L’économie sociale et solidaire préfigure une nouvelle alternative à l’économie dominante. C’est une autre façon d’entreprendre qui veut répondre aux besoins économiques et sociaux de manière soutenable en donnant priorité aux femmes, aux hommes et à l’emploi sur les territoires plutôt qu’au profit. Constitue-t-elle pour autant une vraie force, un mouvement susceptible de transformer en profondeur notre économie et notre société ? Sa gouvernance, qui se veut démocratique, est-elle toujours exemplaire ? A-t-elle vocation à se généraliser ? ou contribue-t-elle à réparer les dégâts de l’économie tout en la transformant de l’intérieur ? Autant de questions auxquelles Philippe Frémeaux s’efforcera de répondre.
Information Participative
Médias Citoyens Diois continu !
Retrouvez-nous sur notre nouveau site :
http://mediascitoyens-diois.info
mercredi 11 décembre 2013
Eurre 26400 : L' Economie Sociale et Solidaire une force de la Biovallée...
L’économie sociale et solidaire préfigure une nouvelle alternative à l’économie dominante. C’est une autre façon d’entreprendre qui veut répondre aux besoins économiques et sociaux de manière soutenable en donnant priorité aux femmes, aux hommes et à l’emploi sur les territoires plutôt qu’au profit. Constitue-t-elle pour autant une vraie force, un mouvement susceptible de transformer en profondeur notre économie et notre société ? Sa gouvernance, qui se veut démocratique, est-elle toujours exemplaire ? A-t-elle vocation à se généraliser ? ou contribue-t-elle à réparer les dégâts de l’économie tout en la transformant de l’intérieur ? Autant de questions auxquelles Philippe Frémeaux s’efforcera de répondre.
samedi 7 décembre 2013
Eurre 26400 : Conférence sur l' Economie Sociale et Solidaire...
L’économie sociale et solidaire préfigure une nouvelle alternative à l’économie dominante. C’est une autre façon d’entreprendre qui veut répondre aux besoins économiques et sociaux de manière soutenable en donnant priorité aux femmes, aux hommes et à l’emploi sur les territoires plutôt qu’au profit. Constitue-t-elle pour autant une vraie force, un mouvement susceptible de transformer en profondeur notre économie et notre société ? Sa gouvernance, qui se veut démocratique, est-elle toujours exemplaire ? A-t-elle vocation à se généraliser ? ou contribue-t-elle à réparer les dégâts de l’économie tout en la transformant de l’intérieur ? Autant de questions auxquelles Philippe Frémeaux s’efforcera de répondre.
mardi 3 décembre 2013
Le secteur associatif étranglé....
40 000 suppressions d’emplois en 2014 : ce plan social invisible qui frappe le secteur associatif
En Seine-Maritime, même processus. Le nombre d’éducateurs de rue est divisé par deux suite à la décision du conseil général de réduire les subventions de 6,8 millions d’euros à 3,5 millions d’euros. Cette coupe budgétaire a un impact immédiat sur les associations de prévention, financées à 90% par le département : 74 emplois supprimés sur les 140 que compte le secteur. Une rallonge de 500 000 euros du conseil général servira à solder les licenciements.
La prévention spécialisée n’est pas la seule touchée. En Isère, le Planning familial est dans une situation très difficile depuis l’annonce par le conseil général d’une diminution des subventions de 98 000 euros. Plus de la moitié des centres sont concernés, avec à la clé la fermeture du centre d’Eybens, près de Grenoble.
Un plan social invisible
On ne compte plus les associations dont les comptes virent au rouge, plombés par les mesures d’austérité. Décidées au niveau national, ces coupes dégringolent en cascade jusqu’aux finances locales. Au bout de la chaîne, des associations mettent la clé sous la porte ou se séparent de leurs permanents. « Entre 2010 et 2012, le secteur associatif a perdu 11 000 emplois alors qu’il représente aujourd’hui un emploi sur dix du secteur privé », confirme Valérie Fourneyron, ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Éducation populaire et de la Vie associative.
Ce n’est que le début. L’année 2014 s’annonce très rude. « Compte tenu des 14 milliards d’économie annoncée par le gouvernement, dont 1,5 milliard de baisse de la dotation des collectivités locales, le monde associatif subira un plan social invisible de 30 000 à 40 000 emplois l’année prochaine », s’alarme Didier Minot [1], du collectif des associations citoyennes (CAC). La lutte contre le déficit public oblige les collectivités à se recentrer sur leurs compétences obligatoires au détriment des actions en faveur de la vie associative en général, de l’environnement, de l’éducation populaire, de la défense des droits, de la culture et du sport. Une restructuration économique qui demeurera invisible. Les petites associations étant majoritairement concernées, il n’y aura pas de plan social massif mais une multitude de licenciements épars, dans un secteur qui emploie 1,8 million de salariés à temps plein ou partiel, en plus des 16 millions de bénévoles actifs.
Ministre contre ministre
Créé en 2010, le CAC multiplie les actions, les rendez-vous, et recense les associations en difficulté. Un appel à mobilisation a été lancé (voir ici). Il a recueilli 7 500 signatures dont une centaine de réseaux nationaux, 200 associations régionales et départementales, et plus de 700 associations locales. Nouvelle preuve que le secteur est sinistré, les signatures continuent d’affluer.
« Il y a deux langages au sein de l’État, constate Didier Minot. Un discours de dialogue porté par Valérie Fourneyron. Et un autre discours, porté par le ministère des Finances ou par Matignon, qui tend à accroître la complexité des procédures, à considérer toujours plus les associations comme des entreprises. Et surtout à diminuer les financements associatifs. Quand on regarde sur plusieurs années, cela s’apparente à une strangulation. »
Politique « aveugle et suicidaire »
À Saumur (Maine-et-Loire), la Maison des jeunes et de la culture (MJC) s’est vue refuser une subvention de l’État de 7 000 euros. Du coup la Ville, qui subordonnait son financement à celui de l’État, refuse de mettre la main au portefeuille. Les 7 000 euros en font 15 000 de moins. Cette situation met en déséquilibre le poste de directeur qui va être supprimé. « Pour 7 000 euros, on va envoyer au chômage une personne qui coûtera bien plus cher aux comptes sociaux. Et on met en péril le fonctionnement d’une MJC », s’indigne Didier Minot. Nous sommes dans des mécanismes complètement incompréhensibles. Creuser le déficit public, alors qu’on prétend le combler, est une position aveugle et suicidaire ! »
D’où vient cette restructuration ? En juin 2008, le rapport « Pour un partenariat renouvelé entre l’État et les associations » est remis à Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative. « Ce dernier propose de rompre avec la culture de la subvention et suggère que la distribution des subventions laisse désormais la place à un système de commande publique », expliquent Viviane Tchernonog et Jean-Pierre Vercamer, auteurs d’une étude sur le sujet [2]. En janvier 2010, la circulaire Fillon enfonce le clou : elle affirme que la grande majorité des activités exercées par les associations peuvent être considérées comme des « activités économiques » et entrent donc dans le champ concurrentiel. En clair, une association devient une banale entreprise, prestataire de services.
Fini le collectif, place au Social Business
Après la « modernisation » de l’État, qui s’inspire des modèles de gestion pratiqués au sein des grandes entreprises privées (et dont la révision générale des politiques publiques – RGPP – a marqué le commencement), c’est au tour des associations de devoir se convertir au modèle de gestion anglo-saxon, au « lean management » et à la performance chiffrable. « C’est l’idée selon laquelle les associations sont certes sympathiques, mais souffrent d’amateurisme, analyse le chercheur Jean-Louis Laville. Elles doivent donc moderniser leur fonctionnement en empruntant les formes de management des grandes entreprises privées. Pour être modernes, les associations doivent se convertir en ce que Mohamed Yunus a désigné comme “Social business”, c’est-à-dire des entreprises à but social fonctionnant comme des entreprises, adossées à de grands groupes privés qui vont leur permettre de gagner en performance. »
Le modèle concurrentiel introduit par les appels d’offre fait déjà de gros dégâts. Car ce sont les associations les plus grosses et les plus institutionnalisées qui raflent les marchés. La fédération Leo Lagrange, issue de l’éducation populaire, est forte de 8 000 salariés dont 3 000 équivalents temps plein. 150 millions d’euros de chiffres d’affaires, 13% de croissance en 2012, avec de plus en plus de demande de services sur la petite enfance ! « On est en train de devenir le premier opérateur de berceaux, on commence à gérer de plus en plus de crèches », déclarait fièrement Bruno Le Roux, président de Léo Lagrange, lors d’une visite de Michel Sapin, ministre du Travail, au siège de la fédération. Léo Lagrange s’est engagée à embaucher 150 emplois d’avenir sur les trois prochaines années. Bruno Le Roux est par ailleurs député PS et président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale...
Économie « sociale » : les gros écrasent les petits
Avant, les dirigeants venaient du métier ou de l’association elle-même. Aujourd’hui, une partie des structures sont administrées par des gestionnaires professionnels. Elles sont munies de services très performants qui épluchent les appels d’offre publics. Leur taille leur permet de réaliser des économies d’échelle dans un contexte où la commande publique se contente souvent du moins-disant. Résultat, les petites associations locales ne font plus le poids et mettent la clé sous la porte. « Je connais une fédération de la Ligue de l’enseignement en région parisienne qui fait du marketing auprès de toutes les communes pour gagner des parts de marché sur les autres organisations d’éducation populaire. Ils ont maintenant un quasi monopole sur toute la vie scolaire », illustre Didier Minot.
Le centre social Accueil Goutte d’Or, dans le 18ème arrondissement de Paris, en sait quelque chose. En 2012, il a perdu le suivi socioprofessionnel d’une centaine d’allocataires du RSA, qu’il assurait depuis 1996. Les critères de sélection des financeurs donnaient la part belle aux structures intervenant sur plusieurs territoires. « Ces critères ne sont pas adaptés à une petite association comme la nôtre, dont l’efficacité vient de sa proximité au quartier et de sa connaissance proche de ses habitants », déplore Christine Ledésert, directrice du centre social.
67 millions pour les associations... du ministère des Finances !
L’État préfère les grosses structures associatives. En 2011, il a consacré 1,2 milliard d’euros aux associations, par des subventions directes. Deux tiers de ces aides sont allées à seulement 342 structures (sur les 21 119 subventions répertoriées). Et 3,5% des associations subventionnées reçoivent les trois quarts de l’appui public. « De très grosses associations sont très fortement financées et une poussière de petites associations reçoivent une poussière de petites aides, qui sont néanmoins vitales pour elles », commente un observateur. D’autre part, 42% de ces financements sont destinées à des organisations para-publiques : centres de formation, établissements d’enseignement supérieur, fondations politiques, musées, grandes institutions culturelles, de la Croix-Rouge aux instituts techniques agricoles, en passant par les orchestres nationaux.
Un comble : les structures associatives les plus subventionnées en France se trouvent... au ministère des Finances ! À quelques étages sous le bureau du ministre de l’Economie Pierre Moscovici ! La cantine de Bercy est une association. Le comité des œuvres sociales du ministère est une association. Et le total des aides qui leur sont versées atteint 67 millions d’euros ! Si l’on retire le demi-milliard d’euros ainsi consacré à des organismes para-publics ou de cogestion, il reste 700 millions pour les associations, orientés en priorité vers les plus grosses, les mieux à même de répondre à un appel d’offre.
Destruction du projet associatif
De nombreux responsables d’associations sont convaincus que le système des appels d’offre détruit les projets associatifs. Avec les appels d’offre, les besoins ne sont pas définis par rapport à une situation réelle rencontrée localement, mais à partir d’un cahier des charges élaboré par le financeur, souvent en décalage avec les réalités du terrain. Exemple au nord de Paris, à la Porte Montmartre, où s’est installé un marché informel « légalisé », le Carré des biffins.
Des personnes très démunies et vivant dans une précarité extrême y vendent objets de récupération et vêtements le plus souvent récoltés dans les poubelles. La mairie de Paris a lancé en octobre 2009 un appel d’offre afin de répondre aux besoins d’insertion et d’accès aux droits de ces personnes. Mais le cahier des charges comporte une bizarrerie relevée par Pascal Nicolle, président de la section locale de la Ligue des droits de l’Homme : « Ce sont les travailleurs sociaux qui font à la fois le travail de placiers, pour placer les pauvres derrière leur stand, et le travail d’accompagnement social. Certains matins, cela tourne vite à la bagarre entre les inscrits, les non inscrits et les biffins qui se remplacent. Et c’est aux éducateurs d’appeler la police. Comment voulez-vous, dans ces conditions, que les biffins aient confiance en leurs travailleurs sociaux ? »
Objectifs quantitatifs contre travail de proximité
À partir du moment où il n’y a plus que des relations commerciales avec les financeurs, la relation de confiance n’existe plus. Et qu’en est-il de la relation entre les usagers et les travailleurs sociaux ? « Le suivi du travail d’insertion ne se fonde plus que sur des critères quantitatifs, regrette Bernard Masséra, membre du CAC et vice-président de l’association Accueil Goutte d’Or. Les financeurs demandent : “Vous avez envoyé combien de convocations pour que votre bénéficiaire vienne ? Ah, il n’est pas venu deux fois : vous devez le rayer. » Exit le travail de proximité et l’accompagnement social véritablement personnalisé.
« Certains allocataires du RSA que nous suivions dorment dans des voitures. On ne se contentait pas de leur envoyer une circulaire pour leur dire de venir. Quand quelqu’un ne venait pas, on se mobilisait, on prévenait les gens qui connaissaient cette personne. On se demandait aussi pourquoi cette personne n’était pas venue. Ce travail-là n’est pas possible avec une grosse structure de 1 000 salariés et un DRH qui gère ça depuis là-haut. » Dans les associations aussi, le travail réel et ses contraintes devient invisible aux yeux des managers.
Des associations dans le secteur concurrentiel
« Nous demandons au Premier ministre d’infléchir le plan de rigueur pour permettre aux collectivités de continuer à financer l’action associative » , explique Didier Minot. Le CAC estime qu’il faut sortir du champ concurrentiel un certain nombre d’activités associatives, qui ne rendent pas le même service que les entreprises privées, à l’exemple des crèches parentales, différentes d’une garde privée d’enfants. « Il faudrait en France une loi qui protège ces structures du champ de la concurrence, comme l’a fait l’Allemagne », poursuit Didier Minot. L’inverse de ce qui se passe actuellement en France.
La loi de 1901 définit l’association comme une convention par laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun, de façon permanente, leurs connaissances ou leur activité dans un but autre que de partager des bénéfices. Cela n’implique pas l’absence d’échanges monétaires, mais interdit toute lucrativité. On trouve ainsi dans le champ associatif des compagnies de théâtre, des structures qui assurent des formations professionnelles, qui gèrent des maisons de retraite, proposent des aides à domicile ou œuvrent dans le secteur médico-social.
Intelligence collective
Autant de secteurs où elles se retrouvent désormais en concurrence avec des entreprises privées, depuis que celles-ci ont investi ces nouveaux « marchés », traditionnellement couverts par les associations, comme ceux des services à la personne. Une concurrence jugée déloyale par le privé. Les associations, y compris celles qui sont devenues des quasi entreprises, bénéficient du régime fiscal dérogatoire des organismes non lucratifs, comme la non soumission aux impôts commerciaux. Et ce, quel que soit le montant de son budget ou de leur chiffre d’affaires.
Quelle différence alors entre une association et un prestataire privé ? Entre une régie associative de quartier qui entretient des espaces verts et une entreprise de nettoyage ? « Une association va le faire avec des travailleurs en insertion, à qui elle propose des actions de formation et d’accompagnement social, précise Didier Minot. Sa finalité n’est pas le profit, sa finalité se situe dans des missions d’intérêt général reconnues, au service de la collectivité. » Fabriquer de l’intelligence collective sans forcément vendre un business plan sera-t-il encore possible dans un monde privé de ses associations ?
Nadia Djabali
Photo : CC Jonathan Samu
dimanche 9 décembre 2012
Toute économie devrait être solidaire...
SCOP Fontanille : « On reprend possession de notre usine »
Vendredi 23 novembre à midi, les salariés de l'usine Fontanille rentrent du tribunal de commerce. Celui-ci vient de valider leur offre de reprise de l'entreprise pour laquelle certains travaillaient depuis plus de 20 ans. Ils entrent dans des locaux qui leurs appartiennent désormais et dont ils sentent -avec joie- que la charge leur revient désormais. Ils attendent fébrilement que Benoit Hamon, ministre délégué à l'économie sociale et solidaire, leur rende visite vers 15 heures. Mais surtout ils parlent sans s'arrêter de ce qui vient de se passer et de ce qui va arriver désormais. « C'est géant ce qu'on a fait là », se félicitent-ils tous au détour des conversations. « On reprend possession de notre usine », jubile l'un d'eux. « C'est sûr que ça change notre vision de la boîte », répond un brin pensif Michel Mallet un des teinturiers.René Visconte, grand rouquin en charge de la comptabilité de l'entreprise est l'un des cadres qui a porté le projet lancé initialement par Paulo Terroso, délégué CFDT de l'usine. A chaque employé qui vient le voir (ils sont d'ailleurs désormais tout autant sociétaires que salariés), il explique les plans pour les jours qui viennent. Rédaction des contrats, dépôt des statuts, reprise des contacts avec les clients.
« On va arrêter de penser avec des 'si ' maintenant », sourit le comptable alors que jusqu'à présent ils vivaient pendus à une décision qui leur échappait. Voilà qu'ils pensent déjà à un repas de Noël qu'ils pourraient passer ensemble. Comme si la vie repartait, ils balaient les quelques débris qui reposaient à l'entrée du parking où ils tenaient le blocus de l'usine. Dans son bureau d'ancien directeur commercial, Rolland Arnaud, range quelques papiers, bien maigres reliquats d'une lutte de trois semaines après 23 ans passés dans l'entreprise. Lundi il reviendra ici en tant que PDG de la SCOP, lui qui à 50 ans n'avait encore jamais endossé l'habit de patron.
Oui ça a posé certains problèmes. On l'a vu à travers les banques, à travers tout le montage du projet. Quand on le présentait au début, on nous recevait, mais c'était par pure politesse. Nous voyions bien que les gens n'y croyaient pas trop. Et puis le projet a évolué et a grandi. Et quand enfin on a eu une banque qui nous suivait, c'est comme si d'un coup on avait une boîte postale chez nous. Comme si on commençait à exister. Ça a été un tournant pour le projet, et à partir de là, une autre banque a été d'accord pour nous suivre. Le projet était acté.
Ensuite, pendant nos congés cet été, nous avons fait la tournée des clients, ceux qui représentaient au total 80 % du chiffre d'affaire, pour voir si c'était viable. Nous leur avons demandé une lettre d'intention par rapport au projet, un engagement sur le chiffre d'affaire. J'étais accompagné de notre comptable, René Viscomte, et nous avons pris 15 jours sur nos vacances pour faire ça. Nous avons obtenu des lettres d'intentions et donc commencé à rédiger un budget prévisionnel. Et puis surtout nous avons vu l'attachement des clients à notre usine. Même si notre projet était pas évident, personne ne nous a dit « nous on y va pas, c'est une SCOP, alors on ne suit pas ». Il y a eu une vraie reconnaissance à un haut niveau dans ces groupes. On a été pris au sérieux.
Le fait d'être une SCOP n'était pas un handicap ?
Non, pas vis-à-vis d'eux. Eux, ils connaissaient l'usine, ses produits, leur qualité et nos délais de livraison. Et surtout, ce qu'ils voulaient c'était une continuité dans les livraisons. Qu'il n'y ait pas une longue rupture. Ils savaient que nous étions en difficulté mais ne voulaient pas que l'usine s'arrête pendant des mois.
Désormais, vous possédez votre outil de travail. C'est un gros changement.
C'est une histoire fantastique. On saute de salariés à chef d'entreprise. On est propriétaires de nos machines. C'est un petit peu un conte de fée pour chaque salarié. Il y a trois semaines, on a tous été mis au chômage et puis aujourd'hui nous sommes acteurs de notre entreprise.
Aujourd'hui je suis confiant, mais je suis anxieux aussi. Moi je change de fonction : je deviens responsable d'une entreprise de 45 personnes. Il va falloir s'affirmer et puis être crédible vis-à-vis des clients. Ils sont la clé de voûte du projet car de notre côté, je sais que les salariés sont motivés.
C'est sûr que les salariés ont fait des sacrifices. Mais l'idée c'est aussi de travailler et de gagner sa vie différemment. Moi je dirais que les 46 qui se sont engagés ont mis de côté leur intérêt strictement personnel. Ils ont pensé à leurs familles et à leur emploi, mais d'abord à leurs copains, à leur boîte. On était au pied du mur, et certains sans diplôme auraient pu se retrouver dans de très grandes difficultés une fois sans emploi. On aurait pu se retrouver désocialisés. Et chacun a pensé aux autres.
Par exemple, quand on a eu besoin d'un apport financier, chacun a mis ce qu'il pouvait, et ça c'était une grande réussite. A la barre du tribunal, on a remis un chèque de 100 000 euros, et c'était notre propre argent. On a vu que les salariés étaient prêts à de sacrés efforts. Quand on voit des gens qui gagnent 1200 ou 1300 euros par mois, et qui apportent un chèque de 1000 euros pour aider à monter la SCOP, c'est énorme. Je leur porte beaucoup de respect.
Et puis surtout, si ça marche, tout le monde y gagne. Si on fait du bénéfice, un tiers part dans les salaires, un tiers pour les sociétaires, et un tiers reste dans le capital de l'entreprise. Donc en réalité, le treizième mois, on va vite le retrouver. Et si on gagne beaucoup d'argent, ça sera même un quatorzième mois. S'il y a du gâteau, on le partagera.
Je n'arrive pas encore à réaliser tout ça. De voir tous les gens heureux comme ça, c'est fabuleux.
Au bout d'un moment quand on porte le projet et que les gens commencent à y croire, on ne peut plus reculer. C'était des moments difficiles pour tout le monde pendant trois semaines, même pour les familles, d'être incertain pour l'avenir. Pour nos conjoints et même nos enfants de nous voir tourner en rond. Certains m'ont dit qu'ils ne dormaient pas la nuit. Je pensais que les quatre cadres du projet, on était les seuls à vivre comme ça. Mais non, tout le monde le vivait difficilement.
De mon côté, je suis un homme heureux, c'est certain. Je pense avoir vraiment fait quelque chose de bien. Il y aura des moments difficiles c'est sûr. Mais nous sommes bien accompagnés.
Antonin Sabot
mercredi 5 septembre 2012
La Coopération contre cet économisme ravageur...
mercredi 9 mai 2012
Royans :Zone de gratuité...
- de combattre l’atomisation des individus, en créant des vraies rencontres et un véritable lien social
- de pratiquer l’autogestion, la démocratie directe...
mardi 30 novembre 2010
Economie Sociale et Solidaire en Rhône-Alpes
Les premiers Etats Généraux de l’économie sociale et solidaire en Rhône-Alpes
Vendredi 3 décembre 2010, à partir de 13h45 au siège du Conseil régional Rhône-Alpes 78 route de Paris à Charbonnières-les-Bains
Edito :
Le 3 décembre la CRESS Rhône-Alpes, le Conseil Régional Rhône-Alpes et le Réseau des Territoires de l’Economie Solidaire ouvrent officiellement les Etats Généraux de l’ESS en Rhône-Alpes. Ceux-ci sont initiés, au niveau national, par le Labo ESS en partenariat avec le Conseil National des CRES, la CPCA, RTES et le Mouvement pour l’Economie Solidaire ; ils constituent un rendez-vous important pour l’ESS. L’objectif des Etats Généraux est de produire des propositions émanant de l’ESS pour répondre aux enjeux de société et argumenter sur leur valeur ajoutée par comparaison avec les réponses classiques. Bref, il s’agit de promouvoir et réaliser dans les faits le potentiel d’initiatives, d’innovations et de valorisation économique que recèle l’ESS. Aussi, les Etats Généraux doivent être constitutifs d’un Projet politique de l’ESS pour la société française ; un projet s’appuyant sur des propositions économiques et sociales devant se formaliser à travers des cahiers d’espérances. Au regard des enjeux politiques économiques et sociaux à venir, nul doute que chacun comprendra l’enjeu stratégique que représente pour l’ESS ces Etats Généraux.
Aussi, mobilisons nous !
Laure Chareyre,
Présidente de la CRESS Rhône-Alpes.
CRESS Rhône-Alpes
11 rue Auguste Lacroix
69003 LYON
Tél : 04 78 09 11 97
Fax : 04 72 78 42 92
mail : info(arobase)cress-rhone-alpes.org


