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samedi 26 mai 2012

Hommage à Michel Valentin...



AU REVOIR MICHEL... Bonne Ascension !
MICHEL VALENTIN, notre compagnon majeur d’idéal concrétisé aux Amanins, viens de nous quitter, de quitter la terre… ces terres qu’il aimait tant.
Michel est décédé le dimanche 13 mai au sommet d’une montagne. C’est avec amour, tristesse et fraternité que l’équipe des Amanins lui rend hommage et s’unit pour porter avec volonté et détermination son œuvre.
Chers amis, c’est dans une grande tristesse que je vous écris.
Merci à tous pour votre soutien. Je n’aurai pas la force de vous remercier individuellement mais sachez que vous m’avez fait doux au cœur. Et puis la vie me pousse, cette vie que Michel honorait tant en la croquant à pleines dents, cette vie me dit de Continuer bien sûr. Le projet des Amanins est en soi un projet porteur d’espoir, il donnait du sens à notre vie de couple et nous nourrissait beaucoup. C’est donc avec enthousiasme et courage que nous, les Amanins et moi-même, allons poursuivre cette mission, nous comptons tous sur vous à nos côtés.
Parler des Amanins, faites fleurir son message, aidez-nous à faire venir du monde, faites votre part du colibri où que vous soyez, c’est le plus bel hommage que vous puissiez rendre à Michel. Je vous remercie encore de vos chaleureuses pensées et espère vous recroiser bientôt.
ISABELLE PELOUX
« Mon très cher ami Michel Valentin vient de nous quitter physiquement, mais il n’a déserté ni mon cœur ni celui de ceux qui l’ont connu plus intimement.
Entrepreneur singulier et efficace, son chemin ne fut pas sans grandes et douloureuses épreuves. C’est probablement ce qui a fait une merveilleuse conscience vouée et dévouée à l’humanisme et à la nature. Il a, pour cela, avec Isabelle, sa compagne et son soutien, mis sa propre énergie physique et ses moyens matériels au service de son idéal. Il m’incombe, il incombe à tous ceux qui ont mesuré la valeur de l’engagement de Michel de prendre le relais aux Amanins et de veiller à ce que non seulement perdure mais s’élargisse la résonance de ce lieu merveilleux qui m’est si cher ».
PIERRE RABHI
Recevez de l’équipe ses témoignages de reconnaissance et d’espérance en la vie sous toutes ses formes. De tout cœur avec lui, entre nous.
L’équipe des Amanins
Association Les Amanins
Centre de Séjour en agro-écologie
26400 La Roche-sur-Grâne
La Roche-sur-Grâne, Drôme
tel : 04 75 43 75 05 
mail : info@lesamanins.com

samedi 31 décembre 2011

Adieu l' ami....

Bien joué, Václav !
APrague, le changement de 1989 ressembla à un conte de fées. Après le président Gustav Husák, que l’on n’aimait pas, vint Václav Havel, le président bien-aimé. Soixante-dix ans auparavant, un autre penseur tchèque, Tomás Masaryk, avait été le fondateur de la République de Tchécoslovaquie libérale et démocratique.
En cette merveilleuse année 1989, ce fut de nouveau un auteur tchèque de réputation mondiale qui, avec ses amis, rétablit la démocratie et renouvela la république. La métaphore du philosophe roi revint à la mode. Sur le pont Charles, des jeunes femmes arboraient sur leur tee-shirt le portrait de cet homme calme et souriant qu’un juste sort tira de la prison pour qu’il aille incarner au Hradschin, au château où siégeait la présidence, la liberté des Tchèques. «Havel au château !» pouvait-on lire partout. Au début de l’automne, même les écrivains de l’opposition ne pouvaient croire que ceci pourrait arriver, après le Nouvel An, c’était la chose la plus naturelle ; et lorsque le Président se rendit en visite à Bratislava, le drapeau l’accompagna pour flotter là où il se trouvait. Il se distinguait parmi les autres chefs d’Etat par la vigueur de sa pensée, on l’invitait partout, les événements auxquels il assistait gagnaient en dignité.
Nous nous sommes rencontrés pour la première fois il y a quarante ans, j’avais remarqué son sourire chaleureux, son humour méditatif, le timbre grave de sa voix. En janvier 1990, je suis allé rendre visite au président Václav Havel en compagnie de ma femme et d’Adam Michnik. Nous l’avons vu à l’œuvre, au travail dans une brasserie du quartier du Château ; nous avons discuté entourés d’artistes gais aux cheveux longs, ses ministres fraîchement nommés. D’humeur canaille, il nous fit remarquer : «Vous voyez ? La chope de bière du Président dépasse les autres de deux doigts !» Sa chope était effectivement plus haute, mais Václav Havel y touchait rarement. On posait des documents devant lui : «Vasek, regarde, c’est une bonne idée, tu pourrais signer.» Il lisait les documents avec attention, y joignait de modestes remarques. Son rôle lui allait bien, il s’en acquittait avec une humilité à la fois souriante et grave. Le tourbillon dans lequel il s’était retrouvé lui donnait un peu le tournis, mais il tenait bon, il était dévoué, digne et n’en pensait pas moins.
Son destin semblait s’inspirer de l’œuvre de ce maître du théâtre de l’absurde, car en effet, n’était-ce pas étrange que peu avant, il fut encore en prison et que parmi ses gardes du corps, il découvrit quelques-uns de ses anciens gardiens ? Lorsque fin décembre 1992 la Slovaquie se scinda de la Tchéquie, ce que Václav Havel regretta, il démissionna de sa fonction de président tchécoslovaque et profita de l’interrègne pour venir à Budapest. Un service de protocole amical nous permit de prendre un petit-déjeuner en tête à tête à la résidence réservée aux hôtes étrangers du gouvernement. J’aurais voulu le convaincre de retourner à la littérature. Il avait accompli tout ce qu’il avait pu dans l’arène publique, le temps était venu pour l’artiste de reprendre le dessus, que la politique reste le domaine des politiciens. L’égoïsme de l’écrivain n’est pas tout, il y a aussi le devoir, dit-il avec un sourire indulgent, beaucoup de gens attendaient de lui qu’il restât président, désormais celui des seuls Tchèques. Le soleil inondait la pièce, à chacun son chemin, je retournai dans mon bureau, il partit présenter ses respects à son homologue hongrois, Arpád Göncz, un autre écrivain devenu président. Il poursuivit une vie tumultueuse et intéressante, il est possible que pendant une minute, mais pas plus longtemps, chacun de nous fût jaloux de l’autre. A mes yeux, il était l’incarnation d’une politique européenne clairvoyante et responsable.
Il nous arriva plus d’une fois de signer une déclaration commune, si Václav Havel pense que c’est bien ainsi, alors ça doit l’être, disait en moi une voix intérieure. Le président de la République tchèque, Václav Havel, était déjà à la retraite, plus maigre aussi, quand je suis allé lui rendre visite avec le maire de Budapest, l’ancien éditeur clandestin, Gábor Demszky. Nous l’avons rencontré dans la vieille maison d’une petite ruelle praguoise, entouré de collaboratrices amicales. Václav Havel était content de voir les vieilles éditions hongroises en samizdat de ses œuvres, fruits de beaucoup de travail courageux et diligent. Il parlait devant soi, la tête baissée, il était tel qu’il l’avait toujours été, souriant, fin, un peu mélancolique. En partant, j’ai remarqué à l’entrée un petit cœur tracé au rouge à lèvres sur la plaque de cuivre portant son nom. «Comme de juste», dis-je en moi-même.
GYÖRGY KONRÁD Ecrivain hongrois, ancien dissident
Traduit du hongrois par Miklós Konrád

dimanche 18 décembre 2011

Décès de Vaclav Havel éternel dissident...

Vaclav Havel, toujours dissident
Après plus de cinq mois de réclusion à domicile imposée par ses médecins pour soigner  une violente infection pulmonaire, Vaclav Havel est décédé hier, vieilli mais toujours pétillant. Comme à son habitude, il avait soigneusement choisi ses apparitions pour marquer sa différence et rappeler les valeurs qu'il défend depuis cinquante ans.
D'abord, l'ancien dissident anticommuniste, fondateur de la Charte 77, et ex-président de 1989 à 2003 de la Tchécoslovaquie puis de la République tchèque, a fêté, comme il se doit, ses 75 ans. M. Havel avait réuni autour de lui, le 3 octobre à Prague, quelque 500 artistes, intellectuels et amis, dans la plus grande galerie privée d'art contemporain de la capitale. A commencer par Madeleine Albright, l'ex-secrétaire d'Etat américaine de Bill Clinton, et l'acteur britannique Tom Sheppard, tous deux d'origine tchèque.
Il a ensuite participé à la 15e édition de la conférence internationale de Forum 2000 qu'il avait lancée, au début des années 1990, avec Elie Wiesel, l'écrivain américain d'origine roumaine, Prix Nobel de la paix, pour construire des passerelles entre les cultures. Cette année, les participants, dirigeants politiques, intellectuels et dissidents des quatre coins de la planète, ont échangé sur la démocratie et l'Etat de droit, menacés par la corruption et le capitalisme oligarchique, avec en filigrane la crise de la zone euro et de l'Union européenne.
En quelques jours, Vaclav Havel a livré une profession de foi condensée de sa vie et de son engagement qui l'a "projeté dans l'Histoire, même s'(il ne l'a) jamais voulu". Eminemment passionné par les arts et les idées, élevé dans les valeurs d'honnêteté, d'ouverture et de partage chères au président-fondateur de la Tchécoslovaquie, le philosophe Tomas Garrigue Masaryk, il ne pouvait que se heurter au régime communiste étouffant.
Ce dernier lui a fait chèrement payer son indépendance intellectuelle et morale - presque cinq ans de geôle -, et ses concitoyens, après l'avoir porté aux nues, sont divisés sur son héritage. Etre "havélien" est devenu une expression péjorative, pire encore que "communiste", dans la bouche des représentants du pouvoir politique actuel et des médias. Les partisans du président Vaclav Klaus, successeur de M. Havel au Château de Prague et éternel rival, se moquent ouvertement "des amis de la vérité et de l'amour", la devise havélienne tronquée - "l'amour et la vérité vaincront la haine et le mensonge".
REFUGE DANS L'ÉCRITURE
En quittant ses fonctions présidentielles en février 2003, au terme de son second mandat non renouvelable, Vaclav Havel espérait avoir du temps pour lire et écrire. Il s'était promis de n'intervenir qu'exceptionnellement dans la politique tchèque - ce que, du reste, il respecte.
S'il apporte à chaque élection son soutien au parti des Verts, quelles que soient ses perspectives électorales, il ne cache pas qu'il est "déçu par les faibles résultats du gouvernement" actuel du libéral Petr Necas dans sa lutte contre la corruption, censée être sa priorité, et qu'il "est de plus en plus souvent en désaccord avec M. Klaus", comme il l'a mentionné récemment au quotidien Dnes.
Regrettant qu'il "ne (parvienne) jamais à rattraper le temps perdu au service militaire (deux ans) et pendant les treize années présidentielles" en ce qui concerne la lecture, Vaclav Havel a réalisé en 2010 son premier film, Sur le départ, d'après sa pièce de théâtre éponyme. Film-théâtre ou théâtre filmé, son oeuvre, mettant en scène un dirigeant politique incapable de quitter ses fonctions, a été inégalement appréciée par la critique et boudée tant par les spectateurs tchèques que par les distributeurs étrangers.
Doutant qu'il reprenne un jour place derrière la caméra, il compte s’était réfugié dans sa maison de campagne pour écrire. Il préparait une nouvelle pièce de théâtre, intitulée Sanatorium, car "après le départ, il ne reste que le sanatorium", ironisait-il au printemps.
Martin Plichta

Voici notre Papier du 1er Février 2011
 La crise profonde qui secoue actuellement le monde arabe prend une nouvelle fois à contre-pied les diplomaties occidentales. A la grande époque du face à face avec l’URSS, les Occidentaux ont soutenu souvent des régimes autoritaires qui méconnaissaient les droits de l’homme, car ils étaient censés contenir la poussée du communisme. Au nom de la résistance à l’islamisme, l’Europe et les Etats-Unis se sont appuyés sur des régimes dictatoriaux que rejettent aujourd’hui avec force les peuples tunisiens et égyptiens.
Cette stratégie à court terme témoigne de ce que les pays occidentaux ne croient finalement pas à l’universalité des valeurs qu’ils proclament. Comment ne pas voir des relents de racisme dans le fait que, au nom d’un prétendu « réalisme », ils ont trouvé « acceptables» que certains peuples soient gouvernés par des régimes qui niaient dans les faits les droits de l’homme et les valeurs démocratiques qu’ils proclament. Croire qu’on défend les valeurs de l’Occident en pactisant avec des autocrates vieillissant ubuesques dont certains s’employaient à créer une dynastie familiale, n’est pas seulement immoral, mais finalement totalement inefficace. 
Cette crise devrait nous amener à réviser notre façon de faire de la politique. Tout d’abord, il conviendrait de sortir de la rhétorique manichéenne chère aux Etats-Unis d’Amérique pour qui le Bien et le Mal sont évidemment séparés, ce qui permet de transformer les intérêts les plus égoïstes en croisade pour le Bien. D’autre part, en dépit des sourires narquois des cyniques qui se veulent réalistes, la vraie efficacité réside dans ce que l’ancien dissident, puis président de son pays, Vaclav Havel, appelle « la politique antipolitique ».
 En 1984, l’université de Toulouse - Mirail a décerné le diplôme de docteur honoris causa à Vaclav Havel alors en prison. En son absence fut lu son discours qui portait sur « la politique et la conscience ». A l’heure où des citoyens tunisiens et égyptiens paient de leur vie la résistance au mensonge et à l’inhumanité du pouvoir, il me paraît particulièrement éclairant de relire ces lignes écrites par un homme qui a su ne pas fuir ses responsabilités : 
« Le renouveau de la responsabilité humaine est la digue la plus naturelle qu’on puisse élever contre chaque irresponsabilité. (…) Agir sur les causes a nettement plus de sens que de réagir simplement aux conséquences ; car on ne peut réagir d’ordinaire que par des moyens du même ordre, c’est-à-dire tout aussi immoraux. Suivre cette voie équivaut seulement à propager encore plus dans le monde le mal de l’irresponsabilité et à produire ainsi le poison même qui alimente le totalitarisme. Je suis partisan d’une « politique antipolitique ». D’une politique qui n’est ni une technologie du pouvoir et une manipulation de celui-ci, ni une organisation de l’humanité par des moyens cybernétiques, ni un art de l’utilité, de l’artifice et de l’intrigue. La politique telle que le la comprends est une des manières de chercher et d’acquérir un sens dans la vie ». 
Le philosophe tchèque Jan Patocka porte-parole de la Charte 77 qui réunissait les dissidents à l’époque du totalitarisme communiste voyait dans ce mouvement ce qu’il appelait « la solidarité des ébranlés ». Il s’agit, commente Havel de la solidarité « de ceux qui osaient résister au pouvoir impersonnel et lui opposer la seule chose dont ils disposaient : leur propre humanité ». Et il ajoute : « La perspective d’un avenir meilleur pour le monde ne réside-t-elle pas dans une communauté internationale des ébranlés, une communauté qui, sans tenir compte des frontières nationales, des systèmes politiques et des blocs, demeurant en dehors du grand jeu de la politique traditionnelle, n’aspirant ni aux fonctions ni aux secrétariats, tentera de faire une force politique réelle de la conscience humaine, ce phénomène tant décrié à présent par les technologues du pouvoir ? » (1).
Et c’est bien à l’émergence d’une « force politique réelle de la conscience humaine » à laquelle nous assistons sur les rives de la Méditerranée.
Bernard Ginisty
(1) Vaclav HAVEL : Essais politiques. Editions Calmann-Lévy 1989, pages 245-247

mercredi 14 décembre 2011

La cause des peuples...

Danielle Mitterrand, la cause des peuples

Figure forte de la gauche et première dame atypique, la militante multifronts est morte, à l’âge de 87 ans. Sans jamais avoir renoncé à aucun de ses combats.
«Rester aux aguets, militer, me maintient éveillée. A partir d’un certain âge, on s’endort. Or, moi, je n’ai pas envie de mourir à petit feu, j’espère quelque chose de radical.» C’était il y a quatre ans, mois pour mois. Rencontre avec Danielle Mitterrand, 83 ans à l’époque, pour un portrait en dernière page de Libération. Prétexte : le Livre de ma mémoire qu’elle publiait alors.Décor : la maison de la rue de Bièvre, Paris Ve, que le couple Mitterrand avait achetée en 1973 et où l’ex-première dame de France continuait de vivre, avec son fils aîné Jean-Christophe, la compagne et le fils de celui-ci.
Du salon où eut lieu la conversation, on ne se souvient de rien hormis une collection d’assiettes murales passablement kitsch. Il faut dire que l’heure n’était pas au tourisme. Danielle Mitterrand n’avait pas la réputation de «cliente» facile. Plutôt apte à se cabrer et têtue revendiquée. D’elle, en revanche, reste cette image très vivace : silhouette bien droite dans un col roulé jaune poussin, regards de chat perçants, tout à fait d’attaque sous ses aspects de petit oiseau tombé de la branche. Quelque temps plus tard, le cinéaste anglais Ken Loach nous fera le même effet.
«J’espère quelque chose de radical.» Il est alors question d’ultime baisser de rideau, détaillé d’un ton quasi guilleret - «Ah non, pas d’église ! De toute façon, il ne me connaît pas. Et certainement pas d’incinération : je veux retourner à la terre, m’inscrire dans le cycle de la nature, et mon corps servira à nourrir qui il veut nourrir.» Mais au fond, l’adjectif «radical» pourrait bien valoir pour l’ensemble de la vie de Danielle Mitterrand, y compris le versant privé connu, celui de l’épouse restée indéfectiblement solidaire et adoratrice de «François» malgré la double vie, jusqu’à prendre l’enfant Mazarine dans ses bras lors des obsèques à Jarnac en 1996.
D’aucuns, dont les tenants du prisme de la faible femme qui subit, l’ont plainte, en ont conclu à l’abnégation. Mais dans les faits, jamais Danielle Mitterrand n’a présenté un profil de victime. Plutôt de médaille : fier et découpé, rien de flou ou d’effacé. Et c’est un choix réfléchi et assumé mutuellement qu’elle défendait, quand elle répondait sur le fait de ne pas avoir divorcé : «Au lieu de tout détruire sur un coup de tête, on a décidé de vivre autrement.» Dans le Livre de ma mémoire, elle se fend d’ailleurs d’une anecdote assez piquante de sa part, à propos du président Félix Faure, censément mort d’orgasme dans les bras de sa maîtresse : «Lorsque je descendais à la cuisine privée de l’Elysée […], j’avais une petite pensée pour lui et sa "connaissance" qui l’avait quitté si précipitamment… En dévalant ce petit escalier dérobé.»
De l’eau, et d’autres rocambolesques scénarios présidentiels ou néoprésidentiels, a depuis coulé sous les ponts. Aujourd’hui, et elle s’en serait sans doute réjouie, c’est la radicalité de l’engagement politique de Danielle Mitterrand qui retient. Une irréductibilité qui, depuis 1986 et la création de sa fondation France Libertés, ONG humanitaire issue de trois associations antérieures, faisait revenir le mot «pasionaria» dans tous les articles la concernant.
Sans frontières. Le mot est de Roger Hanin, son beau-frère : «Si vous lui demandez l’heure, elle vous répond 5 heures moins Kurdes…» Les Kurdes ont été LA cause de Danielle Mitterrand, celle pour laquelle elle s’est démenée tous azimuts, montant au créneau plus souvent qu’à son tour, en paroles mais aussi en actes, organisant la transplantation de réfugiés dans le massif Central, ouvrant des écoles… Elle frôlera (avec Bernard Kouchner, alors ministre de la Santé et de l’Action humanitaire) la catastrophe dans le Kurdistan irakien, le 7 juillet 1992, quand un attentat contre son convoi fera sept morts. Mais son activisme était sans frontières et pléthorique. Citons, de tête et sans exhaustivité : anti-apartheid, anticolonialisme, antilibéralisme, anti-peine de mort, contre le sida en Afrique, pour l’alphabétisation au Bangladesh, pro-Amérindiens, pro-Tibétains, pro-zapatistes mexicains, pro-Saharaouis, pro-sans-papiers, pro-Fidel Castro, pro-sous-commandant Marcos… La liste de ses combats et de ses causes atteste une capacité d’indignation, de colère, ontologique voire systématique. Encore tout dernièrement, alors que l’accès à l’eau potable était devenu son fer de lance, Danielle Mitterrand s’était prononcée en faveur de l’éradication complète des gaz de schiste.
Un axe se dégageait pourtant : tiers-mondiste à gauche toute. Un caillou (trop acérée, trop tête brûlée, parfois maladroite) dans la chaussure de son mari ? Pas sûr, voire le contraire, analysent d’aucuns. Aussi impétueuse qu’il pouvait être florentin, Danielle, avec ses emballements, aurait servi de caution et conscience de gauche à François, et plus largement à une élite rose confite par les ors et le pouvoir. D’ailleurs, si le conseil d’administration de France Libertés a très vite rassemblé des hommes du Président (l’avocat Georges Kiejman, les anciens ministres Claude Cheysson et Georgina Dufoix, l’écrivain Erik Orsenna, Pierre Bergé), Mitterrand restait marmoréen face aux binz diplomatiques que pouvaient susciter les déclarations ou actions de sa femme franc-tireuse, antithèse de la première dame aimablement caritative.
Impassibilité. Les clash n’ont pas manqué. Avec la Chine, avec l’Algérie, avec le Chili et bien sûr le Maroc d’Hassan II, qui souffleta Danielle M. d’un «épouse morganatique» : de condition inférieure donc, en rien habilitée à se mêler des affaires d’Etat… Il en aurait fallu bien plus pour ébranler Danielle Mitterrand, qui savait à l’occasion opposer l’impassibilité d’un mur - pour défendre mordicus Fidel Castro, le passé de François Mitterrand («Il n’y a pas d’affaire Bousquet»), ou son fils Jean-Christophe lesté par l’Angolagate.
Les raisons de sa colère ? Danielle Mitterrand les reliait directement à son enfance. Née à Verdun, dans la Meuse, Danielle Emilienne Isabelle Gouze était la fille d’instituteurs résolument laïcs et républicains, avait grandi avec ses frère et sœur sur fond de convictions de gauche qui remontaient aux générations précédentes, du côté paternel comme maternel. Or, à 6 ans, la gamine habituée aux prix d’excellence est prise en grippe par une directrice d’école grenouille de bénitier. Si elle décroche le tableau d’honneur auquel ses notes donnent droit, elle est privée des bonbons qui l’accompagnent traditionnellement. «Je n’acceptai pas cette injustice qui, à mes yeux de petite fille, était intolérable. Alors je me rebellai et réparai le préjudice à ma façon.» Escalade d’armoire,«larcin». Qui, une fois découvert, lui vaut d’être exposée comme voleuse et menteuse devant ses camarades. «J’en fis une dépression nerveuse !»
Les rumeurs qui accusent ensuite le père franc-maçon adoré d’avoir mis le feu au gymnase de son propre collège, puis son éviction pour avoir refusé de dresser la liste des élèves juifs exigée par Vichy, bétonnent le penchant pour l’insoumission. L’entrée dans la Résistance, qui lui fera rencontrer à 19 ans «Morland», alias François Mitterrand, se fait naturellement, au côté de sa sœur, dans le sillage de leurs parents. Ceux-ci cacheront notamment le fondateur de Combat, Henri Frenay, et sa compagne, Berthie Albrecht - qui mourra à la prison de Fresnes en 1945, deux ans après avoir été arrêtée et torturée par la Gestapo.
La «petite fille blessée» qui voulait réparer toutes les injustices s’en est allée.
SABRINA CHAMPENOIS ET ECOLOGIE AU QUOTIDIEN
Parcours d’une engagée
1924 Naissance le 29 octobre à Verdun (Meuse)
1940 Son père, Antoine Gouze, principal de collège, est révoqué pour avoir refusé de recenser les Juifs
1941 Rejoint la Résistance
1944 Elle rencontre en janvier le «capitaine Morland», alias François Mitterrand, et l’épouse le 28 octobre
1946 Naissance de Jean-Christophe
1949 Naissance de Gilbert
1981 Election présidentielle
1986 Crée la fondation France Liberté
1995 Accueille Fidel Castro à l’Elysée et lui fait la bise
1996 Mort de François
2005 Soutient le non au référendum sur l’Europe
APL
Libre
Danielle Mitterrand était le dernier lien, fragile, ténu, avec une France qui n’existe plus. Avec des parcours politique, individuel, intime, forgés au temps de la Seconde Guerre mondiale et nourris par des combats qui, sous cette forme, ne seront plus jamais les nôtres. Avec un moment du socialisme qui désormais bascule pleinement dans l’histoire. Pour les Français, elle fut aussi pendant quatorze ans une drôle de «première dame». Comme il n’y en eut, d’ailleurs, plus depuis. Libre, très peu protocolaire, ayant sa vie propre, ses engagements, ses idéaux et ses combats, au sein de la très phallocratique Ve République. Elle était une figure pleinement politique, même si elle l’était différemment de François Mitterrand. Une femme de gauche, sans doute beaucoup plus que le Président lui-même. Une figure évidemment aussi complexe que son mari, déjeunant à l’occasion avec Bousquet mais restée toute sa vie fidèle à Castro. Affichant pour la galerie et les électeurs les apparences de la famille bourgeoise, mais vivant, en privé, les inextricables difficultés qui définissent parfois la relation d’une femme et d’un homme ; qui s’appellent aussi l’amour. Et dont les Français découvrirent la vertigineuse profondeur, et la beauté poignante, lors des obsèques de François Mitterrand. Etrangement, depuis, alors que nombre de mitterrandiens se transformaient en vétilleux gardiens du temple, elle prit le chemin inverse : regarder résolument vers l’avenir, se porter aux côtés des mouvements qui cherchaient à inventer une autre gauche, imposer de nouveaux sujets politiques, définir des armes militantes pour des luttes désormais globales. Quitte à agacer ou à lasser, avec toujours la même énergie. Comme si la parenthèse présidentielle refermée, la vie ne faisait que commencer.
NICOLAS DEMORAND

mardi 25 octobre 2011

Décès de Marie Dedieu.


Décès de Marie Dedieu
Figure du mouvement féministe et altermondialiste
Marie Dedieu, la Française retenue en otage en Somalie et dont la mort a été annoncée mercredi 19 octobre, était une féministe qui avait élu résidence de longue date sur l'île kényane de Manda, près de Lamu, son "petit paradis".
Cette femme de 66 ans, tétraplégique, souffrait d'un cancer et d'insuffisance cardiaque. Ses ravisseurs, soupçonnés d'être des insurgés islamistes somaliens, l'avaient enlevée chez elle, dans une maison en bord de plage, dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, sans se soucier de son fauteuil roulant ni des médicaments qui lui étaient nécessaires. Selon une source diplomatique à Paris, Marie Dedieu "était en phase terminale et sans médicaments elle ne pouvait pas tenir plus de deux ou trois jours".
Marie Dedieu s'était installée il y a une quinzaine d'années dans un petit archipel situé sur la côte nord du Kenya, vivant d'abord sur l'île principale de Lamu, avant de faire construire une maison, il y a sept ans, sur celle de Manda, plus isolée, qui lui fait face.
Marie Dedieu, itinéraire tragique d'une féministe de Paris au Kenya
A Paris, dans les années 1970, elle avait été une militante engagée du mouvement féministe, selon plusieurs publications. En 1971, elle avait signé le fameux "Manifeste des 343" qui proclamaient à la "une" de l'hebdomaire Le Nouvel Observateur qu'elles avaient bravé l'interdit de l'avortement.
A cette époque, selon l'ouvrage Les Editions des femmes : histoire des premières années, 1972-1979 (L'Harmattan), de Bibia Pavard, elle fait partie du "premier cercle" de la maison d'édition créée par Antoinette Fouque, qui participa à la fin des années 1960 à la fondation du Mouvement de libération des femmes (MLF).
Une logique  stupide et facile : s’en prendre aux amis de la liberté.  
Selon Bibia Pavard, Marie Dedieu a été directrice de publication du journal "menstruel" lancé par le MLF Le torchon brûle, journal aux contributions anonymes et fluctuantes, qui publiera six numéros entre 1971 et 1973.
A cette époque parisienne, elle s'essaye également au cinéma en campant, aux côtés de Jean-Pierre Léaud, un petit rôle de prostituée engagée dans le film Domicile conjugal, réalisé par François Truffaut en 1970.
 Voir la scène de Domicile conjugal en ligne.
Peu de temps après, un grave accident de voiture lui fera perdre toute mobilité, la contraignant à se déplacer en fauteuil roulant.
Dans les années 1990, elle découvre l'archipel de Lamu, dans l'est du Kenya, en rejoignant un ami qui l'a invitée à y célébrer Noël. "Là, il s'est passé quelque chose de miraculeux : Marie s'est mise à remarcher, très difficilement certes, mais c'était incroyable, témoigne l'un de ses amis cité par Le Parisien. Il y avait quelque chose sur cette île qui lui faisait du bien." Marie Dedieu décidera quelques mois plus tard de s'installer dans l'archipel.
Là-bas, malgré ses difficultés à se mouvoir, elle se fait conduire tôt chaque matin sur la plage pour y fait des étirements et de la gymnastique. Elle rejoint des amis dans les cafés des alentours et ne manque aucun événement de la vie locale, selon Abdalla Fadhil, l'ancien maire de Lamu et Manda, propriétaire du terrain où Mme Dedieu avait fait bâtir sa maison – un abris traditionnel de style swahili, avec un toit de chaume, largement ouvert sur l'extérieur, et donnant immédiatement sur la mer.
Elle y vit avec John Lepapa, un Kényan de 39 ans d'origine masaï, qui l'assistait, lorsqu'elle revenait de France, où elle rendait visite à son père âgé, en Lorraine, et disposait d'un appartement, à Paris. Marie Dedieu en rentrait à peine quand elle a été enlevée. Au lendemain de ce rapt, le maire adjoint de Lamu, Ajar Ali, avait confirmé qu'elle "était très proche" de la communauté locale, la présentant comme une "femme extraordinaire".
C'était "une pionnière". "Elle avait un peu découvert Manda, c'était une des premières à s'y être installées. Ce n'est pas du tout la clientèle très people et très riche" qui est arrivée depuis, affirme un diplomate français qui l'avait rencontrée l'an dernier chez elle.
Selon ses proches, la Française avait observé avec beaucoup de scepticisme la construction par d'autres ressortissants étrangers, à Lamu et dans ses environs, d'immenses villas, dont le luxe souvent ostentatoire tranche avec la pauvreté de l'immense majorité de la population locale.
"Sur l'îlot, il y a une centaine d'habitants : des Swahilis, bien sûr, quelques Italiens, des Français qui possèdent une maison sur l'île et les touristes de passage, racontait début octobre à l’ Express le cinéaste Elie Chouraqui, habitué des lieux et proche de Marie Dedieu. C'est une communauté minuscule, tout le monde se connaît." "Marie est estimée de tous, disait le cinéaste. C'est une personnalité solaire, joyeuse, malgré ses problèmes de santé."
M. Lepapa déclarait mercredi à l'agence d'information Reuters : "C'était une sœur, une mère et une amie. J'allais l'épouser." "Maintenant, elle est morte. J'espérais qu'elle revienne, mais je savais que ça se finirait comme ça. Je m'en doutais parce que, vous savez, elle était malade et elle souffrait tout le temps, depuis si longtemps", a-t-il ajouté sur Europe 1. "Maintenant, je ne peux plus rien faire", a-t-il conclu.
APL

mardi 7 décembre 2010

Départ de Claire Villiers


Notre dernière rencontre était par un bel été sur la Plateau du Larzac (cv)…Hommage à Claire Villiers

Claire Villiers est décédée ce vendredi 3 décembre 2010 d’un cancer vieux de 15 ans et qui a fini par l’emporter. Et pourtant quelle énergie elle avait mis pour le mettre à distance, le dominer, l’obliger à ne garder que la place qu’elle voulait bien lui laisser. Elle savait que le combat serait inégal, mais tant qu’elle le pourrait, elle voulait continuer à lutter, à participer, à vivre. Parce que pour Claire, vivre c’était forcément lutter.

Nous nous souviendrons de ses emportements devant les injustices et les inégalités. Nous nous souviendrons de son engagement total, toujours aux côtés des plus faibles, des opprimés, des réprouvés. Et parce que la maladie lui donnait un horizon à une échéance donnée, nous admirions son refus obstiné de considérer qu’un combat pouvait ne pas valoir d’être tenté tout de suite et maintenant.

Claire était l’absolu exemple du refus de baisser les bras. Comme beaucoup d’entre nous, elle a vécu les défaites. Mais jamais, au grand jamais elle n’en fut atteinte. Et si le doute pouvait la saisir, ce n’était pas pour désespérer du combat, mais pour se reprocher ou regretter ses erreurs ou pour fustiger les désertions.

Claire a vécu ensemble ou successivement nombre d’engagements civils, associatifs, syndicaux, politiques. C’était une figure évidente et éclatante de l’engagement. Rien à voir avec la commisération. Rien à voir avec la charité. Rien à voir avec la rédemption. Si cela avait été le cas, elle n’aurait pas été capable d’avoir ces fulgurances de pensée qui ont marqué toutes celles et tous ceux qui ont vécu à ses côtés militants.

Claire Villiers était un mélange de rage, d’intelligence, d’humanité et de fermeté. Elle était une puissante réponse à la controverse qui prédisait la fin des militants. Claire, figure majeure de l’engagement social, rigolait beaucoup devant ces auto-justifications fallacieuses des propres renoncements de leurs auteurs.

Les militantes et les militants de la LDH se souviendront que lors du congrès du centenaire, en 1998, Claire fut l’une de nos grands témoins. Elle qui partageait avec nous, le combat de tous les droits pour tous et partout.

Cérémonie à la mémoire de Claire Villiers le mercredi 8 décembre 2010 à 13h30 en l'église Saint-Pierre Saint-Paul à Colombes (11, rue Beaurepaire 92700 Colombes).

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