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lundi 17 mars 2014

Die : La vidéosurveillance ne fait que déplacer les problèmes...



Ligue des droits de l'Homme
Section de Die  et du pays Diois
Communiqué de Presse
La vidéosurveillance n'est pas une solution !
Dans la Vallée de la Drôme, jusqu'à une date récente, la vidéosuveillance destinée à surveiller les espaces publics était seulement présente sur une commune : Crest. L’idée  est récemment réactualisée pour d’autres communes. Et aujourd'hui, sa mise en place est discutée par différentes listes candidates aux élections municipales dans d'autres communes.
La Ligue des droits de l'Homme refuse ce qu'implique la banalisation de la vidéosurveillance rebaptisée de façon trompeuse « vidéoprotection ». D'autant que sa mise en place est rarement accompagnée d’un large débat sur le bien-fondé de son utilisation. Les arguments avancés pour défendre la vidéosurveillance de la population posent plus de problèmes qu'ils n'apportent de « solutions ».
De faux arguments
« La vidéosurveillance est le moyen d'identifier après coup des personnes délinquantes ». Or dans pareilles situations, les délits sont déjà commis, les caméras ne les ont pas empêchés.
« La vidéosurveillance n'est pas à craindre quand on n'a rien à se reprocher ».
Mais, la vidéosurveillance fait de tous les citoyens des suspects potentiels. Il s'agit, d'une inversion du droit, lequel considère chaque personne comme innocente jusqu'à ce qu'elle franchisse les limites de la loi, après quoi - et pour cela - elle pourra être sanctionnée.
De plus, la vidéosurveillance coûte cher et elle est inefficace pour faire respecter la « sécurité ».
La délinquance s'adapte et se déplace. Par conséquent, la logique de la vidéosurveillance implique de mettre de plus en plus de caméras. Mais peut-on imaginer une société totalement vidéosurveillée ? Quelles en seraient les conséquences pour les libertés ?
Un risque pour la liberté et la démocratie
Être surveillé amène les personnes, même bien intentionnées, à « normaliser » leurs comportements, à s’autocensurer. Et c’est là une première atteinte sournoise à la liberté d’aller et venir et au libre arbitre. L'enregistrement et la diffusion d’images d’une personne sans son consentement, même avec le cadre de la réglementation, reste une atteinte à la vie privée et menace les libertés individuelles. Comment s'assurer de l'utilisation qui pourrait en être faite à l'avenir ? Bien sûr, nous sommes en démocratie, mais sur la place Tian'anmen, en Chine, les caméras ont permis d'identifier les opposants au régime lors de manifestations. L'opposition citoyenne et les mouvements sociaux font partie de l'activité démocratique. Une majorité municipale peut toujours évoluer. Raison pour laquelle, il faut s’opposer par principe à la vidéosurveillance.
Une suspicion à l'encontre du lien social
La vidéosurveillance détruit le lien social. On ne peut répondre au « sentiment d'insécurité » des citoyens par un artifice technique. Là où on attend au contraire des solutions basées sur le contact humain : renforcer la présence d’enseignants, d'aide-éducateurs, de travailleurs sociaux, d'animateurs, de médiateurs, de concierges, de correspondants de quartiers, de policiers de proximité et développer des espaces de rencontres et d'échanges pour rendre les gens acteurs de leurs espaces de vie collective.
La vidéosurveillance déresponsabilise les citoyens qui auront tendance, en cas d'incident, à ne pas réagir, à détourner le regard et enfin à se décharger sur l'agent imaginé derrière la caméra. La vidéosurveillance menace la solidarité et renforce l'individualisme.
Les moyens techniques ne peuvent garantir une protection absolue contre tous les risques de la vie. Cette illusion conduit à accepter d'inacceptables restrictions aux libertés et aux atteintes à la vie privée sur lesquelles il sera ensuite impossible de revenir, le tout en affaiblissant au passage des valeurs sociales et démocratiques de notre société. Au final, la vidéosurveillance est une sorte de renoncement. Pour la LDH, mieux vaut s'attaquer aux causes des problèmes plutôt que d'en sanctionner les seuls effets.
Le 16 mars 2013
La Ligue des droits de l'Homme se tient à disposition de toutes les personnes ainsi que des pouvoirs publics pour débattre des graves questions posées par la vidéosurveillance. Et elle appelle tous les habitants à se saisir de ces questions.
Le Délégué Diois de la Ligue des Droits de l'Homme.
Ligue des droits de l'Homme
Section Dioise
Chastel et Bassette
26150 Die

mardi 25 février 2014

Police partout ....Justice nul-part.



Les violences policières : une menace grave pour l'Etat de droit.
Dans de nombreux pays européens, les policiers font bien trop souvent un usage excessif de la force contre des manifestants, maltraitent les personnes détenues, ciblent les minorités ou se rendent coupables d'autres manquements. Ces comportements ont pour effet de saper la confiance des citoyens à l'égard de l'Etat, la cohésion sociale et l'efficacité du maintien de l'ordre, laquelle repose sur la coopération entre la police et les populations locales.  
Il est difficile de déterminer si les abus policiers sont devenus plus fréquents dans certains pays ou si le problème est aujourd'hui plus visible et mieux identifié. Les manifestations sont aujourd'hui incontestablement plus nombreuses en Europe que par le passé, confrontant les forces de l'ordre à de nouveaux problèmes. En outre, les sociétés européennes sont plus diversifiées et les forces de police tardent parfois à s'adapter à cette diversité. Dans d'autres cas, les dirigeants politiques portent une lourde responsabilité, parce qu'ils ont donné le feu vert aux abus policiers, que ce soit par des ordres directs ou par la stigmatisation de certains groupes.
Un phénomène à multiples facettes
Ces derniers mois, l'Europe a connu plusieurs exemples flagrants d'opérations de maintien de l'ordre qui, lors de manifestations, sont allées au-delà de ce qui est acceptable à la fois sur le plan juridique et éthique. En Ukraine, l'usage excessif de la force de la part de la police contre des manifestants pacifiques, fin novembre 2013, a considérablement nourri la contestation, et entraîné, depuis lors, une augmentation du nombre des décès, à la fois parmi les manifestants et les policiers. Après m'être entretenu avec de nombreuses victimes et avoir examiné de multiples dossiers médicaux, j'ai noté une tendance très nette à viser la tête et le visage, ce qui constitue une réponse totalement inutile et disproportionnée. En lien avec les événements de 2013 au parc de Gezi, en Turquie, j'ai eu connaissance de nombreuses accusations particulièrement graves d'usage excessif de la force de la part de la police, notamment d'utilisation excessive et injustifiée du gaz lacrymogène et d'utilisation de grenades lacrymogènes en tant que projectiles. En Ukraine comme en Turquie, la police a pris pour cibles, à de multiples reprises, des journalistes et des personnels médicaux pourtant clairement identifiables par leurs vêtements. L'usage excessif de la force lors des manifestations et/ou des arrestations n'est cependant que la partie émergée de l'iceberg. D'autres formes d'abus policiers ont lieu à l'abri du regard du grand public. Le traitement des personnes détenues par la police en offre un exemple édifiant. Les mauvais traitements, pouvant parfois entraîner la mort, sont une réalité dans plusieurs Etats européens, comme l'attestent les rapports du Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (CPT). Ces traitements prennent le plus souvent la forme de gifles, de coups de poing et de coups de pieds, ou encore de coups portés sur diverses parties du corps au moyen d'objets contondants (comme des battes de baseball). Le CPT a noté que les accusations de violences policières concernent le plus souvent des mauvais traitements infligés lors des interrogatoires en vue d'obtenir des aveux ou de soutirer des informations. La pratique des mises en garde à vue en Espagne me paraît particulièrement préoccupante : dans ce pays, la détention au secret par la Guardia Civil (la police nationale) est de longue date une pratique contestée qui, comme je le notais en 2013 dans mon rapport sur l'Espagne, a donné lieu à de nombreuses violations des droits de l'homme constatées par la Cour européenne des droits de l'homme et le Comité des Nations Unies contre la torture. Une autre forme grave d'abus policier est la violence envers les minorités, en particulier les Roms, et les migrants. En Grèce, par exemple, des menaces et des mauvais traitements à motivation raciste contre les migrants et les Roms, de la part de membres de la police et des garde-côtes, sont signalés régulièrement. Le racisme institutionnel joue aussi un rôle majeur dans le profilage ethnique, entraînant des contrôles et des fouilles excessifs visant les minorités et les migrants. Dans un rapport récent sur la France, l'Open Society Justice Initiative a souligné l'impact extrêmement négatif de cette pratique pour « des pans entiers de la population [qui] ont le sentiment que, quoi qu'ils fassent, ils demeureront toujours des citoyens de seconde classe ».
Il faut mettre fin à l'impunité
Il est du devoir fondamental des Etats européens de combattre l'impunité pour les violations des droits de l'homme commises par des membres des forces de l'ordre, afin de garantir que justice soit rendue aux victimes, de dissuader à l'avenir d'autres abus policiers et de renforcer la confiance des citoyens et leur coopération avec les forces de l'ordre. Il est de la plus haute importance que toutes les accusations d'abus policiers fassent l'objet d'enquêtes effectives, afin que les responsables soient identifiés et sanctionnés, comme l'exige la jurisprudence constante de la Cour européenne des droits de l'homme. En outre, des peines dissuasives doivent être imposées aux auteurs de violations graves des droits de l'homme, conformément aux Lignes directrices du Comité des Ministres pour éliminer l'impunité pour les violations graves des droits de l'homme. Malheureusement, de nombreuses enquêtes sur les violations des droits de l'homme commises par des membres des forces de l'ordre sont inefficaces, du fait que ce sont souvent des membres de ces mêmes forces qui enquêtent sur les actes de leurs collègues, et parce qu'il existe parfois un « code du silence » incitant ces agents à protéger l'un des leurs. La création de mécanismes indépendants de plaintes contre la police, tels qu'il en existe au Royaume-Uni, en Irlande et au Danemark, pourrait être l'une des solutions à ce problème. Une autre option consisterait notamment à autoriser les médiateurs nationaux à enquêter sur les plaintes visant des membres des forces de l'ordre. Les dirigeants politiques ont aussi une part de responsabilité importante. Du fait de l'organisation hiérarchique des forces de l'ordre, leurs membres sont souvent attentifs aux discours et aux positions des responsables politiques, en particulier des ministres de l'Intérieur. Lorsque des policiers condamnés pour des abus impliquant des mauvais traitements sont graciés ou se voient infliger des sanctions insuffisantes, cela produit un effet extrêmement dommageable pour la confiance du public à l'égard des institutions de l'Etat. Les responsables politiques devraient affirmer clairement que la responsabilité des mauvais traitements s'étend aussi, au-delà des auteurs eux-mêmes, à toute personne qui a – ou devrait avoir – connaissance d'un mauvais traitement et qui ne fait rien pour l'empêcher ou ne le signale pas.
Renforcer les protections et rétablir la confiance
Les Etats devraient élaborer des lignes directrices claires, conformes aux normes internationales, sur l'usage proportionné de la force par la police, y compris l'utilisation de gaz lacrymogènes, de gaz poivré, de canons à eau et d'armes à feu lors des manifestations. En outre, des mesures pratiques et facilement adoptables devraient être prises : par exemple, les policiers anti-émeutes devraient avoir l'obligation d'afficher leur numéro d'identification de manière à ce qu'il soit visible de loin et ce numéro devrait être assez court pour pouvoir être mémorisé et utilisé pour signaler les abus. Par ailleurs, lors de la sélection, du recrutement et de la promotion des policiers, une attention particulière devrait être accordée aux signalements d'abus commis dans le passé, aux positions racistes et à la capacité des individus à faire face à des situations de stress. Le recrutement de policiers au sein des groupes minoritaires aiderait aussi à réduire le risque de violences à motivation raciste et contribuerait à ce que la police reflète mieux la diversité de la société. A cet égard, une formation continue relative aux droits de l'homme offerte systématiquement aux membres des forces de l'ordre, ainsi que l'adoption et la mise en œuvre du Code européen d'éthique de la police de 2001 sont essentielles. Les abus policiers sont, de longue date, un sujet de préoccupation, mais ils ne sont en aucun cas une fatalité. Des moyens efficaces de combattre ce phénomène existent et doivent être utilisés par les Etats. Cet effort est indispensable si l'on veut rétablir la confiance du public à l'égard des autorités étatiques et protéger les droits de l'homme et l'Etat de droit.
Nils Muižnieks, Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe
 

mardi 14 janvier 2014

Toutes et Tous espionnéEs....

Pourquoi la NSA espionne aussi votre papa (#oupas)

Les révélations d’Edward Snowden, le "lanceur d’alerte" américain, sur l’ampleur des opérations d’espionnage et de surveillance des télécommunications de la National Security Agency (NSA), ont incité de nombreux journalistes à me demander si cela pouvait aussi concerner des Français.
En l’espèce, votre papa, votre maman, vos grands-parents, vos enfants, collègues, amis, tous ceux avec qui vous êtes en contact peuvent effectivement être espionnés, ou l’ont peut-être même déjà été. L’explication figure noir sur blanc dans un rapport top secret de l’inspecteur général de la NSA révélé par le Guardian.
Contrairement aux écoutes téléphoniques classiques, ce qui intéresse la NSA, ce n’est pas tant le contenu des télécommunications que leur contenant, ce que l’on appelle des méta-données : qui communique avec qui, quand, d’où, au sujet de quoi, en utilisant quels logiciels, passerelles, fournisseurs d’accès, adresses IP, etc (voir à ce sujet l’excellent et très pédago guide du Guardian, ou encore comment les méta-données d’une photographie a permis de géolocaliser puis d’arrêter John McAfee).
L’objectif est en effet de constituer un "graphe social" des personnes et organisations ciblées ("targeted") par la NSA, la CIA et le FBI, en demandant à ses analystes d’effectuer ce qu’elle qualifie de "contact chaining" :
« En général, ils analysent les réseaux situés à deux degrés de séparation de la cible. »
Autrement dit, la NSA espionne aussi ceux qui communiquent avec ceux qui communiquent avec ceux qui sont espionnés (exemple). La seule limite imposée aux analystes de la NSA est d’"estimer sûr à 51% que l’individu qu’il suit est étranger"... Sont donc espionnables une bonne partie des Américains, et la totalité des non-Américains (cf Qui la NSA peut-elle traquer ? À peu près tout le monde !).
Ce qui, en ces temps de Big Data, de fouille sociale de données et (donc) de police prédictive, n’est pas sans inquiéter (voir, à ce sujet, la traduction française du texte de Bruce Schneier : "Ce que nous ne savons pas sur l’espionnage des citoyens est plus effrayant que ce que nous savons").

Moins de 6 degrés de séparation

En 1929, le Hongrois Frigyes Karinthy émettait l’hypothèse qu’il n’existerait que six degrés de séparation entre tous les êtres humains.
En 1967, le psychologue américain Stanley Milgram avait démontré dans son étude du petit monde la validité de cette théorie en demandant à 296 volontaires d’envoyer une carte postale à un agent de change de Boston qu’ils ne connaissaient pas.

samedi 4 janvier 2014

Les vidéosurveillances ne font que déplacer les problèmes...

Les Fontainois-es sous le regard froid des caméras

En 2010 était lancée à Grenoble une campagne contre l’installation de caméras de vidéosurveillance.
Celle-ci s’étendit à Fontaine quand, en 2011, la mairie communiste déclara qu’elle allait emboîter le pas à Grenoble.
Des habitant.e.s de Fontaine firent entendre leur opposition en distribuant des milliers de tracts, en mettant un peu de piment dans le carnaval (dont le thème était... « Rêv’olution ») et en organisant une réunion publique à la MJC Nelson Mandela ainsi qu’un rassemblement devant la mairie. Les élus s’empêtrèrent alors dans leurs contradictions et l’installation des caméras ne fût que repoussée.
Les caméras sont bel et bien ressorties du chapeau ce printemps 2013. En effet, profitant des travaux « d’embellissement » et de « requalification de l’espace public » du « coeur de ville », la municipalité a fait installer pas moins de 9 caméras globes (4 place Maisonnat et 5 aux Fontainades ce qui, ajouté aux caméras de la TAG déjà présentes aux arrêts de tram, porte à une quinzaine le nombre de caméras sur ces deux places distantes de moins de 500 mètres).
Lire la suite.
Nous vous rappelons aussi l’existence du site http://grenoble.sous-surveillance.net, qui fait partie du projet sous-surveillance, un ensemble de sites participatifs dont le but est de réportorier les caméras de vidéo-surveillance implantées dans diverses villes de France tout en développant un discours critique de la suveillance en général.
Des Habitantes et Habitants de Fontaine

jeudi 26 décembre 2013

Cesser le commerce avec un régime théologique raciste...

Du boycott des produits israéliens au boycott des entreprises agroalimentaires israéliennes.

Cesser le commerce avec les entreprises agroalimentaires israéliennes

La force de la Coalition contre Agrexco a été d’avoir dès le début à la fois désigné une cible unique : « l’entreprise Agrexco » et un seul objectif : « Agrexco ni à Sète ni ailleurs ».
Cibler l’entreprise (au lieu des produits) avait une dimension stratégique qui a joué un rôle important dans la compréhension de la situation et dans la mobilisation contre Agrexco et a mis en évidence le rôle fondamental des entreprises agroalimentaires israéliennes dans le processus de colonisation et la destruction des ressources vitales palestiniennes.

2005-2009 - Le boycott : d’un slogan à une campagne

L’appel BDS des 170 organisations de la société civile palestinienne de juillet 2005 adressé aux sociétés civiles du monde et donc à nous tous-tes, vise l’autodétermination des Palestiniens. En raison du poids d’Oslo et malgré son évidence, cet appel n’a pas été entendu dans la plupart des pays européens jusqu’aux massacres à Gaza en 2008-2009. Par ailleurs ceux qui ont eu le mérite de lancer les premières actions l’ont fait de façon empirique sans réflexion sur les cibles. On parlait de Carmel comme de Coca-Cola, Danone ou Starbuck café. Les entreprises israéliennes ou non étaient mélangées aux produits et labels. Il n’y avait pas non plus de réflexion stratégique. Produits et entreprises étaient listés, catalogués réduisant le mot d’ordre de boycott un simple slogan.
L’intervention du BNC dans la bataille contre Agrexco et la mise en place de la campagne BDS à direction palestinienne dès juin 2009 a clarifié les choses. Pour autant la question de l’adéquation entre ceux qui se réclament aujourd’hui du « BDS » et les attentes palestiniennes n’est pas complètement réglée en France et dans les autres pays du continent. Le présent article vise à préciser, en matière de boycott dans le champ de l’agroalimentaire, les pistes, fondées sur le droit international et les droits Humains, préconisées par les organisations palestiniennes.

Mai 2009 : La Coalition contre Agrexco cible l’entreprise Agrexco

La force de la Coalition contre Agrexco a été d’avoir dès le début à la fois désigné une cible unique : « l’entreprise Agrexco » et un seul objectif : « Agrexco ni à Sète ni ailleurs ». Dans le bilan de cette bataille victorieuse nous avons surtout mis en évidence l’efficacité tactique du choix de cibler une entreprise. Mais nous n’avons pas assez souligné, comme facteur de succès, que le fait de cibler l’entreprise (au lieu des produits) avait une dimension stratégique qui a joué un rôle important dans la compréhension de la situation et dans la mobilisation contre Agrexco.
Cibler l’entreprise a mis en évidence le rôle fondamental des entreprises agroalimentaires israéliennes dans le processus de colonisation et la destruction des ressources vitales palestiniennes.
Après la liquidation d’Agrexco, cette même logique a guidé la coordination BDS européenne animée par le BNC dans le choix de la nouvelle cible européenne. La journée d’action BDS européenne du 26 novembre 2011 a engagé la bataille contre l’entreprise Mehadrin devenue N°1 de l’agroalimentaire israélien.

Avril 2012 : une décision exemplaire du CO-OP Group (Royaume-Uni)

C’est au Royaume-Uni que cette campagne a obtenu en 2012 le succès le plus significatif. Les discussions et la pression exercée en interne et externe sur le CO-OP Group, cinquième distributeur du pays, ont conduit à une décision exemplaire. Le 27 avril 2012 dans un communiqué à la presse la CO-OP Group déclare qu’elle « cessera de collaborer avec tout fournisseur de produits, connu pour se fournir dans les colonies israéliennes ».
C’est clair et net ! Les quatre entreprises concernées sont : Agrexco, ARAVA Export Growers, Adafresh et Mehadrin. Mehadrin cultive aussi des fruits et légumes en Israël, pourtant il tombe sous le coup du refus de la CO-OP Group, laquelle considère à juste titre que dès lors qu’une partie de l’entreprise produit ou commercialise dans les colonies, l’entreprise est toute entière dans l’illégalité.
On voit bien ici la justesse et la pertinence qu’il y a à cibler les entreprises et non les produits. Cibler les produits, permet à certains de distinguer les produits des colonies, qu’il faudrait boycotter, de ceux produits en Israël qu’il ne faut pas boycotter. Mais le lien entre les colonies et l’état d’Israël n’est-il pas structurel, matriciel ? Ce n’est pas Israël qui va démentir ce lien. Pour l’état juif les colonies sont partie intégrante d’Israël. Ne sont-elles pas régies par les lois israéliennes ?
Ne relèvent-elles pas du même découpage administratif, réseau routier, énergétique, du code postal, du droits de vote, des financements et de la politique industrielle etc… israélienne ? Il est par conséquent impossible de caractériser d’illégales les colonies sans caractériser de la même illégalité les entreprises qui commercent avec les colonies et bien plus encore, l’état qui les implante et les administre.

Février 2013 : Appel à cesser tout commerce avec les entreprises agricoles israéliennes

L’Appel BDS de 2005 ne rentre pas dans les détails, il ne se prononce pas sur le boycott des produits ou des entreprises : « (…) nous vous invitons à imposer de larges boycotts (…) contre Israël tels que ceux appliqués à l’Afrique du Sud à l’époque de l’Apartheid. ». Néanmoins il désigne clairement la cible : le boycott s’exerce contre Israël dont les violations du droit ont été énumérées dans la première partie de l’Appel. La référence à l’Afrique du Sud (cf. les oranges Outspan) a induit en France l’idée que boycott signifiait « boycott des produits », dans lequel les avocats remplaçaient les oranges dans une démarche individuelle de boycott.
Par contre l’Appel palestinien du 9 février 2013 [1] et le texte « Farming injustice » [2] publiés un peu plus d’un an après la victoire contre Agrexco apportent des réponses plus explicites à la question. Le texte « Farming injustice » qui développe l’argumentaire de l’appel montre comment l’agriculture de l’ensemble de la Cisjordanie et Gaza (sans oublier les pêcheurs) est victime du système colonial israélien. Les signataires – toutes les organisations paysannes, de la société civile palestiniennes sous occupation militaire et le BNC - appellent à « cesser tout commerce avec les Entreprises agroalimentaires Israéliennes ». Les cibles sont nommées : sept entreprises agroalimentaires dont une cible prioritaire Mehadrin, suivie de Hadiklaim. L’objectif est également fixé : la fin de tout commerce complice avec ces entreprises qui causent la destruction de l’agriculture palestinienne [3].
L’appel BDS de 2005 fonde sa stratégie sur les trois revendication fondamentales posées comme conditions d’accès au droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination : fin de la colonisation, retour des réfugiés et égalité absolue des palestiniens de 48. Le boycott, le désinvestissement, la lutte contre l’impunité et les sanctions contre Israël sont des moyens de pression pour obliger Israël à satisfaire aux trois revendications fondamentales de l’Appel de 2005 et ne sont pas une finalité en soi.
En ciblant les entreprises agricoles israéliennes l’appel de 2013 réaffirme son alignement stratégique sur le droit international, notamment en matière des colonies. Il refuse de prendre pour base de discussion les accords UE-Israël qui sont le résultat du rapport de force issu d’un « processus de paix » au service de la domination et de l’apartheid israélien.
Non seulement les accords UE-Israël n’appliquent pas le droit international mais ils le violent souvent. Quand les produits des colonies clairement identifiés entrent en Europe après le simple paiement d’une taxe, au lieu d’être bloqués aux frontières et confisqués comme les produits de contrefaçon, il s’agit tout simplement d’une violation du droit. « Farming injustice » rappelle que les colonies sont illégales, que leur construction et le déplacement de population constituent un crime de guerre, donc que leurs productions sont illégales et a fortiori le commerce avec les entreprises qui produisent et/ou commercialisent ces produits.
L’étiquetage [4] des produits des colonies et le choix laissé au consommateur d’acheter ou non ces produits dans les magasins européens constituent également une violation du droit.
Comme l’écrivent les signataires de l’appel de 2013 :
« Tout commerce avec des entreprises agissant ou impliquées dans des colonies illégales israéliennes soutient la pérennité des colonies. (…) Le maintien des échanges commerciaux avec les entreprises opérant dans les colonies illégales accorde de facto une reconnaissance et une légitimité politique aux colonies. » (Farming injustice p.16)

Même si c’est pour appeler à leur boycott ensuite, l’étiquetage des produits des colonies en ne s’opposant pas à leur entrée en UE, légalise de fait leur commerce. La seule réponse de droit est l’interdiction d’entrée de ces produits et le refus de commercer avec les entreprises israéliennes qui les cultivent et/ou les commercialisent.

Quelles pistes de travail pour cette campagne de boycott ?

La demande palestinienne est explicite : prendre pour cible les entreprises agricoles prioritaires et comme objectif, la fin du commerce avec elles.
Nous avons vu les dérives possibles du boycott des seuls produits. Pour autant il ne s’agit pas d’opposer le boycott des produits au boycott des entreprises, ni de choisir l’un ou l’autre mais de redonner au boycott sa dimension stratégique en articulant le boycott des produits au boycott central des entreprises.
Dans ce cas l’information destinée à sensibiliser le public devrait mettre en évidence et titrer sur les entreprises à boycotter. Ainsi BDS France qui a toujours résisté à la diffusion d’une liste de produits a réalisé un tract national titré « Quelles entreprises boycotter ? » en informant sur ces entreprises et bien sûr en mentionnant leurs produits. Jusqu’ici nous avons surtout demandé aux clients de ne pas acheter les produits en raison des violations israéliennes etc.. Aujourd’hui il convient d’illustrer ces violations par le rôle joué par ces entreprises et de nous poser la question : comment faire en sorte que les clients des magasins et/ou les citoyens qui boycottent les produits israéliens exigent des chaines de distribution que celles-ci cessent le commerce avec Mehadrin, Hadiklaim etc. ?
Cibler les entreprises israéliennes exige que nous approfondissions notre expertise sur leur implantation, leurs antennes européennes et centres de conditionnements, leur fonctionnement, les lieux d’arrivée leurs produits (ports, aéroports), leurs transporteurs, leurs circuits de distribution, etc.
Et que nous préparions des actions d’information et de boycott bien ciblées contre leur antenne, le lieu de débarquement de leurs produits, leurs transporteurs etc. En France tout reste à inventer dans ce domaine.
Le 29 juin 2013 BDS France a mené une action d’information destinée à faire connaître la présence de l’entreprise israélienne Mehadrin dans la région d’Avignon et dénoncer son rôle colonial. Une manifestation de 500 personnes dans la ville d’Avignon a crié « Mehadrin dégage » et dénoncé le commerce avec cette entreprise. 350 personnes ont marché 14km jusqu’au siège de Mehadrin en France à Chateaurenard.
Là nous avons planté un village de tentes (comme le font les palestiniens) et écouté un message de Dawood Hammoudeh, directeur exécutif du syndicat des paysans palestiniens et coordinateur de la campagne contre le commerce avec les entreprises agricoles israéliennes. Nous devons maintenant construire des actions directes de boycott sans oublier les circuits Bio qui devraient être plus réceptifs à nos arguments.
La coordination BDS européenne animée par le BNC existe, elle a montré son efficacité à l’occasion d’Agrexco et depuis. Le succès exemplaire de la CO-OP Group montre qu’il est possible à des chaînes de distribution de refuser le commerce avec des entreprises agricoles israéliennes.
Si pays par pays, nous mettons les entreprises au centre de notre cible de boycott, il devrait être possible en combinant nos expériences, de construire de façon coordonnée au plan européen, une méthode d’intervention et des actions contre les entreprises ciblées et ainsi atteindre l’objectif de respect du droit international demandé par les palestiniens.
José Luis Moraguès, Montpellier 26 octobre 2013
José Luis Moraguès est membre de la Campagne BDS France
[4Préconisé en France par la « Plateforme des ONG pour la Palestine ». Lire aussi l’excellent article « Étiquetage ou interdiction des produits des colonies ? » de Christophe Perrin

vendredi 6 décembre 2013

La vidéosurveillance déplace les problèmes...



Alors que la Mairie de Die, dans le cadre d’un Contrat Local de Sécurité,  lançais l’idée d’installer de la vidéosurveillance en ville.
La Mairie communiste de Fontaine installe la vidéosurveillance des citoyens…9 caméras installées au printemps.
En 2010 était lancée à Grenoble une campagne contre l’installation de caméras de vidéosurveillance. http://grenoble.indymedia.org/2010-...
Celle-ci s’étendit à Fontaine quand, en 2011, la mairie communiste déclara qu’elle allait emboîter le pas à Grenoble. http://grenoble.indymedia.org/2011-...
Des habitant.e.s de Fontaine firent entendre leur opposition en distribuant des milliers de tracts, en mettant un peu de piment dans le carnaval (dont le thème était... « Rêv’olution ») et en organisant une réunion publique à la MJC Nelson Mandela ainsi qu’un rassemblement devant la mairie. Les élus s’empêtrèrent alors dans leurs contradictions et l’installation des caméras ne fût que repoussée. http://grenoble.indymedia.org/2011-...
Les caméras sont bel et bien ressorties du chapeau ce printemps 2013. En effet, profitant des travaux « d’embellissement » et de « requalification de l’espace public » du « coeur de ville », la municipalité a fait installer pas moins de 9 caméras globes (4 place Maisonnat et 5 aux Fontainades ce qui, ajouté aux caméras de la TAG déjà présentes aux arrêts de tram, porte à une quinzaine le nombre de caméras sur ces deux places distantes de moins de 500 mètres).
Une discussion avec l’un des ouvriers qui a posé ces caméras fût assez intéressante : « Je sais que ça ne sert à rien, mais ce sont des volontés politiques » ; « Les jeunes de la place m’ont déjà demandé comment les rendre hors service. Je leur ai répondu qu’il y a plein de manières différentes de le faire » ; « J’ai installé tout un réseau à Val d’Isère la semaine dernière et les gens nous félicitaient. Très peu de gens sont contre ».
L’homme doit en effet avoir beaucoup de travail ces temps-ci. Il travaille pour Forclum, la filiale « énergie » du groupe Eiffage, troisième groupe de BTP de France après Vinci et Bouygues, qui réalise chaque année des dizaines de millions de bénéfices pour un chiffre d’affaires de 2,4 milliards d’euros.
Bien sûr, la mairie de Fontaine se sert de son journal « Fontaine Rive Gauche » pour noyer le poisson. Ces caméras auraient ainsi été installées « en concertation avec les habitants ». Ah... Les élu.e.s ont donc la mémoire courte. Et ce ne sont pas les mascarades de démocratie participative, sur inscription et rassemblant à peine quelques dizaines de personnes, qui permettent de se targuer d’avoir l’accord de l’ensemble de la population.
Comme à Grenoble, on nous fait le coup du « comité d’éthique » chargé de veiller à la bonne utilisation des caméras. En effet, « les élus ont souhaité que son utilisation se fasse dans le plus grand respect des libertés publiques individuelles » afin « d’apporter aux Fontainois des garanties sur le respect de leur vie privée et de leurs libertés fondamentales ». Vous avez bien lu. Ce comité d’éthique aura carrément l’immense pouvoir « d’émettre des avis » et des « recommandations ». Tremble Big Brother ! Le comité d’éthique pourrait émettre un avis !
Cerise sur le gâteau : la mairie a tout simplement offert un local (dans lequel elle a investit 12 000 euros de travaux) à l’obscur « collectif des habitants du Centre Ancien » créé en 2010, avec « pour objectif de se réapproprier l’espace public ». Décodage : il faut virer de la place Maisonnat les jeunes considérés comme indésirables. Ajoutez à cela la construction d’un supermarché en lieu et place du square qui se trouve derrière la place et vous aurez l’étrange recette « communiste », sauce fontainoise, pour régler les problèmes sociaux : contrôle et consommation.
S’agripper au pouvoir n’a décidemment rien de bon pour le bien commun. Jean-Paul, samedi 23 novembre 2013
Compléments d'informations :
Grenoble (et Fontaine) sous surveillance !
Un outil de cartographie participative de la vidéosurveillance existe à Grenoble (et dans plein d’autres villes) : http://grenoble.sous-surveillance.net/ Merci Jean-Paul d’avoir signalé ces nouvelles caméras installées en juin à Fontaine. Mais c’est encore mieux de les rentrer sur Sous-surveillance (il y en a déjà 7 sur les 9) pour compléter et mettre à jour la carte interactive. Et oui c’est un site participatif !

mardi 15 octobre 2013

Les coups d' Etat camouflés en Démocratie...

Prise de pouvoir par Hitler : chronique d’un coup d’Etat financé

On entend souvent qu’Hitler est arrivé au pouvoir par les urnes, appuyé par un large mouvement populaire. Or, bien qu’organisé avec la complaisance des partis au pouvoir, c’est un coup d’Etat qui permet à Hitler d’accéder au gouvernement. Quant à son principal soutien, il vient des industriels allemands.

Le 12 novembre 1933, Hitler est invité
à donner une conférence dans une usine
de Siemens. Le patron de l’entreprise,
Carl Friedrich von Siemens, compte parmi les
principaux soutiens au régime nazi.
Dans sa déclaration gouvernementale du 1er février 1933, Hitler promettait au peuple allemand l’amélioration de la situation des travailleurs et des paysans et le maintien et la consolidation de la paix. « Donnez-moi quatre ans, et vous ne reconnaîtrez plus l’Allemagne », prophétisait-il. Quatre ans plus tard, les acquis sociaux étaient détruits et les libertés fondamentales étaient bafouées. L’Allemagne, effectivement, était méconnaissable.
Le 30 janvier 1933, le président allemand Paul von Hindenburg nomme Adolf Hitler, le dirigeant du Parti National-socialiste (NSDAP, abrégé en nazi) Premier ministre. Le premier gouvernement Hitler ne compte que trois nazis, dont Hitler lui-même. Il n’ose même pas se présenter devant le Parlement, car il y est minoritaire. Au lieu de cela, il demande à Hindenburg de dissoudre le Parlement et d’organiser de nouvelles élections, fixées au 5 mars.
Ce délai lui donne l’occasion de gouverner cinq semaines sans contrôle parlementaire. Il s’agit d’un coup d’Etat légal, car la Constitution allemande de l’époque permet au président de dissoudre le Parlement ou de le suspendre temporairement. 
Un régime de terreur
Le 4 février, Hindenburg prend une ordonnance d’urgence qui interdit toute critique du gouvernement, supprime la liberté de rassemblement et de presse pour le Parti Communiste d’Allemagne (KPD), alors en campagne électorale, et d’autres organisations de gauche.
Le 27 février, le Reichstag, le Parlement allemand, est incendié. Officiellement, par un anarchiste hollandais déséquilibré. Cependant, de nombreux historiens sont convaincus que l’incendie a été provoqué par les sections d’assaut (SA) nazies. Les événements qui suivent confirment cette thèse. Avant tout début d’enquête, la radio affirme que les communistes sont coupables. La même nuit, sur base de listes établies à l’avance, plus de 10 000 communistes, socialistes et progressistes sont arrêtés. Toute la presse communiste et plusieurs journaux socialistes sont interdits. Les libertés de la presse et de réunion sont suspendues.
Malgré cette répression, les élections ne donnent pas une majorité aux nazis ni une majorité des deux tiers au gouvernement de coalition dirigée par Hitler. Pour l’obtenir, le gouvernement radie les 81 mandats du KPD, sans qu’aucun parti proteste. Cela étant réglé, le Parlement vote la confiance au gouvernement Hitler et l’autorise à décréter des lois sans son autorisation. Il s’agit en fait d’une auto-dissolution. Les socialistes votent contre la déclaration gouvernementale, mais jugent les élections démocratiques malgré la répression.
En deux ans, les nazis vont interdire les partis politiques, tuer plus de 4200 personnes et arrêter 317 800 opposants, dont 218 600 seront blessés et torturés. Le 20 mars 1933, le commissaire nazi de la police de Munich, Heinrich Himmler, crée à Dachau le premier camp de concentration destiné aux prisonniers politiques. 40 autres suivront dans la même année.
Le nerf de la guerre
Hitler n’a donc pas été élu démocratiquement. En réalité, la décision de le nommer chancelier a été prise quelques semaines auparavant, le 3 janvier, dans la villa du banquier Kurt von Schröder.
À plusieurs reprises, entre 1918 et 1923, les cercles les plus à droite de la classe dirigeante avaient en effet essayé, notamment par des tentatives de coups d’Etat, de se débarrasser du système parlementaire et de supprimer les droits importants acquis par un mouvement ouvrier fort et uni.
Ces cercles s’appuyaient sur une partie de l’armée et des organisations réactionnaires. De nombreux industriels voyaient dans le NSDAP une organisation qui valait la peine d’être soutenue.
En 1923, le patron sidérurgiste Hugo Stinnes a déclaré à l’ambassadeur américain : « Il faut trouver un dictateur qui aurait le pouvoir de faire tout ce qui est nécessaire. Un tel homme doit parler la langue du peuple et être lui-même un civil. Nous avons un tel homme. »
Avec la crise économique de 1929, les cercles dirigeants ont décidé de vraiment miser sur le parti nazi, qui a reçu de leur part un soutien accru. Grâce à leurs millions, Hitler a pu gagner de l’influence sur les classes populaires, très touchées par la crise. Ils ont mis à sa disposition leurs hangars désaffectés qu’il a transformés en une version nazie de l’Armée du Salut. Des malheureux sans travail pouvaient y trouver une assiette de soupe et un lit pour la nuit. Avant qu’ils s’en rendent compte, on leur avait collé un uniforme et ils défilaient derrière le drapeau nazi.
Durant la campagne présidentielle de 1932, les nazis ont collé des millions d’affiches, imprimé 12 millions de numéros spéciaux de leur journal et organisé 3000 meetings. Pour la première fois, ils ont fait usage de films et de disques. Hitler utilisait un avion privé pour se rendre d’un meeting à l’autre. En 1932, le parti nazi comptait des milliers de permanents et l’entretien des SA, à lui seul, coûtait deux millions de marks par semaine. Qui payait tout cela ? Certainement pas les membres sans travail du parti nazi...
Le patronat tout puissant
Aux élections fédérales de septembre 1930, le NSDAP devient le deuxième parti, avec plus de 6 millions de voix. Des représentants de premier ordre de la classe dirigeante s’expriment en faveur de la formation d’un gouvernement avec lui. Hitler est invité à exposer ses idées devant des cercles de grands capitalistes et plusieurs d’entre eux adhèrent au parti.
Cela prendra pourtant encore une année avant que ces patrons confient la chancellerie à Hitler. Ils avaient peur de la réaction du mouvement ouvrier. De plus, ils se livraient entre eux de violentes luttes de pouvoir.
Mais, lors des élections fédérales du 6 novembre 1932, le Parti communiste allemand accroît fortement son influence parmi les travailleurs au détriment du Parti socialiste. Le capital craint un soulèvement révolutionnaire. Et le NSDAP perd deux millions de voix. Un déclin plus important du parti risque de ruiner tous les espoirs du grand patronat. Ils mettent leurs querelles internes au vestiaire et décident de confier plus rapidement le pouvoir à Hitler.
Ce sont les Thyssen, Krupp, Siemens et autres qui ont déterminé la politique économique de Hitler. Il suffit de voir la composition du Haut Comité économique du gouvernement nazi. On y retrouve Krupp von Bohlen, roi de l’industrie d’armement, Fritz Thyssen, baron de l’acier, Carl Friedrich von Siemens, roi de l’électricité, et Karl Bosch, de l’industrie des colorants. Grâce à Hitler, ils ont pu appliquer le programme de casse sociale dont ils rêvaient.
Le gouvernement Hitler bloque les salaires au niveau très bas de 1932. Les travailleurs sont privés de tous leurs droits et menacés d’emprisonnement dans un camp de concentration en cas de grève.
La liberté de changer d’employeur est limitée, et un « livret de travail » est introduit. Sans ce document, aucun travailleur ne peu être engagé. Tout comme chez nous au 19e siècle, un ouvrier qui désire travailler ailleurs peut en être empêché par son patron si celui-ci gèle son livret de travail.
Le fascisme a porté la logique du capitalisme jusqu’à sa pire extrémité. La recherche de la compétitivité mène à une spirale descendante des salaires et des acquis sociaux. Dans les camps de travail, le coût salarial et les charges sociales sont quasiment réduits à zéro. Afin d’épargner leurs frais de transport, plusieurs firmes construisent leurs usines près des camps.
Le problème du chômage est résolu en envoyant une partie des chômeurs dans l’armée, une autre dans les usines d’armement. Tous sont ainsi obligés de préparer leur propre mort et celle de dizaines de millions d’autres.
Le soutien des industriels à Hitler : quelques dates
27 octobre 1931. Le directeur de la firme Siemens, Carl Friedrich von Siemens, prononce un discours devant des membres importants de la finance américaine pour dissiper les craintes que suscite une éventuelle montée au gouvernement des nazis. Il insiste surtout sur la volonté des nazis d’éradiquer le socialisme en Allemagne.
26 janvier 1932. Fritz Thyssen, le magnat de la sidérurgie, organise une conférence d’Hitler devant plus de 100 grands patrons durant laquelle il assure que son mouvement voit dans la propriété privée le fondement de l’économie allemande et que son but principal est d’éradiquer le marxisme en Allemagne.
19 novembre 1932. Des banquiers, de grands industriels et de grands propriétaires terriens demandent au président Hindenburg de nommer Hitler à la chancellerie.
4 janvier 1933. Rencontre entre le Premier ministre en exercice Franz von Papen et Hitler dans la villa du banquier von Schröder, qui a scellé les arrangements qui ont conduit au 30 janvier 1933.
20 février 1933. Hitler reçoit le gratin du grand capital allemand pour rassurer les patrons à propos de sa base, chauffée par des discours démagogiques contre le grand capital.
20 mars 1933. Création du premier camp de concentration destiné aux prisonniers politiques à Dachau.
15 mai 1934. Une loi est votée qui limite la liberté de changer d’employeur.
30 juin 1934. Nuit des longs couteaux. Hitler fait assassiner 1000 cadres de ses propres sections d’assaut, essentiellement de l’aile « anticapitaliste » qui avait cru à la démagogie de Hitler et pensait que les nazis prendraient aussi des mesures contre le grand capital.
Février 1935. Introduction du « livret de travail », qui impose une soumission totale des ouvriers à leur patron.

Errwig Lerouge
Cet article est tiré d'un dossier basé, entre autres, sur les ouvrages de références suivants :

  • Kurt Gossweiler, Hitler, l’irrésistible ascension ? Essais sur le fascisme, 2006, Aden - Études marxistes, 15,30 €. Également disponible sur www.marx.be.
  • Jacques R. Pauwels, Big business avec les nazis, 2013, Aden, 20 €.

vendredi 11 octobre 2013

Surveiller la gauche radicale et les écologistes...

Surveillance :

Ces apprentis James Bond qui espionnent la gauche et les écologistes

Mouvements écologistes et anticapitalistes sont surveillés de près par les polices européennes. Et tous les moyens sont bons, y compris l’infiltration. Vol d’identités d’enfants décédés, relations sexuelles avec leurs « cibles »… Au Royaume-Uni, les infiltrés et leurs supérieurs ne reculent devant aucun cynisme. Certains policiers ont même eu des enfants avec les militants qu’ils espionnent. Décryptage de ces détestables pratiques qui font l’objet de virulentes critiques, et échappent à tout contrôle parlementaire ou judiciaire.
Leurs défenseurs les comparent à des sortes de James Bond, qui fréquenteraient squats et lieux autogérés plutôt que des casinos huppés, qui participeraient à des « camps climat » ou à des actions de résistances passives plutôt qu’à de spectaculaires courses-poursuites. Ces espions au service de sa majesté, ce sont les policiers infiltrés au sein des mouvements écologistes ou anticapitalistes. Ces méthodes d’infiltration font l’objet de virulentes critiques au Royaume-Uni, depuis qu’elles ont été révélées par l’affaire Mark Kennedy. Ce policier s’est infiltré entre 2003 et 2010 au sein de groupes de la gauche radicale européenne, dont le collectif militant de Tarnac, avant d’être démasqué. Les informations transmises par Kennedy ont notamment été utilisées par la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur) pour monter son dossier contre « les neuf de Tarnac ». Depuis, les affaires impliquant des infiltrés se sont multipliées.
Leurs noms sont révélés au gré de scandales, de procès ou de plaintes qui défraient la chronique outre-Manche : Lynn Watson, une agent de police basée à Leeds, a infiltré plusieurs groupes écologistes, anticapitalistes et pacifistes entre 2003 et 2008. Simon Wellings demeure quatre ans au sein du réseau anticapitaliste Globalise Resistance, avant de se griller par un coup de fil accidentel alors qu’il transmet infos et photos dans un commissariat. Jim Sutton, infiltré au sein du mouvement Reclaim the Streets – un mouvement de réappropriation de l’espace public – à la fin des années 90, finit par avouer qu’il est policier à sa compagne militante… avec qui il a eu deux enfants ! Le couple divorce en 2009. Bob Robinson (ou Bob Lambert) et John Baker intègrent Greenpeace dans les années 80 et 90. Tous deux ont des relations amoureuses durables avec une de leurs « cibles »… Une version « réalité » de James Bond, où la subversion anticapitaliste et écologiste est combattue avec les mêmes moyens que ceux utilisés pour démanteler un réseau terroriste ou de trafic de drogue.
Un service très spécial
Le Royaume-Uni dispose d’une solide expérience en matière d’infiltrations des milieux activistes, pacifistes, écologistes ou anarchistes : 40 ans exactement. Tout commence en 1968. En pleine période de contestation et de manifs contre la guerre du Vietnam naît le « SDS » (Special Demonstration Squad), un « Service spécial des manifestations ». Il sera dissous en 2008. Ses pratiques font désormais l’objet de demandes d’investigations de la part de parlementaires et d’avocats après une succession de révélations plus détestables les unes que les autres.
« Quelles sont les critères pour autoriser une infiltration ? Construire une relation avec des « cibles », y compris avoir des enfants avec elles, fait-il partie des politiques officielles de l’État ? Dans quelle mesure ces opérations d’infiltration sont-elles coordonnées au niveau européen ? », interroge le centre de recherche indépendant Statewatch, basé à Londres, qui regroupe avocats, chercheurs ou journalistes travaillant sur la question des libertés publiques [1].
Quand l’État vole les identités d’enfants décédés
En février, le quotidien The Guardian révèle que, pour mener à bien ses infiltrations, la police britannique « a volé les identités d’environ 80 enfants décédés pour établir des faux passeports à leurs noms » [2]. A l’exemple de « Peter Daley », infiltré au sein de mouvements antiracistes dans les années 90, qui utilise comme couverture l’identité d’un enfant de quatre ans mort de leucémie. Le vol de l’identité et du certificat de naissance facilitait l’élaboration de couvertures crédibles.
Le procédé, dévoilé sur la place publique, est qualifié de « macabre », « irrespectueux » et « odieux » par la commission parlementaire chargée de suivre les affaires intérieures [3]. La police britannique assure aujourd’hui que de telles pratiques n’ont plus cours et a lancé une enquête interne. Jusqu’à cet été, ses chefs n’avaient toujours pas daigné entrer en relation avec les familles concernées [4]). James Bond n’est plus un gentleman.
Des conjointes et épouses abusées
La recherche des responsables tarde. « Il n’existe pas un fichier poussiéreux rangé quelque part au sein de Scotland Yard qui nous apportera toutes les réponses. Mais plus de 50 000 documents, papier et électronique, que nous devons passer au crible », précise la Commissaire adjointe, Patricia Gallan, en février 2013, auprès des parlementaires membres de la commission d’enquête sur le sujet. Une manière de prévenir : les réponses risquent bien de ne jamais être divulguées. D’autant que les enquêtes resteront internes.

Une autre affaire se retrouve quasiment classée « secret défense ». En décembre 2011, après les premières révélations sur les policiers espions, huit femmes annoncent poursuivre en justice la police britannique. En cause : l’infiltration de cinq officiers au sein de « groupes promouvant la justice sociale ou environnementale ». Des agents qui, tout en cachant leurs véritables motivations, étaient devenus leurs conjoints. Les relations intimes ont duré entre sept mois et… 9 ans ! Les plaignantes s’appuient sur les articles de la Convention européenne des droits de l’Homme qui protègent la vie privée et familiale, et interdisent des traitements dégradants et inhumains. Mais, début 2013, la Haute Cour stipule que l’affaire sera traitée à huis clos, dans le secret du « Tribunal spécial sur les pouvoirs d’investigation de l’État » (Investigatory Powers Tribunal), chargé de contrôler les activités de surveillance et d’infiltration menées par la police et les services secrets britanniques.
La jurisprudence James Bond
Pour justifier le recours à cette législation spéciale, le juge Michael Tugendhat, n’hésite pas à se référer au fameux héros de Ian Fleming : « James Bond est le plus célèbre exemple fictif d’un membre des services de renseignement qui utilise ses relations avec les femmes pour obtenir des informations ou accéder à des personnes et des biens. (…) Ian Fleming ne s’attarde pas sur la manière dont son héros utilise la tromperie, et encore moins sur le préjudice psychologique que ces relations pourraient provoquer. Mais bien que fictif, cet exemple accrédite la vue que les services de renseignement et de police déploient depuis de nombreuses années des hommes et des femmes officiers dans le but de nouer des relations personnelles de nature intime afin d’obtenir des informations. (…) De mon point de vue, chacun, dans sa vie, doit assumer le fait que les services secrets et la police doivent, de temps en temps, déployer des officiers infiltrés, que ce soit à tort ou à raison. » Ces cas de tromperies, de manipulations, de mensonges et d’humiliations, au service de la sécurité de l’État, seront donc traitées en toute discrétion. Grâce à un roman.
« Nous sommes indignés que la Haute Cour permette à la police (…) de garder le secret de leurs opérations abusives et manipulatrices. En comparaison, la vie privée des citoyens espionnés par la police secrète ne dispose d’aucune protection, ce qui est contraire à tous les principes que nous pourrions attendre d’une société démocratique », ont répondu les huit plaignantes. « Il est inacceptable que des agents de l’État puissent cultiver des relations durables et intimes avec des militants politiques afin de collecter de soi-disant renseignements sur les mouvements politiques. Nous avons l’intention de poursuivre ce combat. » (voir leur site).
Quand l’infiltration se retourne contre la police
Même les élus se voient retourner une fin de non-recevoir. Jenny Jones, vice-Présidente de la commission sur la sécurité londonienne, et élue verte de la capitale, a critiqué « l’obstruction délibérée » de la police suite à ses demandes d’informations répétées sur les opérations d’infiltration. Malgré les remous, l’opaque rideau qui recouvre ces barbouzeries ne se déchire pas.
L’une des opérations d’infiltration menée par Mark Kennedy avait abouti à la plus grande rafle d’activistes écologistes de l’histoire britannique. 114 militants, suspectés de préparer une action contre une très polluante centrale au charbon près de Nottingham, ont été arrêtés préventivement en avril 2009. Parmi eux, 20 activistes sont poursuivis puis condamnés à de courtes peines d’emprisonnement ou des amendes. Ces condamnations sont finalement annulées car l’accusation n’avait pas communiqué l’ensemble de son dossier à la défense… dont les informations recueillies par la taupe. D’autres militants écologistes pourraient faire appel dans des affaires similaires, dont les dossiers à charge sont basés sur les informations de policiers infiltrés.
L’Europe envahie de taupes
Ces scandales ne se cantonnent pas au territoire britannique. Ils s’étendent au-delà des frontières du royaume, à l’Europe continentale. Pendant ses sept années d’infiltration au sein de la gauche radicale, Mark Kennedy a ainsi été « déployé » dans onze pays différents, dont la France, lors d’une quarantaine d’évènements militants (rencontres, manifestations…). Ces opérations sont coordonnées au niveau européen par un groupe spécial (European Cooperation Group on Undercover Activities, ECG), créé en 2011. L’ECG regroupe Interpol, plusieurs services de police des États membres de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe, dont… la très démocratique Russie. L’ECG fait elle-même partie d’un groupe de travail international (IWG [5]) avec les services états-uniens ou israéliens.

« Lorsque les forces de police et les services de renseignement s’engagent dans la coopération internationale, le grand perdant est le contrôle parlementaire. L’importance croissante des réseaux de policiers en civil rend cette situation bien plus critique », alerte en 2012 le député de gauche allemand Andrej Hunko. L’affaire des infiltrés britanniques a fait des vagues jusqu’à Berlin. Des députés du Bundestag questionnent à plusieurs reprises le gouvernement d’Angela Merkel sur le niveau d’implication de la police allemande, et des polices européennes, dans ces opérations secrètes. Le ministère de l’Intérieur précise alors qu’il n’autorise pas ses agents, y compris les agents étrangers opérant sur le sol allemand, à avoir et à entretenir des relations sexuelles dans le cadre d’une enquête.
Les élus n’en apprendront pas beaucoup plus, « pour des raisons de confidentialité. » « L’infiltration des mouvements de gauche européens illustre cette coopération policière menée en l’absence de tout contrôle parlementaire. On ne sait toujours pas sur ordre de qui l’enquêteur infiltré opérait pendant les années de son activité », rappelle Andrej Hunko. En France, les opérations d’infiltration sont censées être réalisées sous le contrôle d’un procureur ou d’un juge d’instruction (voir le Code de procédure pénale). Mais aucun cadre juridique ou démocratique n’existe au niveau européen pour contrôler ces pratiques. Les barbouzes chargés d’espionner les mouvements de contestation ont de beaux jours devant eux.
Ivan du Roy, avec Statewatch
Photos : une (Wikimedia Commons), Police Only (CC Leo Reynolds), State Police (CC Julian Kliner)
Notes
[1Dans le numéro du mois d’août de son journal.
[2Lire ici, en anglais.
[3Dans un rapport publié en mars.
[4Lire ici, en anglais.
[5International Working Group on Police Undercover Activities.

dimanche 15 septembre 2013

Valence : vers une nouvelle prison...



Nouveau centre pénitentiaire à Valence
Fin mai 2013, les équipes de Spie batignolles ont débuté les travaux de ce centre pénitentiaire de 33.000 m² SHON.
En décembre 2012, l’Agence publique pour l’immobilier de la justice (APIJ) avait finalisé la signature des contrats de partenariat de 2 appels d’offres en PPP (Partenariat Public-Privé) portant sur les centres pénitentiaires de Beauvais (Oise), Riom (Puy de Dôme) et Valence (Drôme) avec Spie batignolles.
Le futur centre pénitentiaire de Valence, d’une capacité d’accueil de 456 détenus sera construit sur une surface SHON de 33.000 m².
Les différents bâtiments qui le composeront seront pour certains de plain-pied et d’autres jusqu’à R+4.
Après la phase de travaux de terrassement actuellement en cours, les travaux de gros oeuvre démarreront en août prochain après le montage de trois premières grues fin juillet, pour une période de 20 mois. A la mi-septembre, 6 grues seront opérationnelles sur le chantier.
Le futur centre pénitentiaire de Valence se composera de 6 quartiers différents (hébergement courant, accueil/évaluation, quartier maison centrale,…), d’une unité sanitaire, d’ateliers de production, de 3 parloirs familiaux, d’unités de vie familiale et de trois miradors.
Au plus fort de son activité, quelque 350 salariés travailleront sur le chantier. Le groupement mené par Spie batignolles s’est engagé à sous-traiter certains travaux à des PME, notamment locales.
Le coût de l’opération s’élève à 83 M€ TTC.
MCD
Après la soirée débat du juin organisé avec l’association de solidarité avec les sans papiers et sans droit dans un quartier HLM.  Le syndicat participe à un comité de soutien aux prisonnières et prisonniers qui organise des permanences juridiques au local syndical le laboratoire.
Dès juin ont commencé les travaux de construction de la nouvelle prison, à la sortie est de la ville, en direction de Malissard à côté d’un emplacement symbolique pour l’immigration arrivée à Valence [1].
Elle devrait « ouvrir ses portes » en octobre 2015, pour un total de 456 places. « Le futur centre pénitentiaire de Valence se composera de 6 quartiers différents (hébergement courant, accueil/évaluation, quartier maison centrale réservé aux très longues peines,…), d’une unité sanitaire, d’ateliers de production, de 3 parloirs familiaux, d’unités de vie familiale et de trois miradors. » 
Elle remplacera l’ancienne taule du centre-ville (qui compte 117 places) et la prison de Privas qui comporte 26 cellules réparties en deux ailes de détention sur deux niveaux ainsi 3 cellules réservées à la semi liberté (82 places), celle-ci étant aussi destinée à la fermeture. La forte augmentation des places disponibles en dit beaucoup sur la volonté de l’Etat d’enfermer toujours plus de personnes dans des taules toujours plus « sécurisées ». Celle de Valence notamment, sera un rectangle de 33 000 m², contrôlé peut être par quelques 300 matons, dont la plupart vont s’installer en nouveaux arrivants dans la préfecture de la Drôme.
La nouvelle taule, dont le coût est estimé à 83 millions d’euros, sera construite dans le cadre d’un partenariat public-privé : la prison restera propriété privée et l’Etat s’engage à payer un loyer aux constructeurs/propriétaires. Un consortium d’entreprises dirigé par Spie Batignolles a gagné l’appel d’offre pour bâtir (et ensuite entretenir) quatre nouvelles prisons, d’ici à 2016 : Beauvais, Riom (Puy-de-Dôme), Valence (Drôme) et Lutterbach (Haut-Rhin). 
Spie Batignolles est un grand groupe de BTP, ayant participé à la construction du tunnel sous la Manche, du Pont de Normandie, des métros de Lille, Toulouse, Lisbonne et Le Caire, des Lignes à Grande Vitesse Méditerranée, Rhône-Alpes et Est et (pour les ouvrages de génie civil) de la centrale nucléaire de Koeberg, dans l’Afrique du sud de l’apartheid et aussi la centrale nucléaire de Goldfech dans les années 80.
Pour ce qui sera de l’entretien et de la gestion de la prison quand elle sera terminée (et pendant 25 ans), il y a Gepsa, filiale de Cofely-GdF-Suez [2], leader dans les services à l’Administration Pénitentiaire. Gepsa gère, seule ou en consortium avec d’autres entreprises (souvent Eurest, du groupe Compass, pour la nourriture) une petite quarantaine d’implantations. Ce sont presque toutes des taules : Fleury-Merogis, Le Havre, Bourg-en-Bresse, Roanne, Béziers, Mont de Marsan, Lyon Corbas, Bordeaux Gradignan, Poitiers, Rennes, Argentan, Le Mans, Nancy…
Gepsa détient aussi la gestion complète des centres de rétention de Bordeaux, Palaiseau, Vincennes, Rennes et Toulouse et celle partielle (pour ce qui concerne les draps, le nécessaire de toilette et le nettoyage des vêtements des retenus) des CRA de Hendaye, Lyon et Plaisir. Encore, à Roubaix elle fournit ses services à l’Ecole nationale de protection judiciaire de la jeunesse (ENPJJ). Pour le Ministère de la Défense elle gère la base militaire de Satory (Versailles) où se trouvent des services techniques de l’Armée de terre et les sièges du Groupement blindé de gendarmerie mobile et du GIGN.
Dans le cadre d’un partenariat public-privé, Gepsa participe avec Spie Batignolles au consortium chargé de construire puis gérer quatre nouvelles prisons. Le Ministère de la Justice payera un loyer à ce consortium, afin de garder les détenus dans leurs geôles privées, et payera également Gepsa pour l’entretien des bâtiments et les « services » aux prisonniers. Ainsi, depuis 2008, les matons de Gepsa ont participé à l’ouverture de dix nouvelles taules. Enfin, à l’étranger, Gepsa participe, avec d’autres coopératives, à la gestion du centre de rétention de Gradisca d’Isonzo, le deuxième plus grand d’Italie.
Gepsa est une filiale de Cofely (groupe GdF-Suez), et a donc parmi ses entreprises-sœurs Cofely Ineo, qui vient de gagner un marché pour la fourniture des uniformes des 120 000 fonctionnaires de la Police Nationale. GdF-Suez, tout le monde les connaît : ce sont ceux qui s’enrichissent avec nos factures, ceux des bagnoles blanches qui se promènent, ou sont garées un peu partout dans la ville…
Gepsa a été créé en 1990, suite à l’ouverture aux entreprises privées du marché de la gestion et de la construction des prisons. Cette décision du gouvernement a fait suite à la décision d’augmenter le nombre de places disponibles dans les prisons françaises (le tristement célèbre « plan 13000 »). Pour emprisonner toujours plus, l’Etat a besoin de collabos privés, qui se font du fric avec. Gepsa, qui compte 360 employés et sert 145 000 repas (dégueulasses, pour la plupart) par jour, avait en 2010 un chiffre d’affaire de presque 66 millions d’euros.
Mais Gepsa ne fait pas du fric qu’avec l’Etat : sous le prétexte de la formation professionnelle et de la réinsertion, ils font bosser les détenus pour des entreprises tierces. On ne parle pas des quelques 650 personnes détenues qui sont exploitées directement dans les travaux de gestion dans les prisons, aux ordres du personnel/matons de Gepsa, qui, eux, se prennent peut-être pour des grands frères aidant des malheureux. En effet, des centaines d’autres détenus travaillent tous les jours pour des entreprises clientes de Gepsa, dans les ateliers internes des taules. Ils effectuent surtout des tâches de sous-traitance industrielle : confection, assemblage, conditionnement, montage, tri, etc. pendant que Gepsa se fait payer, comme une quelconque agence intérimaire. Bien sûr, tout cela sans les petites contraintes du code du travail et en payant ses esclaves à vil prix.
Gepsa affirme pouvoir « mobiliser » (mettre à la tâche) 2700 « opérateurs » (détenus) chaque jour dans ses 18 ateliers situés dans différentes taules. Les détenus travailleurs seraient « tous volontaires et polyvalents, […] habitués à passer d’une tâche à l’autre et fournissant des travaux particulièrement soignés » clament les matons/esclavagistes dans leur pub. Mais on sait bien à quel point la pauvreté de la plupart des prisonniers, liée à leur situation de privation de liberté, participe au chantage du travail en prison.
Pourtant ces salopards se présentent comme des bienfaiteurs : selon les matons/esclavagistes de Gepsa, l’exploitation des prisonniers « contribu[e] à l’amélioration de leurs conditions de détention » et en travaillant pour eux le détenu est censé « évoluer dans un environnement professionnel qualifiant et s’inscrire ainsi dans une dynamique positive de retour à la vie civile ». C’est-à-dire le retour dans une société qui est elle-même une prison…Et pour la thune, voilà les investisseurs : Barclays Infrastructure Funds Management, filiale de la grande banque anglaise, et FIDEPPP, Fonds d’Investissement et de Développement des Partenariats Public-Privé, du groupe BCPE, c’est-à-dire des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires.
Une nouvelle prison est une mauvaise nouvelle pour les amants de la liberté… Mais elle n’est pas encore construite ! Et qui sait si elle ne pourrait pas revenir plus cher que prévu aux vautours de l’enfermement ?
Courrier : SIAD-CNT-AIT chez le laboratoire 8, place St jean 26000 Valence
 [1] L’entreprise Garet un énorme arboriculteur des années 70 qui a fait travailler à l’époque des immigrées du maghreb
[2] Troisième rang mondial des service énergétiques (par exemple en Angleterre il gère la consommation de huit centrales nucléaires selon le magazine forbes)