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dimanche 9 mars 2014

Emancipation des femmes 1914 ou 1946 ?



« La France de l'entre-deux-guerres s'est crispée sur la question de l'émancipation des femmes »
Dans votre ouvrage  Les femmes au temps de la guerre de 14, publié en 1986, réédité en 2013, vous affirmez que la première guerre mondiale n'a pas émancipé les femmes. Cette question continue d'être débattue par les historiens. Les Françaises ont obtenu moins de droits politiques que les Britanniques ou les Américaines, par exemple. La réponse serait très différente d'un pays à l'autre ?
Françoise Thébaud : Oui, mais la réponse doit être nuancée. L'émancipation, c'est d'abord une question de droits. Y a-t-il eu de nouveaux droits pour les femmes à l'issue de la guerre ? Pour la France, la réponse est non. Aucune des revendications formulées par le mouvement des femmes n'est satisfaite dans les années 1920. Il n'y a ni droit de vote ni amélioration du statut civil de la femme mariée. Le Parlement promulgue une loi répressive en matière de contrôle des naissances. Cette loi demande aux Françaises de devenir des mères et de repeupler le pays. Ce qu'elles ne font pas.
La société française était-elle plus conservatrice que la société anglaise ?
Il est compliqué de répondre précisément à cette question. La société française de l'avant-guerre est confrontée à un défi démographique. Sa population croît moins rapidement qu'en Allemagne. Avant 1914, les associations pro-natalistes militantes sont encore peu entendues par les pouvoirs publics. La natalité devient une question politique pendant la Grande Guerre. L'hécatombe de la guerre (1,4 million de morts) et le déficit des naissances poussent les pouvoirs publics à mettre en place une politique nataliste au lendemain de la guerre. Cette politique est à la fois répressive, — elle interdit le contrôle des naissances — et incitative — elle incite à faire des enfants à travers des allocations et la mise à l'honneur des mères de famille. La question de la natalité est beaucoup moins forte dans d'autres pays européens.

samedi 8 mars 2014

Ce samedi 8 mars : journée de toutes les femmes...



Deux époques, un seul féminisme
Deux générations du féminisme s’accordent pour tirer un constat alarmant sur la place des femmes dans les médias.
Coline de Senarclens, 29 ans, est une des organisatrices de la Marche des salopes. Maryelle Budry, 70 ans, est une militante de la première heure, membre du Mouvement de libération des femmes (MLF) dans les années 1970. Les deux femmes ne s’étaient que brièvement rencontrées auparavant. On a réuni ces représentantes de deux générations de féministes pour analyser ensemble les enjeux actuels de la lutte pour l’égalité sexuelle et la place des femmes dans les médias. Entretien.
- Le féminisme de 2014 est-il différent du féminisme d’il y a quarante ans?
Coline de Senarclens: Non! Les enjeux sont toujours les mêmes: une lutte collective pour les droits des femmes. Mais si l’égalité homme-femme est aujourd’hui inscrite dans la loi, elle n’est pas effective dans la réalité. Les combats d’aujourd’hui sont certainement plus symboliques, en lien avec les valeurs, les représentations féminines et l’éducation.
Maryelle Budry: Certaines femmes ont l’impression que la lutte est terminée. Le concept de féminisme a même acquis une connotation ringarde. Ce qui complique considérablement la mobilisation. Pourtant, le terme «féminisme» reste plus que jamais d’actualité.
C.d.S.: Oui, et je le revendique également. Les médias nous appellent les «néoféministes», comme pour rompre avec une image ennuyeuse du féminisme de l’époque. Il existe pourtant une réelle continuité.
- La question du genre est-elle davantage centrale depuis que l’égalité est ancrée dans la loi?
M.B.: Je ne pense pas. A l’époque du MLF, nos principales revendications étaient la libération des corps, la liberté sexuelle et le droit à l’avortement. Les homosexuels et les lesbiennes manifestaient déjà à nos côtés. Certains disaient que nous étions à l’an zéro du féminisme, mais il existait parallèlement des femmes qui s’engageaient patiemment pour leurs droits, depuis le XIXe siècle. Des disputes éclataient parfois entre ces deux mouvances qui sont maintenant réunies.
C.d.S.: Les femmes sont un groupe hétérogène qui englobe toutes les luttes. La question du genre reste toujours commune.
- Quel regard portez-vous sur la représentation des femmes dans les médias?
C.d.S.: J’ai une fois fait le compte dans un quotidien genevois: environ 20% des photographies montraient des femmes, en comptant les publicités et les annonces de charme! Pour être présentes dans l’espace public, elles doivent obéir à des codes précis, être à leur juste place. Généralement, on cherche plus facilement à interroger des hommes, et ces derniers sont également plus faciles à trouver. Mais les médias sont aussi le miroir de la société, dans laquelle les femmes sont largement sous-représentées dans les postes à responsabilité.
- Quelles sont les causes de cette sous-représentation médiatique?
M.B.: Beaucoup de femmes n’osent tout simplement pas prendre la parole, se sentent moins légitimes. Elles ont intériorisé un sentiment d’infériorité par rapport aux hommes.
C.d.S.: Lorsqu’il s’agit de prestige et d’espace de parole, les hommes ont beaucoup de plaisir à parler pour nous. Par ailleurs, l’arrivée d’un enfant est souvent un frein à la carrière professionnelle, même pour les universitaires. Il existe peut-être 10% de femmes qui travaillent à plein-temps avec un enfant.
- Quelle solution imaginez-vous pour pallier ces inégalités?
M.B.: L’une des grandes bagarres du féminisme est liée à la féminisation des termes. Lorsque je travaillais auprès du service de l’orientation professionnelle, j’ai longtemps œuvré pour que les brochures d’information ne soient plus rédigées uniquement au masculin, que l’on puisse y trouver le mot «ingénieure». Il était important que ce vocabulaire féminisé soit repris par la presse. Nous avons pu constater quelques progrès durant les années 1990, grâce à des directives cantonales qui allaient dans ce sens. Aujourd’hui, j’observe un recul sur ce sujet et des réactions fortes du public.
C.d.S.: La lutte pour le langage épicène est mal comprise. Elle n’est pas jugée prioritaire pour le féminisme. Il s’agit pourtant d’un outil de domination important.
M.B.: Il faut sensibiliser les jeunes journalistes à ces problématiques.
- Les Femen ou la Marche des «salopes» utilisent la nudité pour augmenter leur couverture médiatique. Au détriment du message?
C.d.S.: Sur la méthode, je comprends les Femen qui utilisent l’un des seuls moyens de visibilité pour les femmes: leur corps. Cela dit, je ne suis pas toujours d’accord avec leurs messages, qui peinent en plus à se faire entendre. Au sein de la Marche des salopes, notre manière de manifester est directement liée à notre objet de lutte. Même habillées en salopes – un terme vidé de son sens –, aucun homme n’a le droit de nous violer. Il est évident que cette visibilité nous arrange, au risque que le message ne soit pas toujours bien compris de tous. C’est un paradoxe que nous assumons.
M.B.: Les Femen sont chères à mon cœur, indépendamment de leurs messages. Elles utilisent la provocation, comme à l’époque du MLF. On se revendiquait «les bonnes femmes», comme le font aujourd’hui les salopes. - Quel est le sens du 8 mars aujourd’hui?
C.d.S.: C’est une occasion de se mobiliser. Et il y en a plus que jamais besoin lorsqu’on voit les attaques inédites contre l’égalité. Je pense notamment aux impressionnants rassemblements réactionnaires contre le mariage homosexuel en France.
M.B.: Un jour sur trois cent soixante-cinq pour les droits des femmes, c’est préférable à zéro. Je trouve ahurissant de devoir à nouveau descendre dans la rue pour défendre des droits qui ont été inscrits dans la loi, comme avant les dernières votations sur le remboursement de l’avortement. C’est la preuve que rien n’est jamais acquis en matière de féminisme.
Eric Lecoultre  et  Pauline Cancela

jeudi 6 mars 2014

Die 26150 : Ce samedi journée de toutes les femmes....en lutte



Les femmes, aiguillons des démocraties
C’est une salve de chiffres qui démarre aujourd’hui mais va se poursuivre jusque samedi. Ils iront tous dans le même sens : la situation de nombre de femmes aux responsabilités dans le monde, mais aussi en Europe, mais aussi en France n’est pas enviable, n’est pas égalitaire, n’est pas décente. La journée de samedi leur sera consacrée. Une journée qui nous embarrasse souvent, tant on a l’impression d’un événement bateau, obligé, où il faut mettre « la femme » à la une, celle qui réussit ou celle qui trinque. Et puis, soudain, par la force des chiffres qui apparaissent et des expériences qui s’expriment, on se rend à chaque fois compte à quel point les différences, les souffrances, les préjugés et le courage restent liés à la problématique.
Aujourd’hui, c’est l’Agence européenne des droits fondamentaux qui livre une étude inédite par son ampleur et sa couverture géographique, sur les violences faites aux femmes dans l’ensemble des pays membres de l’Union. Une femme européenne sur trois dit avoir fait l’exercice de violence physique ou sexuelle depuis l’âge de 15 ans. Le chiffre laisse pantois car ce sont nos sociétés les plus proches qu’il dévoile ainsi. Ces statistiques concernent également notre pays : la Belgique, pays très progressiste, n’échappe ainsi pas au constat.
Vendredi 7 mars, nous montrerons la réalité de l’écart salarial. Samedi 8 mars, nous plongerons dans ces combats de femmes à travers le monde, aux avant-gardes des révolutions. Qui sait ainsi que les Femen ne sont pas que des femmes blondes aux seins nus brandis contre l’obscurantisme, mais des Ukrainiennes qui nous ont hurlé la détresse et l’oppression qui régnaient sur leur territoire, bien avant qu’Euro-Maïdan ne mette à bas un dirigeant et un régime corrompus ?
Les violences physiques et sexuelles faites aux femmes sont toujours le signe d’un abus de pouvoir, d’une envie de domination, d’une frustration qui ne supportent par le dialogue, l’égalité, le partage des responsabilités et la réalité de l’autre. En luttant contre cette négation, les nouvelles féministes mettent en fait souvent au jour les failles d’une société, se faisant, comme l’explique Caroline Fourest, l’aiguillon démocratique « qui ne s’est jamais trompé car il n’est pas idéologique mais pense à partir de la société ». En Ukraine, en Tunisie, en Egypte, en Inde, des femmes aujourd’hui, en refusant la violence qui leur est imposée, sont souvent les premières à pointer les abus d’un pouvoir et à semer la graine de la révolte pour plus de justice et de respect pour tous les êtres humains, masculins et féminins.
Eva Idelon

dimanche 23 février 2014

Décès d' une militante du féminisme...Antoinette Fouque....



Décès d'Antoinette Fouque, cofondatrice du Mouvement de libération des femmes : Elle était une pionnière du mouvement féministe en France...
Antoinette Fouque, cofondatrice du Mouvement de libération des femmes (MLF) en 1968, est décédée dans la nuit de mercredi à jeudi à Paris à l'âge de 77 ans, ont annoncé vendredi soir «ses amies du MLF».
De formation littéraire, cette psychanalyste avait été à l'origine de la création du MLF avec Monique Wittig, lors d'une réunion en octobre 1968. Dès l'annonce de sa mort, les hommages de multipliaient.
Figure historique du féminisme français des années 70, créatrice et directrice des éditions des Femmes (1973), elle fut l'animatrice du groupe "Psychanalyse et Politique", l'un des courants majeurs du féminisme en France. Elle avait été députée européenne (Radicale) de 1994 à 1999.
Née le 1er octobre 1936 à Marseille, Antoinette Fouque, diplômée d'études supérieures de lettres et docteur en sciences politiques, est d'abord enseignante (1961), et parallèlement, à partir de 1964, critique littéraire et traductrice, notamment aux Cahiers du Sud et à La Quinzaine littéraire. En 1968, elle participe à la fondation du MLF, au sein duquel elle fonde et anime le groupe «Psychanalyse et Politique».
Dans la foulée de la création des éditions des Femmes, elle ouvre trois librairies «Des Femmes» à Paris, Lyon et Marseille, dirige Le Quotidien des femmes (1974), puis Femmes en mouvement (1978-1982), et inaugure la Bibliothèque des voix, composée de livres-cassettes. Devenue entre-temps psychanalyste, Antoinette Fouque préside l'Alliance française de San Diego aux Etats-Unis (1986-1988), avant de fonder en 1989 L'Alliance des femmes pour la démocratie, dont elle sera présidente.
Dans les années 90, cette théoricienne du féminisme, aux positions souvent controversées, s'engage nettement sur le terrain politique. Chargée de mission auprès de Michèle André, secrétaire d'Etat aux Droits des femmes en 1990, elle fonde deux ans plus tard le club Parité 2000, avant d'être élue au Parlement européen en 1994, sur la liste «Energie radicale» de son compatriote marseillais Bernard Tapie. A Strasbourg, elle sera vice-présidente de la commission des Droits de la femme, et déléguée de l'UE à la conférence mondiale des femmes à Pékin (Chine) en 1995.
Parallèlement, elle est chargée de séminaires en sciences politiques et directrice de recherches à l'université de Paris-VIII Saint-Denis.
Commandeur de la Légion d'honneur, grand officier de l'ordre national du Mérite, commandeur des Arts et des Lettres, Antoinette Fouque, mère d'un fils, avait notamment publié Il y a deux sexes (1995, réédité en 2004).
MCD

mardi 7 janvier 2014

Féminisme, capitalisme et réel....

Féminisme, races et sécateur du réel

L’arrivée en masse des femmes sur le marché du travail a permis de déprécier celui-ci. Le capitalisme industriel nordiste étasunien a constitué un sous-prolétariat noir qui est rentré en concurrence avec le prolétariat blanc en venant mordre à la marge sur le marché du travail. Le patronat européen et en particulier français a procédé quasiment de la même façon. Le patronat importateur d’ouvriers ‘indigènes’ y trouvait un double bénéfice. 
La réponse à cette manœuvre de division aurait dû -devrait- consister à refuser le fractionnement entre ethnies (ou religions) face au système qui élabore l’émiettement des luttes. 
Quand une femme musulmane se retranche dans son vêtement et se soustrait à la nudité, c’est pour s’appartenir à elle-même. Son geste pourrait être de dire mon corps n’est pas une marchandise, mais cet implicite ne s’adresse pas spécifiquement à l’homme blanc ! Il n’est pas non plus un acte de soumission à une prescription patriarcale.
Avant de parler du féminisme, citons deux femmes remarquables, elles marquèrent leur temps d’une empreinte qui perdure jusqu’à nos jours.
Fatima Al Zahra al Fihri, fille d’un savant de Kairouan émigré à Fez avait fondé grâce à ses propres deniers, provenant de l’héritage paternel dont elle disposait librement, la première université au monde [1]. En 859, était construite à Fez l’université de la Qaraouyine avec la cité universitaire attenante capable d’accueillir des centaines d’étudiants étrangers à la ville ou venant de plus loin, comme le futur pape Gerbert d’Auvergne plus tard investi sous le nom de Sylvestre II. Fatima Al Fihri avait légué des biens habous, gérés par des institutions religieuses, fours à pain et hammams, dont les revenus étaient destinés à l’entretien de l’université, de la cité universitaire, de l’habillement, des soins et de la nourriture des étudiants. Il est à noter que cette institution académique a fonctionné sans discontinuer depuis sa création jusqu’à nos jours, fait unique dans l’histoire.
La marquise du Deffand, d’une petite noblesse provinciale, une fois introduite dans la vie de cour de la Régence, tiendra le salon littéraire et scientifique le plus couru de son époque, fréquenté par toutes les célébrités du XVIIIe siècle [2]. Les encyclopédistes, hommes de théâtre, peintres, sculpteurs, tous les esprits brillants participaient à des échanges intellectuels intenses au cours de conversations élevées au niveau d’un véritable art. Belle, cultivée, de mœurs légères et très bon écrivain, par sa fonction de salonnière, elle a contribué à l’élaboration des ‘Lumières’.
Ces deux femmes appartenaient, chacune dans son univers historique et culturel bien distinct, à des classes sociales favorisées. Elles étaient libres de leur fortune, libres d’entreprendre l’aventure intellectuelle ou spirituelle qu’elles ont souhaité mener.
Jusqu’à très récemment, avant que le capitalisme occidental ne vienne dévaster l’ordre économique et social de façon très violente sous la forme d’une conquête et d’un assujettissement colonial, le mariage dans le pourtour méditerranéen et en particulier en Afrique du Nord était endogamique. Les cousins se mariaient entre eux. Ceci garantissait une double stabilité [3].
D’abord, la propriété agricole ne se divisait pas à l’infini et pouvait conserver une dimension d’unité de production viable. Ensuite, la fille mariée dans la famille était protégée par toute la parentèle, proche géographiquement, qui intervenait en cas de conflit entre époux.
Les mariages arrangés l’étaient pour les deux sexes, ils étaient congruents avec un ordre symbolique qui organisait la matrice sociale et obéissaient à un impératif économique qui structurait le groupe social dont l’activité était essentiellement agricole.

La question du féminisme est datée historiquement

Il a fallu que le capitalisme industriel commence à trouver très étroites les frontières et que les différentes nations européennes construites dans les guerres de religion pendant des siècles et dans le sang des conflits territoriaux plus tard soient en compétition pour des expansions impériales coloniales pour que la question féministe surgisse sous sa forme ‘moderne’. Edward Bernays dans son ouvrage Propaganda [4] narre comment le marketing s’est saisi de la question féminine pour accroitre les profits des fabricants de cigarettes. Il avait fait convoquer toute la presse pour une manifestation inédite et qui sera divulguée lors de la procession de Pâques en 1929 à New York. Au signal donné, des mannequins ont allumé leur nouveau flambeau de liberté, les femmes du monde ont été induites à consommer du tabac pour célébrer leur « liberté ».

L’égalité des droits entre hommes et femmes est devenue une revendication quand le capitalisme a effacé la division du travail entre les sexes

Cela s’est concrètement réalisé quand les usines ont été vidées de leurs hommes au cours de la boucherie de 1914-1918 et que les ouvriers partis mourir pour les banquiers et les industriels de leur ‘patrie’ furent remplacés par leurs femmes et leurs sœurs [5]. Chefs de famille, elles avaient à assumer un double travail, domestique et d’élevage des enfants avec celui fourni pour un patron contre un salaire toujours inférieur à celui accordé à un homme.
L’arrivée en masse des femmes sur le marché du travail a permis de déprécier celui-ci. Quand dans les années cinquante, un seul salaire faisait vivre une famille, depuis plus de trente ans, deux salaires y suffisent à peine puisque chaque ménage est contraint de s’endetter.
Pour quitter le monde des Idées et des luttes microscopiques cantonnées à des spécificités exotiques, il serait bon de rappeler quelques éléments d’histoire.

Capitalisme et mise en compétition « raciale »

Le capitalisme industriel nordiste étasunien a libéré des forces de travail considérables en abolissant l’esclavage. Il a constitué un sous-prolétariat noir qui est rentré en concurrence avec le prolétariat blanc en venant mordre à la marge sur le marché du travail.
Le patronat européen et en particulier français a procédé quasiment de la même façon. Par camions et cars entiers, il est allé quérir des Nord-africains dans des villages reculés où les engagés sont en bonne santé et illettrés [6].
Le pays exportateur faisant une bonne affaire avec un double gain. Il se débarrassait d’une partie de sa population active mâle adulte qui serait susceptible de vouloir poursuivre les guerres de libération coloniale en récupérant les terres confisquées par les colons. Il bénéficie du rapatriement des salaires gagnés chez l’ancien colon, ce qui pouvait correspondre à plus de la moitié des ressources en devises des pays en voie de perpétuel sous-développement.
Le patronat importateur d’ouvriers ‘indigènes’ y trouvait un double bénéfice.
L’acquis trivial est de payer moins cher l’OS (ouvrier spécialisé) qui ne parle pas la langue autochtone. Le deuxième consiste en l’organisation consciente et délibérée d’un antagonisme entre blancs et indigènes immigrés au sein de la classe ouvrière, trop bien protégée syndicalement. L’aveuglement des centrales syndicales par rapport à cet enjeu a fissuré très durablement le front de la lutte anticapitaliste pour l’émousser et l’amoindrir encore sous d’autres assauts, comme le financement de syndicats félons par des services de renseignements ultra-atlantiques.
La réponse à cette manœuvre de division aurait dû – devrait – consister à refuser le fractionnement entre ethnies (ou religions) face au système qui élabore l’émiettement des luttes.
Les dirigeants politiques des anciens pays colonisés doivent être tenus comme coresponsables de cette hémorragie humaine qui les démunit de ses forces vives et nourrit une catégorie de citoyens de moindres droits dans les pays receveurs. Aujourd’hui, l’accent est mis sur la limitation de l’émigration. En réalité, l’économie européenne s’effondrerait sans les travailleurs ‘sans papiers’, l’inexistence de contrôle dans le secteur du bâtiment et de la restauration est la preuve irréfutable de l’hypocrisie des dirigeants politiques qui ne sont en fait qu’un comité de gestion pour la classe possédante. Les haines interethniques sont alimentées par des discours xénophobes et des plus-values fantastiques sont engrangées par des transnationales qui ne paient ni charges sociales - travailleurs non déclarés - ni impôts – évasions et fraudes fiscales.

Dévoiler l’hypocrisie de la question du foulard « islamique »

L’apparition du recouvrement du cheveu chez les femmes musulmanes en Europe et en Occident de façon générale est secondaire à sa ré-émergence dans les pays musulmans [7].
Dès les débuts des années 1980, les jeunes filles ont porté le foulard dans les universités de Tunis, du Caire et de Rabat. Cette montée a été contemporaine de l’avortement des mouvements sociaux de la gauche laïque dans les différents pays méditerranéens musulmans. Le reflux de la contestation sociale sous sa forme laïque de gauche a été mondialisé, le renversement de Salvadore Allende par une dictature militaire au Chili en a été l’élément augural. Les disparitions et les emprisonnements des ‘gauchistes’ marocains à partir de l’année 1973 ont étêté la jeunesse marocaine de ses éléments les plus dynamiques en matière de projet social équitable et progressiste. Dans le même temps s’enregistraient les succès de la République islamique d’Iran. Les régimes oppressifs autocratiques ne pouvaient interdire la fréquentation des mosquées et bientôt le port de signes religieux visibles devenait une affirmation d’une contestation politique. Le port du foulard par les Tunisiennes ‘émancipées’ sous Bourguiba et par les Palestiniennes dans les territoires occupés est emblématique.
Ces deux phénomènes ont été sûrement plus déterminants dans le rejet de l’habitus moderne et considéré comme « occidental » que la non intégrabilité des femmes d’ailleurs dans le contexte européen. Au contraire, à ces filles et à ces femmes, l’insertion sociale a été plus facile que pour leurs frères ou maris. D’une façon apparemment paradoxale, la France patriarcale et raciste s’est montrée plus discriminatoire vis-à-vis des hommes d’origine extra-européenne ou dont les parents proviennent des ex-colonies au niveau de l’emploi que vis-à-vis de leurs femmes ou de leurs sœurs.
La perte en Europe de l’ennemi communiste avec ladite chute du mur de Berlin, la résistance palestinienne, la résistance libanaise soutenue par le Hezbollah sont quelques facteurs parmi ceux qui ont déterminé la construction de la doctrine politique de l’entité hégémonique d’un Islam désormais identifié au terrorisme et ennemi de la Civilisation [8].
Les musulmans en Europe ne sont que les victimes secondaires et accessoires de cette scénarisation.
Imaginer que le port du foulard serait une réponse protestataire jetée à la face du patriarcat blanc et raciste est un contresens absolu. C’est renvoyer la femme musulmane à un rôle subalterne de femme dépitée qui n’a d’autre ressort existentiel que d’être une identité en creux, en négatif, une anti-quelque chose. C’est lui porter le plus grand des mépris, à elle et à la culture et la spiritualité qui l’animent, la définissent et la comblent.
Quand une femme musulmane se retranche dans son vêtement et se soustrait à la nudité, c’est pour s’appartenir à elle-même. Son geste pourrait être de dire mon corps n’est pas une marchandise, mais cet implicite ne s’adresse pas spécifiquement à l’homme blanc ! Il n’est pas non plus un acte de soumission à une prescription patriarcale. C’est un comportement de pudeur qui n’est pas réservé au sexe féminin [9].
L’affirmation de l’identité culturelle et spirituelle se suffirait à elle-même mais dans le contexte du capitalisme actuel uniformisant, sénescent, prédateur et meurtrier, elle constitue en fait un acte de résistance.

Ritualismes formels et émancipation réelle

L’islam n’est pas seulement l’accomplissement de quelques rites et l’observance de quelques règles. Il va bien au-delà, il implique une éthique sociale qui exclut deux fondements du capitalisme, le prêt avec intérêt et la spéculation, dénoncée comme jeu de hasard [10]
Avec l’inscription de ces deux interdits absolus dans une future Constitution, l’activité humaine reprend ses droits sur le jeu spéculatif et ses destructions irréversibles de la planète et de l’humanité.
En cela, l’islam est un très grand danger pour les sociétés occidentales déliquescentes et dans le même temps, leur grande chance.
Nous sommes à une période où les identités nationales se perçoivent comme troublées. En Europe, elles mettent en avant les afflux de couches successives d’immigration ‘non européennes’ au point que l’exécutif au pouvoir entre 2007 et 2012 en France a créé un ministère de l’immigration et de l’identité nationale. La menace ressentie qui porterait sur un universel républicain, très monétisée électoralement et amplifiée par les organes de propagande que sont les médias de masse, a au moins une triple origine.
La visibilité des post-coloniaux sur la scène publique est marquée par un accoutrement vestimentaire par lequel ils se signalent. Le turban sikh et le foulard des femmes musulmanes étaient peu repérables dans les rues il y a trente ans. L’écrasante majorité des femmes et des filles voilées ont eu des mères qui ne l’étaient pas.
L’incompressible chômage en expansion dans les pays du Nord assorti d’une croissance impossible résultant d’une globalisation de l’économie dérégulée désespère une partie de la population à laquelle est désigné le bouc émissaire idéal, différent dans son apparence et peut-être dans son essence.
Enfin, les particularités nationales sont progressivement effacées d’une part sous l’intégration de 28 unités disparates dans le carcan européen et d’autre part sous l’hégémonie étasunienne économique et culturelle qui impose son universalité : jeans, la boisson gazeuse noire, films hollywoodiens, ses chaînes de nourriture rapide.

Ces causalités se croisent et s’enrichissent les unes les autres

Non seulement l’immigré, et la femme immigrée de surcroît, ne trouve pas de réponse dans le répertoire des propositions politiques et sociales offertes, mais pas non plus le sujet autochtone. Ce qu’il est convenu d’appeler la Crise n’est pas seulement financière car elle affecte et met en péril la survie de l’espèce humaine en détruisant tous les liens sociaux et en rendant invivable la planète. Elle appelle de chacun de nous un effort, un ‘ijtihad’ pour reformuler non seulement une grille de lecture universelle mais des outils de résolution de cette impasse capitaliste qui s’alimente de l’intérêt et de la spéculation [11].
La compréhension du social uniquement au travers d’analyses interethniques, diasporiques et inter-communautaires restreint dramatiquement le réel, même si elles sont légitimes en cette période de reviviscence des mémoires coloniales et de l’esclavage [12]. Elle l’ampute des instruments nécessaires pour le transformer.
Angela Davis, la figure de proue du mouvement de libération des Afro-américains consacre son temps à la cause des pensionnaires de prisons étasuniennes qui dans leur écrasante majorité sont noirs, jeunes, innocents et exploités car travaillant pour un salaire d’esclave pour de grandes firmes transnationales. C’est bien la nécessité pour le capitalisme d’une main d’œuvre quasi-gratuite logée dans des prisons construites et gérées par des firmes privées mais payées par l’impôt qui stabilise la situation inférieure des Afro-américains, hommes ou femmes. Un Noir américain sur neuf âgé entre 15 et 40 ans est détenu dans une prison [13]
Le motif principal de l’incarcération est lié au trafic ou à la consommation de drogues illicites. Le système est particulièrement pervers à cet égard. L’usage de la drogue avait été introduit par les services de renseignement et de sécurité dans les ghettos noirs et parmi les mouvements des Black Panthers pour les neutraliser et les criminaliser. La CIA finance ses actions secrètes par le commerce qu’elle fait des drogues illicites. Une situation analogue a été observée dans les banlieues en Europe et en France. La drogue a été diffusée, offerte au moment de la prise de conscience de celles-ci et de l’élaboration des mouvements et des marches pour l’Égalité.
La catastrophe imminente qui vient excède les communautés, elle affecte l’humanité entière. Il est donc urgent de ne pas limiter le débat politique à des revendications exclusivement ethniques et identitaires ou catégorielles (« genre », « orientations sexuelles », etc.).
Depuis quarante ans, la contre-révolution conservatrice, et donc objectivement de droite, a prospéré en cultivant en particulier (mais pas seulement) deux champs. Le premier a consisté à confondre le communisme et les conquêtes sociales sans précédent auxquelles il a donné lieu dans le monde avec le totalitarisme et l’hitlérisme, réduisant même la révolution de 1789 et l’abolition des privilèges à une simple Terreur. Tout cela dans une ambiance de moralisme permettant de camoufler les questions sociales, les rapports de forces internationaux et les questions de classe. Le second a entretenu la focalisation sur des luttes partielles, en particulier celles des minorités ethniques et sexuelles en faisant abstraction du contexte global de leur oppression.
De nombreuses autres diversions furent proposées et parmi elles, l’écologisme ou le capitalisme vert. Toute lutte locale émancipatrice est la bienvenue. Elle doit être ancrée dans une ambition plus vaste de libération universelle.
Parmi elles, se préoccuper de l’émigré sans-papier provenant des ex-colonies est une expression concrète de solidarité avec des sans-droits tout en étant une mise à nu de la perversion du système capitaliste. D’un côté, les politiciens dénoncent un excès d’immigration qui dilue l’identité, d’autre part, ils évitent de contrôler en réduisant le nombre des inspecteurs de travail dans les secteurs économiques qui les emploient à moindre coût amputé des contributions sociales obligatoires.
Sans le transfert de richesses des pays pauvres vers les pays riches, l’émigration économique et bientôt de plus en plus liée aux bouleversements environnementaux induits par les pays du Nord serait infime et imperceptible.
Les résidents des pays du Nord, indépendamment de leur origine, profitent des flux financiers qui appauvrissent l’Afrique en particulier par le mécanisme de la dette [14]. Ils bénéficient encore des conquêtes sociales qui assurent aux plus démunis un minimum de revenus et de couverture maladie.
En tout premier lieu, les Européens d’origine africaine s’ils veulent se placer dans une perspective anti-impérialiste se doivent de dénoncer les spoliations financières et le pillage des matières premières qui entretiennent le circuit de renforcement de l’émigration économique. Même relégué dans une banlieue ghetto, bénéficiant du RSA et de la CMU, un ‘indigène’ de la république tire avantage d’une électricité peu chère car Areva assure son approvisionnement en uranium au Niger en soutenant une guerre au Mali.
Badia Benjellounmédecin
[3Germaine Tillon, Le Harem et les cousins, éditions du Seuil, 1966 ; Youssef Courrbage et Emmanuel Todd, Le rendez-vous des civilisations, éditions du Seuil, 2007
[4Voir Edward Bernays, préface de Normand Baillageon, Propaganda : Comment manipuler l’opinion en démocratie, Zones, 2007. En ligne
[5NDLR. En même temps qu’ils étaient aussi remplacés en Europe par les premiers « travailleurs coloniaux » complétant ainsi le travail forcé non rémunéré déjà exigé d’eux dans les colonies.
[6NDLR. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le patronat occidental privilégiait l’immigration en provenance d’Europe de l’Est et du Sud dans la mesure où ces populations semblaient plus proches géographiquement et plus facilement adaptables aux normes productivistes et à la culture dominante. Ce qui, en dépit d’une légende récemment répandue, n’empêchait pas les manifestations d’un racisme violent visant tant les immigrés juifs que les immigrés chrétiens d’origine slave ou méditerranéenne. C’est seulement grâce à la mobilisation de la résistance antinazie et aux politiques interventionnistes d’État des « trente glorieuses » que ces populations purent être progressivement intégrées dans leur milieu de travail et dans la vie sociale. La politique de soumission ayant rendu avec le temps les populations coloniales plus « compatibles » avec les exigences du patronat après 1945, au moment où les communistes lançaient de leur côté des politiques de développement endogène en Europe de l’Est limitant l’émigration, le recours à l’exploitation de la main-d’œuvre des colonies et ex-colonies devint dès lors à leurs yeux préférable. C’était juste avant l’organisation de la « crise » à partir du milieu des années 1970 et qui allait empêcher le prolongement des processus d’intégration des classes populaires.
[7NDLR. Depuis l’antiquité, y compris dans la Grèce antique et partout dans le monde chrétien, les femmes « de bonne tenue » couvraient leurs cheveux, leurs oreilles et souvent leur cou par pudeur ou pour éviter d’être importunées. C’est dans les milieux des élites des cours princières européennes que cette tradition commença à disparaître avec le découvrement des cheveux puis les décolletés. La Révolution moderne, partie des pays occidentaux, a donc été autant un processus de promotion sociale de certaines catégories populaires qu’un processus d’acculturation des classes dominées par les valeurs des classes dominantes. Le féminisme, dans ses diverses moutures socialement contradictoires, pouvant dans ce contexte être utilisé autant comme moyen d’embourgeoisement de certaines femmes que comme un élément dans la lutte plus générale pour l’émancipation des classes populaires et l’affirmation de leurs valeurs propres.
[8NDLR. Qui reprenait sur un mode plus « moderne » et en les recyclant les vieux préjugés islamophobes hérités des croisades et de la période coloniale, un peu sur le modèle de l’antisémitisme judéophobe moderne qui recyclait plusieurs préjugés de l’anti-judaïsme chrétien.
[9NDLR. L’incompréhension mutuelle sur cette question entre l’Occident post-chrétien et l’islam provient entre autre du fait que dans le Nouveau Testament, Saint-Paul impose le foulard aux femmes au nom de ce qu’il affirme être leur infériorité par rapport aux hommes alors que dans le Coran, cette prescription (reprenant la tradition abrahamique et méditerranéenne), n’est justifiée que par le droit des femmes à se protéger des éventuelles agressions masculines.
[10NDLR. L’islam sunnite ignorant l’existence d’une hiérarchie religieuse établie, ses règles sont stables et ne peuvent être modifiées par une quelconque décision épiscopale. Chaque musulman/e est laissé/e libre de son choix de suivre ou de ne pas suivre les différentes interprétations possibles du texte sacré émises par différents savants et écoles de pensée religieuses. Dans le monde musulman, c’est traditionnellement le pouvoir politique qui a plutôt cherché à dominer et exploiter le religieux, alors que la religion tendait à constituer un espace de liberté et de libre discussion. D’où les malentendus entre modernistes occidentalistes et partisans de la liberté s’appuyant sur les traditions religieuses libertaires inhérentes à l’islam. Concernant l’usure et la spéculation, et même si les pouvoirs politiques dominant à l’heure actuelle dans les pays musulmans poussent à faire des compromis sur cette question, il n’en reste pas moins que la loi de l’interdiction absolue des règles de bases du capitalisme ne peut être levée par aucune institution religieuse, ce qui donne à l’islam son potentiel révolutionnaire incompressible. Raison qui explique entre autre la méfiance à son égard de toutes les puissances capitalistes qui souhaitent manifestement diaboliser l’islam tout en forgeant un islam « soft », un « islamisme » purement ritualiste et « identitaire », violent ou pacifique selon les besoins impérialistes, mais ne portant plus aucun projet social, politique et économique alternatif. Processus de stérilisation des questionnements sociaux qui était plus facile à réaliser dans le christianisme par le biais de la soumission des Eglises hiérarchisées et dans le judaïsme à cause de sa tribalisation et de sa prise en main par le sionisme. Processus constatable y compris dans le monde « laïc » avec la stérilisation des idées révolutionnaires au sein de beaucoup de partis socialistes et communistes.
[11NDLR : Ijtihad : Terme islamique signifiant l’effort que tout musulman doit faire pour étudier et interpréter librement le texte sacré. Méthode qui fut appliquée dans les premiers siècles de l’islam jusqu’à ce que le gros des chercheurs religieux liés aux pouvoirs politiques arrivent à la conclusion que toutes les questions sociales, juridiques, économiques, politiques, éthiques ayant été examinées et ayant obtenu des réponses, il ne restait plus qu’à examiner les questions directement liées au seul développement des techniques,. Ce qu’on a appelé « la fermeture des portes de l’ijtihad », phénomène qui n’a jamais fait consensus et qui a été remis en cause, encore assez partiellement, depuis une centaine d’années, en réaction au colonialisme et à la stagnation des sociétés musulmanes. Par extension, le Coran étant pour les musulmans un guide expliquant le « Livre explicite » englobant toute la création, la démarche d’ijtihad peut être étendue à toute activité de recherche scientifique, le Coran soulignant que la foi ne peut s’opposer à la raison.
[12Voir la contribution de Nicolas Bancel dans Postcolonial studies : mode d’emploi, publiée aux Presses universitaires de Lyon, 2013
[13NDLR. Rappelons par ailleurs que si les USA, donneurs de leçons en matière des droits de l’homme, représentent 5% de la population mondiale, 25% de tous les prisonniers dans le monde se trouvent dans les prisons des USA, pour beaucoup privatisées. Main-d’œuvre désormais rentabilisée donc, au point d’être en état de concurrencer pour le bénéfice des patrons les bas salaires des maquiladores qu’ils avaient implantés du côté mexicain de la frontière avec les USA.
[14Le Comité pour l’annulation de la dette des pays du Tiers Monde avait évalué il y a quelques années que pour un dollar US prêté à l’Afrique, les pays du Nord en recevaient quatre.
http://www.lapenseelibre.org/article-feminisme-races-et-secateur-du-re...

jeudi 2 janvier 2014

Le déni des violences faites aux femmes...


Entretien avec Muriel Salmona

« La réalité des violences sexuelles est l’objet d’un déni massif »

Au moment où la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, s’apprête à présenter un projet de loi-cadre pour l’égalité entre les femmes et les hommes au Parlement, Muriel Salmona, psychiatre-psychothérapeute, publie dans son dernier livre, des chiffres alarmants sur les violences faites aux femmes en France, et dénonce l’absence de prise en charge globale, médicale, sociale et judiciaire des victimes.
Dès l’introduction de votre Livre noir 
des violences sexuelles [1], vous précisez que les violences sexuelles sont en augmentation, et que les victimes sont à 80 % des femmes. Cette situation paraît aberrante dans notre pays, au XXIe siècle…
Muriel Salmona : Malheureusement, les chiffres sont catastrophiques. Toutes les enquêtes le montrent, les victimes sont issues de tous les milieux sociaux et de toutes les catégories professionnelles, et les violences sexuelles sont commises essentiellement par des hommes, par des proches ou quelqu’un de connu par la victime dans 80 % des cas. Malgré le Mouvement de libération des femmes (MLF) et les progrès en matière d’égalité ces quarante dernières années, nous sommes encore loin du compte concernant les violences, les discriminations et les inégalités subies par les femmes en France.
Concernant les violences conjugales, 10 % des femmes en ont subi dans l’année écoulée ; pour les viols, les chiffres sont aussi effrayants : 75 000 femmes sont violées par an, et plus de 150 000 si l’on rajoute les mineures ! Une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint en France. Ces chiffres ne se sont pas améliorés, ils ont même augmenté.
Nous vivons une réalité absolument impensable dans une société comme la nôtre.
Vous voulez dire que notre société se rend complice de ces violences, en n’écoutant pas assez les victimes et en ne les protégeant pas ?
Muriel Salmona : La réalité des violences sexuelles est l’objet d’un déni massif. Notre société se préoccupe peu des violences subies par les femmes et ne fait rien ou presque pour les dénoncer, poursuivre les agresseurs, ni aider les victimes ! De ce fait, il existe une loi du silence incroyable puisque moins de 8 % des femmes violées osent porter plainte : seuls 2 % des viols conjugaux et des violences sexuelles intrafamiliales font l’objet de plaintes. Et au final, ces plaintes aboutissent à seulement 1,5 à 2 % de condamnations en justice, et la plupart des viols sont transformés en agressions sexuelles !
La gravité de ce crime n’est pas réellement prise en compte dans notre société et l’impunité règne. De plus, les droits essentiels des victimes à la sécurité et aux soins ne sont pas respectés. Les femmes en danger bénéficient rarement d’une protection efficace. Une récente étude montre qu’en Île-de-France 67 % des femmes interrogées ont peur dans les transports en commun, dans leur quartier le soir, ou à leur domicile, contre 34 % des hommes.
Vous montrez aussi que le lieu de travail 
est un endroit privilégié des agressions sexuelles en France…
Muriel Salmona : C’est sur le lieu de travail que 4,7 % des viols et 25 % des agressions sexuelles sont commis. Selon les statistiques européennes, les univers du soin sont les lieux où il y a le plus de violences sexuelles, avec ceux de la restauration et de l’hôtellerie. Cette grande violence sexuelle et sexiste au travail est particulière à la France. Elle se déroule en toute impunité, sous le couvert d’une «  séduction à la française  », «  d’humour  », ou parce que ce serait, selon des expressions machistes couramment utilisées, la «  faute  » des femmes elles-mêmes, de leur tenue, de leur comportement jugé «  inconscient  » ou «  provocateur  »…
Vous insistez sur le fait que ces violences 
n’ont rien à voir avec le désir, la sexualité masculine ou la séduction… 
De quel registre relèvent-elles ?
Muriel Salmona : Désirer et aimer sont le contraire d’instrumentaliser une personne pour son propre compte. Les violences sexuelles sont des armes pour détruire l’autre, le soumettre et le réduire à l’état d’objet et d’esclave. Ce sont les violences qui entraînent le plus de traumatismes psychiques. Elles font partie de la mise en place de la domination masculine et de la volonté d’exclure les femmes de divers univers, dont celui du marché du travail et des postes à responsabilité. Les stéréotypes sexistes voudraient faire croire que la sexualité masculine a des besoins incontrôlables qui doivent et ont le droit de s’exercer sur la femme.
Comment analysez-vous cette loi du silence 
qui est même relayée par les acteurs 
médico-sociaux ?
Muriel Salmona : Dans l’univers médico-social, il existe une tolérance des violences envers les femmes et, même s’il y a une féminisation du secteur médical, la majorité des personnes ayant des postes à haute responsabilité sont des hommes soucieux pour la plupart de conserver leurs privilèges patriarcaux. Puis, en médecine, la souffrance psychologique issue de violences est l’objet de déni ou de mépris. En France, alors que depuis presque trente ans on sait reconnaître et traiter les conséquences psychotraumatiques des violences, celles-ci ne sont toujours pas enseignées pendant les études de médecine !
Et pourtant, vous montrez combien 
les conséquences de cette loi du silence 
et de ce manque de prise en charge 
sont lourdes pour les victimes…
Muriel Salmona : Elles sont dramatiques, parce que non seulement les victimes ne sont pas repérées, donc on ne leur donne pas la protection et les soins qu’elles devraient recevoir, mais en plus elles sont culpabilisées. Elles se retrouvent isolées, souvent exclues, voire marginalisées, à subir de nouvelles violences.
Alors que les soins sont efficaces, la plupart des victimes n’en bénéficient pas et développent des symptômes traumatiques, qui les poursuivent tout au long de leur vie. Lorsque personne ne vient à leur secours, et ne rétablit du sens et de l’humain, tous les systèmes de défenses psychologiques sont mis à mal.
La victime, lors des violences, éprouve un stress si important que des mécanismes neurobiologiques de survie se mettent en place au prix de l’installation d’une dissociation et d’un grave trouble de la mémoire, appelé la mémoire traumatique. C’est une mémoire qui, comme une bombe à retardement, fait revivre toutes les violences subies et la mise en scène terrorisante et culpabilisante créée par l’agresseur.
C’est une torture qui oblige les victimes à mettre en place des stratégies de survie coûteuses pour leur santé et leur estime de soi (conduites d’évitement et conduites à risque pour s’anesthésier : mises en danger, addictions). L’absence de prise en charge est donc une perte de chance considérable pour la victime et un véritable scandale de santé publique.
Justement, les politiques ont-ils conscience 
de leurs rôles ? Existe-t-il assez de lois contre les violences faites aux femmes ?
Muriel Salmona : C’est très particulier, nous possédons un système de lois assez complet… mais qui n’est pas appliqué ! Par exemple, nous avons une définition du viol dans nos textes, mais, en pratique, le viol n’est jamais reconnu comme tel. Il existe un nombre incalculable d’affaires classées ou de non-lieux faute de rechercher des éléments de preuve et des faisceaux d’indices pouvant qualifier suffisamment le viol…
Que préconisez-vous pour que ces affaires soient jugées plus efficacement et que les victimes soient enfin reconnues et aidées ?
Muriel Salmona : Il est urgent d’améliorer la formation de tous les professionnels rencontrés par les victimes : des policiers aux juges et aux procureurs, en passant par les soignants et les enquêteurs, tous doivent posséder une meilleure connaissance de la réalité des violences et des traumatismes des victimes pour ne pas passer à côté d’elles. Ils doivent pouvoir reconnaître les symptômes présentés par la victime comme des éléments de preuve et non comme des éléments disqualifiant leur parole. Je pense, par exemple, à la sidération qui empêche la victime de réagir, aux troubles de la mémoire et aux conduites d’évitement qui l’empêchent de parler, aux symptômes dissociatifs, où elle semble déconnectée et peut raconter avec détachement des violences graves qu’elle a subies. En tant que professionnels, ils ne doivent pas se méprendre sur l’apparente «  bonne réaction  » des victimes ou croire qu’elles leur mentent, celles qui semblent le moins touchées peuvent, au contraire, se trouver dans un profond état de dissociation et d’anesthésie émotionnelle générées par leurs agressions.
Comment analysez-vous le rôle de la société sur les stéréotypes liés aux femmes ?
Muriel Salmona : Je pense qu’il faut en finir avec la vision pornographique de la sexualité que nous imposent la société et l’industrie du porno. Nous sommes contaminés par une vision instrumentalisant les femmes, censées aimer des actes sexuels violents ou humiliants. Le porno érige en norme le fait que les femmes soient des corps à la disposition des hommes. Il est aussi globalement considéré «  normal  » que la sexualité masculine soit irrépressible et violente, ce qui aurait pour conséquence également «  normale  » que ce sont les femmes qui doivent la contrôler en faisant attention à leur comportement !
Le Collectif national pour les droits des femmes (CNDF) se bat depuis plusieurs années 
pour le vote d’une loi-cadre contre les violences faites aux femmes. Lundi 16 septembre, 
un projet de loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes va être présenté au Sénat 
par la ministre des Droits des femmes, 
Najat Vallaud-Belkacem. En l’état, ce texte 
vous paraît-il suffisant ?
Muriel Salmona : Najat Vallaud-Belkacem avait présenté, le 3 juillet dernier en Conseil des ministres, le projet de loi-cadre pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Ce texte présente un volet sur la protection des femmes victimes de violences, dans lequel on retrouve des mesures phares, comme renforcer le dispositif d’ordonnance de protection et généraliser le téléphone grand danger au 1er janvier 2014.
L’ensemble de ces mesures représentent une réelle avancée, mais restent largement en deçà de ce qui est nécessaire pour lutter contre les violences. D’abord, il reste beaucoup de choses à améliorer concernant la protection des victimes. Puis nous désirons aussi faciliter les plaintes, et, pour cela, il faut mettre en place des cadres très protégés où les victimes ne sont plus exposées aux agresseurs et à des maltraitances policières, judiciaires et médicales.
Il faut arrêter de mener l’enquête à charge contre les victimes et se focaliser plus sur la stratégie des agresseurs…
Enfin, il n’y a pour l’instant aucune mesure qui améliorerait les soins aux victimes de violences si ce n’est la référence au groupe de travail de la Miprof (mission interministérielle de protection des femmes et de lutte contre la traite des êtres humains), dont je fais partie sur la formation initiale et continue des médecins.
Certes, les 2 et 3 septembre derniers, un colloque a été organisé par le ministère sur le soin aux victimes, et c’était une première. J’y suis intervenue, nous verrons ce qui sera proposé ensuite.
Actuellement les victimes n’ont pas accès à des soins adaptés. Il faudrait qu’il y ait dans chaque département un centre de soins gratuits dédié aux victimes et des réseaux de prise en charge avec des professionnels formés et compétents, cela ne représente pas énormément d’argent en plus.
Il est difficile pour la victime d’arriver jusqu’au tribunal et, une fois parvenue en justice, 
les peines ne semblent pas être à la hauteur des violences subies…
Muriel Salmona : Effectivement, elles ne sont pas assez dissuasives. Un exemple parlant : les peines de harcèlements sexuels vont de deux à trois ans, alors que si l’on vole un scooter, on risque plus ! Or, si les victimes pouvaient enfin porter plainte, si leurs plaintes étaient réellement prises en compte, si elles étaient reconnues et correctement soignées, et si la loi était appliquée, moins d’hommes se permettraient de violenter les femmes. Aussi, une grande campagne de communication gouvernementale s’adressant aux agresseurs permettrait de réduire ces actes de violence. Car définir les violences, expliquer leurs conséquences, dire haut et fort qu’elles sont interdites et les peines encourues si l’on transgresse la loi, c’est important. En aidant à libérer la parole des victimes, en les soignant et en réduisant l’impunité de ce crime, notre société produira moins d’agresseurs.
À quoi ressemblerait une société idéale ?
Muriel Salmona : Le monde meilleur auquel j’aspire, au travers de mon combat, est celui où les relations hommes-femmes seraient enfin débarrassées de toute domination et de toute violence, et où les enfants seraient enfin en sécurité. Si l’on réussit à améliorer l’égalité des droits et à lutter efficacement contre toutes les violences, les femmes pourront vivre sans peur, chez elles, au travail, dans la rue, de nuit comme de jour, et mener la vie qu’elles souhaitent.
Anna Musso,
Lutter sur tous les fronts : Psychiatre-psychothérapeute, chercheuse et formatrice en psychotraumatologie et en victimologie, Muriel Salmona a fait de son métier une lutte. En 2009, elle fonde l’association Mémoire traumatique et victimologie [2], dont elle est la présidente. Objectif : améliorer l’identification, la protection et la prise en charge des victimes. La chercheuse travaille aussi en partenariat avec des associations féministes (AVFT, CFCV, Femmes Solidaires, etc.) et d’aide aux victimes de violences, ainsi qu’avec l’Observatoire de lutte contre les violences envers les femmes du 93, les délégations aux droits des femmes et à l’égalité et les Cnidff. Elle a publié de nombreux articles dans des revues et sur ses blogs [3], et participé à plusieurs ouvrages collectifs. Dans le Livre noir des violences sexuelles, elle dénonce l’absence de reconnaissance de l’impact des violences sur les victimes et de prise en charge globale médicale, sociale et judiciaire, qu’elle qualifie de scandale de santé publique.
[1Le Livre noir des violences sexuelles. 
Éditions Dunod, 2013.

jeudi 5 décembre 2013

Le féminisme est toujours d' actualité....



Le féminisme ne fait plus mauvais genre : Trois femmes sur quatre pensent que le féminisme a encore un sens en 2013.
SONDAGE - Trois Françaises sur quatre pensent que c'est un concept qui a encore du sens aujourd'hui, selon le troisième et dernier volet de l'Observatoire «Dans le miroir des femmes», Terrafemina publié ce jeudi...
Le féminisme, un combat d’arrière garde? Pas sûr. Alors que pendant des lustres, il était de bon ton chez les femmes de commencer ses phrases par: «Je ne suis pas féministe, mais… », le vent pourrait bien être en train de tourner. 75% des femmes françaises interrogées dans cette nouvelle étude estiment en effet que le «féminisme a encore un sens». Parmi  elles, 50% affirment même «qu’il reste des inégalités à combattre». «On a été surpris par l’ampleur de ce résultat: même si cette perception globalement positive n’équivaut pas un engagement, cela montre que ce n’est pas un simple féminisme symbolique en souvenir des batailles passées mais bien que la lutte a toujours lieu d’être», souligne Nicolas Fert, chargé d’étude sénior au Pôle Opinion du CSA.
«Des inégalité encore plus injustifiables»
«Qu’autant de femmes reconnaissent que le féminisme agit pour le progrès et l’émancipation des femmes est une nouveauté et une vraie avancée, car longtemps le terme féminisme fonctionné comme un vrai repoussoir, une idée qui faisait mauvais genre», réagit Margaret Maruani, directrice de recherche au CNRS, responsable du réseau de recherche Mage (marché du travail et genre). Mais pour elle, ce retour de flamme est assez cohérent avec le sentiment d’inégalité professionnelle exprimé dans le reste de l’étude*: «Comment expliquer que les femmes aujourd’hui aient des salaires moindres (27% inférieurs à ceux des hommes), et des carrières moindres (seuls 40% des emplois cadres sont occupés par des femmes), et qu’une majorité d’entre elles occupent des emplois dans le salariat d'exécution sous-payé, qu'elles soient plus souvent à temps partiel ou au chômage alors qu’elles sont plus diplômées que les hommes et qu’elles ont les mêmes trajectoires professionnelles continues qu’eux-mêmes quand elles ont des enfants?» s’interroge la spécialiste. «Aujourd’hui, les inégalités entre les hommes et les femmes se sont pas plus importantes, mais elles sont encore plus injustifiables et illégitimes qu’auparavant», explique-t-elle.
La perception de leur corps par les femmes varie en fonction de leur classe sociale
Ainsi, 74% des femmes cadres et professions libérales estiment que leur corps constitue une part de leur identité, contre seulement 54% des employées et des ouvrières.
Un écart de perception s’expliquant par le fait que les femmes de catégorie sociale supérieure sont les plus satisfaites de leur corps (58%), tandis que les ouvrières expriment un rapport plus compliqué à celui-ci (32% en sont mécontentes). «Or, dans une société ou l’impact de l’apparence physique est croissant, le corps ne peut être source d’identification que si on le trouve beau», souligne le sociologue Jean-François Amadieu, notamment spécialiste des déterminants physiques de la sélection sociale. «Les ouvrières et les employées dépensant généralement moins d’argent et de temps pour entretenir leur corps, elles le jugent souvent plus sévèrement et ne veulent pas s’identifier à lui. Elles préfèrent se définir par leur maternité, leur appartenance à une région…», souligne le sociologue.
Plus grave: 22% des ouvrières considèrent même leur corps comme unhandicap dans leur quotidien. «Elles savent qu’une apparence physique non conforme aux canons en vigueur se paye sur le marché du travail», analyse Jean-François Amadieu, qui cite le dernier baromètre du Défenseur des Droits publié en janvier dernier, où l’apparence physique apparaissait à la sixième place des facteurs de discrimination. A contrario, 23% des cadres perçoivent leur corps comme un atout et 36% comme un critère important de reconnaissance. «Ces dernières sont sans doute plus influencées par le diktat de la beauté véhiculé par les médias et la publicité. Elles ont aussi conscience du rôle joué par l’apparence non seulement pour trouver un conjoint, mais aussi pour faire carrière».
La réalisation décomplexée des femmes
Selon un sondage de l’Observatoire Terrafemina réalisé par CSA, l’ambition n’est plus taboue chez les femmes, surtout chez les plus jeunes…
Exit le temps où les femmes n’affichaient pas leur ambition, par crainte d’apparaitre comme des carriéristes sans scrupules. Selon un sondage de l’Observatoire Terrafemina, l’ambition apparait comme un trait de caractère connoté plutôt positivement chez les femmes.

D’ailleurs, la moitié d’entre elles se définissent comme ambitieuses. Une proportion encore plus forte chez les plus jeunes: 69% des 18-24 ans et 63% des 25-34 ans, à l’opposé des 50 ans et plus (40% pour les 50-64 ans). «Cela s’explique par un changement des mentalités, qui a démarré dans les années 80 où l’argent et la réussite ont été valorisés dans la société», souligne Agnès Balle, directrices des études à l'institut CSA.
Le travail mené par les grands groupes depuis une dizaine d’années sur l’égalité professionnelle et la promotion des femmes dans l’entreprise a aussi également joué un rôle dans cette évolution. La preuve: 69% des femmes cadres se définissent comme ambitieuses et veulent désormais jouer à armes égales avec les hommes en entreprise.
Pas prêtes à tous les compromis
Pour autant, les femmes ne semblent pas  concevoir l’ambition comme un enjeu de pouvoir. Car pour 40% des sondées et même pour 55% des cadres, leur premier souhait sur le plan professionnel est de s’épanouir et 20% d’entre elles veulent surtout que leur travail leur permettent de préserver leur vie privée. «Pour la majorité d’entre elles, le travail est un facteur d’équilibre. Mais elles ne sont pas prêtes à tout sacrifier à leur ambition, qui ne doit entraver personne d’autre qu’elles mêmes », décrypte Agnès Balle.
Ainsi, si 55 % des femmes se déclarent prêtent à des sacrifices pour réaliser leurs ambitions, 28 % d’entre elles choisissent de rogner sur une partie de leur temps libre. En revanche, très rares sont celles qui sont prêtes à renoncer à des moments partagés avec leur conjoint ou leurs enfants. Ambitieuses oui, mais pas à tous prix.
Pas si facile d'être une femme libérée en 2013
Dans le troisième et dernier volet de l'Observatoire «Dans le miroir des femmes», «20 Minutes»-CSA-Terrafemina, les Françaises dressent un portrait contrasté de leur statut social en 2013...
Etre une femme c’est bien, mais être un homme parfois, c’est mieux… Même en 2013! C’est ce que révèle le troisième sondage de Terrafemina publié ce jeudi. Ainsi, si 70% des Françaises interrogées assurent qu’elles n’auraient pas aimé être un homme, seule une femme sur deux déclare aujourd’hui se sentir «aussi libre qu’un homme». Et 44% affirment même que leur sexe «a été un frein dans leur vie professionnelle», 24%« dans leur vie sociale». «C’est extrêmement élevé», souligne Nicolas Fert, chargé d’étude sénior au Pôle Opinion de CSA. «Cela démontre la dualité de notre société, où les femmes sont satisfaites de leur identité mais lucides sur les inégalités liées à leur condition sociale dans un contexte qui reste plus favorable aux  hommes et notamment dans le monde du travail», ajoute-t-il
Au travail, avantage aux hommes
Leur perception des avantages relatifs à être femme ou homme aujourd’hui en France le confirme: 41% des Françaises qui aiment être femmes apprécient avant tout le fait de «pouvoir enfanter», 30% le sentiment «d’appartenir à une génération qui fait évoluer le droit des femmes», 29% «la possibilité de cumuler les rôles de mère, de compagne et de professionnelle» et 28% la capacité «d’assumer sa féminité». A l’inverse, parmi les 17% de femmes qui auraient préféré être un homme, 31%  formulent ce souhait «pour être mieux payées», 26% pour «accéder plus facilement à des postes à responsabilité», 24% «pour être moins jugées sur leur physique» et 18% «pour avoir une pression sociale moindre dans la gestion de la vie familiale».
«Ces résultats ne sont pas surprenants: quand on sait que seule une minorité de femmes occupe des emplois prestigieux, bien payés et donc valorisants alors qu’une majorité travaille dans des secteurs précaires et souvent à temps partiel, on comprend facilement qu’elles se sentent avant tout valorisées dans leur rôle de mère», analyse Azadeh Kian, professeure de sociologie et directrice du Centre d’Enseignement, de Documentation et de Recherches pour les Etudes féministes (CEDREF) de l’Université Paris-Diderot. Sans surprise, les femmes ouvrières sont ainsi plus nombreuses à regretter ne pas être un homme (22%, contre 17% pour l’ensemble des femmes) tandis que les femmes cadres sont 22% à ne pas se sentir vraiment différentes en tant que telles (contre seulement 14% au global). 
«Malgré la nécessité de l’égalité des droits’, ce sondage confirme que les inégalités sont toujours bien là, entre les hommes et les femmes mais aussi entre les femmes elles-mêmes. C'est-à-dire entre celles qui pensent avoir le pouvoir et se sentent libres et valorisées dans leur corps, dans leur vie personnelle et professionnelle et celles qui ont les mains liées au travail et à la maison et subissent certaines contraintes liées à leur sexe dans leur rôle de mère, épouse, employée précaire. Et il est important de dire que toutes ces inégalités ne sont pas normales, surtout pour les jeunes générations», souligne cette spécialiste.
Lire aussi le dossier de Terrafemina.com 
*«Qu’est-ce qu’être une femme en 2013», sondage réalisé par l’Institut CSA par Internet du 29 octobre au 7 novembre 2013 auprès d’un échantillon de 1.054 femmes âgées de 18 ans et plus, issues d’un échantillon national représentatif de 2.015 Français âgés de 18 ans et plus, résidant en France, constitué d'après la méthode des quotas (sexe, âge et catégorie socioprofessionnelle), après stratification par région et taille d’agglomération.
Die et z’elles
26150 Die

dimanche 24 novembre 2013

Die 26150 : journée contre les violences...



« Journée Internationale de lutte contre les violences faites au femmes ».
Samedi 25 novembre 2013
Pascale Evieux, qui fait partie des « Collectives », un cercle de femmes du Diois qui se sont mobilisées pour défendre les droits des femmes, et  organise à Die une journée de sensibilisation pour relayer la Journée Internationale de lutte contre les violences faites au femmes 25 novembre 2013.  En particulier, une projection d'un film à 14h au Cinéma Le Pestel de Die. Celui-ci sera suivi d'un débat parlant de ce douloureux problème. 
Kate Savalle-Henry du Cinéma Le Pestel a choisi un film de Lussas-Documentaire : "Violences conjugales en guise d'amour" de Françoise Chilowicz.
Le rapport annuel de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales vient rappeler des chiffres malheureusement bien connus. En 2010-2011, 200 000 femmes entre 18 et 75 ans ont été victimes de violences sexuelles hors ménage et près de 1.000.000 femmes ont été victimes de violences au sein même de leur ménage, qu’il s’agisse de violences sexuelles ou physiques.
Seule une femme battue sur dix dépose aujourd'hui plainte. Et même parmi celles qui poussent la porte d'un commissariat, une moitié seulement porte effectivement plainte. Pour l'autre moitié, la protection qu'apporte une procédure pénale bute encore trop souvent sur des situations inextricables : contraintes familiales, par souci de protéger les enfants, par l'absence de logement ou par peur. Il est de la responsabilité du Gouvernement de lever ces contraintes et de permettre aux femmes d'être protégées soit par la voie pénale, soit par la voie civile, comme le dispositif de l'ordonnance de protection le permet désormais.
Le Débat qui suivra le film sera animé par Marie Noëlle Bodinier, conseillère conjugale et familiale, Catherine Bouchet Rabot, thérapeute et une conseillère juridique du CIDFF. 
Comme le montre le rapport de l'ONDRP, les violences faites aux femmes sont l'un des premiers fléaux de la société. Il doit être abordé comme tel. Ce fléau fera donc désormais l'objet d'un suivi régulier dans le cadre de l'Observatoire national des violences faites aux femmes, dont les contours seront très prochainement dévoilés.
Pour plus d'infos : consultez le site du ministère du droit des femmes Içi 
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