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jeudi 2 janvier 2014
mercredi 29 février 2012
Notre histoire : Le camps des Milles...
Le camp des Milles : internements et déportations, 1939-1942 |
"Visage d'interné", dessin d'Olaf Christiansen, 1940 (collection de l'Association des Philatélistes du Pays d'Aix). Max Ernst a raconté dans ses Notes d'une biographie rassemblées en 1970 que "Partout il y avait des débris de brique et de la poussière de briques, même dans le peu qu'on donnait à manger. Cette poussière rouge pénétrait jusque dans les pores de la peau. On avait l'impression d'être destinés à devenir débris de briques". A partir de septembre 1939 et jusqu'à mars 1943, date de la fermeture du camp, une terrible parenthèse s'ouvre aux Milles. A propos des souvenirs du camp d'internement, jusqu'aux alentours des années quatre-vingt du siècle dernier, en dépit des efforts pionniers et des publications de deux chercheurs, André Fontaine et Jacques Grandjonc, le refoulement et l'indifférence furent énormes. Aujourd'hui encore, l'ignorance est grande, le passé passe difficilement. Une autre page s'était tournée après la Libération, les activités industrielles de la tuilerie reprirent en 1947 et se poursuivirent jusqu'en 2006. Inaugurée en 1882, la fabrique aura connu 125 ans de production et deux séquences d'interruption : la première guerre mondiale et la période 1938-1946. Pour les femmes et les hommes qui travaillèrent en usine, le métier de briquetier impliquait un grand engagement physique : il fallait vivre dans la poussière, parmi les courants d'air et les températures élevées. Rien de commun avec les sombres connotations que l'on perçoit quand on songe à l'enfermement et aux drames des années quarante. Des antinazis considérés comme des "sujet ennemis". Au moment de la déclaration de guerre du 3 septembre 1939, l'administration française ordonne l'internement et le criblage des ressortissants allemands et autrichiens qui vivent en France : elle considère ces personnes comme des suspects. C'est une première étape dans l'aveuglement et la xénophobie, le déclenchement d'un engrenage proprement infernal. La plupart des émigrés que la Troisième République place sous surveillance sont soit de simples vacanciers, soit des réfugiés qui ont quitté l'Allemagne en 1933, effrayés par la montée du nazisme dont ils sont de farouches ennemis. Ou bien encore, aberration supplémentaire, ces internés peuvent être, comme le signalera Lion Feutchwanger, d'anciens légionnaires qui ont "servi vingt ou trente ans sous le drapeau français". Après l'armistice de juin 1940, le verrou se resserre : l'article 19 est promulgué, le régime de Vichy s'engage à livrer sur simple demande du régime hitlérien les opposants politiques ou bien les citoyens juifs qui sont raflés. Ici, se profilent les étapes d'une épouvantable logique. La Seconde Guerre mondiale, écrira Hannah Arendt qui connut le camp d'internement de Gurs, aura "engendré un nouveau type d'êtres humains : ceux qui ont été envoyés dans les camps de concentration par leurs ennemis et dans les camps d'internement par leurs amis" (1). L'autorité militaire avait décidé le 2 septembre la réquisition de la tuilerie qui se trouvait désaffectée depuis 1937 : elle ne comptait plus que deux habitants, un concierge et un peseur. Le premier regroupement des "indisérables" s'effectue aux alentours du 7 septembre ; le chiffre de 1800 internés est rapidement atteint. Aux Autrichiens et aux Allemands s'ajoutent d'autres nationalités, des Russes, des Polonais et des Tchèques. Parmi les étrangers considérés comme des ennemis potentiels de la France, on rencontre de nombreux membres de l'intelligentsia allemande, des musiciens, des architectes et des hommes de science, des écrivains et des artistes comme Hans Bellmer, Gustav Elrich, Max Ernst, Lion Feutchwanger, Herman Henry Gowa, Walter Hasenclever, Wilhelm Herzog, Eric Itor Kahn, Alfred Kantorowicz, Robert Liebknecht, Golo Mann, Léo Marschütz, Franz Meyer, Ernst Erich Noth, Anton Radersscheidt et Ferdinand Springer. Lion Feutchwanger (1884-1958) auteur du "Diable en France". A l'intérieur du camp, une vie souterraine plus ou moins lourde, toutes sortes d'ambivalences, du chahut, des conflits et des débordements, mais tout aussi bien la lutte contre l'angoisse, contre le désoeuvrement et la négligence ainsi qu'une durable créativité émergent promptement. Des champions de football décident d'entraîner les plus jeunes ainsi que des gamins du village. Des cours, des conférences et des cérémonies religieuses se programment, une chorale et un orchestre se réunissent, des parodies d'opéra et des sketchs s'imagineront. Du marché noir se développe, un bar plus ou moins transgressif va s'ouvrir : toutes sortes de trafics entre hommes, des soirées de cabaret abondamment arrosées, des travestissements, des divertissements et des spectacles se succèdent sous la voûte d'un long couloir, dans une portion mal éclairée du rez de chaussée baptisée "Die Katakombe". Une troupe de nains fut internée et donna spectacle au camp des Milles. Relativement nombreux, ces plasticiens et leurs oeuvres ne sont pas tous clairement identifiés, comme le rappellera, du jeudi 1 au vendredi 24 mars 2012, l'exposition Hans Bellmer et les peintres inconnus du camp des Milles, composée grâce à l'apport des découvertes de l'Association philatéliste du Pays d'Aix : à côté de dessins ou de fusains parmi lesquels on découvre un portrait inédit du capitaine Goruchon exécuté par Hans Bellmer ainsi que les signatures de Jupp Winter (1904-1983) et d'Olaf Christiansen (1901-1990), les noms des auteurs de plusieurs pièces signifiantes n'ont pas encore été retrouvés. Cette diversité de sources recoupe les analyses de Laurence Bertrand-Dorléac qui faisait remarquer que les artistes internés n'inventèrent pas aux Milles "un style de camp mais firent généralement ce qu'ils avaient toujours su faire, dans une langue qui ne devint pas commune au prétexte qu'ils étaient enchaînés ensemble". Jusqu'en juillet 1942 : internements et transits.Des internés avaient obtenu leur libération provisoire : Max Ernst partit le 23 décembre, il fut obligé de revenir en juin 1940. Feutchwanger subit un sort analogue. Fin janvier, les détenus deviennent des prestataires disséminés en d'autres endroits du Midi : à la mi-avril, il ne reste plus que 140 internés qui sont transférés à Lambesc. Suite à l'invasion allemande du 10 mai, un nouvel internement est décrété : trois milles hommes sont parqués, quelques-uns d'entre eux creusent des tranchées et construisent les cabanes de bois qui serviront de toilettes. En sus du monde germanique, voici des Italiens, des Luxembourgeois, des Belges, des Hollandais, des juifs de l'Europe de l'Est et des anciens des Brigades internationales de la Guerre d'Espagne. Max Ernst écrira que "le nombre des prisonniers avait quadruplé, le nombre des poux centuplé".On estime pouvoir dater de cette seconde période du camp des Milles les peintures murales réalisées avec des dominantes d'ocre et de bleu dans le réfectoire des gardiens. Cette oeuvre collective qu'il faut appréhender comme un document d'époque, n'a pas d'auteur avéré ; elle emprunte à plusieurs styles de l'époque, entre autres au Cubisme et peut-être au Constructivisme. Son humour de chansonnier, ses fantasmes et sa quotidienneté, ses thématiques proches de la bande dessinée, de la propagande ou bien de la caricature peuvent s'interpréter au second degré. Le travail d'une équipe de restauration conduite par Monique Pomey assure pour ces peintures, depuis l'été 1994, pérennité et visibilité. Intitulées Les moissons et les vendanges, Le Banquet des Nations, Rêve de nourriture et Le cortège des prestataires, ces images miraculeusement sauvegardées relèvent d'un curieux mélange d'invention et de convention : elles sont parvenues à déjouer la censure de leur époque et livrent des indices à la fois dérangeants et amusants, à propos du violent désir de liberté et du besoin d'une alimentation décente qui habitaient les détenus. En juin 1940, la défaite des troupes françaises et la probable arrivée des Allemands dans le Midi mobilisent les anti-nazis qui entreprennent de faire pression sur l'état-major du camp : il faut s'échapper avant qu'il ne soit trop tard. Lion Feutchwanger est désigné pour négocier la fuite de deux mille internés, le commandant du camp se révèle conciliant : il obtient qu'un train puisse transporter deux mille cinq cents internés, le 22 juin, depuis la gare des Milles. En allant vers Bordeaux, les exilés imaginaient pouvoir trouver un bateau qui les emmènerait au Mexique ... Survient le bien étrange épisode du Train de la liberté dont le réalisateur Sébastien Grall a tourné l'adaptation cinématographique en 1995, avec Jean-Pierre Marielle dans le rôle du capitaine Charles Goruchon (dans le film, on l'appelle Charles Perrochon). Pour conter cette histoire à peine croyable, mieux vaut oublier les images du film et confier à Max Ernst le rôle d'un narrateur à la troisième personne : "Max se trouve avec 2500 autres voyageurs dans ce train dont la capacité est de 1200 places assises. Première escale : Marseille, où on doit être embarqué à destination d'une vague colonie française. On chuchote : "C'est pour construire le Transsaharien." Nos gardes habituels, de braves territoriaux, ont été remplacés par des Sénégalais peu rassurants. Tout à coup, contre-ordre. Le train-fantôme se remet en marche, direction ouest. Plus de gardes du tout. Chaque wagon a un prisonnier responsable pour veiller à ce que personne ne s'évade. Le train s'arrête partout, à chaque vigne, à chaque champ de pommes de terre, pendant deux, trois, quatre heures. Pendant deux heures et demie à la gare de Carcassonne. Max pense à s'évader, mais il se souvient d'une lettre de Joë Bousquet, reçue il y a trois jours : "Impossible de loger, même une souris, à Carcassonne." Après quatre jours de tourment et de faim, on arrive à la destination prévue : la gare maritime de Bayonne. Un bateau est arrimé pour recevoir des prisonniers. Destination inconnue. Soudain le chef de gare arrive en courant et gesticulant : "Embarquement impossible, manque de temps, les boches vont arriver d'une minute à l'autre !" De nouveau, le fantôme à locomotion électrique rebrousse chemin .... On part en direction de Lourdes. Là, on apprend par les journaux que l'armistice a été signé et de la bouche du chef de convoi qu'il a compris enfin, comme par miracle, le comportement du drôle de chef de gare maritime de Bayonne : le chef de convoi avait envoyé au chef de gare un télégramme lui annonçant l'arrivée de 2500 Allemands (sans préciser quelle sorte d'Allemands) en demandant de préparer la soupe pour eux. Immédiatement après cette révélation miraculeuse de notre chef, racontera Max plus tard, un deuxième miracle se produit à Lourdes. Nous voyons un train dont tous les passagers sont du sexe féminin, entrer lentement dans la gare et s'arrêter juste en face du nôtre, sur le même quai. Les portières s'ouvrent. Un essaim de dames et de demoiselles se jettent, avec des cris de joie et de surprise, sur leurs maris et leurs amants qu'elles n'avaient pas vu depuis plusieurs années. Le camp de Gurs, réservé à la gent féminine d'origine "ennemie", les avait lâchées sans cérémonie. Epouses et maîtresses s'installent dans notre train-fantôme, aggravant encore le problème des places assises. Les protestations de notre chef de convoi restent vaines. Ainsi, notre prochaine prison dans les garrigues du Gardon, infestées par des moustiques et par la garde mobile, sera une prison mixte". En compagnie de son fils cadet Ulrich, Franz Hessel fut du 22 au 27 juin l'un des passagers du train des Milles. Il avait été interné en mai, il fut libéré le 27 juillet 1940 ; la courbe de sa vie s'acheva le 6 janvier 1941. Dans un entretien mené en décembre 2011 par Guénaël Lemouée pour le quotidien La Provence, Stéphane Hessel raconte ce dont il se souvient, à propos du séjour de son père qui fut l'un des premiers traducteurs de Proust, l'un des merveilleux protagonistes du tourbillon de la vie incarné par Jules et Jim : "Il passait aux yeux de ceux qui l'accompagnaient, comme Feutchwanger et d'autres, pour quelqu'un d'assez serein qui acceptait le mauvais sort qui était le sien, ce que lui reprochaient d'ailleurs ses camarades qui disaient : "Ah! le vieux Hessel, ce n'est pas un combattant !". Il n'a jamais protesté alors qu'autour de lui il y avait naturellement des gens qui étaient furieux de cette méprise des autorités françaises qui traitaient mal des hommes dont on savait bien qu'ils n'étaient pas nationaux-socialistes". Le camp des Milles devient à partir de l'été 1940 et jusqu'en juillet 1942, le seul camp de transit en France habilité pour une ré-émigration outre-mer. A partir des Milles, s'opèrent toutes sortes de transits, réguliers ou bien illégaux, avec l’aide de particuliers, d’organisations ou bien de filières locales et internationales comme le Centre Américain de Secours de Varian Fry ou bien comme la Hicem. Bien que pendant cette période de pénurie alimentaire et de terribles incertitudes, le camp soit un endroit foncièrement inconfortable et anxiogène, une demi-normalité parvient à s'établir : s'ils en ont les moyens et le courage, les candidats au départ peuvent assez librement circuler pendant la journée pour effectuer à Marseille, dans les consulats et près des organismes compétents, les démarches nécessaires à l'obtention de leurs visas. Il arrive que les effectifs du camp ne soient pas importants : on dénombre 234 internés le 23 juillet 1941. En décembre 1941, on recense aux Milles, en tout et pour tout, 22 Allemands et 95 membres des Brigades internationales. Août-septembre 1942 : une "antichambre de la déportation". A partir de l'automne 1940, même s'il ne portait pas encore de nom, le danger s'est crûment précisé quant au sort des internés. Le 3 octobre, le nouveau statut des juifs implique qu'ils sont "des citoyens de seconde zone". Le 4 octobre, un décret vichyste permet d'interner les juifs étrangers dans "des camps spéciaux".Planète sans visa. D'après Doris Obschernitzki, l'une des meilleures spécialistes de l'histoire du camp, Maurice de Rodellec du Porzic est un individu on ne peut plus redoutable : "un fidèle serviteur de la politique xénophobe, antisémite, anticommuniste, antigaulliste de Vichy". Les responsables du camp des Milles, ce ne sont plus des autorités militaires relativement tolérantes : le camp est placé sous l'autorité du Ministère de l'Intérieur, en l'occurrence l'Intendance de police de Marseille dont le commandement est assuré par Rodellec du Porzic, un personnage que l'on retrouve dans le roman de Jean Malaquais, Le 20 janvier 1942, la conférence de Wansee a décidé la "solution finale". En juillet 1942, Pierre Laval propose d’inclure dans les déportations les enfants de moins de 16 ans. Aux Milles, le 15 juillet 1942, une inspection est menée par le SS Heinrichsohn en compagnie de Schweblin, de la police française : Dannecker, chef de la section anti-juive de la Gestapo, recense 1192 Juifs "déportables". Selon l'expression de l'historien Robert Mencherini, le camp des Milles "se transforme en antichambre de la déportation". Dans les paragraphes qui suivent, on retrouvera pour l'essentiel des notes prises parmi les travaux de Doris Obschernitzki, sa chronologie publiée dans le catalogue Les Peintres au camp des Milles. En dépit du laconisme de ces notes, il ne faut pas oublier pendant cette terrible période l'action et les combats des associations humanitaires et de quelques justes, entre autres le gardien Auguste Boyer, le Pasteur Henri Mannen et son épouse qui sauvèrent in extremis quelques-uns de ceux qui étaient promis à la déportation. Parmi les plus précieuses sources de renseignements, il faut relire - publiées dans l'ouvrage Zone d'ombres - les souvenirs d'Henri Mannen et le rapport du rabbin Israël Salzer, aumônier du camp. Le 3 août 1942, le camp des Milles est bouclé, 170 gardes mobiles vêtus de noir, casqués et armés encerclent le camp : ils ont reçu l'ordre de tirer si quelqu'un fait une tentative d'évasion. Le 4 août, on a transféré aux Milles des internés des GTE (Groupement des Travailleurs étrangers) de la région ainsi que des femmes et des enfants auparavant regroupés dans des hôtels de Marseille. Le 10 août, on procède aux criblages des déportés dans la cour. Les partants sont séparés des autres, plusieurs personnes ont préféré se suicider, certains se sont jetés du haut des fenêtres de la tour centrale. Un train est rempli, le premier convoi quitte Les Milles le lendemain, il prend via Chalon-sur-Saône la direction de Drancy avec 262 détenus ; ces personnes ont été triées par les services de Rodelec du Porzic. Arrivés à Drancy le 12 août, 236 d'entre eux partent en déportation le 14 août pour le camp d'Auschwitz. Le 13 août, à huit heures du matin, 538 Allemands, Autrichiens et Polonais quittent le camp des Milles. Leur convoi atteint Drancy le 14. Ils sont 301, le 17 août, qui partent pour Auschwitz par le convoi n°20. D'autres suivent, le 19 août. Le 23 août, 134 membres des Groupements de Travailleurs Etrangers quittent Les Milles pour arriver le 25 août à Drancy. A la suite des rafles des 25 et 26 août effectuées à Marseille et dans la région, 1 200 Allemands, Polonais, Autrichiens et Russes sont rassemblés aux Milles. A 16 heures, le criblage commence, il se prolonge dans la nuit jusqu'à trois heures et demie du matin. Le 2 septembre à sept heures, Rodellec du Porzic et son adjoint Stéphane Auzanneau arrivent au camp, une ultime rafle s'effectue dans l'infirmerie pour que le dernier wagon du convoi soit plein. Au total, 574 personnes (dont 54 enfants) sont envoyées le 2 septembre vers Drancy où ils arrivent le lendemain. 488 partent pour Auschwitz le 7 septembre, 70 autres le 9 septembre. 450 internés, le 10 septembre, et 263 le jour suivant, sont transférés des Milles vers Rivesaltes. Le 14 septembre, tous continuent vers Drancy. Le 16 septembre, 571 d'entre eux partent pour Auschwitz. Par la suite, quelques convois vont partir du Sud-Est, notamment de Marseille, vers d'autres camps comme ceux de Gurs ou de Noé. Au total, 2208 Juifs ont été transférés du camp des Milles vers Drancy ou bien vers Rivesaltes. Le 4 décembre 1942, le camp est réquisitionné par la Wehrmacht. 170 internés qui s'y trouvaient encore sont transférés à La Ciotat. Lorsque surviendra les 22 et 25 janvier 1943 la grande rafle de Marseille et la destruction du Vieux Port, les détenus seront rassemblés en gare d'Arenc avant d'être acheminés vers Drancy et les camps d'extermination. Le 15 mars 1943, le camp des Milles est définitivement fermé et transformé en dépôt de munitions. On estime qu'un total de 10.000 personnes issues de 27 nationalités ont été internées dans la tuilerie, entre 1939 et 1943. Juin 2012, ouverture au public du Site-Mémorial du camp des Milles. La tuilerie des Milles aura connu plusieurs épilogues ... Jusqu'au débarquement de Provence d'août 1944, l'usine accueille un casernement de l'armée allemande. Ensuite, le 41° régiment de l'armée américaine occupe l'espace pendant toute une année. Une instruction est diligentée afin d'examiner le cas de Rodellec du Porzic, soumis à trois chefs d'accusation : responsabilité dans la destruction du Vieux Port, refus d'aide médicale aux internés des Milles et comportement inhumain lors des déportations. Les témoins à charge ne sont plus de ce monde, ils ont été conduits à Sobibor et Auschwitz, ils ne sont pas revenus. Rodellec du Porzic gère très bien sa défense, il prétend avoir obéi aux ordres de Vichy et de la puissance occupante. Il est libéré le 9 décembre 1945 et réintégré dans la Marine en novembre 1946, avec pleine reconnaissance de ses droits à la retraite. Il meurt le 18 février 1947 (2). Aux Milles, dans le courant de l'année 1946, l'activité industrielle redémarre. Comme le raconte l'ouvrage De la terre et des hommes / La tuilerie des Milles d'Aix-en-Provence (Ref-2C éditions, 2007) un homme de 23 ans, Gérard Paulmyer prend les rênes de l'entreprise : il assumera la direction de la tuilerie jusqu'en 1983. Les premières années sont difficiles, "l'usine ne retrouve son rythme antérieur qu'au milieu des années cinquante". Elle connaît son âge d'or entre 1974 et 1980. En 1978, la production de briques et de tuiles atteint 270.000 tonnes : en sus de la carrière d'argile des Milles, l'approvisionnement en matière première s'effectue à Puyloubier. Après quoi, les tendances s'inversent, le déclin se précise, la famille marseillaise des Rastoin qui détenait l'essentiel des actions se dégage progressivement. L'entreprise connaît plusieurs propriétaires et conseils d'administration. Son ultime groupe industriel, la Société Lafarge Couverture arrête définitivement la production le 15 décembre 2006 : l'usine comptait encore une petite centaine d'ouvriers. Vingt années auparavant, on en dénombrait 800. Pour ce qui concerne l'histoire du camp, j'indiquais plus haut que la fin du silence et une réappropriation de son douloureux passé commencent au début des années quatre-vingt. A compter de 1983, des associations locales de résistants, internés et déportés ainsi que la communauté juive demandent que soient protégées de toute destruction les peintures murales de l'atelier de menuiserie. Une stèle commémorative est installée près de la voie ferrée en 1985. La Sncf fait le don symbolique d'un wagon de l'époque des années 40, l'Association du Wagon-Souvenir élabore en 1992 une exposition à propos de la Shoah que l'on visite sur le Chemin des déportés, à quelques centaines de mètres de l'entrée de la tuilerie. Après quoi, les dirigeants de Lafarge Couverture acceptent que les espaces du camp soient destinés à l'installation d'un Mémorial : le site des Milles devient un site à vocation pédagogique pour les élèves de l'Académie d'Aix-Marseille. La Fondation du Camp des Milles - Mémoire et Education, est depuis le 25 février 2009 un établissement reconnu d'utilité publique. Elle est dirigée par un Conseil d'administration qui représente l'Etat et les collectivités locales, des associations concernées et des entreprises mécènes. Cette Fondation dont le président est l'universitaire aixois Alain Chouraqui, achève actuellement l'aménagement des espaces et des bâtiments de la Tuilerie : le grand chantier d'un projet muséographique pour lequel travaille un Conseil scientifique d'historiens, de pédagogues et de spécialistes du patrimoine prend son relief. Un lieu de mémoire s'ouvrira au public : un centre de ressources multimédia, des ateliers pédagogiques, des débats, des conférences, des spectacles et des expositions se programment. Il est prévu que 100.000 personnes, dont pour moitié des scolaires, viennent chaque année visiter le Mémorial. L'inauguration officielle de ce nouvel établissement est prévue pour septembre 2012. Alain Paire (1) "Nous autres réfugiés" (1943) par Hannah Arendt, page 60 de La Tradition cachée, éd. Christian Bourgeois, 1987. (2) D'autres analyses et informations dans l'article de Doris Obschernitzki, "L'intendant de police à Marseille, Maurice Rodellec du Porzic, et le camp des Milles" Cahiers d'études germaniques, printemps 1997, n° 32. Pour paraître en mai 2012, Lettres des internés du camp des Milles (1939-1942) 200 pages couleur, 250 illustrations, ouvrage de Guy Marchot publié par L'Association Philatélique du Pays d'Aix, B.P 266, 13608 Aix-en -Provence cedex 1. Adresse électronique pour un bulletin de souscription, appa.aix@free.fr .Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. Chez Actes-Sud, Des peintres au camp des Milles, septembre 1939- été 1941, catalogue de l'exposition de la Galerie d'Art du Conseil Général des Bouches du Rhône, Aix-en-Provence, 1997 : textes de Michel Bepoix, Laurence Bertrand-Dorleac, Nicolas Cendo, Jacques Grandjonc, Doris Obschernitzki, Alain Paire, Monique Pomey et Jean-Michel Royer. A propos de l'histoire de la briqueterie, chez REF. 2C éditions, De la terre et des hommes / La Tuilerie des Milles d'Aix-en-Provence (1882-2006) par Boris Grésillon, Olivier Lambert et Philippe Mioche. Parmi les publications effectuées autour du camp des Milles, il faut d'abord mentionner deux ouvrages que l'on trouve dans le circuit du livre d'occasion ou bien à Aix, Librairie Le Blason: Le camp d'étrangers des Milles 1939-1943 par André Fontaine, Edisud 1989 et Zone d'ombres 1933-1994, éd. Alinea 1990 sous la direction de Jacques Grandjonc et Theresia Grundtner. Sous la direction de Robert Mencherini, disponible aux Publications de l'Université de Provence, Provence-Auschwitz / De l'internement des étrangers à la déportation des juifs, 2007. A traduire de l'allemand, le livre de Doris Obschernitzki : Letze Hoffnung-Ausreise. Die Ziegelei von Les Milles 1939-1942 , Hentrich Hentrich, Teetz, 1999. D'autres renseignements sur le site du Mémorial du camp des Milles. Alain Paire 30 rue du Puits-Neuf 13100, Aix en Provence. 04.42.96.23.67 Site: "http://www.galerie-alain-paire.com" pour d' autres excellents articles | Galerie ouverte du mardi au samedi, 14h 30/ 18 h 30. |
lundi 26 décembre 2011
Les scop résistent mieux au délabrement économique....
Coopératives, capital sympathie
L’économie sociale et solidaire est en pleine expansion en France, et notamment les Scop.
Le capital appartient aux employés, les dirigeants sont élus sur la base d’une voix par salarié. Bienvenue dans le monde des Scop, société coopérative ouvrière de participation. L’appellation évoque un univers que l’on croit disparu, celui de la fraternité ouvrière, au temps des utopies socialistes de la fin du XIXe siècle. Erreur. La France en comptait 51 en 1884, elles sont plus de 2 000 aujourd’hui et emploient près de 40 000 salariés. Dans le monde de l’économie sociale et solidaire, les Scop occupent donc une place de choix.
Associer les salariés au capital de l’entreprise ? Jacques De Heere sait ce que cela signifie. Voilà près de vingt ans que les 1 250 salariés d’Acome, la plus grande société coopérative de France, spécialisée dans la fabrication de câbles électriques, fibre optique, matériels pour planchers chauffants hydrauliques… l’élisent au poste de PDG.
«Participation». A l’instar de centaines d’autres dirigeants de Scop et autres entreprises du secteur de l’économie sociale et solidaire, De Heere explique que, à côté du panthéon de la corporate governance d’inspiration anglo-saxonne où siègent les actionnaires (shareholders), peuvent s’installer les autres parties prenantes de l’entreprise (stakeholders), à savoir ses salariés. Et ça marche, avec plus de 400 millions d’euros de chiffre d’affaires. «Ici, 50% des résultats restent dans l’entreprise, ils sont impartageables, le reste est distribué sous forme de participation aux salariés», explique le PDG d’Acome. Exit les chasseurs de plus-values rapides et risquées, bonjour les fourmis, prêtes à faire fructifier leur entreprise pour encaisser les salaires et partager les bénéfices.
A Mortain (Manche), sur les cinq sites de production d’Acome, pas de stratégie industrielle sans prendre en compte le long terme, la pérennité de l’entreprise et surtout l’emploi. «L’emploi n’est jamais une variable d’ajustement, insiste Jacques De Heere. Dans une entreprise classique, c’est l’actionnaire majoritaire qui décide du futur de l’entreprise. Ici, comme dans toutes les Scop, le capital est détenu à 100% par les salariés. Alors, forcément, ils sont très engagés dans toutes les facettes de la vie de l’entreprise. Idem pour les clients, qui, en outre, ressentent une forme de sécurisation.»
Question : vit-on plus heureux dans une Scop ? «Oui, c’est généralement le cas. La plupart des salariés éprouvent une forme d’engagement vis-à-vis de l’entreprise, mais aussi vis-à-vis de tout leur environnement. Entre toutes les parties prenantes, c’est-à-dire les salariés, mais aussi les clients, les élus politiques ou encore les collectivités sociales, les liens sont plus étroits», répond Thierry Jeantet, président du Forum international des dirigeants de l’économie sociale. Et d’ajouter : «La Scop, comme les mutuelles d’assurances, les fondations, les coopératives de toutes sortes, offre des structures pour une gestion plus humaniste. Beaucoup de dirigeants de ce secteur avouent avoir le cœur à gauche.»
Quête de sens. Au niveau mondial, les coopératives, tous secteurs confondus, représentent un chiffre d’affaires de près de 1 000 milliards d’euros. En France, la nébuleuse fragmentée et complexe de l’économie sociale et solidaire (ESS) compterait près de 800 000 entreprises, avec ou sans numéro de registre du commerce, selon Thierry Jeantet (coopératives agricoles, industrielles ou bancaires, mutuelles d’assurances ou de santé…) et plus d’un million d’associations. Cette «autre économie», qui occupe 2,2 millions de personnes en France et contribue pour 10% au PIB, fait partie intégrante du tissu socio-économique. «Mais on l’ignore encore trop souvent», regrette Jeantet. Dispersée, disparate, l’ESS n’en reste pas moins dynamique : 440 000 emplois y ont été créés depuis 2000, dont 31 000 en 2010. Les associations se taillent la part du lion, avec 3 emplois sur 4 et plus de 80% des établissements employeurs.
Même si elle pâtit d’une image quelquefois ringarde, l’économie sociale et solidaire attire de plus en plus de candidats : jeunes diplômés sensibles à l’engagement humanitaire ou aux thèses altermondialistes, salariés dégoûtés par la logique purement financière de l’entreprise classique ou tout simplement en quête de sens dans leur travail. Mais, en cette période de restriction des finances publiques, en France mais aussi dans la plupart des pays développés, ce secteur risque de jouer, plus que jamais, un rôle d’amortisseur social…
VITTORIO DE FILIPPIS
L’économie sociale et solidaire est en pleine expansion en France, et notamment les Scop.
Le capital appartient aux employés, les dirigeants sont élus sur la base d’une voix par salarié. Bienvenue dans le monde des Scop, société coopérative ouvrière de participation. L’appellation évoque un univers que l’on croit disparu, celui de la fraternité ouvrière, au temps des utopies socialistes de la fin du XIXe siècle. Erreur. La France en comptait 51 en 1884, elles sont plus de 2 000 aujourd’hui et emploient près de 40 000 salariés. Dans le monde de l’économie sociale et solidaire, les Scop occupent donc une place de choix.
Associer les salariés au capital de l’entreprise ? Jacques De Heere sait ce que cela signifie. Voilà près de vingt ans que les 1 250 salariés d’Acome, la plus grande société coopérative de France, spécialisée dans la fabrication de câbles électriques, fibre optique, matériels pour planchers chauffants hydrauliques… l’élisent au poste de PDG.
«Participation». A l’instar de centaines d’autres dirigeants de Scop et autres entreprises du secteur de l’économie sociale et solidaire, De Heere explique que, à côté du panthéon de la corporate governance d’inspiration anglo-saxonne où siègent les actionnaires (shareholders), peuvent s’installer les autres parties prenantes de l’entreprise (stakeholders), à savoir ses salariés. Et ça marche, avec plus de 400 millions d’euros de chiffre d’affaires. «Ici, 50% des résultats restent dans l’entreprise, ils sont impartageables, le reste est distribué sous forme de participation aux salariés», explique le PDG d’Acome. Exit les chasseurs de plus-values rapides et risquées, bonjour les fourmis, prêtes à faire fructifier leur entreprise pour encaisser les salaires et partager les bénéfices.
A Mortain (Manche), sur les cinq sites de production d’Acome, pas de stratégie industrielle sans prendre en compte le long terme, la pérennité de l’entreprise et surtout l’emploi. «L’emploi n’est jamais une variable d’ajustement, insiste Jacques De Heere. Dans une entreprise classique, c’est l’actionnaire majoritaire qui décide du futur de l’entreprise. Ici, comme dans toutes les Scop, le capital est détenu à 100% par les salariés. Alors, forcément, ils sont très engagés dans toutes les facettes de la vie de l’entreprise. Idem pour les clients, qui, en outre, ressentent une forme de sécurisation.»
Question : vit-on plus heureux dans une Scop ? «Oui, c’est généralement le cas. La plupart des salariés éprouvent une forme d’engagement vis-à-vis de l’entreprise, mais aussi vis-à-vis de tout leur environnement. Entre toutes les parties prenantes, c’est-à-dire les salariés, mais aussi les clients, les élus politiques ou encore les collectivités sociales, les liens sont plus étroits», répond Thierry Jeantet, président du Forum international des dirigeants de l’économie sociale. Et d’ajouter : «La Scop, comme les mutuelles d’assurances, les fondations, les coopératives de toutes sortes, offre des structures pour une gestion plus humaniste. Beaucoup de dirigeants de ce secteur avouent avoir le cœur à gauche.»
Quête de sens. Au niveau mondial, les coopératives, tous secteurs confondus, représentent un chiffre d’affaires de près de 1 000 milliards d’euros. En France, la nébuleuse fragmentée et complexe de l’économie sociale et solidaire (ESS) compterait près de 800 000 entreprises, avec ou sans numéro de registre du commerce, selon Thierry Jeantet (coopératives agricoles, industrielles ou bancaires, mutuelles d’assurances ou de santé…) et plus d’un million d’associations. Cette «autre économie», qui occupe 2,2 millions de personnes en France et contribue pour 10% au PIB, fait partie intégrante du tissu socio-économique. «Mais on l’ignore encore trop souvent», regrette Jeantet. Dispersée, disparate, l’ESS n’en reste pas moins dynamique : 440 000 emplois y ont été créés depuis 2000, dont 31 000 en 2010. Les associations se taillent la part du lion, avec 3 emplois sur 4 et plus de 80% des établissements employeurs.
Même si elle pâtit d’une image quelquefois ringarde, l’économie sociale et solidaire attire de plus en plus de candidats : jeunes diplômés sensibles à l’engagement humanitaire ou aux thèses altermondialistes, salariés dégoûtés par la logique purement financière de l’entreprise classique ou tout simplement en quête de sens dans leur travail. Mais, en cette période de restriction des finances publiques, en France mais aussi dans la plupart des pays développés, ce secteur risque de jouer, plus que jamais, un rôle d’amortisseur social…
VITTORIO DE FILIPPIS
samedi 28 mai 2011
La France bouge...un peu

Vu sur le site
http://reelledemocratie.com/
le site de celles et ceux qui occupent l'espace public pour faire entendre la voix des indignés qui se joignent au mouvement lancé par la jeunesse espagnole
la liste des rassemblements aujourd'hui en France
SAMEDI 28 MAI :
AIX EN PROVENCE : 18h, Rotonde/Mirabeau
AMIENS : 15h, Campement devant le rectorat
AVIGNON : 18h, Place de l'horloge
BAYONNE : Campement permanent place Chaho-Pelletier
BELFORT 14h place Corbis
BESANçON : 18h30, Place Marulaz
BORDEAUX : 14h place de la Victoire
BREST : 19h, Place de la Liberté
CARCASSONNE : 17h30, Square Gambetta
CARHAIX : 10h, Place du champ de foir
CHERBOURG :19h, place du théatre
CLERMONT FERRAND : 18h Place de Jaude
GRENOBLE : 20h, Place Victor Hugo
LE HAVRE : 15h, Préfecture
LILLE : 12h, Place de la République
LORIENT : 18h Place Aristide Briand (Fnac)
LYON : Campement permanent Place Bellecour
MANOSQUE : 12h, Place Marcel Pagnol
MONTPELLIER : 18h, Place de la Comédie
NANCY : 19h30, Place Maginot, contact 0659827367
NANTES : 18h Place Royale
NIMES : 19h, Maison Carrée
PARIS : 19h à la Bastille
PAU : Place de Verdun : 9h
PERPIGNAN : AG 19h Place République
RENNES : 19h, Place de la Mairie
REIMS : 15h30, Place Herlon
ROUEN : 17h, Place de l'hôtel de ville
STRASBOURG : 19h, Place de la République
TOULON 17H place de la liberté
TOULOUSE : 19h Place du Capitole
TOURS : 19h, Place Anatole
A noter: une forte action policière hier matin, en Espagne, pour dégager la place à Barcelone.
Résultat: une évacuation par la force, 131 blessés, et une réoccupation immédiate le soir même (c'est la photo d'en haut hier à 19h) par des manifestants déterminés à ce que l'on ne les fasse pas taire. En complément une indigation redoublée en Espagne et partout dans le monde.
Jean-Noël Chassé pour A.P.I.S.
jeudi 24 février 2011
Résister, c' est céer ...

Je viens de visionner cette tribune de Médiapart pour la liberté. ""De Tunis à Paris jusqu'au Caire : S'indigner, Résister, Créer"" sur http://videos.arte.tv/fr/videos/_de_tunis_a_paris_jusqu_au_caire_s_indigner_resister_creer_-3698844.html très intéressante. Ce forum organisé avec plusieurs personnalités exceptionnelles (Claude Alphandéry, Edgar Morin, Stéphane Hessel), mais aussi des représentants remarquables des pays arabes). Regardez-le, laissez-vous interpeler. Elle est un peu longue (1h30) mais vous pouvez avancer le curseur de lecture à votre guise.
Bonne lecture !
Bonne lecture !
Jacques Liottard
26400 Crest
samedi 19 février 2011
Les Insurgés de la Terre
Bonjour,
A voir...
Je trouve la vidéo "Les insurgés de la terre (extrait 1)" sur http://videos.arte.tv/fr/videos/les_insurges_de_la_terre_extrait_1_-3696642.html très intéressante. Jettes-y un coup d'oeil.
A bientôt !ecocitoyensdie@hotmail.com
A voir...
Je trouve la vidéo "Les insurgés de la terre (extrait 1)" sur http://videos.arte.tv/fr/videos/les_insurges_de_la_terre_extrait_1_-3696642.html très intéressante. Jettes-y un coup d'oeil.
A bientôt !ecocitoyensdie@hotmail.com
jeudi 27 janvier 2011
Loi sécuritaire et atteinte aux libertés fondamentales
Loppsi 2, où s’arrêtera la surenchère sécuritaire ?
Loppsi 2, « Loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure », vient d’être adoptée par le Sénat. Une loi fourre-tout qui fait de la répression et du durcissement général des peines la réponse unique à des questions sociales complexes. Une étape de plus vers une société de contrôle où l’État encourage surveillance et suspicion généralisée. Petit inventaire de ce condensé de politique sécuritaire et liberticide.
Un vaste fourre-tout au nom barbare. La loi « d’Orientation et de Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure » (Loppsi 2) traite aussi bien d’Internet, de la vidéosurveillance, des peines plancher, que de la police municipale ou du permis à points. Elle définit les objectifs prioritaires du gouvernement de 2009 à 2013 en matière de lutte contre « l’insécurité ». Au total, 48 articles de dispositions toujours plus répressives. Pourquoi se gêner ? Ce n’est que la 37ème loi sécuritaire en sept ans ! La Loppsi 2 prétend offrir aux Français « la sécurité partout, pour tous » et « renforcer la tranquillité nationale ». De son côté, Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, assure que « protéger les Français », nécessite « une mobilisation totale, générale et permanente ». La guerre à « l’insécurité » est déclarée. Et chacun se doit d’y participer...
Mobilisation totale donc. Durant les débats parlementaires à l’Assemblée Nationale, les durs de l’UMP regroupés sous le label « Droite Populaire », n’étaient pas en reste, en déposant plusieurs amendements musclés. Comme celui qui oblige les présidents des cours d’assises à poser aux jurys la question d’une éventuelle peine complémentaire d’interdiction du territoire français pour les condamnés étrangers. Nicolas Sarkozy, qui s’était déclaré – quand il était ministre de l’Intérieur – contre la « double peine » [1], a estimé qu’il fallait « laisser le débat parlementaire se faire ». Le discours ultra-sécuritaire prononcé fin juillet, à Grenoble, par le président de la République, est passé par là… La « mobilisation totale » vaut bien quelques revirements.Vision paranoïaque
La Loppsi 2 s’inscrit dans un mouvement plus long de dérive sécuritaire qui n’a finalement suscité que très peu de critiques du côté du PS. En 2002, le Parlement a ainsi adopté la première « loi d’Orientation et de Programmation pour la Sécurité Intérieure » (la Lopsi 1), laquelle a été consolidée en 2004. La Loppsi 2 est ainsi présentée comme « un dispositif d’exception pour un sujet d’exception », arguant d’une menace terroriste ou relevant de « la criminalité organisée » d’exceptionnelle ampleur. Les habitants des yourtes, caravanes et autres « habitats précaires », menacés d’expulsion par Loppsi 2, apprécieront d’être ainsi traités.
Le Syndicat de la magistrature dénonce avec raison « un texte dont la philosophie générale vise à étendre les formules de fichage de la population et à créer ou aggraver des infractions dans différents domaines », et qui, « en dressant la liste exhaustive des prétendues menaces intérieures et extérieures, révèle une conception de la société à la limite de la paranoïa ». D’où un agglomérat de mesures sans liens particuliers entre elles. Pour un seul objectif : instaurer encore un peu plus « l’État pénitence » élaboré aux États-Unis dès les années 1990 par de nombreux think tanks néoconservateurs [2]. La Loppsi 2 consacre d’ailleurs la privatisation des missions de surveillance et de gestion de l’ordre public relevant jusqu’ici du pouvoir régalien. La nouvelle loi entérine ainsi les « partenariats public-privé » en matière de sécurité. Serons-nous bientôt tous des auxiliaires de police, au service d’entreprises de surveillance ?
Vidéoprotection... et bientôt vidéotranquillité ?
Avec la Loppsi 2, le gouvernement généralise la vidéosurveillance, autorisant l’installation par les entreprises privées de caméras filmant la voie publique. Le préfet pourra, en cas de « nécessité impérieuse de sécurité publique », imposer aux maires réticents d’installer des caméras. Et bien sûr, pour faire passer la pilule, le gouvernement fait dans la novlangue orwellienne en parlant désormais de « vidéoprotection ». Et pour bientôt la « vidéotranquillité » ? « L’espace public sera privatisé et les films pourront être donnés à l’État, toutes les dérives sont possibles », dénonce le Syndicat de la magistrature.
Côté Internet, afin de protéger « les internautes contre les images de pornographie enfantine », va être instaurée une liste noire de sites devant être bloqués par les fournisseurs d’accès, sur simple demande de l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC). Et ce, sans intervention d’un juge. « Lorsque la maison brûle, on ne demande pas au juge l’autorisation d’envoyer les pompiers », a déclaré Brice Hortefeux en septembre devant les sénateurs. Et bien sûr, cette fameuse liste ne sera pas rendue publique. « La décision est à 100% entre les mains de l’exécutif », souligne Jérémie Zimmermann, de La Quadrature du Net [3]. « Et il n’y aura aucun moyen de contrôler d’éventuelles dérives en aval ». C’est donc la mise en place d’un système de filtrage d’Internet. Une première qui pourrait être étendue à bien d’autres sujets… Face à la « menace sécuritaire » globale que nous prédit Brice Hortefeux, tout semble permis, y compris court-circuiter la justice.
Répression de la précarité
Question espace public, la Loppsi 2 s’attaque à la vente à la sauvette, à l’habitat nomade/précaire (squats, baraques autoconstruites, campement de tentes, caravanes, yourtes…), au risque de fragiliser plus encore des populations qui le sont déjà. Les préfets pourront les évacuer et tout raser, en invoquant « la salubrité », « la sécurité ou la tranquillité publiques ». Des termes suffisamment vagues pour motiver des expulsions à répétition. Plus de cinquante associations, dont Droit au logement (DAL), la Fondation Abbé Pierre, ou la Ligue des droits de l’homme, ont signé un appel pour dénoncer ce texte qui « accable les personnes les plus gravement touchées par la crise du logement ».
Dans une logique de répression accrue, la Loppsi 2 multiplie les dispositions : instauration de peines plancher pour des délinquants non récidivistes, extension de la surveillance par bracelet électronique, peine de sûreté de trente ans en cas de meurtre d’une personne dépositaire de l’autorité publique – mise sur un pied d’égalité avec les peines concernant les enfants victimes de tortures… Et la nouvelle loi aligne encore plus la justice des enfants sur celle des adultes, au nom de la rapidité de la réponse pénale. La loi prévoit ainsi la possibilité d’instaurer un couvre-feu pour les mineurs de 13 ans.
Un acte de défiance vis-à-vis des magistrats
La loi aurait pu être encore plus dure si, la semaine dernière, le Sénat en deuxième lecture n’avait pas tempéré l’ardeur du gouvernement ou des durs de l’UMP. Le Sénat a décidé de limiter l’extension aux primo-délinquants des peines plancher (jusqu’à présent réservées aux récidivistes) uniquement pour les délits les plus graves (passibles d’au moins 10 ans de prison et provoquant pour la victime une interruption de travail de 15 jours). Les sénateurs n’ont autorisé la comparution immédiate des mineurs sans passer par le juge des enfants que pour les mineurs condamnés dans les six mois précédents pour la même infraction. Et ils ont également décidé que la sanction de couvre-feu à l’encontre de certains mineurs de 13 ans devait être prononcée par un juge, et non par le préfet.
À l’occasion du vote au Sénat, l’ancien garde des Sceaux socialiste, Robert Badinter, a critiqué le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, par ces mots : « Il ne s’agit plus d’un instrument de lutte contre la récidive, c’est purement et simplement une aggravation de la peine, un simple durcissement brutal (de peine) et un acte de défiance renouvelé à l’égard de la magistrature. » La grande majorité de l’Union centriste, arbitre de la majorité au Sénat, et qui avait pourtant manifesté sa volonté de refuser « toute surenchère sécuritaire », a approuvé le texte. Ce dernier n’a pas fini pour autant son parcours législatif. Une Commission mixte paritaire (composée de sept sénateurs et sept députés) doit se réunir le 26 janvier au Sénat, pour élaborer un compromis entre les deux assemblées. Lequel sera soumis ensuite au vote des sénateurs le 8 février et probablement le même jour à l’Assemblée nationale pour une adoption définitive. L’État pénitence n’attend pas.
Marc Endeweld
Notes
[1] En réalité, l’esprit même de la double peine n’a jamais été aboli. Puisque les préfectures et les tribunaux correctionnels ont toujours la possibilité de prononcer une interdiction de territoire assortie d’une expulsion s’ils estiment qu’un condamné ne présente pas toutes les garanties. La loi supprime la double peine uniquement si le prévenu ne présente aucun « risque impérieux pour la sûreté de l’État ou la sécurité publique » et à condition de ne pas être condamné à une peine de plus de 5 ans.
[2] À lire sur le sujet, Loïc Wacquant, Les prisons de la misère, Éditions Raisons d’agir, 1999.
[3] Les Échos, 17 décembre 2010.
mercredi 26 janvier 2011
Conjuguer optimisme et pessimisme...
Entretien avec l'ancien résistant et philosophe qui, dans son livre « La Voie », dresse un constat sévère des maux contemporains.
A 89 ans, Edgar Morin continue de produire une réflexion riche et tournée vers l'avenir. Cet ancien résistant, ex-communiste, sociologue et philosophe, à qui, sans le savoir, Nicolas Sarkozy empruntait il y a quelques années le concept de « politique de civilisation », vient de produire un nouvel ouvrage, « La Voie », dans laquelle il fait à la fois un constat sévère et angoissant des maux de notre époque, et tente de donner quelques pistes pour l'avenir. Entretien avec Rue89.
Nous avons été frappés par votre pessimisme en lisant votre livre. Vous prédisez une catastrophe de l'humanité tout en disant que le pire n'est jamais sûr. La note d'espoir de la fin s'adresse à ceux qui survivront au cataclysme…
Edgar Morin : Ecrire 300 pages de propositions pour l'avenir n'est pas pessimiste. Si j'avais été pessimiste, j'aurais été Cioran, j'aurais écrit quelques maximes disant « tout est foutu ».
Je me place d'un point de vue qui est celui de la distinction entre le probable de l'improbable. Le probable, pour un observateur donné dans un lieu donné, consiste à se projeter dans le futur à partir des meilleures informations dont il dispose sur son temps.
Evidemment, si je projette dans le futur le cours actuel du devenir de la planète, il est extrêmement inquiétant. Pourquoi ?
Non seulement il y a la dégradation de la biosphère, la propagation de l'arme nucléaire mais il y a aussi une double crise : crise des civilisations traditionnelles sous le coup du développement et de la mondialisation, qui n'est rien d'autre que l'occidentalisation, et crise de notre civilisation occidentale qui produit ce devenir accéléré où la science et la technique ne sont pas contrôlées et où le profit est déchaîné.
La mort de l'hydre du totalitarisme communiste a provoqué le réveil de l'hydre du fanatisme religieux et la surexcitation de l'hydre du capital financier.
Ces processus semblent nous mener vers des catastrophes dont on ne sait pas si elles vont se succéder ou se combiner. Tous ces processus, c'est le probable.
Seulement, l'expérience de l'histoire nous montre que l'improbable bénéfique arrive. L'exemple formidable du monde méditerranéen cinq siècles avant notre ère : comment une petite cité minable, Athènes, a-t-elle pu résister deux fois à un gigantesque empire et donner naissance à la démocratie ?
J'ai vécu autre chose. En l'automne 1941, après avoir quasi détruit les armées soviétiques qu'il avait rencontrées, Hitler était arrivé aux portes de Leningrad et de Moscou. Or à Moscou, un hiver très précoce a congelé l'armée allemande. Les soviétiques étaient déjà partis de l'autre côté de l'Oural.

Le 5 décembre, la première contre-offensive soviétique a libéré Moscou sur 200 kilomètres et deux jours plus tard, les Américains sont entrés en guerre. Voilà un improbable qui se transforme en probable.
Aujourd'hui, quel est le nouvel improbable ? La vitalité de ce l'on appelle la société civile, une créativité porteuse d'avenir. En France, l'économie sociale et solidaire prend un nouvel essor, l'agriculture biologique et fermière, des solutions écologiques, des métiers de solidarité… Ce matin, j'ai reçu un document par e-mail sur l'agriculture urbaine.
Au Brésil où je vais souvent, des initiatives formidables transforment actuellement un bidonville voué à la délinquance et à la misère en organisation salvatrice pour les jeunes.
Beaucoup de choses se créent. Le monde grouille d'initiatives de vouloir vivre. Faisons en sorte que ces initiatives se connaissent et se croisent ! La grande difficulté est là, car nous sommes emportés à toute vitesse dans cette course vers les désastres, sans avoir conscience de cela.
La crise intellectuelle est peut-être la pire parce que nous continuons à penser que la croissance va résoudre tous les maux alors que la croissance infinie et accélérée nous projette dans un monde fini qui la rendrait impossible.
Il n'y a pas de pensée suffisamment complexe pour traiter cela ; notre éducation donne de très bons spécialistes mais ils sont incapables de transmettre leur spécialité aux autres. Or, il faut des réformes solidaires. Tout ceci montre la difficulté pour nous à changer de voie.
Mais l'humanité a changé souvent de voies. Comment se fait-il que le Bouddha, le prince Sakyamuni, qui réfléchit sur la souffrance, élabore sa conception de la vérité qui va devenir une religion ? Comment se fait-il que ce petit chaman juif, dissident et crucifié, donne grâce à Paul cette religion universaliste qu'est le christianisme ? Que Mohamed, chassé de la Mecque, soit à la source d'une gigantesque religion ?
Vous pensez qu'il faut un nouveau prophète ?
Non… mais il faut certainement des nouveaux penseurs. Il ne faut pas oublier que les socialistes, Marx, Proudhon, étaient considérés comme des farfelus, ignorés et méprisés par l'intelligentsia de l'époque. C'est à partir de la fin du XIXe que naissent le Parti social démocrate allemand, le socialisme réformiste, le communisme léninisme, etc. et qu'ils se développent comme des forces politiques formidables.
Même sur le plan de l'histoire, le capitalisme s'est développé comme un parasite de luxe du monde féodal. La monarchie luttait contre les féodaux, le monde bourgeois et capitaliste a donc pu se développer. L'histoire a changé de sens, c'est un facteur d'optimisme.
Je suis parti de l'idée que tout est à réformer et que toutes les réformes sont solidaires. Je suis obligé de le penser puisqu'une révolution radicale comme celle de l'URSS ou même de Mao, qui ont pensé liquider totalement un système capitaliste et bourgeois, une structure sociale, économique et étatique, n'ont finalement pas réussi à le faire. Ils ont provoqué à long terme la victoire de l'ennemi qu'ils pensaient avoir liquidé : c'est-à-dire un système capitaliste pire que celui de 1917 et le retour de la religion triomphale en Russie et, en Chine, la victoire du capitalisme lié à l'esclavagisme d'Etat.
Ce que vous dites accentue le pessimisme puisqu'on constate un vide de la pensée. Aucune force politique à la veille de 2012 n'est porteuse de cette complexité.
Dans chaque domaine, il existe des exemples positifs, marginaux peut-être même… Mais toutes les grandes réformes et les révolutions ont débuté par ces expériences marginales.
Mais ce qui n'est pas pessimiste, c'est que je lie l'espérance à la désespérance. Plus les choses s'aggraveront, plus il y aura une prise de conscience. Hölderlin dit : « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve », c'est-à-dire qu'il y a des chances que soient provoquées les prises de conscience.
Vous savez, il faut dépasser la dualité optimiste-pessimiste. Je ne sais pas si je suis un « optipessimiste » ou un « pessimoptimiste ». Ce sont des catégories dans lesquelles il ne faut pas se laisser enfermer.
Que pensez-vous du succès du petit livre de Stéphane Hessel ?
La jeunesse d'esprit de Stéphane Hessel, sa vie très droite, la résistance, la déportation, sa fidélité au programme du Conseil de la résistance, son projet des droits de l'homme, la fondation pour aider des villages en Afrique…. C'est un humaniste planétaire !
Ce succès est quelque chose de très significatif, de très positif. Son petit livre a une fonction d'éveil mais il faut éviter le malentendu de se concentrer sur la notion d'indignation. Une indignation sans réflexion, c'est très dangereux. L'indignation n'est pas un signe de vérité, une indignation est vraie si elle est fondée sur une analyse. Evidemment, si vous prenez l'affaire Bettencourt, il y a de quoi s'indigner…
Ce livre est un déclic éveilleur qui va un peu au-delà de l'indignation. Il faut désormais dépasser ce stade pour un autre, celui de la pensée. Les journée de grève sur les retraites avaient un sens polyvalent, tous les mécontentements se cristallisaient. Il y avait un côté « éveil populaire ». Là aussi, le travail est énorme. Pourquoi ? A cause de la crise, de la stérilité du PS, du côté fermé ou sectaire des petits partis de gauche…en dépit de l'intérêt de l'écologie politique.
Nous sommes face à une crise de la pensée politique. Moi qui essaye de faire une injection de la pensée en politique, je constate mon échec total ! La chose est plus grave parce que je vois la mort lente du peuple de gauche et du peuple républicain.
Au début du XXe siècle, les instituteurs et les enseignants étaient les porteurs des idées républicaines, des idées de la révolution « liberté, égalité, fraternité » ensuite reprises en charge par le Parti socialiste puis par les communistes dans les écoles de formation. Dans le monde intellectuel, l'intelligentsia était universaliste et porteuse des grandes idées…
Or, c'est fini : les enseignements sont pour la plupart recroquevillés sur des spécialités, on parle de Le Pen aux présidentielles, la situation est grave.
Mais là encore, peut-être peut-on régénérer ceci avec le message d'Hessel. Ou avec celui de Claude Alphandéry, sur l'économie sociale et solidaire qui apporte de nombreuses idées.
Ces idées que nous défendons ont été élaborées dans de petits groupes, avec le docteur Robin, etc. On ne va pas remplacer le capitalisme par un coup de baguette magique mais on peut refouler sa zone de domination absolue. Des idées de monnaie locale ont même été expérimentées. Les idées sont partout, j'ai recueilli dans mon livre les expériences des uns et des autres.
Vous parliez de la croissance qui reste le credo de la classe politique alors qu'elle est l'un des vecteurs de l'aggravation des crises. Etes-vous pour autant converti à la décroissance ?
Non ! Il faut combiner croissance et décroissance. Je suis contre cette pensée binaire qui n'arrive pas à sortir d'une contradiction. Il faut distinguer ce qui doit croître et ce qui doit décroître. Ce qui va croître, c'est évidemment l'économie verte, les énergies renouvelables, les métiers de solidarité, les services étonnamment sous-développés comme les services hospitaliers.
On voit très bien ce qui doit décroître, c'est ce gaspillage énergétique et polluant, cette course à la consommation effrénée, ces intoxications consommationnistes…
Tout un monde d'idées est là, ce qui manque c'est son entrée dans une force politique nouvelle.
En 2008, il y a eu cet emprunt de Nicolas Sarkozy à votre « politique de civilisation ». Que s'est-il passé ?
C'est un malentendu. Pendant ses vœux, Nicolas Sarkozy a parlé de « politique de civilisation ». Son conseiller, Henri Guaino, qui connaissait au moins le titre, a eu cette idée. Quelques journaux ont dit que j'avais été pillé. Dans Le Monde, j'ai dit que je ne savais pas ce que Nicolas Sarkozy entendais par là et j'ai expliqué ce que j'entendais par « politique de civilisation ».
Comme je n'avais pas été très agressif, j'ai été invité à rencontrer Nicolas Sarkozy à l'Elysée. Il m'a dit que pour lui la civilisation, c'était l'identité, la nation, etc. J'ai expliqué : « C'est lutter contres les maux de notre civilisation tout en sauvegardant ses aspects positifs. » La discussion a été cordiale.
Il s'est trouvé qu'en le quittant, je lui ai dit : « Je suis sûr que dans vos discours, vous êtes sincère les trois quarts du temps, ce qui vous permet le dernier quart de dire autre chose. » C'était une petite blague.
Le lendemain, un journaliste l'interpelle sur la « politique de civilisation » et lui a répondu : « J'ai reçu Edgar Morin hier. Il m'a assuré être d'accord avec les trois quarts de ma politique. » Je n'ai jamais vu autant de micros me solliciter après ça.
En France, j'ai eu une tribune assez importante pour que les gens comprennent que je n'étais pas devenu le féal de Sarkozy mais des amis me téléphonaient d'Italie et d'Espagne en me demandant : « Toi aussi, mon pauvre ami ? »
C'était après Kouchner, Amara… Remarquez, grâce à Sarkozy, le livre a été tiré à des milliers d'exemplaires. Ce qui est dommage, c'est que ça n'a pas eu d'influence du tout sur sa politique. Il n'avait pas compris.
Avez-vous des contacts avec avec des responsables de gauche ?
J'ai reçu le livre d'Arnaud Montebourg. Dans sa dédicace, il dit s'inspirer de certaines de mes idées. Si c'est vrai, je suis content. Ségolène Royal m'a défendu à l'époque du malentendu avec Sarkozy. Elle a montré un exemplaire du livre en disant que c'était ça la vraie politique de civilisation. Mais je n'ai pas de signe d'un renouveau de la pensée politique.
Vous défendez dans « La Voie » la démocratie participative, un concept de Royal.
Elle avait raison. Il y a des exemples au Brésil où la population examine certains budgets… Il doit y avoir je crois comme complément à la démocratie parlementaire et institutionnelle une démocratie de base qui puisse contrôler, voire décider de certains problèmes comme la construction d'un bout d'autoroute, l'installation d'une usine…
Je suis favorable à la démocratie participative mais je sais que ce n'est pas une solution magique. Le risque est que les populations les plus concernées en soit absentes, les vieux, les femmes, les jeunes, les immigrés…
Il y a aussi le risque que ces assemblées soient noyautées par des partis. Cette manie des petits partis trotskistes de toujours noyauter. Ils croient bien faire et en réalité, ils détruisent tout ! Voyez l'altermondialisme.
Souvent aussi, ce sont les forts en gueule qui jouent les rôles les plus importants et beaucoup se taisent. Il y a toute une éducation à faire sur la démocratie participative.
Si on amorce la pompe au renouveau citoyen, les choses peuvent se développer. Il faut créer des instituts où l'on enseigne aux citoyens les grands problèmes politiques. Comme il y a un dessèchement de la démocratie, la régénération de la démocratie compte.
Pourtant, la plus grande difficulté, c'est le désenchantement. Les vieilles générations ont cru à la révolution, au communisme, à la société dite industrielle, à la prospérité, à la fin des crises. Raymond Aron disait : « La société industrielle ferait la moins mauvaise société possible. » Il y avait des espoirs, le socialisme arabe, les révolutions… Tous ces espoirs se sont effondrés.
Au Brésil ou en Chine, cette croyance en la prospérité, la croissance, existent pourtant.
En Amérique latine, la gauche existe sous une forme plurielle. On doit dire les gauches. Lula, Kirchner, Bachelet, Correa… Pas Chavez, je ne dirais pas que c'est la gauche.
Le Brésil, ce grand pays qui a un grand potentiel industriel, met son avenir dans le développement, ce qui est dangereux pour l'Amazonie, etc. Bref, là aussi des modes de pensées sont introduits. Lula est partagé entre ceux qui disent qu'il faut sauvegarder l'Amazonie et ceux qui disent qu'il faut l'exploiter.
Correa ne veut pas exploiter les ressources de pétrole ; Morales en Bolivie reconstitue la société du « bien vivir », du « bien vivre », c'est-à-dire bien vivre avec la « pachamama », la terre mère. C'est tenter les symbioses entre les civilisations traditionnelles et les civilisations occidentales.
Les traditions apportent le rapport avec la nature, ces solidarités de famille, de voisinage, de village, le respect des vieilles générations ; les défauts, c'est souvent l'autoritarisme familial, le conservatisme. L'Occident apporte la démocratie, le droit des hommes et des femmes.
L'élément déclencheur de la popularité de Lula est la « bolsa familia », cette allocation famille pauvre pour permettre aux enfants d'aller à l'école et même pour avoir accès à la consommation. Cette idée commence à être étudiée au Maroc et ailleurs, c'est un moyen de lutter contre la pauvreté. C'est très bien. C'est un continent très vivant.
Mais en Chine, c'est une symbiose entre le capitalisme le plus terrible et l'autoritarisme le plus total ! Mais là aussi il y a des ferments : écologique, de liberté…
Nous parlions du désabusement. Pensez-vous qu'il est propre à l'Occident ou qu'il est global ?
C'est global. Je crois que la perte de la croyance en un progrès comme une voie historique est un des facteurs les plus importants de ce désabusement. Cette croyance, formulée par Condorcet, a été inoculée au monde entier. Or, on a perdu l'avenir. Le lendemain est incertitude, danger et angoisse. Lorsque le présent est angoissé, on reflue vers le passé, l'identité, la religion, d'où le réveil formidable des religions.
On a donné un prix, au jury du Monde dont je fais partie, à une Iranienne qui explique très bien comment une partie de l'intelligentsia de gauche a, après l'échec du Shah, soutenu Khomeiny. Une partie des nouvelles générations se convertit à l'intégrisme religieux dans les pays arabo-musulmans.
Regardez cette crise épouvantable en Tunisie : le régime s'est posé en rempart contre l'intégrisme et il a justifié la répression ainsi. Ils ont réussi à désintégrer les forces démocratiques qui existaient dans le pays. On se rend compte d'une situation tragique.
Vous savez, avec Stéphane Hessel et notre ami Claude Alphandéry, nous sommes des dinosaures. Avec Claude Alphandéry, nous étions résistants puis communistes puis nous nous sommes dégagés du communisme. Lui, malgré ses activités bancaires, n'a pas perdu ses aspirations.
Je l'ai connu après la Libération. Depuis, on s'est retrouvés souvent et on s'est rendu compte qu'on avait conservé nos aspirations, mais qu'on avait perdu nos illusions.
Certains se convertissent au cynisme…
Ou ils passent à droite ou au religieux.
Vous-même êtes un désabusé d'Obama ?
Non ! J'admire et je respecte Obama. L'état régressif du monde a provoqué l'échec de sa politique pour Israël et en Palestine, pour le reste du monde, l'Afghanistan… Il est un peu victime. Cet échec m'attriste mais je ne suis pas désabusé.
Ce que je crains, c'est le déchaînement d'une réaction américaine pire que celle de Bush. Quand on voit ces Tea Party, la réaction des républicains, c'est très inquiétant ! Le diagnostic de régression doit nous inciter à proposer un avenir. Pas un programme, un modèle de société… Non ! Il faut proposer une voie qui peut créer d'autres voies et cette voie peut créer la métamorphose. C'est le versant optimiste d'un constat pessimiste !
Vous dites que le désenchantement est la perte de la croyance au progrès. C'est proche du désenchantement lié à l'approche de sa propre mort…
Jamais il n'y a eu cette communauté de destin pour toute l'humanité, tous les humains ont les mêmes menaces mortelles, les mêmes problèmes de salut. La mondialisation est la pire et la meilleure des choses pour cela…
Le problème de la mort, je m'y suis intéressé dans « L'Homme et la mort ». Derrière cet intérêt, il y avait la mort de ma mère quand j'avais 10 ans, un événement atroce et absurde, puis mes amis proches morts fusillés ou déportés…
Bien sûr, vie et mort sont deux ennemis, mais la vie réussit à lutter contre la mort en s'aidant de la mort. Quand nous mangeons des animaux, nous les tuons. Nos cellules meurent sans arrêt et sont remplacées par des cellules jeunes. Cette dialectique permanente de la vie et de la mort où la mort triomphe à la fin sur des individus, voire sur la vie avec la mort du Soleil, cela ne fait que renforcer l'idée de l'importance du vivre.
On peut refouler les angoisses de mort par l'intensité de la vie, des forces de vie qui sont des forces d'amour, de poésie, d'art de communion. Il n'y a pas d'autre réponse donnée à la mort que celle de pouvoir vivre sa vie. Sauf pour ceux qui croient en une vie après la mort.
Vous insistez sur l'idée de la métamorphose, avec la parabole de la chenille et du papillon. Est-ce une version différente de la vie après la mort ?
Non. Après la mort, il y a soit la résurrection dans le christianisme ou l'islam, soit la réincarnation. Mon idée, c'est que quelque chose se passe sur Terre. Il n'y a pas seulement les nombreuses métamorphoses dans le monde animal, chez les batraciens, les insectes, mais aussi chez l'homme. Nous-mêmes, quand nous sommes fœtus, nous nous métamorphosons. Nous passons d'un état liquide à l'air.
Historiquement, l'humanité toute entière a connu la métamorphose ; des sociétés de chasseurs en quelques points du globe aux premières cités, l'agriculture, les grandes religions, les œuvres d'art, les techniques, la philosophie… Dès l'apparition des grands empires à aujourd'hui, ce sont de formidables métamorphoses.
Aujourd'hui, nous devons arriver à une métamorphose post-historique, à une civilisation planétaire dont on ne peut pas prévoir la forme. Je reste donc dans un univers très terrestre, pour ne pas dire terrien.
Est-ce que le conflit au Proche-Orient n'est pas le symbole des maux de la civilisation actuelle ?
Tout à fait. Il les porte même à son paroxysme. Deux nations se sont formées sur le même territoire, deux nationalismes se sont formés et ils tendent tous deux à prendre une coloration de plus en plus religieuse.
Beaucoup se demandent ce qu'est cette histoire face aux drames du Soudan… Ce n'est pas ainsi qu'il faut poser la question parce qu'elle considère des millions de musulmans, de juifs, de chrétiens à cause de Jérusalem. Je l'ai pensée comme une sorte de cancer, quelque chose qui produit des métastases : l'antijudaïsme dans le monde musulman se nourrit de l'antisémitisme occidental qui lui s'atténue au profit de l'anti-arabisme.
Cette histoire a aggravé la situation mondiale. Ce n'est pas le seul facteur du manichéisme et de l'intégrisme, mais c'est une dégradation générale, c'est sûr.
Nous retirons notre mot de pessimisme…
Il faut conjuguer optimisme et pessimisme. C'est cela la pensée complexe, c'est unir des notions qui se repoussent.
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dimanche 23 janvier 2011
Seule la Non - Violence....
Pour une non-violence militante
Les tirs de critiques ont commencé de s'abattre sur le petit livre beige de Stéphane Hessel, accusant son auteur de céder à l'émotion, au simplisme, au populisme, de sombrer dans l'anachronisme par ses références répétées à la Résistance au coeur d'une époque dominée par la mondialisation, la compétition, l'économie. Le 18 janvier au soir, place du Panthéon, à Paris, un cran encore a été franchi avec l'interdiction faite à Stéphane Hessel de tenir une conférence-débat sur le Proche-Orient dans les locaux de l'Ecole normale supérieure (ENS).
Mais tandis que les mégaphones, place de l'Odéon, clamaient l'émotion des manifestants face à cette censure, on a vu la légère silhouette d'Hessel, insensible au froid, s'écarter de quelques mètres de la tribune pour rappeler doucement aux journalistes que nous avions la chance "de vivre dans une démocratie où nous pouvons protester contre les atteintes aux droits fondamentaux que sont la liberté de réunion et d'expression, dans l'espoir de les corriger".
Car plus les critiques s'amplifient, plus le personnage semble étranger au brouhaha qui se noue autour de lui. Plus il semble, avec ses pas dansants, se rapprocher de la petite silhouette tout aussi frêle de Gandhi. Quand Stéphane Hessel, dans les pages de son petit livre, rejette le terrorisme, c'est bien au nom de la raison : "Se dire "la violence n'est pas efficace", c'est bien plus important que de savoir si on doit condamner ou pas ceux qui s'y livrent." Le terrorisme, explique Hessel, n'est pas efficace, il exacerbe le cycle des violences, ferme la porte à l'avenir et à l'espérance et c'est à ce titre, d'abord, qu'il doit être écarté.
La non-violence n'est pas un chemin direct, facile. Il suppose une pureté intérieure que peu atteignent. Et parfois, au commun des mortels, il ne reste que ce choix : la lâcheté - ne rien faire : tout le contraire de la non-violence, toujours active, jamais passive - ou la violence. Dans ce cas, disait Gandhi, prenez la violence, sauvez votre conscience, sauvez-la si, comme au début de la deuxième guerre mondiale, des hordes nazies, super-équipées, envahissent votre pays ! A l'heure où, Allemand récemment naturalisé français, Hessel rejoignait la France libre, puis la Résistance jusqu'à tomber entre les mains de la Gestapo, il était lui-même dans une "presque" non-violence comme tant d'autres résistants.
Tout sauf la lâcheté. Ce que recommande le petit livre d'Hessel, et c'est pourquoi il touche un public aussi vaste - rien qu'en France, à ce jour, près de 10 millions de lecteurs effectifs au regard d'un tirage en route vers les 2 millions d'exemplaires et ce n'est pas fini -, c'est un réveil des consciences. Ecoutons cette fois Hessel : "Je considère la légitimité des valeurs plus importante que la légalité de l'Etat." Droit à la légitimité quand la conscience est bafouée par une raison, par une justice d'Etat. Alors, oui, Hessel ouvre la porte à une non-coopération avec la financiarisation du monde, il laisse monter la désobéissance civile face à des lois, des réformes comme celle des retraites orchestrée par un homme proche du "milieu" des champs de course. Toujours, il appelle au "souci de l'autre". C'est bien ce que devient le Français : un homme libre, un homme de raison, un partisan de la non-violence s'adresse à eux avec ce petit fascicule dont, en tant qu'éditeurs, nous portons la responsabilité du titre.
Si Gandhi condamne la lâcheté, c'est bien parce qu'il veut sauver la conscience et, ce faisant, préserver la possibilité de la non-violence, mais sans jamais aller jusqu'à prendre les habits du terrorisme qui, lui, assassine la conscience, dans son inscription corporelle, de gens innocents qui ne sont pas payés pour faire la guerre. Alors, en compagnie de Christiane, sa femme, il est allé marcher avec les citoyens de Bil'in une petite ville de Cisjordanie, marcher pour la paix jusque devant le "mur de la honte", sans jeter de pierres, sans utiliser la force, protestant malgré les tirs de Flash-Ball de l'armée israélienne.
La non-violence ébranle, déboussole ceux qui lui tournent le dos, comme en aveu dépité de son invincibilité. Car là est le levier de la non-violence, sa force inouïe : sa capacité à révéler l'existence d'une communauté, d'une "unité des consciences", pour parler comme Sartre, le philosophe de l'engagement, au sein de laquelle elle interfère, annonçant en cela son invincibilité. Sartre, dont Hessel aime à rappeler qu'il est l'élève. Oui, c'est à nos yeux la grande leçon de ce petit livre : faire progresser la non-violence en Occident. Le souffle décapite jusqu'à nos intellectuels qui mendient leur notoriété dans les couloirs de l'Elysée, et qui, aujourd'hui associés à la ministre de l'enseignement supérieur, hier tout sourires face à Hessel sur les plateaux de télévision, ont empêché notre Gandhi européen de prendre la parole à l'ENS de la rue d'Ulm. Ces mêmes intellectuels avaient cautionné il y a peu l'opération "Plomb durci" conduite par l'armée israélienne dans la bande de Gaza.
Si tous les pays européens sans exception ont demandé à traduire Indignez-vous !, c'est bien la preuve que le message de Stéphane Hessel n'est pas celui d'un "vieux schnock", mais qu'il nous raccorde au fil de la conscience résistante, laquelle pourrait bien s'avérer capable de menacer l'empire de la finance comme autrefois Gandhi sut menacer et faire plier l'empire britannique.
"J'attends la mort avec gourmandise", confie Hessel à 93 ans. C'est possible. La non-violence malmène jusqu'à l'iconographie sur laquelle repose l'imaginaire occidental - jusqu'à notre perception de la mort. Il l'attend, jeûnant volontiers, s'aidant pour trouver le sommeil d'un poème d'Apollinaire et s'éveillant au matin avec son dernier vers aux lèvres : "Et je demeure." Il nous a avertis : "Les poètes sont les premiers contestataires", parce qu'ils créent une réalité alternative, virginale. Rappelons que la non-violence se dit ahimsâ en sanscrit, himsâ voulant dire "nocivité", le "a" étant privatif. Oui, Hessel s'approche des sommets de la non-violence, de l'apesanteur.
Ouvrage : "Tibet, une histoire de la conscience" (Seuil, 2010).
Jean-Pierre Barou et Sylvie Crossman, éditeurs d'"Indignez-vous !"
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