lui de manière plus radicale. Il ne fait aucun doute pour lui que les arguments de Lyssenko sont mensongers, et il s’interroge plutôt pour savoir comment celui-ci a pu l’emporter. Il place le débat sur le terrain de la liberté d’expression en URSS et affirme ainsi sa rupture avec le PCF : « En définitive ce qui ressort le plus clairement de cette grotesque et lamentable affaire, c’est la mortelle déchéance dans laquelle est tombée en URSS la pensée socialiste  »18.
Marcel Prenant est dans une position extrêmement délicate. Personnalité prestigieuse, il est membre du Comité Central du Parti Communiste, dont il est le biologiste le plus connu. Le titre que la rédaction de Combat19 donne à sa contribution traduit son embarras : « Selon le Pr Marcel Prenant Lyssenko respecte les bases de la génétique classique mais estime avoir obtenu la fixation héréditaire de caractères acquis  ». Des années plus tard, Marcel Prenant commentait : « J’ai écrit des bêtises, je le sais très bien, j’essayais de trouver une troisième voie. Je me disais, c’est pas possible que des gens qui ont la qualité d’esprit, de réflexion et de matérialisme qu’ont les soviétiques… car même du point de vue matérialiste et dialectique, l’histoire de Lyssenko est une folie (…). Il n’y avait aucune découverte, il n’y avait rien, rien. Pendant quelques temps, j’ai cherché une voie… Je me disais où est la faille ? J’ai essayé de faire avaler ça de toutes les façons.  »20 L’URSS jouit alors d’un grand prestige, et, dans les rangs communistes, il est impossible d’imaginer qu’il s’agit là d’une fraude. Marcel Prenant, de plus en plus conscient que c’en est une, est définitivement convaincu après sa rencontre avec Lyssenko en novembre 1949, et refuse de prendre la tête de la croisade lyssenkiste que veut mener en France le PCF. Il est donc exclu du Comité Central en 1950.
Un témoignage du généticien Philippe L’Héritier
On peut penser que dans ce récit le « type » en question est Claude-Charles Mathon, qui avait demandé à Marcel Prenant d’utiliser les salles de TP de la Sorbonne pour ses expérimentations. Georges Teissier, cité dans cet extrait, était zoologiste et biologiste et a été directeur du CNRS de 1946 à 1950. Membre du Parti Communiste, il appartenait également au comité de direction de la revue communiste La Pensée.
« Cette affaire Lyssenko avait mis Teissier dans l’embarras à cause de ses opinions politiques. Mais il n’y a jamais cru, pas plus que Marcel Prenant. Je me souviens d’une conférence à la Sorbonne où un type nous prêchait le “lyssenkisme” et argumentait en disant qu’en France si quelqu’un s’avisait de défendre des théories non mendéliennes, sa carrière était fichue. J’avais dû intervenir. “Ne charriez pas ! En 1937 Teissier et moi, c’est ce qu’on a fait avec notre sensibilité de la drosophile au gaz carbonique… et aujourd’hui, nous sommes tous les deux professeurs à la Sorbonne !”. Monod dans son coin se tordait de rire »
Cité dans Jean-François Picard, La République des savants : la recherche française et le CNRS 1939 – 1989, Paris, Flammarion, 1990, p. 139.
Si l’adhésion au lyssenkisme reste ainsi marginale parmi les biologistes, fussent-ils par ailleurs communistes, celui-ci n’est souvent pas dénoncé de front, comme d’autres fraudes scientifiques ont pu l’être21 – par exemple du fait de leur incompatibilité avec des théories existantes et déjà solidement éprouvées, comme c’était le cas pour la génétique. Il vaut la peine ici de se pencher un instant sur l’attitude adoptée à l’époque par les organisations rationalistes qui se fixaient pour tâche de défendre et de promouvoir l’esprit et la culture scientifiques. Si l’on se penche sur les prises de position publiques22, on constate que c’est surtout un silence gêné qui prévaut. L’Union Rationaliste, par exemple n’évoque jamais l’affaire dans sa publication principale, Les cahiers rationalistes. Et il faut même attendre le numéro 183 de décembre 1959 pour que soit évoquée la question de la génétique, avec un article intitulé « Problèmes de l’hérédité », qui est consacré en fait aux aptitudes intellectuelles et pas du tout aux questions posées par le lyssenkisme. Cette stratégie d’évitement s’explique aisément par la proximité de l’association d’avec le Parti Communiste : son président est alors Frédéric Joliot-Curie, et des personnalités comme Marcel Prenant ou son collègue et camarade Georges Teissier font partie du comité d’animation. Même si l’on s’éloigne de la galaxie communiste et que l’on va regarder du côté de la collection de La Raison Militante, organe de la « Fédération Nationale des Libres Penseurs de France et de l’Union Française », on trouve très peu de choses. La première mention de l’affaire Lyssenko se produit seulement dans le numéro 17 bis de février 1949, à travers un bref compte rendu du numéro spécial de la revue Europe, qui est qualifié d’«  extrêmement intéressant ». Une chronique, signée Paul-Henri Paillou paraît dans le numéro 19 d’avril 1949, sous le titre « Le coup de tonnerre de Lyssenko ». Là aussi, le ton est très prudent, bien loin des prises de position tranchées de Rostand ou Monod : « Il est trop tôt pour se prononcer en faveur de Mendel ou de Lyssenko. Il convient d’attendre les vérifications pour savoir si l’expérience du savant soviétique a été correctement conduite. Quelles que soient nos convictions philosophiques, nous n’avons pas le droit en la matière de prendre parti contre Mendel parce qu’il était moine ni contre Lyssenko parce qu’il est communiste. Devant un si grave problème scientifique, l’homme doit imposer silence à ses passions. » L’article, qui est pour moitié consacré à rappeler l’abandon des théories de Lamarck, se termine par une évocation de l’invalidation des expériences d’hybridation de végétaux par la greffe menées par le français Daniel à la fin du XIXe siècle, expériences qui semblaient déjà à l’époque confirmer l’héritabilité des caractères acquis. On peut y voir une prise de distance d’avec le lyssenkisme, mais cet article reste isolé, et le problème n’est plus soulevé de toute la décennie suivante, même lorsque le PCF promeut activement la théorie des « deux sciences ». Là aussi, la raison de ce silence est d’ordre politique, les Libres Penseurs prônant alors l’unité de la famille républicaine face au danger incarné par l’Église et le MRP, et refusant donc de s’associer à tout ce qu’ils considèrent comme des campagnes anticommunistes23.
L’interprétation du lyssenkisme aujourd’hui
Aujourd’hui, le lyssenkisme est l’objet de différentes interprétations. Jaurès Medvedev, auteur de la première (excellente) synthèse sur le sujet, le présente comme un dommage collatéral du stalinisme et du « culte de la personnalité »24. Dominique Lecourt, quelques années plus tard, parle lui surtout du produit de la déformation du marxisme que représenterait le « Diamat », philosophie officielle des pays dominés par une bureaucratie stalinienne25. L’école historiographique la plus active en France depuis près de 30 ans, autour d’historiens comme Denis Buican ou Cédric Grimoult, y voit l’incarnation à la fois d’une forme de néolamarckisme tardif et du matérialisme dialectique marxiste26. À cette dernière interprétation, très idéologique, nous préférerons celle qui nous semble de loin la plus rigoureuse et compatible avec l’ensemble des faits, celle du socio-historien étatsunien David Joravsky27. Son ouvrage, déjà ancien, mais malheureusement jamais traduit en français, décrit l’aventure lyssenkiste comme celle d’une pure pseudo-science – ce que n’est pas le néolamarckisme, aussi réfuté ait-il été par ailleurs –, qui a pu profiter d’un contexte historique et social très particulier pour s’imposer, en écrasant pour un temps les authentiques scientifiques soviétiques, que ceux-ci aient été des « spécialistes bourgeois » mais aussi, bien souvent, d’authentiques militants bolchéviques de longue date. Même si l’« affaire » a pu prendre cette tournure en Occident, le lyssenkisme n’oppose pas fondamentalement le marxisme à ses adversaires idéologiques. Il oppose plus prosaïquement la pseudo-science à la science, et, sous la contrainte du réel, c’est cette dernière qui l’a emporté, en URSS comme ailleurs.
Le prestige du lyssenkisme est toutefois de courte durée. En 1950, Staline lui-même condamne la distinction science bourgeoise/science prolétarienne (dans un opuscule sur la linguistique), ce qui coupe court à la campagne du PCF. Lyssenko est ponctuellement remis en cause dans les années 1950 après la mort de Staline, et est définitivement limogé en 1965 après la chute de Khrouchtchev, son dernier protecteur. La génétique a alors triomphé et l’URSS est réintégrée dans ce secteur de la recherche scientifique à l’échelle internationale.
 Yann Kindo

1 Cité par Jean-Toussaint Desanti dans Dominique Desanti, Les staliniens, Paris, Fayard/Marabout, 1975, p. 362.
2 Communication à l’Institut pansoviétique de culture des plantes.
3 Préface au livre de Jaurès Medvedev (1971), p. 7.
4 Joel et Dan Kotek, L’affaire Lyssenko, Bruxelles, Ed. Complexes, 1986, p. 10.
5 Denis Buican, Lyssenko et le lyssenkisme, PUF, Que-sais-je ?, 1988.
6 Denis Buican, L’éternel retour de Lyssenko, Paris, Ed Copernic, 1978, p. 7.
7 T.D. Lyssenko, Agrobiologie, Éd en Langues Étrangères, Moscou, 1953, p. 532, cité par Denis Buican, Lyssenko et le lyssenkisme, Paris, PUF, Que sais-je ?, 1988, chap. I.
8 Ce n’est qu’en 1945 qu’a été ouverte la première chaire de génétique en France, pays, il est vrai, alors particulièrement en retard dans ce domaine.
9 Jaurès Medvedev, Grandeur et chute de Lyssenko, Paris, Gallimard, 1971, p. 40-43.
10 David Joravsky, The Lyssenko affair, Chicago et Londres, Chicago University Press, 1970, p. 56
11 Ibid., p. 97-109.
12 Joël et Dan Kotek, L’affaire Lyssenko, Bruxelles, Éd. Complexes, 1986, p. 117-118.
13 Pierre-Paul Grasse, La défaite de l’amour, Paris, Albin Michel, 1976, p. 76.
14 Voir par exemple son article d’ouverture au titre particulièrement mal choisi : Louis Aragon, « De la libre discussion des idées », Europe n° 33-34 (spécial Lyssenko), octobre 1948 p. 3-24.
15 Stéphane Tirard, « Les biologistes français et l’affaire Lyssenko à l’automne 1948 », Historiens et Géographes, n° 358, 1997, p. 95-106.
16 Jean Rostand est présenté par Joël et Dan Koteck p. 138 de leur ouvrage comme étant alors une sorte de compagnon de route du PCF.
17 Voir ses articles : « On ne renverse pas une théorie scientifique comme on renverse un ministère », Combat, 8 septembre 1948 ; « Le biologiste Lyssenko a-t-il découvert du nouveau sur l’hérédité ? », Le Figaro Littéraire, 2 octobre 1948 ; « Un grand débat sur l’hérédité », Le Figaro Littéraire, 13 novembre 1948 ; « Conclusions au débat sur l’hérédité. Comment les "mitchouriniens" soviétiques écrivent l’histoire de la biologie », Le Figaro Littéraire, 4 décembre 1948.
18 Voir sa prise de position dans Combat le 15 septembre 1948.
19 Édition du 14 septembre 1948.
20 Jeanine Verdes-Leroux, Au service du Parti. Le Parti Communiste, les intellectuels et la culture (1 944-1 956), Paris, Fayard-Minuit, 1983, p. 227.
21 Michel de Pracontal, L’imposture scientifique en dix leçons, Paris, La Découverte, 2001.
22 Seules les publications ont été consultées, je n’ai pas à ce stade mené d’entretiens ou d’enquête dans des archives internes.
23 Voir par exemple l’encart « Point sur les i » dans le numéro 22 de juillet-août 1949.
24 Jaurès MEDVEDEV, Grandeur et chute de Lyssenko, Paris, Gallimard, 1971, 317 p. Le manuscrit a commencé à être rédigé en 1961-1962. Sa publication aux États-Unis en 1968 valut à l’auteur d’être victime de la répression, à travers un internement en hôpital psychiatrique.
25 Dominique LECOURT, Lyssenko, histoire réelle d’une « science prolétarienne », François Maspero, 1976. Réed Paris, PUF, « Quadrige », 1995.
26 Voir par exemple Denis BUICAN, Lyssenko et le lyssenkisme, PUF, Que-sais-Je ?, 1988.
27 David JORAVSKY, The Lyssenko affair, Chicago et Londres, Chicago University Press, 1970, 459 p.

jeudi 19 janvier 2012

Les technologies totalitaires s' installent en douceur....


Clinatec, le laboratoire de la contrainte, inauguré à Grenoble le 31 janvier 2012
D’abord prévue en août, puis septembre 2011, l’inauguration officielle de Clinatec est annoncée le 31 janvier 2012. D’après Les Echos[1] , l’événement aurait les honneurs d’une visite présidentielle. Nicolas Sarkozy ne peut manquer une telle occasion de réaffirmer son soutien à l’innovation et au progrès, et son combat contre les « peurs moyenâgeuses » et les « procès en sorcellerie »[2]. En quoi il rejoint totalement, et sur la question centrale de notre époque, les élus et partisans de la gauche sociale-technocrate. On voit qu’on se proclame bien à tort « dans l’opposition » et qu’on en appelle « au changement » pour la vitrine, quand on partage les mêmes ambitions sur la fuite en avant technologique. Aussi bien Michel Destot, maire PS-CEA de Grenoble et strauss-kahnien reconverti, accueillera-t-il le cas échéant avec son habituelle fierté technopolitaine le président de la République, pour saluer de concert les travaux des nanotechnologues et neurotechnologues qu’ils ont, à la demande de ceux-ci, financés et soutenus sans discussion. Ainsi va le progrès.
- Rappelons que la décision de créer Clinatec, clinique expérimentale destinée à « nous mettre des nanos dans le cerveau », a été prise par Jean Therme, directeur du Commissariat à l’énergie atomique Grenoble / Minatec, Alim-Louis Benabid, neurochirurgien grenoblois, et deux hauts responsables nationaux du CEA, lors d’une discrète réunion le 2 juin 2006, jour de l’inauguration de Minatec, dans une ville bouclée par les CRS. Scène fondatrice symbolique de l’opacité avec laquelle se prennent les décisions techno-industrielles qui, promettent les ingénieurs, « vont révolutionner nos vies ». A Grenoble comme ailleurs, les chercheurs révolutionnent nos vies, puis informent la population des innovations à laquelle elle est priée de s’adapter.
- Ainsi le professeur Benabid tenait-il réunion publique, le 17 janvier 2012, à l’invitation du Groupe Progrès Solidarité du Grésivaudan – « ancré à gauche », précisait une responsable en ouverture – pour exposer les bienfaits de ses trouvailles.
- On a depuis longtemps détaillé les promesses des nano-neurotechnologies, et on ne peut que renvoyer à la lecture de « L’industrie de la contrainte » (Pièces et main d’¦uvre et Frédéric Gaillard, éditions l’Echappée, 2011) pour se faire une idée des avancées de l’homme-machine et du monde-machine.
- On rapportera simplement ici quelques déclarations de M. Benabid lors de cette soirée promotionnelle, devant un public conquis d’avance, puisqu’aux trois-quarts fait de collègues et amis du conférencier :
- « Avec les électrodes et les implants cérébraux, on peut changer la personnalité de quelqu’un qui était anormal, pour le remettre dans la normalité. On peut faire passer les gens d’un état suicidaire à un état jovial. Faut-il en conclure qu’on peut manipuler les gens et les faire marcher au pas cadencé ? Certes, mais on les fait tellement marcher au pas cadencé par d’autres moyens ». (Rires dans la salle).
- « Clinatec a été difficile à monter car de nombreux règlements s’imposent, pour lesquels il a fallu demander des dérogations. » Lesquelles, et pourquoi, on l’ignore.
- Interpellé sur son silence quant aux causes environnementales de plus en plus documentées[3] de l’épidémie de maladies neurologiques (pesticides, mercure, métaux lourds, etc) - alors qu’il pourrait, en sa qualité de haute autorité médicale, demander des mesures d’interdiction des neurotoxiques - le professeur Benabid se défend : « Aller voir les pouvoirs publics, je ne sais pas bien faire ». On en rirait s’il ne s’agissait de santé publique, de milliers de malades de Parkinson, d’Alzheimer, de scléroses, d’autisme. Benabid fut collistier de Michel Destot aux dernières municipales et président du comité de soutien de la députée PS Geneviève Fioraso, également présidente de la SEM Minatec. Pour ne parler que des élus locaux.
- Chacun verra, le 31 janvier prochain, à quel point le professeur Benabid a peu l’occasion de s’entretenir avec « les pouvoirs publics ». A condition bien sûr de passer la barrière de CRS qui ne manquera pas d’accompagner l’inauguration de Clinatec.
Pièces et main d’oeuvre                                                                    
Grenoble, le 18 janvier 2012
[1] 08/12/11
[2] Voir son discours au Tricastin, le 25/11/11
[3] Voir notamment « Menace sur nos neurones » (M. Grosman, R. Lenglet, Actes Sud, 2011)
Merci de faire circuler,
www.piecesetmaindoeuvre.com

jeudi 17 novembre 2011

La génétique des plantes vivent dans notre organisme ?

DES GENES DE PLANTES ALIMENTAIRES RESTENT ACTIFS APRES LA DIGESTION !

Dans la série "dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es ", une équipe de chercheurs chinois vient d'en rajouter une louche : "des micro-ARN de plantes alimentaires [riz, choux, navet, colza...] peuvent réguler l'expression de gènes chez les mammifères", et donc modifier notre physiologie...
Les micro-ARN (ARNmi) sont des petites séquences génétiques qui se promènent en liberté dans l'organisme (qu'il s'agisse de plantes ou d'animaux), au contraire de l'ADN des chromosomes.
La trouvaille de nos chercheurs chinois (publiée dans Nature en septembre, et relevée par inf'OGM ) est d'une importance capitale.
Premièrement, les micro-ARN végétaux ne sont pas forcément dégradés lors de la digestion. Ils peuvent aussi traverser les parois intestinales et se retrouver - comme si de rien n'était - dans notre sang ou nos organes.
Deuxièmement, une fois ingérés, ces micro-ARN peuvent se lier aux micro-ARN endogènes des mammifères (souris, êtres humains...) et inhiber des gènes chromosomiques (hépatiques notamment se soldant par une augmentation du taux de cholestérol de l'hôte).
Conclusion : nous ne faisons pas que manger des nutriments inertes (glucides, protéines, vitamines...), nous becquetons aussi de l'information. Et les conséquences au niveau scientifique sont potentiellement énormes :
- un nouveau mécanisme physiologique vient d'être découvert, qui favorise ou inhibe l'apparition de maladies
- les interactions plantes-animaux sont bien plus évoluées que nous le pensions, laissant la porte grande ouverte aux théories de "co-évolutions"
- les micro-ARN font maintenant partie des nutriments essentiels, au même titre que l'eau, les vitamines, les protéines...
Et, et... c'est une nouvelle pierre dans le jardin des biotechnologies, OGM en tête, dont les instigateurs sont - opportunément - restés bloqués sur les théories génétiques simplistes des années 80.
Une macro-ARNaque...
Article de « Les mots ont un sens », publié par alterinfo.net

dimanche 23 octobre 2011

Die 26150 : "Rencontres de l' Ecologie au Quotiden" 2012 ... (J-90)

Un mix écologiste et culturel pour les 10 ans du Festival du Ecologie au Quotidien
Depuis 10 ans, le festival « Ecologie au Quotidien » réunit toutes les sensibilités écolos et citoyennes pendant quinze jours à Die et dans la Biovallée, en Drôme...
ecologieauquotidien.fr, ce n’est ni un rendez vous écolo-écolo ni une messe du Développement Durable. C’est plutôt un «lieu de rencontres, un centre de production intensive de particules écologiques, dans l'humour et la joie de vivre», révèle Anne Tesson, l’animatrice et coordinatrice de ce projet d’ écocitoyenneté. Car le seul désir de l’association est  d’accompagner et sensibiliser les habitantes et les habitants de la Drôme et Rhône-Alpes du 26 janvier  au 07 février 2012, dans une l’écologie heureuse: pendant quinze jours, débats, conférences, films, concerts, Théâtre, visites de sites exemplaires, expositions et spectacles de rue polliniseront les esprits pour «propager la culture et l’éco-citoyenneté».
Une initiative qui mélange les genres
Le programme de la dixième édition est un véritable patchwork de sensibilités écolos, citoyennes et culturelles: les artistes, dont le groupe Coriandre, côtoieront scientifiques, politiques, entrepreneurs, paysans ou les jardiniers. Il n’y a qu’a Ecologie au Quotidien que l’on peut assister le matin à une projection-débat sur la gestion durable des forêts, suivi par une présentation du métier de paléoanthropologue, d’une conférence de l’association Négawatt l’énergie puis d’une rencontre avec le journaliste Hervé Kempf, auteur de plusieurs ouvrages dénonçant les méfaits du capitalisme sur la planète.  Sans oublier un spectacle pour les  enfants,  une rencontre avec des ados en difficulté ou un concert Folk pour finir la soirée en musique. Et des débats contradictoires pour lutter contre les pensées toutes faites et laisser chacun se forger sa propre opinion.
Faire se mêler écologie et art, science, sport, économie, sociologie, philosophie,… est le but des Rencontres de Die (26) qui maintenant rayonne sur toute la Région Rhône-Alpes. Pour, Annick Paoli c’est «le mélange des genres et des gens. Le mot rencontre est aussi important que écologie» qui fait l’identité des Rencontres de Die. Aucun doute que les fées bienveillantes du Diois souffleront au-dessus de la dixième édition sera porteuse de «l’envie de bien vivre» que ses créateurs veulent partager.
En pratique: Le Festival aura lieu du 27 Janvier 2012 au 6 février 2012 à Die dans la Salle Polyvalente Municipale. Pour y aller, La gare SNCF de Die et le covoiturage sont de mise congruence oblige pour réduire l’impact de votre venue en Drôme : ecologieauquotidien.die@gmail.com
Le Festival vous conseille pour se loger de contacter l’Office de Tourisme de Die.
Office de Tourisme de Die et du pays Diois
Rue des Jardins 26150 Die
Tél : 04 75 22 31 63 - 04 75 22 03 03
Fax : 04 75 22 40 46
Pour toutes les autres infos pratiques, consulter : http://www.ecologieauquotidien.fr
A Die dans la Drôme (26)
Du 27 janvier au 06 février 2012
« Vivre la Transition…Energétique, Economique, Sociale,... » 
Conférences/Débats/Films/Expositions/Ateliers Spectacles/Visites de Sites/Soirées Conviviales
Thèmes : La Puissance des Pauvres, Villes en Transition, Préserver la Forêt, Biodiversité, L’Eau, Danger des Gaz de Schiste, Sortir du Nucléaire, Se soigner Autrement, BioVallée, Communication Non-Violente, Collectifs Citoyens, Santé et Alimentation, Pour un Revenu d’Existence, Monnaies Locales, Alternatives aux Pesticides, Sortir de la Crise Financière, Les Indignés, Adolescence Autrement, Hold-up sur l’Ecologie, Transformation Personnelle/Transformation Sociale, Pesticides,  Protéger les Haies, Relations Nord/Sud, Planet Plastic, Eco-Construction, La Voie Lactée,  Économie Non-Violente, Toilettes Sèches, Les Réfugiés Climatiques, Terre Nourricière, Quelle Paysannerie ? Ré-enchanter le monde, Crise financière /crise de civilianisation … 
Intervenants : Majid Ranhema, Marie-Monique Robin, Thomas d’Ansembourg, Michèle Rivasi, Stephen Kerckove, Anne Van Stappen, Didier Jouve, Marie-France Neveu, Yvan Maltchef, Catherine Dumonteil-Kremer, Loïc Sallet, Roland Desbordes, Valérie Valette, Patrick et Brigitte Baronnet, Daniel Cauchy, Jacqueline Collard, Alain Chabrolle, Jeannot Margier, Christine Malfrénier, Patrick Herman, Alain Briffaut,  Claude Reiss, LPO Drôme, Bal Folk Coriandre …
(Programme provisoire…celui-ci sort le 1er décembre)
Ecologie au Quotidien 
Le Chastel   26150  DIE  
Tel : 04 75 21 00 56

samedi 1 octobre 2011

Nous sommes tous des résistants au délire scientiste....des manipulateurs de la génétique.

Faucheurs volontaires de la Loire : «Nous sommes des résistants»
(Photo : Liliane, Michael, Jean-Luc et Thierry : quatre de la bande des cinq qui a opéré en Alsace en août 2010 / Celik Erkul)
Colmar. Ils sont cinq à être présents à la barre du Tribunal, comme 55 autres « compagnons », pour avoir détruit des plans de vigne OGM. Dernier jour du procès aujourd’hui
Le 15 août 2010 en Alsace, soixante faucheurs volontaires avaient arraché plusieurs dizaines de pieds de vigne OGM, plantés dans le cadre d’une expérimentation en plein air de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA).
Cinq Ligériens étaient présents ce jour-là sur les lieux. Une opération commando menée soigneusement. « Nous avions repéré le terrain en juillet. L’emplacement, c’était une vigne plantée en plein champ, et tout autour deux rangées de grillage, détecteurs de mouvement et caméras » se souvient l’un des cinq Ligériens présents au procès de Colmar, Thierry Vial, 34 ans, pépiniériste à Saint-Paul-en-Jarez. C’est à ce moment qu’est prise la décision d’opérer collectivement et à visage découvert : « Nous voulions porter l’affaire sur la scène publique. Un procès est moins dangereux que des OGM dans une bouteille », lance notre interlocuteur.
À l’aube de ce 15 août, la troupe solidaire se lance à l’assaut et les 70 pieds sont arrachés en l’espace de cinq minutes chrono. « Cela s’est fait très facilement, le temps était pluvieux ». La suite commence par l’attente de l’arrivée de la gendarmerie et de la police scientifique pour prendre quelques photos. « Pour nous emmener à la caserne, les gendarmes ont été obligés d’affréter un bus », en sourit encore Thierry Vial, lors de notre entretien (1).
L’INRA, bien entendu, a réagi à cette intrusion et a déposé plainte en mai pour « destruction de parcelle de culture d’OGM et violation de domicile ». C’est sur ces bases que le Tribunal correctionnel de Colmar a été saisi. Le procès qui se déroule sur trois jours se termine aujourd’hui. « Nous savons ce que nous risquons, mais il faut prendre ses responsabilités. Nous sommes des résistants. Nous sommes là pour éveiller les consciences », conclut Thierry Vial. Jean-Luc Juthier, paysan bio à Maclas, n’en est pas à sa première expérience judiciaire. « Déjà en 1997, sur une action citoyenne contre Monsanto, à Carcassonne, je me suis retrouvé dans un procès. Cinq copains avaient été convoqués et nous nous sommes présentés à trente. C’était la première fois que des comparants volontaires étaient admis. Nous avons été relaxés ».
Il n’en attend pas moins aujourd’hui. Si le jugement n’est pas mis en délibéré.
(1) : Entretien réalisé à Saint-Etienne, quelque temps avant le procès.
Jacques Perbey

vendredi 30 septembre 2011

Bien dormir ...à vie

Les neurotoxiques, cocktail ravageur pour le cerveau
Alzheimer, Parkinson, autisme... Pourquoi ces maladies explosent ?
«Les maladies du cerveau ont pris l'ampleur d'un véritable raz-de-marée. » Les premiers mots de l'enquête Menace sur nos neurones donnent le ton. S'appuyant sur des études scientifiques, Marie Grosman et Roger Lenglet font le point sur ces neurotoxiques qui ravagent nos cerveaux. Un cocktail funeste dont les conséquences se nomment Alzheimer, Parkinson, sclérose en plaques, autisme, etc. En partie expliqué par les progrès du diagnostic, l'essor de l'épidémie neurologique a, selon nombre de scientifiques, des causes environnementales trop souvent négligées. Notamment dans les plans nationaux contre l'Alzheimer ou l'autisme, dont le deuxième congrès national se tient samedi.
Réduire les expositions chimiques
« Lorsque le cerveau est en développement, les atteintes peuvent créer des lésions irréversibles menant à des maladies neurologiques », souligne Marie Grosman. Les conséquences peuvent être à court terme l'autisme et à long terme l'Alzheimer. Exemples d'« accusés » : le mercure, l'aluminium, les pesticides, les polluants liés au trafic routier, la fumée de tabac, le plomb, le fluor, les PCB… Des agresseurs omniprésents, de l'eau à nos armoires à pharmacie. A la lecture des études citées, pourquoi a-t-on alors tant de mal à admettre le lien entre les neurotoxiques et les maladies neurologiques ? Selon Marie Grosman, « ces nombreuses publications scientifiques sont ignorées des autorités qui se polarisent sur la recherche génétique et vont jusqu'à nier l'alarmante progression de l'autisme ». Une seule solution : « Mettre en place une prévention pour réduire les expositions de la population aux produits neurotoxiques » et les remplacer par d'autres. Mais des considérations moins louables interviennent, selon Marie Grosman, qui assume son parti pris. A savoir « le poids des industries pharmaceutiques et leur lobbying, la peur d'un nouveau scandale sanitaire, donc des procès… »
lucie soullier
Alzheimer favorisé par des médicaments
La bombe est lâchée. Et c'est le magazine Sciences et Avenir qui la dévoile dans son numéro d'octobre, disponible aujourd'hui en kiosque. Selon une étude épidémiologique du Pr Bernard Bégaud sur les anxiolytiques et les somnifères, à paraître avant la fin de l'année, prendre ces traitements de façon chronique favorise le risque d'entrée dans la maladie d'Alzheimer. De 16000à 31000 cas supplémentaires chaque année sont attribuables à l'effet des benzodiazépines (BZD), selon les premiers résultats de son étude conduite sur vingt ans chez près de 4 000 personnes de 65 ans et plus. Soit, en moyenne, «une majoration du risque de 50%». Des chiffres plus qu'inquiétants lorsque l'on connaît le penchant des Français pour ces médicaments. Parmi eux, des noms célèbres: Valium, Témesta, Xanax, Lexomil, Stilnox, Mogadon, Myolastan, Nordaz, Tranxène, Seresta et Imovane. Pour le Pr Bégaud, les autorités sanitaires «devraient sérieusement s'inquiéter».
APL

samedi 27 août 2011

Die 26150 : Sans les animaux , le monde ne serait pas humain...


Boris Cyrulnik
Sans les animaux, le monde ne serait pas humain. Écologie au Quotidien de Die propose une fascinante découverte de nous-mêmes.
Boris Cyrulnik est l’un des pionniers de l’éthologie française. Il est aussi neuropsychiatre, psychanalyste, psychologue, auteur de nombreux ouvrages. Ancien maître-nageur et rugbyman, voyageur infatigable et poète, il fait partie de ces hommes qu’une enfance instable et sans famille n’ont pas rendu amer mais au contraire curieux de l’univers du vivant. De ce manque d’identité et de références, il a fait un tremplin qui l’a obligé, pour survivre, à se poser des questions constructives sur la nature humaine et à se chercher dans toutes sortes de milieux sociaux. C’est ainsi qu’il s’est construit ce qu’il appelle un "père synthétique fait de rugby, de science, de débrouillardise et de pamphlet politique", dont chaque morceau lui a apporté une vision différente de l’homme. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, Boris Cyrulnik est âgé de sept ans. Un soir à Bordeaux, à l’heure de la Libération, il est par hasard le témoin impuissant de l’assassinat d’un milicien par les libérateurs. Etrange : ceux-ci tiennent le même langage que les occupants de la veille, justifiant leur crime au nom d’une vérité qu’ils disent cohérente. Que se cache-t-il donc derrière les belles paroles des hommes ? Première attitude éthologique. Une envie puissante de décoder le monde qu’il habite envahit Boris Cyrulnik. A douze ans, il se promène avec un livre de psychologie animale dans la poche, s’émerveille devant l’organisation d’une fourmilière, s’intéresse aux naturalistes et se frotte aux adultes qui remettent en cause les croyances antérieures, dénoncent les frontières entre les disciplines scientifiques. Sous l’impulsion de son ami Hubert Montagné, aujourd’hui psycho-physio-éthologue, il découvre dans les années soixante, au terme de ses études de médecine, une toute nouvelle discipline, considérée alors comme scandaleuse : l’éthologie humaine. En plein questionnement, préférant à l’analyse la synthèse, il se lance dans cette science novatrice en complément de la psychiatrie, de la psychologie sociale, de la clinique, rejetant avec force l’idée de se spécialiser. Pour lui, le mélange des genres, l’approche conjointe du corps et de l’esprit, de la parole et de la molécule, de l’homme et de l’animal est un parcours indispensable pour mener à une compréhension globale de la dimension humaine. Une démarche d’homme libre. Une fois sur cette piste, il ne s’arrète plus, accumule une foule de documents, travaille sur la biologie de l’affect, le pouvoir du langage, les signes du corps, applique à l’homme des méthodes d’études réservées jusqu’ici au milieu animal - ce qui lui vaut immédiatement de solides ennemis chez ses confrères psychanalystes et neurobiologistes -, parcourt le monde et créé un groupe transdisciplinaire de recherche en éthologie clinique à l’hôpital de Toulon-La-Seyne. Objectif : étudier le développement humain, la complexité des systèmes relationnels, l’influence du verbe, de l’inconscient et des signes de communication non verbaux sur la biologie et la construction psychologique d’un individu. Très vaste programme, qu’il embrasse pourtant avec aisance, humour, générosité.
REQ : Cet entretien pourrait partir de notre alliance avec le chien. Les éthologues cliniciens et les vétérinaires ont fait le constat que la pensée du propriétaire pouvait façonner le comportement et le développement biologique du chien. Certaines personnes attendent, par exemple, de leur chien qu’ils défendent la maison. Ils développent une peur relative de l’environnement qui va être perceptible par l’animal. Face à cette émotion enregistrée par différents canaux, le chien va alors adopter une attitude menaçante que les propriétaires vont analyser comme un comportement de défense de la maison.
Boris Cyrulnik : Ce n’est pas de la transmission de pensée, je dirais que c’est de la matérialisation de pensée. Dans certaines pathologies comme les maladies maniaco-dépressives, où les gens sont tantôt euphoriques tantôt mélancoliques, jusqu’à se sentir responsables de toutes les plaies du monde, on voit que le chien s’adapte impeccablement à l’humeur du propriétaire. Quand le propriétaire est gai, il va se mettre à aboyer, gambader, quand il est triste, le chien ne bouge pas, il se met à trembler. J’avais un patient qui faisait des bouffées délirantes à répétition. Selon l’accueil que me faisait son chien, je savais dans quel état il se trouvait où allait se trouver.
Le chien qui vit dans un monde de sympathie est hypersensible au moindre indice émis par le corps du propriétaire adoré. C’est donc bien une matérialisation de la pensée humaine transmise au chien qui façonne ce dernier. Les vétérinaires avec lesquels je travaille montrent, chez des chiens, des troubles d’hypertension, de diabète, d’ulcères hémorragiques gastriques, des dermatoses suppurantes... de graves maladies dont le point de départ se situe dans la pensée du propriétaire. On rencontre souvent le cas d’un chien choisi pour remplacer le chien précédent décédé. De même couleur, de même race, on lui attribue la même place à la maison, parfois un nom identique. Que se passe- t-il ? L’animal souffre de la comparaison affective de son propriétaire avec le disparu au point d’en tomber malade. Comment peut-il en effet se sentir valorisé ? Quoi qu’il fasse, il est moins beau que l’absent, moins performant, sans cesse comparé au disparu idéalisé. Il est bien connu que seuls les morts ne commettent aucune faute. L’histoire du propriétaire et la représentation mentale qu’il a de son chien transmet à l’animal des signaux contradictoires, incohérents. Il devient impossible pour lui de trouver et d’utiliser un code clair de comportement avec son maître. Ces émotions vont fabriquer des troubles métaboliques et, à long terme, des maladies organiques ou des comportements altérés. Un symptôme est une proposition de communication. Le chien se lèche la patte jusqu’au sang, se réfugie derrière un meuble, présente des troubles sphinctériens, des gastrites, une hypervigilance avec tremblements, etc. La guérison du chien passe pas une restructuration de l’imaginaire du propriétaire qui doit faire le deuil du premier chien et envisager le second comme un être différent.
Pour mener un raisonnement comme celui-là, il ne faut pas être un neurobiologiste ou un psychanalyste, il faut être transversal. Il faut être capable de parler avec un propriétaire, un vétérinaire de se donner une formation de psychiatre et de psychologue et de pouvoir communiquer avec un chien. Faire se rencontrer un psychologue et un vétérinaire, il fallait oser !
REQ : Vidons d’emblée le sac de l’éthologie : étudier l’animal permet-il de mieux comprendre la génétique du comportement de l’homme ?
B. C. : C’est exactement ça. Le fait d’étudier la phylogenèse, qui est la comparaison entre les espèces, permet de mieux comprendre l’ontogenèse et la place de l’homme. On comprend mieux aussi la fonction et l’importance de la parole dans le monde humain. Il existe une première gestualité universelle, fondée sur le biologique, proche de l’animalité.
Dès que le langage apparaît, une deuxième gestualité imprégnée de modèles culturels prend place. Là, la première gestuelle s’enfouit, les sécrétions d’hormones dans le cerveau changent. Donc, on comprend mieux comment le langage se prépare, comment le choix des mots pour raconter un fait révèle l’interprétation qu’on peut en faire, comment la parole peut changer la biologie en changeant les émotions.
REQ : L’éthologie est une démarche naturaliste. Quel genre de naturalisme ?
B. C. : Rien à voir avec le naturalisme de Jean- Jacques Rousseau. C’est une démarche naturaliste parce qu’elle appréhende l’homme dans sa globalité, dans son environnement.
Les vétérinaires avec qui je travaille font des observations naturalistes, c’est-à-dire là où notre culture les fait travailler, parce que la condition naturelle de l’homme, c’est sa culture. Ils demandent l’autorisation aux clients de mettre une caméra pendant la consultation et là, on voit des choses étonnantes. Par exemple, un couple amène un chien malade en consultation. Quand le vétérinaire pose une question, l’homme et la femme rentrent en compétition parce que chacun veut parler, le ton monte et le chien se met à gémir, ça finit par devenir une cacophonie. Le chien aboie, la femme parle plus fort que l’homme, le vétérinaire regarde la femme, lui donne donc la parole, l’homme furieux se tourne alors vers le chien et lui ordonne bruyamment de se taire. Il fait taire le chien parce qu’il ne peut pas faire taire sa femme.
Dans ce cas, le chien est devenu le symptôme de la compétition relationnelle existant dans le couple.
REQ : Le comportement du chien révèle donc sans coup férir le soi intime de ses propriétaires ?
B. C. : Cela va encore plus loin. Dans l’acte même de choisir son chien, il y a révélation de soi. Le chien élu devient un délégué narcissique. J’opte pour ce chien parce qu’il est rustique, sportif ou de caractère solitaire ou combatif revient à dire : j’aime qu’il me ressemble ou j’aime ce qui est rustique, sportif... La mode des chiens miniatures ou molossoides sont aussi des symptômes de notre culture, ils font office de discours social. On préfère aujourd’hui la puissance des animaux à la vulnérabilité des petits que portaient autrefois les femmes entretenues et assistées. De la même façon, des lévriers racés ne se développeront pas dans les mêmes milieux que les bergers allemands ou les setters. L’amateur d’afghan est plutôt silencieux, solitaire, intellectuel, alors que celui qui montre une préférence pour le boxer aime bavarder, faire du sport, s’agiter.
REQ : Nos odeurs, regards, gestes et paroles parlent aux animaux ?
B. C. : Lorsqu’un bébé humain pleure, cela nous trouble profondément. Si l’on enregistre ces cris et qu’on les fait écouter à des animaux domestiques, on assiste à des réactions intéressantes : les chiennes gémissent aussitôt, couchent leurs oreilles. Elles manifestent des comportements d’inquiétude, orientés vers le magnétophone. Les chattes, elles, se dressent, explorent la pièce et poussent des miaulements d’appel en se dirigeant alternativement vers la source sonore et les humains. Il semble exister un langage universel entre toutes les espèces, une sorte de bande passante sensorielle qui nous associe aux bêtes. Dès qu’il s’agit de captiver l’animal, le sens du toucher devient aussi un instrument efficace. Chez l’homme, le toucher est un canal de communication très charpenté parce que c’est le premier à entrer en fonction, dès la septième semaine de la vie utérine. Cela dit, l’absence de toucher et au contraire l’approche neutre donne aussi des résultats. Il y a quelques années, j’ai amené des enfants dans l’enclos des biches du parc zoologique de Toulon. Parmi eux, des psychotiques. A notre grande surprise, nous avons vu une petite fille trisomique, élevée en milieu psychiatrique, se serrer contre une biche, qui l’avait laissée venir à elle sans bouger le moins du monde.
La même biche sursautait lorsqu’elle approchait un enfant non handicapé, en s’enfuyant à vive allure, dès qu’il se retrouvait à trois mètres d’elle. Nous avons filmé et analysé ces séquences. Les enfants psychotiques, perdus en eux-mêmes, évitent le regard, marchent de côté et doucement. Les autres enfants regardent les animaux en face, sourient et montrent les dents, ils lèvent la main pour caresser l’animal et se précipitent vers lui. Autant d’actions interprétées comme des agressions.
REQ : Selon vous, les animaux nous obligent-ils à remettre en cause beaucoup de nos certitudes ?
B. C. : Première certitude à abandonner : les animaux ne sont pas des machines. J’insiste beaucoup là-dessus : le jour où l’on comprendra qu’une pensée sans langage existe chez les animaux, nous mourrons de honte de les avoir enfermés dans des zoos et de les avoir humiliés par nos rires. Nous avons peut-être une âme, mais le fait d’habiter le monde du sens et des mots ne nous empêche pas d’habiter le monde des sens. Il faut habiter les deux si l’on veut être un être humain à part entière. Il n’y a pas l’âme d’un côté et de l’autre la machine. C’est là tout le problème de la coupure. Il y a aussi la représentation qu’on se fait de l’animal et qui lui donne un statut particulier, et cela explique un grand nombre de nos comportements. Les chats ont été divinisés dans la Haute-Egypte et satanisés au Moyen âge chrétien.
Les feux de la Saint-Jean sont issus de la diabolisation des chats. On avait rapporté les chats des croisades, ils représentaient les Arabes, alors on les brulait. Considérant le chien comme un outil, si le chien est cassé, on le jette. Quand j’ai fait mes études de médecine, on nous apprenait que l’animal ne souffrait pas et on nous faisait faire des opérations sans anesthésie. L’animal criait, et lorsqu’on s’élevait contre ça, on nous répondait qu’il s’agissait d’un réflexe ! Le bénéfice de l’esprit cartésien, c’est l’analyse, qui nous a donné le pouvoir. Le maléfice du cartésianisme, c’est aussi l’analyse : on a coupé l’homme de la nature, on a fait des animaux des choses, on a dit qu’un animal ne possédant pas l’organe de la parole ne souffrait pas, et là-dessus, on en a déduit qu’un aphasique n’était pas un humain, qu’un enfant qui ne parlait pas ne devait pas non plus éprouver de douleur.
Les animaux ne sont pas des machines, ils vivent dans un monde d’émotions, de représentations sensorielles, sont capables d’affection et de souffrances, mais ce ne sont pas pour autant des hommes. Le paradoxe, c’est qu’ils nous enseignent l’origine de nos propres comportements, l’animalité qui reste en nous... En observant les animaux, j’ai compris à quel point le langage, la symbolique, le social nous permettent de fonctionner ensemble. Pourtant, je constate à quel point nous avons encore honte de nos origines animales. Lorsque j’ai commencé l’éthologie humaine, on me conseillait de publier mes travaux sans faire référence à l’éthologie animale. La même chose m’est arrivée encore récemment. Choisir entre l’homme et l’animal, entre celui qui parle et celui qui ne parle pas, celui qui a une âme et celui qui n’en possède pas, celui qu’on peut baptiser et celui que l’on peut cuisiner. A cette métaphore tragique, qui a permis l’esclavage et l’extermination de peuples entiers, a succédé l’avatar de la hiérarchie, où l’homme au sommet de l’échelle du vivant se permet de détruire, de manger ou d’exclure de la planète les autres terriens, animaux et humains, dont la présence l’indispose. La violence qui me heurte le plus vient justement de la non-représentation du monde des autres, du manque d’ouverture, de tolérance, de curiosité de l’autre.
REQ : Un monde de sangsue n’est pas un monde de chien...
B. C. : Lequel n’est pas un monde humain. Plus on cherche à découvrir l’autre, à comprendre son univers, plus on le considère. Dès l’instant où l’on ne tente pas cette aventure, on peut commettre des actes de violence sans en avoir conscience. Mais la violence se déguise sous de multiples formes, et nos désaccords à son sujet viennent très souvent de définitions non communicables, parce qu’il existe d’énormes différences de point de vue.
À lire :
- Les vilains petits canards, de Boris Cyrulnik, éd. Odile Jacob.
- La plus belle histoire des animaux, collectif. éd. Le Seuil.
- La fabuleuse aventure des hommes et des animaux, collectif.
Sans les animaux, le monde ne serait pas humain, Karine Lou Matignon, éd. Albin Michel.
Boris Cyrulnik est intervenu aux Rencontres de l’ Ecologie au Quotidien de Die (REQ).
Ecologie au Quotidien
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