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lundi 31 mars 2014

Diois : héros de la Résistance , Camille Buffardel...



Camille Buffardel
Portrait noir et blanc de Camille Buffardel, industriel et adjoint au maire de Die, résistant du réseau Buckmaster Roger.
Camille Buffardel a été exécuté par la Milice le 23 juillet 1944 à
Die.
La Milice impitoyable contre la Résistance, investit des villages et prend des otages. C’est pratiquement toujours à la suite de dénonciation, ou avec l’aide de miliciens infiltrés dans la Résistance et revenus dans leurs rangs bien renseignés, que les miliciens mettent sur pied l’investissement de villages entiers. Nous illustrerons ceci par quelques exemples.
Lorsque des agents de la Gestapo et des Miliciens investissent Nyons le 21 janvier 1944, ils arrêtent 8 résistants locaux, dont six mourront en déportation. À Taulignan, ce sont les miliciens de Montélimar qui, le 9 février 1944, arrêtent et conduisent à la Gestapo M. et Mme Gras, Marc dit la Cloche, le gendarme Chalou et l'ouvrier agricole Guitton qui, sauf ce dernier, seront torturés et déportés. Ce sont encore ces miliciens montiliens qui arrêtent le 21 février Suzanne Dupont et Mathilde Bravais.
Le 22 février 1944 à Izon-la-Bruisse, dont l’école servait de logement à 250 FFI (Forces françaises de l’intérieur) du maquis Ventoux, 35 hommes sont lâchement fusillés 4 par 4 après avoir été fouillés et dépouillés.
Chez le boucher Faure de Montoison, des miliciens viennent perquisitionner le 8 mars 1944. À défaut de le saisir avec sa femme, ils arrêtent son commis. Marius Sapin qui est déporté.
Le 14 mars, la Milice arrête des membres du groupe Tain-Tournon : Étienne Morand, les frères Louis et Gaston Pinet, Marcel Billon, et Georges Girard qu'ils hébergeaient chez eux après qu'il eût tué un responsable de la Gestapo de Lyon. Emmenés à Lyon, Girard est fusillé, les autres déportés.
Le 19 mars 1944 à 7 h, à Nyons, une trentaine de soldats allemands accompagnés de 3 miliciens en uniformes des Chantiers de jeunesse cernent la maison du docteur Jean Bourdongle qui est arrêté et conduit dans la salle des mariages de la mairie. Il sera fusillé à Condorcet (Saint-Pons). Paul Bernard, maçon à Nyons, est arrêté le 21 mars par des miliciens et remis aux Allemands qui le déportent à Dachau. Le 16 avril, la Milice arrête à Romans Ernest Diébold, réfugié lorrain, et Pierre Revol. Ils sont déportés en Allemagne. Diebold ne reviendra pas. Fernand Chauffingeal, arrêté à Malissard le 17 avril, mourra en déportation. André Giroud est arrêté et torturé à Saint-Nazaire-en-Royans. Le lendemain, les miliciens arrêtent l'instituteur Louis Ferroul, l'emmènent à Valence puis à Lyon où il est interné.
Le 8 juin, aux Crozes commune de Peyrins, deux miliciens du lieu, les frères D., ont aperçu des résistants en embuscade dans leur voisinage : ils se précipitent à bicyclette à Romans pour prévenir les Allemands. Une équipe de la compagnie Bozambo tente d'arrêter les deux frères. L'un d'eux est tué, l’autre réussit à s'échapper. À proximité, un groupe de résistants est intercepté par des miliciens et des Allemands. Deux d'entre eux sont tués, les autres, blessés, restent à râler dans un fossé, gardés par la Milice. Le lendemain, trois rescapés transportés à la caserne Bon, à Romans, par les miliciens, sont interrogés par neuf Français de la Gestapo de Lyon et un Allemand. Deux sont achevés le lendemain.
Le 12 juillet, au retour d'un sabotage, une équipe de la compagnie Mabboux veut intercepter une voiture de miliciens et les prendre vivants. Après une poursuite, les miliciens s’arrêtent au Creux-de-la-Thine et ouvrent le feu à la mitraillette sur les Résistants, faisant 2 morts et 3 blessés. Le sous-lieutenant Vibout est abattu au volant de sa voiture, son voisin également. Leurs corps sont poussés dans le fossé avec ceux de deux blessés. Pollet réussit à s'enfuir soutenant son bras ensanglanté.
Lors de l’occupation de Die par les Allemands à partir du 22 juillet 1944, la Milice est à leurs côtés et leur chef, le traître Halperson, le dentiste de la Motte-Chalencon vêtu en officier allemand, joue les premiers rôles. À leur arrivée à Die, Allemands et miliciens ont tout de suite cherché Camille Buffardel, Auguste Werly et Léon Livache, dénoncés par Halperson. Ils se précipitent dans les hôtels et à l’hôpital où ils arrêtent Cohen, Feldman, Froment, Jeanneret, Lieber, le Juif Albert Peters, ancien artiste lyrique et chef d'orchestre à Berlin, qu’ils massacrent à la prison ainsi que 4 jeunes gens pris à Romeyer : Gagnole, Ordassière, Canovas, Pedoyat. L’un d’eux n’étant pas mort sur le coup, un milicien s’acharne sur le corps en criant « tu ne veux pas mourir, sale Espagnol! ». Ce sont les miliciens qui pillent la maison du pasteur Loux, qui a été dénoncé, puis les caves de clairette Buffardel. Ce sont les miliciens qui remplacent au fronton de la mairie le sigle : Liberté, Égalité, Fraternité, par : Travail, Famille, Patrie. Ce sont les miliciens qui débaptisent la place de la République pour lui donner le nom de « place Philippe Henriot ». C’est le milicien ardéchois François qui harangue la foule parquée sur la place de l’Évêché : « je suis un bon Français... je ne suis pas pour les Allemands, je suis avec les Allemands, contre les Juifs, les communistes, les terroristes ». Ce sont les miliciens qui martyrisent Rousset, blessé de la Résistance, abattu quelques heures plus tard. Ce sont les miliciens qui s’emparent des sœurs de l’hôpital soumises à interrogatoire, après un simulacre d’exécution, puis enfermées. Ce sont les miliciens qui, le 23, exécutent Camille Buffardel, adjoint au maire, membre du Comité local de Libération, sur la place Saint-Pierre. Puis ce sera le tour de Vermorel, Laheurte, Plumel, Brugier, Basset, Livache, du docteur Kroll et de son fils. Le corps de Léon Livache, resté sur la route de Romeyer, sera écrasé par plusieurs véhicules allemands.
Le 25 juillet, à Recoubeau, une centaine d’Allemands, accompagnés de miliciens dirigés par Halperson, incendient la maison du père du lieutenant Bernard, puis le moulin de la famille Abonnenc à Luc-en-Diois. On les retrouve ensemble le 5 août à Vercheny, où ils tentent d’arrêter l’épouse du capitaine Pons qui réussit à leur échapper.
Dans l'après-midi du 23 août, des Allemands capturent Georges Bert de Saint-Donat : le commandant de la garnison de Tain le livre à la Milice. Il est assassiné par le milicien C.
Le 10 août 1944 vers 13 h 45, des maquisards du maquis Félines venant de Bourdeaux arrivent au village de Montboucher-sur-Jabron pour surprendre, au moment de sa sieste, le milicien valentinois Croze en permission dans une ferme. Ils le tuent d’une rafale de mitraillette. À 16 h 30, 50 Allemands et des miliciens viennent de Montélimar à Montboucher en expédition punitive, encadrés par la Gestapo. Ils prennent des otages : Léon Demauve et son père Gabriel. Des camions déménagent le mobilier et les bêtes. Entre 17 h 30 et 18 h, le père et le fils Demauve, attachés l’un à l’autre, sont arrosés d’essence et brûlent dans l’incendie de leur maison. Toute la nuit, des avions survolent la maison en flammes pour empêcher qu’on éteigne le feu. Le lendemain, on retrouve les restes des deux hommes, avec la chaîne noircie qui avait servi à les enchaîner. Leurs noms figuraient sur une liste de suspects aux mains de la Milice. Le lendemain, un barrage routier a été mis en place par les Allemands et miliciens. Vers 10 h, une voiture montée par deux jeunes hommes du bataillon Morvan non armés est interceptée, L’un d’eux réussit à disparaître, mais Albert Aurel est conduit dans le village et massacré à l’endroit où le milicien Croze avait été abattu la veille. Le 12 août, la population du village doit assister à ses obsèques, les bras obligatoirement chargés de fleurs. Le même soir, les maquisards incendient la ferme du milicien Garayt. En représailles, les miliciens arrêtent Rouvière, qui parvient à s’échapper, et Reboulet, torturé et tué. On retrouvera son corps affreusement mutilé. Le milicien Garayt sera passé par les armes trois jours après.
Robert Serre
http://www.museedelaresistanceenligne.org/pageDoc/pageDoc.php?id_expo=2&id_theme=6&id_stheme=26&id_sstheme=124&id_media=466&ordre_media=4#media

mardi 25 mars 2014

Urbain des bois, l'apprenti charbonnier ...



- Urbain des bois, l'apprenti charbonnier
- Résumé en français :
Un peu partout en Europe vont se multipliant les fêtes de pays ayant pour thème les anciens métiers de la forêt. L'auteur ayant été directement impliqué dans quelques unes de ces manifestations organisées dans le massif préalpin du Vercors, se propose, à partir d'une relecture critique du film des événements, d'essayer de mieux comprendre l'intrigue de ce nouveau « théâtre de verdure » mettant en scène la mémoire des charbonniers italiens de Bergame. On montrera que ce type de fête joue un rôle symbolique et politique en qualifiant un lieu : la clairière en forêt, devenue pour la circonstance une sorte d'Agora. La fête des charbonniers favorise ainsi la mise en récit d'une histoire des « gens du lieu » qu'ils soient d'ici ou d'ailleurs.
- Texte intégral :
- Raviver la flamme du souvenir
Derrière le taillis de hêtres on entend comme un cognement lourd et régulier, des craquements et crépitements, des paroles, onomatopées, quelques éclats de rire aussi qui les accompagnent et puis il y a cette odeur âcre de fumée omniprésente. Quelle est donc cette activité spectaculaire qui aiguise la curiosité du visiteur égaré dans la sylve profonde ? Une charbonnière vomissant des gaz épais, autour de laquelle s'agite une population bigarrée de femmes et d'hommes des bois.
- Depuis 1993, la Carbonera est allumée chaque automne sur les hauteurs boisées de Forellac en Espagne ; à Reverolle, canton de Vaud en Suisse romande on aime également cuire le charbon selon les procédés traditionnels, mais aussi à La Vieille Loye en forêt de Chaux dans le Jura et dans bien d'autres régions. Un peu partout en effet vont se multipliant les fêtes ayant l'univers de la forêt comme cadre et ses travailleurs itinérants comme héros. Leur multiplication témoignerait de l'engouement d'un public chaque année plus nombreux pour les manifestations à caractère patrimonial. Dans l'apparente sauvagerie des grands bois, des équipes de néo-charbonniers - la plupart du temps des bénévoles dirigés par d'anciens professionnels - prennent plaisir à édifier une charbonnière et font ainsi revivre, par la magie de leurs gestes, un peu de la vie des hommes de la forêt. Ces réalisations accompagnent parfois un programme de recherches en ethno-histoire (recueil d'histoires de vie, de techniques, d'outils) comme celles initiées par le mouvement Alpes de Lumière en Haute Provence, CORDAE/La Talvera dans le Tarn ou encore le Centro Studi Valle Imagna en Lombardie1. Les habitants et visiteurs du massif du Vercors n'échappent pas à cette passion pour le monde de la forêt. De nos jours, diverses fêtes secrètes (séances de « jeux de rôle » au grand air, rave parties) ou publiques, comme celle de « Madame la charbonnière » - qui mobilise six mois durant, les forces vives des villages riverains - y sont organisées. - L'auteur de ces lignes ayant été directement impliqué dans quelques-unes de ces manifestations se propose ici, à partir d'une relecture critique du film des événements, d'essayer de mieux comprendre l'intrigue de ce nouveau « théâtre de verdure ». La fête de la charbonnière, à mi-chemin entre tradition et invention, ne va pas sans susciter bien des questions concernant la mise en scène de la ruralité et des identités culturelle et sociale2, des travailleurs saisonniers de la forêt. Dans notre monde bi-pôlaire, partagé entre rural et urbain, la ville serait le territoire de la culture en mouvement, tandis que les campagnes constitueraient un univers homogène, isolé et statique3. Ces dernières sont en effet fréquemment considérées comme des espaces conservatoires de « valeurs refuges » garantes de l'Authenticité. Les fêtes qui s'y déroulent célèbrent donc nécessairement ce qui perdure, ce qui rassemble et révèlent ainsi un sentiment d'appartenance régionale ou locale4. Elles ne sont évidemment pas exemptes d'ambiguïtés dans le rapport qu'elles entretiennent avec un passé, parfois un peu idéalisé et déréalisé : d'anciennes activités devenues de nos jours objets de contemplation, sont en effet, de manière un peu candide, parées de toutes sortes de vertus. Une fois émises ces quelques réserves, nous allons montrer que ce type de fête qui se déroule aux confins du terroir villageois joue un rôle symbolique et politique en qualifiant un lieu : la clairière en forêt, devenue pour la circonstance une sorte d'Agora.
- Le spectacle de l'homme en noir

vendredi 21 février 2014

Notre histoire : la résistance du Vercors bouge encore...



Village martyr, Vassieux-en-Vercors fut comparé à Oradour-sur-Glane pour les massacres et déportations qui y furent commis. Aujourd’hui, une nécropole et deux musées y attirent plusieurs dizaines de milliers de visiteurs chaque année.
La Résistance, éternel débat français
Histoire Vivante : Première ou Seconde Guerre mondiale, les commémorations historiques vont se succéder en 2014. L’occasion aussi de réactiver le débat sur la Résistance, en France, à l’exemple du maquis du Vercors.
Les rayons historiques des librairies sont au garde-à-vous depuis des mois! Et pour cause: 2014 sera l’année de la Grande Guerre (1914-18), dont on célébrera les 100 ans à l’été prochain. Mais 2014 marquera aussi les 70 ans du Débarquement en Normandie. Tournant historique majeur suivi d’une autre date clé, côté français: le soulèvement et la répression brutale du maquis du Vercors en juillet 1944. Un souvenir douloureux, élevé au rang des hauts faits de l’esprit français de résistance.
Les hommes politiques ne s’y sont pas trompés. C’est sous le second septennat de François Mitterrand qu’a été entreprise l’édification du Mémorial de la Résistance en Vercors (inauguré en juillet 1994 pour les 50 ans du soulèvement du maquis). Plus récemment, en 2009, Nicolas Sarkozy a choisi le village de Chapelle-en-Vercors pour un grand discours sur l’identité nationale et les valeurs profondes de la France…
Mais pourquoi le Vercors, «forteresse montagneuse» de 60km sur 30 aux portes de Grenoble, est-il devenu synonyme d’esprit d’insoumission? Pourquoi ce maquis a-t-il si particulièrement marqué les mémoires? A ses débuts, l’histoire du Vercors ressemble à celle des autres maquis qui se forment dès l’armistice (juin 1940) en France. A partir de 1942, les hommes affluent, le maquis se structure. Imaginé par un architecte de la région, un projet connu sous le nom du plan «Montagnards» est échafaudé et accepté par les services de la France libre en exil. Le plan prévoit d’utiliser le massif du Vercors comme base d’accueil de matériels aéroportés afin de couper la retraite allemande au moment de la libération (à partir du sud du pays).
Plusieurs parachutages américains sont effectués, dès 1943, dans le but de soutenir les maquisards. Le Vercors est rapidement considéré, côté allemand, comme l’un des principaux centres de résistance. Début juin 1944, le signal est lancé: près de 4000 maquisards (mal équipés) passent à l’action. Pour la première fois en France depuis 1940, une zone décrète sa «libération». Mais suite à une série de mésententes, de promesses non tenues ou d’erreurs – les versions ont longtemps divergé – les renforts n’arrivent pas. L’armée allemande mobilise alors la plus importante force (10000 soldats environ) jamais envoyée contre un maquis durant la Seconde Guerre mondiale.
Un «second Oradour»
En quelques jours, le Vercors passe de l’euphorie à la tragédie, au point que le village de Vassieux sera comparé au village martyr d’Oradour-sur-Glane (près de Limoges), où 642 personnes furent massacrées en un jour. Durant deux semaines, la répression sera sans pitié: au total, près de 850 morts (dont 200 civils), 570 maisons incendiées, une quarantaine de déportés.
A titre de comparaison, l’attaque allemande contre le célèbre maquis des Glières (près d’Annecy) en février/mars 1944 fait 120 morts. Très vite, après la guerre, la tragédie va diviser les esprits. Au cœur de la polémique, la thèse selon laquelle le Vercors aurait été «sacrifié» par les responsables français basés alors à Londres ou Alger.
Longtemps soutenue par d’anciens résistants, la «légende noire» du Vercors est périodiquement réactualisée. Ainsi, en 2004, un article du «Nouvel Observateur» commentait: «L’histoire du maquis du Vercors est une histoire de courage, mais aussi de trahison et de massacres [...] Les Alliés et les dirigeants de la France libre ont laissé crever ces résistants-là, que de Gaulle, brutal dans sa conquête du pouvoir, n’aurait su manipuler.»
Cette vision manichéenne n’a cependant pas résisté à l’historiographie contemporaine. Spécialiste de la question, Gilles Vergnon relativise: «La «légende noire» du Vercors, dans sa version maximaliste (le Vercors «trahi») ou plus modérée (le sentiment qu’il s’est produit des choses inavouables, ou «pas claires»), a comme toute légende, une puissante vertu explicative». La vérité est comme souvent plus complexe, ajoute l’historien.
Utile lors de la Libération?
En fait, le destin tragique du maquis du Vercors est la résultante d’une série de circonstances. «Des promesses orales inconsidérées et surinterprétées par leurs destinataires, un chevauchement de compétences et des rivalités entre les services français à Alger et à Londres, une mobilisation prématurée, mais largement spontanée, en juin 1944, le piétinement pendant trois longues semaines des Alliés en Normandie, scellent son destin», note encore Vergnon.
Parmi les autres griefs adressés aux responsables du maquis, il y a aussi le fait de s’être trompés de guerre, de n’avoir pas adopté une tactique de guérilla contre un ennemi trop puissant. Longtemps, après-guerre, on a insisté sur l’utilité militaire du Vercors dans la libération du pays. C’est cette utilité qu’ont relativisée, dans des recherches plus récentes, certains historiens. A ce titre, conclut Gilles Vergnon: «La Résistance a joué un rôle incontestable, dans la libération de la France, mais qu’on ne peut quantifier ou convertir en chiffres précis. Tout juste peut-on dire qu’en l’absence (hypothétique) de la Résistance, les armées alliées auraient libéré le territoire français de l’occupant, mais sans doute avec des délais plus longs, des pertes et des difficultés supplémentaires.»
- Sur le sujet: Gilles Vergnon, «Résistance dans le Vercors, Histoire et lieux de mémoire», Ed. Génat, 2012.
- A noter aussi que différentes manifestations marqueront en 2014 les 70 ans du soulèvement du maquis du Vercors, dont une grande exposition à Grenoble sur le thème des maquis; une autre exposition se tiendra à Vassieux, alors que plusieurs nouveaux livres devraient paraître sur le sujet.

mardi 21 janvier 2014

héroïnes dans notre histoire...

Mémoires d’une combattante de l’ALN, zone autonome d’Alger de Zohra Drif

Ici, point de paroles sonores, ni légèreté de pensée, ni jouissance personnelle ; c’est le souvenir de la lutte du droit à la liberté contre la guerre de la politique coloniale...

Que dire de plus ? Des « Mémoires », ces temps-ci, sont de juste circonstance et si utiles qu’ils sont réclamés par tous ceux qui, à tort ou à raison, bien ou mal intentionnés, veulent savoir, entre autres faits historiques, ce qui s’est passé « exactement » dans la Zone Autonome d’Alger (ZAA), structure de l’ALN-FLN, créée le 20 août 1956 et organisée en trois régions, pendant la Lutte de Libération Nationale. 
Certes, il y a eu des publications importantes (dont le célèbre ouvrage « La Bataille d’Alger » de Yacef Saadi) sur les activités glorieuses de nos combattants révolutionnaires chouhadâ ou vivants dans Alger, la capitale, pour la même période. Pour autant, il reste à connaître toujours davantage en exploitant les archives, souvent hélas, inaccessibles, et en lisant les écrits historiques rédigés par une personnalité qui se donne pour objet le récit de sa propre vie. 
C’est tout à fait le cas attendu et proposé par Zohra Drif qui a récemment publié un fort volume sous le titreMémoires d’une combattante de l’ALN, Zone Autonome d’Alger [1].

L’image éducative et instructive de nos héroïnes

Par « Mémoires », on comprend généralement une relation écrite d’un personnage particulier sur des événements exceptionnels qui ont jalonné sa vie et qui a gardé la mémoire de ces événements. C’est une sorte de restitution d’informations emmagasinées durant une vie entière ou seulement d’une partie d’une vie au passé. Cependant, ce n’est pas une autobiographie que l’on rédige pour se raconter et se faire connaître dans une intention très spéciale. 
« Mémoires » est un vocable qui désigne un genre littéraire par lequel l’auteur rapporte des faits passés qu’il les ait vécus comme acteur ou comme témoin.
On comprend donc bien pourquoi Mme Zohra Drif avise, à raison, que ce livre n’est ni « une œuvre d’historienne » ni« une autobiographie ». Elle affirme détester les ´´auto-écritures´´ aussi. Est-ce alors coquetterie de dame algérienne cultivée ou modestie absolue d’une héroïne parmi nos héroïnes de la lutte de libération nationale ? Peu importe, ici les mots s’attachent à exprimer en toute humilité la brillance des faits que nous découvrons au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture du récit que nous confie cette libre combattante de l’ALN dans la Zone Autonome d’Alger, depuis les premiers contacts avec le FLN à Skikda, en août 1955, à son arrestation le 25 septembre 1957...
Née à Tiaret en 1934, Zohra Drif est étudiante à la faculté de droit d’Alger quand elle intègre la Zone Autonome d’Alger et décide de faire le sacrifice de sa vie à la patrie. Actuellement, dans l’Algérie indépendante, elle est avocate (retraitée) et sénatrice ; elle a été vice-présidente du Conseil de la nation. 
Elle dédie son livre à « toutes les soeurs chouhadâte », à « tous les frères chouhadâ », à son « défunt époux, le Moudjahid Rabah Bitat », à sa famille et à la jeunesse. Elle offre un portrait d’une rare vérité émotionnelle sur le rôle de la femme algérienne dans les rangs de l’ALN.
Plus que jamais, nul n’ignore l’image éducative et instructive des héroïnes du « réseau bombes » dirigé par Yacef Saadi de la ZAA, par exemple : Djaouher Akrour, Hassiba Ben Bouali, Djamila Bouazza, Djamila Bouhired, Zohra Drif, Baya Hocine, Djamila Boupacha, Samia Lakhdari, Danièle Minne, Annie Steiner,... « Voilées » ou « dévoilées », elles devaient, pour sortir de la Casbah ou y entrer, franchir les chevaux de frise placés aux postes d’entrée et de sortie de la Casbah ; le haïk traditionnel servait à des dissimulations ; portant l’habit européen et le sac à la main, elles faisaient jeunes filles à la mode et, à leur allure sophistiquée, les soldats français se relâchaient d’une vigilance soupçonneuse.
Voici donc une longue étape de la lutte de Libération nationale organisée par la ZAA et racontée par Zohra Drif en personne ; du moins, raconte-t-elle, sans fioriture, ce qu’a été son engagement personnel.
On retrouve le fondement essentiel du parcours de cette combattante de l’ALN dans ses déclarations réitérées, notamment, encore une fois, lorsqu’elle a fustigé le singulier et versatile philosophe Bernard Henri Lévy lors d’une joute oratoire mémorable entre elle et lui au théâtre de la Criée à Marseille, lors du colloque (30 mars-1er avril 2012) organisé par Marianne-France Inter et El-Khabar-Algérie, autour du 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie.
« J’ai combattu, lui a-t-elle précisé, pour l’indépendance d’un pays qui a sa propre culture et sa propre Histoire... Nous avons pris les armes pour la libération de l’Algérie. [...] Ne m’interroge pas à propos de la bombe [Attentat dit du Milk-bar du 30 septembre 1956], mais interroge les grands responsables français qui ont décidé de coloniser notre pays et tué des milliers et des milliers d’Algériens. [...] Les colons n’étaient pas de simples civils... Notre guerre, nous l’avions menée contre le régime colonial injuste... Cependant, cette guerre est finie. »

Force d’âme et abnégation héroïque

Quelle belle leçon d’histoire et de dignité donnée par la Moudjâhida à nos détracteurs indécrottables ! Une leçon de plus, par parenthèse et indirectement, à l’adresse de notre jeunesse mal informée. 
Et quel âge a-t-elle, au vrai, notre jeunesse ? Il est des quinquagénaires qui n’ont reçu aucune instruction avancée sur ce point d’histoire de la lutte de libération, - que peuvent-ils alors, eux pareillement sans la connaissance de l’histoire de leur pays, pour faire apprendre à leurs enfants qui ne lisent pas non plus et, à dire vrai, qui ne savent pas lire parce qu’on ne leur a pas appris à lire. 
Mme Zohra Drif, d’autres auteurs de « Mémoires », ont espéré livrer leur témoignage à « notre jeunesse ». Or, notre jeunesse, difficile à en déterminer le nombre, vagabonde dans les rues, fait du « bizness », et l’on sait ce que c’est ! Non, ce n’est pas une boutade à la mode de chez nous, en ce temps d’espérance ardente, de ressaisissement, de reprise de conscience. 
C’est une réalité qui nous interpelle pour un apprentissage du sens de la patrie dans la famille, dans la rue, dans les stades,... j’allais oublier « l’École » ! Il faut bien se rendre à l’évidence que la jeune étudiante Zohra Drif a d’abord vécu dans un milieu favorable chez elle et autour d’elle, et c’était une époque d’éveil au nationalisme. Son livre est, à mon sens, éminemment important à lire pour nous tous, car il développe des éléments documentaires considérables pour concevoir une leçon d’essai modèle de formation à l’éducation générale par le concret, - celle-ci devant être toujours « une œuvre de raison et de liberté ».
Ainsi donc, en dehors de toute émotion que l’on éprouve inéluctablement à la lecture de l’ouvrage de Zohra Drif, on mesure la force d’âme et l’abnégation héroïque qui ont constamment animé cette combattante et, à travers elle, celles aussi de ces « voilées » et « dévoilées » dont la plupart nous sont encore anonymes. 
« Comment dire, écrit Zohra Drif, comment recréer et raconter des faits, des circonstances, des ambiances mais surtout des êtres de chair et de sang dans leur vérité et leur humanité ? [...] En convoquant ma mémoire, je voudrais - enfin et surtout - être la plus honnête, la plus sincère et la plus fidèle à mon identité première, mon identité de femme. » 
Son ouvrage comprend neuf chapitres : « Dans le giron familial » ; « Prise de conscience » ; « Les premiers contacts avec le FLN » ; « Au cœur de l’action armée » ; « Dans la Casbah, au cœur de la résistance » ; « L’internationalisation de la question algérienne » ; « Grève des 8 jours » ; « Arrestations et assassinats de combattants de la Zone Autonome d’Alger » ; « Arrestation de Zohra Drif »
Suivent des « Annexes » : photos pertinentes et documents divers, et un utile index des noms.
Un trait admirable est à relever dans la conclusion à son ouvrage Mémoires d’une combattante de l’ALN, Zone Autonome d’Alger. 
En effet, après sa satisfaction d’avoir servi sa patrie, Zohra Drif écrit : « C’est la plus belle victoire sur cette bête immonde qu’est le colonialisme. » ; elle termine son témoignage, fièrement, en militante constante :
« Mon souhait, maintenant, est d’avoir l’énergie et la force de témoigner - auprès de nos jeunes - des années de détention aux côtés de dizaines de sœurs, de l’euphorie de l’indépendance, puis du difficile travail de construction. In challah, si Dieu me prête vie. Vive l’Algérie libre et indépendante, honneur et gloire à nos martyrs. »
Kaddour M’HAMSADJI
.[1Mémoires d’une combattante de l’ALN, Zone Autonome d’Alger de Zohra Drif, Éditions CHIHAB, Alger, 2013, 608 pages. 

jeudi 29 août 2013

Il y 50 ans....

Une commémoration erronée de « Je fais un rêve »


Lorsque le Docteur Martin Luther King Junior se dirigea vers l’estrade le 28 août 1963, le Département de la Justice observait. Craignant que quelqu’un puisse se saisir du microphone pour y faire des déclarations enflammées, le Département de Robert Kennedy arriva avec un plan destiné, au cas où, à faire taire l’orateur. Face à une telle possibilité, un fonctionnaire était assis à côté du système audio, tenant un enregistrement de Mahalia Jackson chantant He’s Got the Whole World in His Hands, dont il était prévu qu’il l’enclenche pour apaiser la foule. Un demi-siècle après la Marche sur Washington et le fameux discours « Je fais un rêve », l’événement a été soigneusement rangé dans le placard de la mythologie patriotique américaine. Relativement peu de personnes savent ou se souviennent que l’administration Kennedy tenta d’obtenir des organisateurs son annulation ; que le FBI essaya de dissuader les gens de venir ; que des sénateurs racistes voulurent discréditer les dirigeants ; que deux fois plus d’Américains avaient une vision défavorable de cette marche qu’une appréciation sympathisante. Au lieu de cela, cet événement est salué non pas comme un moment extraordinaire de dissidence de masse, multiraciale, mais comme des réjouissances de type Benetton, plein de couleurs, illustrant le progrès implacable de la nation en direction de ses idéaux fondateurs.

jeudi 8 août 2013

Hiroshima et Nagasaki ...il y a 68 ans....



Hiroshima, 6 Août 1945: 68e anniversaire du plus grand crime de guerre de l'histoire.
68ème anniversaire de la bombe nucléaire américaine sur Hiroshima. La seule utilisation de l’arme atomique par l’état-vengeur- type, les USA, qui commettent avec Hiroshima et la seconde frappe sur Nagasaki le plus grand crime de guerre de l’Histoire...
« La vision égocentrique portée sur le monde par les Etats-Unis atteint des extrêmes » - Tadatoshi Akiba, maire d'Hiroshima (6 août 2012)
68ème anniversaire de la bombe nucléaire américaine sur Hiroshima. La seule utilisation de l’arme atomique par l’état-vengeur type, les USA, qui commettent avec Hiroshima et la seconde frappe sur Nagasaki le plus grand crime de guerre de l’Histoire...
Hiroshima et Nagasaki: Deux crimes de guerre au regard de l'histoire
Un crime de guerre qui n’a été commis pour aucune des raisons pseudo humanitaires (sic) mise en avant officiellement par le régime yankee. Il ne s’agissait pas de « mettre un terme plus raide à la guerre », encore moins de « limiter les pertes américaines ». Mais bien de faire une expérimentation à grande échelle et surtout d’impressionner Staline.
Contre l'oubli, la mémoire
« Nous offrons du fond du coeur notre consolation et notre réconfort aux âmes des victimes en affirmant que nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour éliminer ce mal absolu que constituent les armes nucléaires et bâtir un monde en paix », a déclaré mardi le nouveau maire d'Hiroshima, Kazumi Matsui.
Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées ce mardi matin à Hiroshima pour marquer ce 68ème anniversaire du lancement de la première bombe atomique de l'Histoire qui avait ravagé cette ville de l'ouest du Japon. Quelques survivants, des parents de victimes, des officiels gouvernementaux ainsi que des délégations étrangères se sont figés à 08H15 (locales) lorsqu’ à retenti une cloche donnant le signal d'une minute de silence, à l'heure précise où, le 6 août 1945, le bombardier américain Enola Gay avait largué la bombe qui avait transformé la ville en un enfer nucléaire.
Quelque 140.000 personnes trouvèrent la mort soit immédiatement, soit du fait de l'exposition aux radiations, entre le moment du largage de la bombe et le mois de décembre suivant. Le bombardement d'Hiroshima avait été suivi par celui de Nagasaki (sud-ouest) le 9 août, qui avait fait plus de 75.000 morts.
Hiroshima, 6 Août 1945: Les USA utilisent l'arme chimique contre les populations civiles
Pour la première fois dans l’histoire, les USA frappent la population civile d’Hiroshima, le 6 août 1945, avec l’Arme atomique. Ils récidivent ensuite contre Nagasaki. Des villes japonaises ouvertes – au sens militaire que les Lois internationales donnent à ce terme - et dépourvues de tout objectif militaire Bombardements de terreur, frappes aveugles pour frapper et exterminer des civils innocents. Suivant le concept stratégique anglo-saxon.
6 août 1945. La bombe est larguée à 8h15. 70.000 personnes sont tuées. La majorité meurt dans les incendies consécutifs à la vague de chaleur. Plusieurs dizaines de milliers sont grièvement brûlées et beaucoup d'autres mourront des années plus tard des suites des radiations (on évoque un total de 140.000 morts). Ce sera ensuite le même crime de guerre à Nagasaki, trois jours plus tard (75.000 victimes directes, 74.000 de plus ensuite) …
Ces « armes de destruction massives », dont les USA dénoncent ad nauseam la possession chez tous leurs adversaires, lorsqu’il s’agit de les discréditer, ces armes dont on n’a trouvé aucune trace en Irak malgré les mensonges sans vergogne des Bush, Blair ou Colin Powell à l’ONU ou devant leurs parlements, ces armes qui sont à nouveau fantasmées en Syrie, l’impérialisme américain est le seul à les avoir massivement utilisées après 1918.
Avant d’offrir en héritage venimeux à l’humanité la course à la Bombe, qui seule, justement garanti l’indépendance face à l’impérialisme américain.
L'imposture Historique Yankee
Après les frappes atomiques sur le Japon – à ce jour les seules de l’Histoire -, il y aura l’usage massif de l’ « agent orange » sur le Vietnam. Et puis encore, en Serbie, en Irak, en Afghanistan ou en Libye, les armes à uranium appauvri qui laisseront pendant des décennies leur traînées mortelles de leucémies, de cancers et de malformation congénitales.
« Si les Allemands avaient largué des bombes atomiques à notre place, nous aurions qualifié de crimes de guerre les bombardements atomiques sur des villes, nous aurions condamné à mort les coupables allemands lors du procès de Nuremberg et les aurions pendus », dira un jour Albert Einstein. Rongé de remords concernant cette arme immonde – que les Nazis et les USA seront les seuls à concevoir et à vouloir posséder avant 1945 -  et qu’il avait contribué à mettre au point.
Ne nous trompons pas et cessons de croire aux impostures médiatiques de l’Occident américanisé. Les crimes nazis ne doivent pas non plus faire oublier, ou pire, justifier les crimes de guerre anglo-saxons. Il n’y a pas une balance ou une échelle de l’horreur. Les victimes civiles de Dresde, Hambourg, Hiroshima ou Nagasaki sont les compagnes inséparables des disparus d’Auschwitz, Guernica, Rotterdam ou Coventry.
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samedi 20 juillet 2013

Décès de Henri Alleg...



Décès d’Henri Alleg - Hommage à ses combats et ses engagements : Harry Salem dit Henri Alleg, né le 20 juillet 1921 à Londres, mort le 17 juillet 2013 à Paris.
Né à Londres de parents juifs russo-polonais, Henri Alleg s’installe en Algérie en provenance de Paris en 1939, et milite au sein du Parti communiste algérien, il est un journaliste franco-algérien, ancien directeur d’Alger Républicain.
En 1946, il épouse Gilberte Serfaty qui deviendra comme lui une ardente militante communiste. En 1951, il devient directeur du quotidien Alger républicain. Il entre dans la clandestinité en 1955, date d’interdiction du journal en Algérie. Il continue cependant à transmettre des articles en France.
Il est arrêté le 12 juin 1957 par les parachutistes de la 10e D.P, au domicile de Maurice Audin, son ami, arrêté la veille et qui sera torturé à mort. Il est séquestré un mois à El-Biar, où il est torturé lors de plusieurs séances, puis subit un interrogatoire mené après une injection de penthotal, utilisé comme « sérum de vérité ».
Il est ensuite transféré au camp de Lodi (Draa Essamar Wilaya de Médéa) où il reste un mois, puis à Barberousse, la prison civile d’Alger.
En prison, il écrit "La Question", dissimulant les pages écrites et les transmettant à ses avocats. Dans "La Question", il raconte sa période de détention et les sévices qu’il y subit en pleine guerre d’Algérie.
Tout d’abord publié en France aux Éditions de Minuit, l’ouvrage est immédiatement interdit. Nils Andersson le réédite en Suisse, quatorze jours après l’interdiction en France de mars 1958. Malgré son interdiction en France, ce livre contribue considérablement à révéler le phénomène de la torture en Algérie. Sa diffusion clandestine s’élève à 150 000 exemplaires. Trois ans après son arrestation, il est inculpé d’« atteinte à la sûreté extérieure de l’État » et de « reconstitution de ligue dissoute » et condamné à 10 ans de prison. Transféré en France, il est incarcéré à la prison de Rennes. Profitant d’un séjour dans un hôpital, il s’évade. Aidé par des militants communistes, il rejoint la Tchécoslovaquie.
Il revient en France après les accords d’Évian, puis en Algérie où il participe à la renaissance du journal Alger Républicain. « Persona non grata » en Algérie à la suite du coup d’État de Houari Boumédiène, il se réinstalle en France en 1965.
Le film documentaire de Jean-Pierre Lledo "Un rêve algérien" retrace son retour, 40 ans plus tard dans une Algérie qui l’accueille à bras ouverts et où il retrouve avec bonheur ses anciens compagnons.
...Où que tu ailles désormais, bon voyage dans l’éternité et merci pour tout...
ŒUVRES :
- La Question, Lausanne, E. La Cité, 1958 ; Paris, Les Éditions de Minuit, Alger, Éditions Rahma, 1992. (ISBN 2-7073-0175-2).
- Mémoire algérienne : Souvenirs de luttes et d’espérances, Paris, Éditions Stock, 2005, 407 pp., 24 cm. (ISBN 2-234-05818-X).
- Prisonniers de guerre, Les Éditions de Minuit :
- La Guerre d’Algérie (en collaboration avec P. Haudiquet, J. de Bonis, H. J. Douzon, J. Freire, G. Alleg), 3 volumes ; Étoile rouge et Croissant vert ; SOS America ! ; La Grande Aventure d’Alger républicain (en collaboration avec A. Benzine et B. Khalfa) ; L’URSS et les Juifs ; Requiem pour l’Oncle Sam. Chez Messidor-Temps Actuels
- Le Siècle du Dragon ; Le Grand Bond en arrière. Aux Éditions Le Temps des cerises :
- Les Chemins de l’espérance. Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes -Retour sur La Question. Éditions Aden et Le Temps des cerises
Henri Alleg, figure de l’anticolonialisme
La Ligue des droits de l’Homme rend hommage à la mémoire d’Henri Alleg, décédé le 17 juillet 2013. Militant, au Parti communiste algérien, figure emblématique de la lutte anticoloniale, journaliste engagé, Henri Alleg restera l’homme de La Question, ouvrage par lequel il établit, après l’avoir subi, l’usage systématique de la torture par l’armée française en Algérie.
Arrêté le 12 juin 1957, au domicile de Maurice Audin, qui mourra quelques jours après sous la torture, il en est victime pendant plusieurs semaines à El Biar, en Algérie. Transféré à la prison de Barberousse, il trouvera la force de témoigner pour que nul ne puisse dire qu’il ne savait pas. Dans son œuvre, publiée en 1958 par les éditions de Minuit et immédiatement censurée, Henri Alleg décrit les sévices subis tels que la gégène, la noyade, les brûlures, auxquels s’ajoutent les menaces contre ses proches. Ce récit de l’horreur quotidienne commise au nom de l’Etat français en Algérie a contribué à une double prise de conscience : sur la nature du colonialisme, et sur celle de la torture. La Ligue des droits de l’Homme adresse ses condoléances à ses enfants et ses proches.
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dimanche 16 juin 2013

Une Vallée de la Drôme entre résistances et expérimentations...



Biovallée de la Drôme : Terre de résistances créatrices, terreau d’innovations économiques, terroir d’expérimentations sociales, et…territoire de transformations visionnaires.
Qu’elle soit idéalisée ou dépréciée voire détestée, la campagne ou la vie en milieu rural correspond rarement à l’idée que l’on s’en fait. Un peu d’observation permet d’y percevoir des enjeux sociaux pas si différents de ceux du milieu urbain. Enfin depuis qu’une 1ère vague de jeunes néo ruraux utopistes arriva derrière la résistance en 1945-47 (Tissot, Légau, Ardouvin, etc.…). Les questions se posent parfois de la même façon en termes d’emploi, de logement, de mobilité, de cohésion sociale, de vivre ensemble, de loisirs ou encore d’activités pour les jeunes. Quoique parfois exacerbées par l’isolement, les distances et la promiscuité (Tout le monde se connaît, au moins superficiellement, juste assez pour alimenter les rumeurs)...
Le terrain et le contexte obligent à apporter d’autres réponses que celles du monde rural en errance depuis la guerre et surtout de la société capitaliste en pleine crise (perpétuelle) économique, sociale, énergétique,   écologique, voire anthropologique depuis la fin des colonisations autoritaires et prédatrices (les troupes françaises quittent le Liban en Aout 1946, l'Indochine en 1954, le Maroc et la Tunisie en 1956, L' Algérie en 1962. En une trentaine d' années, 1945-1975, les Empires coloniaux ont disparu).
Affirmer que le monde rural est en pleine mutation tient de la lapalissade  et malgré quatre arrivées. Quatre vagues renouvelleront la population dioises, comme cette 3ème vague de jeunes néo-ruraux est arrivée vers 2000-01 tout juste sortie de l’Université de Grenoble ou d’ailleurs, (Terriade, Salinas, Les Jérôme, Vernay, etc.….). Ces arrivées importantes de nouvelles personnes n’ont pas, loin de là, retrouvées les populations des années 1830-70, apogée démographique de la Drôme des villages (Voir démographie de Bellegarde en Diois en Pièces Jointes : 800 habitants en 1805 et 80 habitants ce jour soit 10 fois moins).
Les statistiques, les experts nous rappellent à l’envi que l’agriculture est un secteur en déclin (pour la petite agriculture) et déliquescence (pour les agrandissements sur-endettés). Paradoxalement, il y a une demande de plus en plus importante pour une agriculture de qualité (labellisée bio ou non) et de proximité (La Carline, AgrobioDrôme Agricourt, Court-Circuit ou AuplusPrés sont en progression constante).  Des agriculteurs et des coopératives agricoles s’inscrivent dans cette démarche, tandis que les consommateurs abonnés aux paniers de légumes bio (AMAP de Portes lès Valence , Taulignan, etc..) se multiplient dans les villes et que d’autres n’hésitent pas à effectuer de longs trajets pour se fournir en direct à la ferme. Et les actions de promotion des produits fermiers ou de la ferme générale ne font que renforcer la tendance (Marque PNR-Vercors, marque Biovallée).
Les projets de maraîchage d’insertion, de potagers collectifs, familiaux ou de jardins Communautaires ou Partagés illustrent aussi cet attrait pour des produits de qualité et de proximité. Ils fleurissent tant dans nos petites villes (Crest : 7740 habitants, Livron : 7761 h, Loriol : 5690 h et Die : 4452 h avec AIRE, Aoùste-sur-Sye : 2311 ou Eurre : 1139h) que  dans les villages. Une forme de retour ou simplement arrivée à la terre, loin de la vision pétainiste, s’opère. Il est porté en partie par les secteurs de l’innovation sociale (Compagnons de la Terre, AMAP ou Terre de Liens) et de l’insertion socioprofessionnelle (GretaViva5 et CFPPA de Die, du Valentin ou de Nyons). Avoir les mains dans la terre permet à nombre de personnes qui font d’autres choix de vie ou en décrochage économique de prendre ou reprendre pied, voire de se trouver une vocation et utilité sociétale. Certains souhaitent même s’installer comme agriculteur ou paysans. On peut parler d’une  4ème vague de 2010-13, maraîchage, camions, Sevat, services civiques, dreadlocks qui confirme ces tendances historiques du Diois à l’hospitalité. Encore faut-il avoir un accès à la terre... Une difficulté pas si insurmontable pour certains esprits innovants même si les structures  existantes, SAFER, ADASEA, Syndicat Agricole majoritaire et Chambres Consulaires, ne jouent guère le jeu et auraient besoin d’un sérieux dépoussiérage.

Si le monde agricole décline (une ferme en moins en Europe toutes les 20 minutes), la démographie des villages et village-bourg est en hausse.
Animés par l’envie de fuir le monde urbain et d’utiliser une maison avec jardin, les jeunes ruraux (Il y en a plus que l’on croit) et les néo-ruraux sont venus contrebalancer l’exode rural (on table sur plus 13 000 habitants en plus en Biovallée en 2030). Mais leur implantation – ou intégration – connaît parfois quelques difficultés ou heurts, quand il ne s’agit pas au mieux de totale indifférence ou défiance. Même par des néo ruraux de la 2ème Vague de 1968-73, Deloupy, Veyret, Geffray, Pintaux, Wartena, Shoock, Vink, Schricke, Drouvin, Lecoq, Schmerber, Laborde, etc.…. Certains agriculteurs (Y compris les ébouillantés des  années 70, hein ! Jean Pierre) n’ont pas toujours vu d’un bon œil ces «étranges-étrangers» débarquer à la campagne ou en périphérie du bourg, tout comme certains «primo-arrivants» néo-ruraux et quelques « déserteurs du capitalisme » ont, quelquefois, préféré se retrancher dans leur ghetto individuel et ne pas se mêler aux autochtones «détenteurs historiques de chasse, pêche, traditions, pastis et machisme, votes extrêmes ».
Mais face à ces accrocs inévitables entre deux modes de vie différents, il existe aussi une volonté de «vivre ensemble»,  bien que la paix des campagnes demande une vraie volonté et sûre confiance qui ne se décrètent pas.
Les changements socio-démographiques et les enjeux locaux ont amené d’autres questions. Vivre loin d’une ville bouillonnante d’activités et de surconsommation est une chose, vivre dans une tour d’ivoire ou un no man’s land social en est une autre. Au sein des villages, le besoin de lien social est aussi important que dans les villes, peut être plus, (d’ou des concessions parfois limites).
Les projets se multiplient pour accueillir les nouveaux (voire moult démarches des Municipalités ou des Offices de Tourisme), favoriser la cohésion sociale (ESCD de Die, Ecologie au Quotidien, Maison pour tous de Loriol, MJC de Livron, Jardins familiaux de AIRE, Nini-Chaise de Aoùst sur Sye), maintenir ou créer des lieux de rencontres à travers le réaménagement de places de villages, le maintien d’une épicerie, la création d’une bibliothèque locale, l’émergence d’une maison de jeunes ou d’un Centre Social... Ainsi que des dizaines d’associations culturelles pollinisatrices du territoire (Passe-crassane, Trans-Express, 123-Soleil, Crest Jazz Vocal, etc.…). Celles si sont des plus employeuses (600 emplois sur la Biovallée dont 250 sur le Diois).
Autant de réalisations qui maintiennent en vie un village et la Vallée de la Drôme de Lus-la-Croix-Haute à Livron et le La Motte-Chalancon à Loriol (les 4L) et le rendent attrayant.
Loin de se recroqueviller sur lui-même et d’être figé dans le temps, le monde rural du 21ème siècle évolue pour se préserver, créer, innover et inventer le monde de demain.
Claude Veyret
Nota sur cette tradition d’accueil : 1939 : Autre vague moins volontaire, celle des Républicain (anarchistes, communistes et syndicalistes) Espagnols. Le Diois accueillit aussi 600 espagnolEs fuyant la dictature Franquiste du 26  Janvier au 26  Mars 1939. En mars 1939, le nombre de réfugiés espagnols en France a été estimé à 440 000 personnes (26 janvier : Chute de Barcelone, la Catalogne tombe aux mains des troupes franquistes, tandis que 450 000 réfugiés espagnols entrent en France où ils sont internés dans des camps). A die ils sont accueillis à l’ancien hôpital, Rue Joseph Reynaud, Serrat, Carrod, etc….
Entre 1911 et 1926 se sont 3000 italiens qui s’installent en Drôme.

Dès 1890 la démographie française diminue fortement, la France a besoin de main d'œuvre pour effectuer de grands travaux et toutes nos routes de montagnes. C'est ce qui motiva les immigrés, entre autres les italiens, pour venir travailler en France. Dans la Drôme les italiens ont participé à la construction du barrage de Bouvante dans les années 1920-1930. Les Italiens ont profité de la relance économique de la France à cette époque pour émigrer. Arrivés en France, la plupart deviennent maçons ou bûcherons, ils exercent leurs métiers à Bouvante, dans le Royans et dans le Diois.  Le secteur de l'agriculture attire aussi les Italiens. Dés 1930, certains vont avoir leur propre exploitation agricole et vont même devenir patron. Les italiens et surtout les italiennes ont beaucoup travaillé dans les soieries, entre autre celles de l'établissement Guérin et Raymond à Crest, Naëf à Saillans, Boutet et Armandry à Taulignan, Roudet et Franquebalme à Tulette. C'est par Modane que les italiennes, embauchées en Italie pour travailler dans les soiries, prennent des cars affrétés par les soiries. Les italiennes étaient souvent logées dans des « dortoirs-couvents », c'est le cas à Saillans où 83 italiennes se partagent les lits du dortoir n°2 de l'entreprise Naëf en 1911. D'autre travaillent dans l'industrie de la chaussure à Roman (Fenestrier ou Jourdan).
Cependant les italiens connurent des difficultés liées à la crise de 1929. Comme c'est le cas dans les soieries où il n'y a plus que 3% des italiennes alors qu'en 1911 elles représentaient 28% des actifs. Beaucoup de transalpins furent renvoyés de leurs usines ou bien ils passaient après les français, à cause de la loi Laval de 1932, n'autorisant les entreprises qu'à garder 10% des travailleurs étrangers.



           Évolution de la population  de  Bellegarde en Diois (wicki) 
1793
1800
1806
1821
1831
1836
1841
1846
1851
604
530
812
637
672
607
570
529
527

           Évolution de la population  suite (1)
1856
1861
1866
1872
1876
1881
1886
1891
1896
506
459
434
390
388
412
407
402
385

           Évolution de la population  suite (2)
1901
1906
1911
1921
1926
1931
1936
1946
1954
321
292
248
203
186
169
157
141
110

           Évolution de la population  suite (3)
1962
1968
1975
1982
1990
1999
2006
2007
2010
102
73
61
77
73
63
74
75
75



mardi 30 avril 2013

Une autre histoire...



Une nouvelle histoire populaire de l’humanité
Nous pré­sen­tons ici l’introduction de l’œuvre de Chris Harman, Une His­toire po­pu­laire de l’humanité. De l’âge de pierre au nou­veau mil­lé­naire, paru en fran­çais aux édi­tions La Dé­cou­verte en oc­tobre 2011.
Les ques­tions po­sées dans le poème de Brecht placé en exergue exigent im­pé­ra­ti­ve­ment des ré­ponses. Et c’est à l’histoirequi ne sau­rait consti­tuer la chasse gardée d’un petit groupe de spé­cia­listes, ou le luxe de ceux qui peuvent se l’offrirqu’il re­vient de les fournir. L’histoire n’est pas « une sot­tise » (« bunk »), comme le pré­ten­dait Henry Ford, pion­nier de la pro­duc­tion de masse d’automobiles, en­nemi mortel du syn­di­ca­lisme et grand ad­mi­ra­teur d’Adolf Hitler.
L’histoire se penche sur la suc­ces­sion d’événements qui ont abouti à la vie telle que nous la connais­sons aujourd’hui. Elle ra­conte com­ment nous sommes de­venus ce que nous sommes. Com­prendre cela, c’est la clé qui permet de sa­voir si nous pou­vons, et com­ment nous pou­vons, changer le monde dans le­quel nous vi­vons. « Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur » ; ce slogan de l’État to­ta­li­taire mis en scène par George Or­well dans son roman 1984 est tou­jours pris au sé­rieux par ceuxévo­qués dans les « Ques­tions » de Brechtqui vivent dans des pa­lais et se paient des banquets.
Il y a plus de 2 000 ans, un em­pe­reur chi­nois dé­créta la peine de mort pour ceux qui « uti­li­saient le passé pour cri­ti­quer le pré­sent ». Les Az­tèques es­sayèrent de dé­truire le sou­venir des ins­ti­tu­tions de leurs pré­dé­ces­seurs lorsqu’ils conquirent la vallée de Mexico au XVe siècle, et les Es­pa­gnols ten­tèrent d’effacer toute trace des Az­tèques lorsqu’à leur tour ils sou­mirent la ré­gion dans les an­nées 1520.
Les choses ne furent pas si dif­fé­rentes au siècle der­nier. Contre­dire les his­to­riens of­fi­ciels de Sta­line ou de Hitler me­nait en prison, à l’exil ou à la mort. Il y a à peine trente ans, les Es­pa­gnols n’avaient pas le droit de parler du bom­bar­de­ment de la ville basque de Guer­nica, ni les Hon­grois d’évoquer les évé­ne­ments de 1956. Plus ré­cem­ment, des amis grecs furent pour­suivis pour avoir contesté la ver­sion of­fi­cielle de l’annexion de la ma­jeure partie de la Ma­cé­doine avant la Pre­mière Guerre mondiale.
La ré­pres­sion éta­tique pure et simple peut sem­bler assez ex­cep­tion­nelle dans les pays in­dus­tria­lisés d’Occident. Mais d’autres mé­thodes de contrôle, plus sub­tiles, sont om­ni­pré­sentes. À l’heure où j’écris ces lignes, un gou­ver­ne­ment tra­vailliste pro­clame avec in­sis­tance que l’école doit mettre l’accent sur l’histoire bri­tan­nique et ses mo­ments glo­rieux, et que les élèves doivent ap­prendre les noms et les dates de nos hommes illustres. Dans les sphères su­pé­rieures de l’éducation, ce sont les his­to­riens les plus « en phase » avec les vues de l’élite qui sont cou­verts d’honneurs ; ceux qui les contestent sont tenus à l’écart des postes uni­ver­si­taires im­por­tants. « Faire des conces­sions » reste « la seule façon de réussir ».
De­puis l’époque des pre­miers pha­raons (il y a 5 000 ans), les di­ri­geants ont pré­senté l’histoire comme l’inventaire de leurs « prouesses » et de celles de leurs pré­dé­ces­seurs. Ces « grands hommes » sont censés avoir construit les villes et les mo­nu­ments, ap­porté la pros­pé­rité, réa­lisé de grands tra­vaux ou rem­porté de grandes vic­toiresdans le même temps, les « mé­chants » sont pré­sentés comme les res­pon­sables de tous les mal­heurs du monde. Les pre­miers ou­vrages d’histoire étaient des énu­mé­ra­tions de sou­ve­rains et de dy­nas­ties connues sous le nom de « Listes de Rois ». Ap­prendre ces listes par cœur était une com­po­sante es­sen­tielle de l’enseignement de l’histoire dans les écoles bri­tan­niques il y a qua­rante ans. Or le New La­bouren har­monie avec l’opposition conser­va­tricesemble vou­loir im­poser leur re­tour. Selon cette concep­tion de l’histoire, le sa­voir se ré­duit à mé­mo­riser des dates et des noms, à la façon du Tri­vial Pur­suit ; ce qui n’aide à com­prendre ni le passé ni le présent.
Il existe une autre façon d’envisager l’histoire, dé­li­bé­ré­ment op­posée à celle des « grands hommes », qui consiste à rendre compte d’événements par­ti­cu­liers et de leur dé­rou­le­ment du point de vue des simples par­ti­ci­pants. Les émis­sions de té­lé­vi­sionet les chaînes spé­cia­li­séesqui uti­lisent une telle for­mule re­cueillent d’ailleurs une au­dience im­por­tante ; et les ly­céens qui y par­ti­cipent font montre d’un in­térêt pas­sionné que sus­cite ra­re­ment la vieille ren­gaine des « rois, des dates et des événements ».
Mais une telle « his­toire par en bas » laisse le plus sou­vent dans l’ombre une di­men­sion très im­por­tante : la ma­nière dont les évé­ne­ments sont liés entre eux. Se borner à mettre l’accent sur les in­di­vidus im­pli­qués dans un fait his­to­rique donné ne peut, en soi, ap­porter la com­pré­hen­sion des forces d’ensemble qui ont fa­çonné leurs vies et qui conti­nuent à agir sur la nôtre. On ne peut, par exemple, com­prendre la montée du chris­tia­nisme sans la re­lier à l’ascension et à la chute de l’empire ro­main. On ne peut conce­voir la sou­daine flo­raison des arts sous la Re­nais­sance sans y voir à l’œuvre l’impact des grandes crises de la féo­da­lité eu­ro­péenne et des pro­grès de la ci­vi­li­sa­tion sur des conti­nents éloi­gnés de l’Europe. On ne peut com­mencer à connaître le mou­ve­ment ou­vrier du XIXe siècle sans l’articuler à la ré­vo­lu­tion in­dus­trielle. Et on ne peut saisir la dé­marche par la­quelle l’humanité est par­venue à sa condi­tion pré­sente sans ana­lyser les modes d’interaction de ces évé­ne­ments avec de nom­breux autres évé­ne­ments. L’objectif de ce livre est de tenter de fournir une vue d’ensemble qui irait au­tant que pos­sible dans ce sens.
Je ne pré­tends nul­le­ment qu’il re­pré­sente un récit com­plet de l’histoire hu­maine. Il y manque de nom­breux per­son­nages et évé­ne­ments es­sen­tiels pour rendre compte de façon cir­cons­tan­ciée de chaque pé­riode. Mais il n’est pas né­ces­saire de connaître tous les dé­tails du passé de l’humanité pour com­prendre le schéma gé­néral qui a fa­çonné le présent.
C’est Karl Marx qui, le pre­mier, a donné les ou­tils d’une telle com­pré­hen­sion. Il a fait re­mar­quer que les êtres hu­mains n’ont pu sur­vivre sur cette pla­nète que grâce à l’effort col­lectif et à la co­opé­ra­tion, in­dis­pen­sables pour se pro­curer leurs moyens d’existence, et que chaque nou­velle forme d’organisation pré­si­dant à la créa­tion de ces moyens a en­traîné des chan­ge­ments dans leurs re­la­tions en gé­néral. Des chan­ge­ments dans ce qu’il ap­pe­lait « les forces pro­duc­tives » se sont com­binés à des mu­ta­tions dans les « rap­ports de pro­duc­tion », qui ont, au final, ré­gu­liè­re­ment trans­formé les re­la­tions dans l’ensemble de la société.
Cela étant, ces chan­ge­ments ne se sont pas pro­duits de façon mé­ca­nique. À tout mo­ment, des êtres hu­mains ont fait le choix d’emprunter tel chemin plutôt que tel autre, et ils ont lutté pour ces choix au cours de grands conflits so­ciaux. À partir d’un cer­tain stade de l’histoire, ce sont les po­si­tions de classe qui ont dé­ter­miné la façon dont les gens ont fait ces choix. L’esclave fai­sait gé­né­ra­le­ment des choix dif­fé­rents de ceux du maître, de même que l’artisan mé­diéval ne pou­vait guère avoir les mêmes po­si­tions que le sei­gneur féodal. Les grandes luttes au cours des­quelles s’est joué l’avenir de l’humanité furent tou­jours en partie des luttes de classe. La sé­quence de ces grands conflits fournit l’architecture de base que le reste de l’histoire pro­longe. Cette ap­proche ne nie pas le rôle des in­di­vidus ou des idées qu’ils pro­pagent. Elle in­siste en re­vanche sur le fait que ces in­di­vidus, ou ces idées, ne peuvent jouer un rôle qu’en fonc­tion du dé­ve­lop­pe­ment ma­té­riel préa­lable de la so­ciété, de la façon dont les hu­mains as­surent leur sub­sis­tance et de la struc­ture des classes et des États. Le sque­lette n’est pas le corps vi­vant. Mais sans le sque­lette, le corps n’aurait au­cune so­li­dité et ne pour­rait sur­vivre. Com­prendre la « base » ma­té­rielle de l’histoire est une condi­tion né­ces­saire, mais non suf­fi­sante, de la com­pré­hen­sion du reste.
Ce livre tente donc de fournir une in­tro­duc­tion som­maire à l’histoire mon­diale, et pas da­van­tage. Mais c’est une ap­proche gé­né­rale qui, je l’espère, ai­dera cer­tains lec­teurs à se former une re­pré­sen­ta­tion du passé et du présent.
En l’écrivant, je n’ai cessé d’avoir en tête qu’il me fal­lait faire face à deux pré­jugés. L’un est l’idée que les ca­rac­té­ris­tiques fon­da­men­tales des so­ciétés suc­ces­sives et de l’histoire hu­maine se­raient le ré­sultat d’une na­ture hu­maine « im­muable ». C’est un pré­jugé dont sont im­pré­gnés aussi bien les écrits aca­dé­miques, que le jour­na­lisme et la culture po­pu­laire. Les êtres hu­mains, nous dit-on, ont tou­jours été cu­pides, com­pé­ti­tifs et agres­sifs, et cela ex­plique des hor­reurs comme la guerre, l’exploitation, l’esclavage et l’oppression des femmes. Cette image d’homme des ca­vernes est des­tinée à ex­pli­quer le bain de sang sur le front oc­ci­dental au cours de la Pre­mière Guerre mon­diale et l’Holocauste au cours de la Se­conde. Mon point de vue est très dif­fé­rent. La « na­ture hu­maine » telle que nous la connais­sons est le pro­duit de notre his­toire, et non sa cause. Notre his­toire est aussi celle de la for­ma­tion de na­tures hu­maines dif­fé­rentes, cha­cune rem­pla­çant la pré­cé­dente au cours de grandes luttes éco­no­miques, po­li­tiques et idéologiques.
Le se­cond pré­jugé, très ré­pandu au cours de la der­nière dé­cen­niedu XXe siècle, consiste à dire que bien que la so­ciété hu­maine ait pu évo­luer dans le passé, elle ne chan­gera plus. Un conseiller du dé­par­te­ment d’État amé­ri­cain, Francis Fu­kuyama, a été l’objet de louanges una­nimes lorsque, en 1990, il a pré­tendu que nous as­sis­tions à rien de moins qu’à « la fin de l’histoire » ; son ar­ticle fut tra­duit dans toutes les langues et dans qua­si­ment tous les jour­naux du monde. Les grands conflits so­ciaux et les grandes luttes idéo­lo­giques re­le­vaient dé­sor­mais du passéce à quoi des mil­liers de ré­dac­teurs en chef et de pré­sen­ta­teurs de té­lé­vi­sion opi­nèrent vigoureusement.
An­thony Gid­dens, an­cien di­rec­teur de la London School of Eco­no­mics et so­cio­logue de cour du Pre­mier mi­nistre tra­vailliste Tony Blair, a dit à peu près la même chose en 1998 dans son livre, exa­gé­ré­ment cé­lébré mais peu lu, La Troi­sième Voie [1] . Nous vi­vons dans un monde, écrivait-il, « où il n’y a pas d’alternative au ca­pi­ta­lisme ». Il ne fai­sait là qu’accepter et ré­péter une as­ser­tion très ré­pandue. Elle est, en réa­lité, im­pos­sible à sou­tenir sé­rieu­se­ment. Le ca­pi­ta­lisme, comme sys­tème d’organisation de la pro­duc­tion à l’échelle d’un pays en­tier, est à peine vieux de trois ou quatre siècles. En tant que mode d’organisation de la pro­duc­tion mon­diale, il a tout au plus cent cin­quante ans d’existence. Le ca­pi­ta­lisme in­dus­triel, avec ses énormes ag­glo­mé­ra­tions ur­baines, son édu­ca­tion pri­maire gé­né­ra­lisée et sa dé­pen­dance à l’égard des mar­chés, n’a com­mencé à exister, dans de vastes par­ties du monde, qu’au cours des cin­quante der­nières an­nées. Pour­tant, les ho­mi­nidés vivent sur la terre de­puis au moins un mil­lion d’années, et les hu­mains mo­dernes de­puis plus de 100 000 ans. Il se­rait pro­pre­ment ex­tra­or­di­naire qu’un mode d’organisation éco­no­mique et so­cial qui ne re­pré­sente que 0,5 % de la durée d’existence de l’espèce hu­maine soit des­tiné à se pro­longer in­dé­fi­ni­ment, à moins bien sûr que notre es­pé­rance de vie ne soit très ré­duite. Tout ce à quoi abou­tissent les écrits de Fu­kuyama et de Gid­dens, c’est à confirmer que Marx avait raison au moins sur un point : « Pour la bour­geoisie, il y a eu une his­toire, mais il n’y en a plus. »
Le passé ré­cent de notre es­pèce ne fut pas un long fleuve tran­quille vers le pro­grès. Il a été marqué par des convul­sions ré­pé­tées, des guerres af­freuses, des ré­vo­lu­tions et des contre-révolutions. Les temps où il sem­blait que la masse des hu­mains était des­tinée à s’améliorer in­dé­fi­ni­ment ont presque in­va­ria­ble­ment cédé la place à des dé­cen­nies, voire des siècles, d’appauvrissement et de ter­ribles dévastations.
Il est vrai que toutes ces hor­reurs ont aussi permis des avan­cées im­por­tantes dans le do­maine du contrôle et de la ma­ni­pu­la­tion des forces de la na­ture par les êtres hu­mains. Et nous sommes aujourd’hui en me­sure d’exercer ce contrôle de façon in­fi­ni­ment plus per­fec­tionnée qu’il y a 1 000 ans. Nous vi­vons dans un monde où les forces na­tu­relles ne de­vraient plus faire mourir des hommes de faim ou de froid, et où des ma­la­dies qui na­guère ter­ri­fiaient les po­pu­la­tions de­vraient avoir dis­paru de­puis longtemps.
Mais cela n’a pas em­pêché la des­truc­tion pé­rio­dique de cen­taines de mil­lions de vies par la faim, la mal­nu­tri­tion ou la guerre. C’est le bilan que l’on peut tirer du XXe siècle, ce siècle dans le­quel le ca­pi­ta­lisme in­dus­triel a fi­na­le­ment pris pos­ses­sion de toute la pla­nète, à telle en­seigne que le paysan ou le berger le plus isolé dé­pend aujourd’hui aussi, à un degré ou à un autre, du marché. Ce fut éga­le­ment le siècle des guerres, des gé­no­cides, des fa­mines et d’une bar­barie dont on ne trouve pas d’équivalent dans le passé, à tel point que le phi­lo­sophe li­béral Isaiah Berlin lui a dé­cerné le titre de « siècle le plus ter­rible de l’histoire oc­ci­den­tale ». Rien, dans les der­nières dé­cen­nies du XXe siècle, ne per­met­tait de penser que les choses s’étaient ma­gi­que­ment amé­lio­rées pour l’humanité dans son en­semble. Ce fut une pé­riode où l’ancien bloc de l’Est s’est mas­si­ve­ment ap­pauvri, où des fa­mines et des guerres ci­viles ap­pa­rem­ment sans fin se sont mul­ti­pliées dans di­verses par­ties de l’Afrique, où près de la moitié de la po­pu­la­tion de l’Amérique la­tine a vécu en des­sous du seuil de pau­vreté, où une guerre de huit ans a éclaté entre l’Iran et l’Irak, et où des agres­sions mi­li­taires san­glantes contre l’Irak et la Serbie ont été me­nées par des coa­li­tions re­grou­pant les plus puis­sants États du monde.
L’histoire n’est pas finie, et le be­soin de com­prendre ses ca­rac­té­ris­tiques es­sen­tielles est plus grand que ja­mais. J’ai écrit ce livre dans l’espoir qu’il pour­rait amener cer­tains lec­teurs sur la voie de cette compréhension.
Ce fai­sant, je me suis né­ces­sai­re­ment ap­puyé sur de nom­breux ou­vrages an­té­rieurs. La sec­tion concer­nant l’apparition de la so­ciété de classes, par exemple, au­rait été im­pos­sible sans les écrits du grand ar­chéo­logue bri­tan­nique V. Gordon Childe, dont le livre Le Mou­ve­ment de l’histoire [2] mé­rite d’être lu et relu, même s’il com­mence à dater sur cer­tains points im­por­tants. De même, la partie consa­crée au monde mé­diéval doit beau­coup à Marc Bloch et à l’école his­to­rique fran­çaise des An­nales, le début du XXe siècle aux écrits de Léon Trotski, et la fin du même siècle aux ana­lyses de Tony Cliff. Les lec­teurs qui ont une cer­taine connais­sance de ces ré­fé­rences re­mar­que­ront une foule d’autres in­fluences, cer­taines ci­tées ou men­tion­nées di­rec­te­ment dans le texte ou dans les notes de fin d’ouvrage, d’autres assez im­por­tantes pour bé­né­fi­cier ici d’une men­tion ex­pli­cite. Des noms comme Chris­to­pher Hill, Geof­frey de Sainte Croix, Guy Bois, Al­bert So­boul, Ed­ward Thompson, James Mc­Pherson et D. D. Ko­sambi me viennent à l’esprit.
Les dates ne sont pas l’alpha et l’oméga de l’histoire, mais la sé­quence des évé­ne­ments est par­fois très im­por­tanteet dif­fi­cile à re­tenir pour les lec­teurs (et même pour les au­teurs !). C’est la raison pour la­quelle j’ai in­tégré une brève chro­no­logie des évé­ne­ments saillants au début de chaque sec­tion. Pour la même raison, j’ai ajouté à la fin du livre un glos­saire des noms, des lieux et des termes peu fa­mi­liers. Celui-ci n’est pas ex­haustif, mais peut aider les lec­teurs, dans une partie ou dans une autre, à com­prendre les ré­fé­rences aux per­sonnes, aux évé­ne­ments et aux lieux géo­gra­phiques dont il est ques­tion plus com­plè­te­ment dans d’autres par­ties. Enfin, il me faut re­mer­cier tous ceux qui m’ont as­sisté pour trans­former mon ma­nus­crit en livre finiIan Bir­chall, Chris Bam­bery, Alex Cal­li­nicos, Charlie Hore, Charlie Kimber, Lindsey German, Talat Ahmed, Hassan Ma­ham­dallie, Seth Harman, Paul Mc­Garr, Mike Haynes, Tithi Bhat­ta­charya, Barry Pa­vier, John Mo­ly­neux, John Rees, Kevin Ovenden et Sam Ashman pour leur lec­ture de tout ou partie du texte, re­le­vant de nom­breuses er­reurs et me for­çant par­fois à re­for­muler cer­tains points. Aucun d’entre eux, in­utile de le pré­ciser, n’est res­pon­sable des ju­ge­ments his­to­riques que j’ai portés dans de nom­breux pas­sages, ni des er­reurs fac­tuelles qui pour­raient sub­sister. J’ai une dette par­ti­cu­lière en­vers Ian Taylor, qui a pré­paré le ma­nus­crit en vue de l’édition, et à l’égard de Rob Ho­veman, qui a su­per­visé la pro­duc­tion du livre pro­pre­ment dit.
Par Chris Harman
Tra­duit de l’anglais par Jean-Marie Guerlin.
Notes
[1] A. GID­DENS, La Troi­sième Voie. Le re­nou­veau de la social-démocratie, Le Seuil, Paris, 2002.
[2Le Mou­ve­ment de l’histoire, trad. Fran­çaise André Mansat et Jean Bar­thalan, Ar­thaud, Gre­noble, 1961