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mardi 5 mars 2013

Mémoire : André Pitte Diois de coeur et d' âme...



Le 08 janvier 2006 André Pitte  arpentait les chemins du ciel...
Les chemins d’André
Un texte biographique de son ami Denis Chevallier, ethnologue, conservateur en chef au Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, à Marseille, paru en 2000 dans Vives campagnes, le patrimoine rural, projet de société, un numéro de la revue Autrement (collections Mutations).
Créateur des éditions À Die, directeur de la rédaction de la revue L’Alpe, inventeur et animateur infatigable de fêtes comme la fête de la transhumance et celle de la Clairette, André Pitte ne veut pas être considéré comme un militant du local mais plutôt comme un passeur. Il fait partie de ces hommes et ces femmes dont la passion ne peut s’exprimer que dans un contexte d’intense communication.
Au départ il y a donc une passion, celle de la campagne, celle du monde rural, des terroirs. Le virus, cet enfant de la banlieue est de Paris, né à Pantin, dit l’avoir attrapé très tôt. À l’âge de six ans quand, pour des raisons de santé, il passe six mois en Aubrac dans un préventorium : « On construisait des cabanes, c’était génial ».
Dès lors, il n’aura de cesse de quitter Paris. Après des études qui l’amènent à fréquenter architectes et maîtres d’œuvre (« Je connaissais presque par cœur le livre de Doyon et Hubrecht sur l’architecture rurale et bourgeoise »), il s’associe à un apiculteur qui l’hiver retape des maisons. Cette activité l’emmène à Borme-les-Mimosas puis dans l’Ain. Nous sommes à la fin des années 1960. Les retours à la terre ne sont pas encore vraiment à la mode. André Pitte achète une petite maison à Jonchères, une commune du Haut-Diois. Dès lors, il ne quittera plus cette région, « une terre sauvage, pauvre et pourtant humainement très riche, très civilisée », un pays, le Diois qu’il aime et qu’il s’attache depuis trente ans à connaître et faire connaître dans ses moindres recoins.
La scolarité de ses enfants (il est père de six enfants) le fait s’installer dans la petite ville de Die à la fin des années 1970. Pour André Pitte, le patrimoine à cette époque, c’est surtout l’architecture. Il se désespère du mitage de la périphérie de Die par un habitat très banal alors que le centre ancien est laissé à l’abandon. Passeur d’idée déjà il choisit d’utiliser les armes de la sensibilisation et surtout celle de l’exemplarité. C’est ainsi qu’il réalise un montage audiovisuel pour expliquer aux habitants ce qu’il faut éviter et qu’à la même époque, il entreprend la restauration d’un ensemble de bâtiments dans une des rues les plus anciennes de la ville, la  rue de Chastel. Son objectif est de prouver que l’on peut vivre agréablement en ville. De toute façon, comme il se plaît à le répéter, si chaque Français voulait s’approprier ne serait-ce qu’un seul hectare, le territoire national n’y suffirait pas.
Dans les années 1980, André Pitte collabore activement avec le parc naturel régional du Vercors dans le cadre de son projet culturel. Le parc est alors présidé par un élu de choc, Yves Pillet. Le maire de Pont-en-Royans est convaincu de l’importance du patrimoine dans le développement local et a lancé dès 1980 un ambitieux projet de connaissance et de restitution de la mémoire du territoire. Ce sera l’occasion pour André Pitte d’entamer des collaborations avec le Musée dauphinois de Grenoble qui joue un rôle actif dans ce programme. Ce sera aussi pour lui l’occasion de faire ses premières armes en tant qu’éditeur puisque les éditions de la Manufacture qu’il fonde avec Michel de Paepe voient le jour à Die dans le cadre du projet culturel du parc. C’est la Manufacture qui publiera un peu plus tard une collection de guides dont le premier est consacré au Vercors.
Séparé de la Manufacture, André Pitte trouve avec le GRETA la possibilité de renouer avec la pédagogie du patrimoine. De 1987 à 1992, il anime des formations d’artisans à différentes techniques de construction traditionnelles comme celles des enduits, que les maçons locaux semblent avoir oublié, à base de chaux. Il faut convaincre par tous les moyens et donc viser toutes les cibles : celle des usagers et celle des acteurs. A partir de 1990, André Pitte s’active sur tous les fronts, ceux de la diffusion par l’intermédiaire de sa maison d’édition où il réédite et achève le corpus de l’architecture rurale française avec le musée des Arts et traditions populaires et le CNRS, puis ensuite en 1998 à travers la revue L’Alpe qu’il fonde avec l’éditeur Jacques Glénat et le Musée dauphinois ; ceux d’une sensibilisation active d’un large public : ce sera l’organisation en 1990 de la première fête de la transhumance dont le succès n’a fait que croître au cours des dix dernières années ; ce sera en 1997, l’organisation de la fête de la clairette.
La fête de la transhumance illustre la conception qu’André Pitte a de l’action patrimoniale. L’objet, une pratique d’élevage, servira de fil conducteur pour démontrer que le patrimoine n’est ni nostalgie ni repli identitaire mais un moyen de faire se rencontrer des gens de cultures différentes. Ainsi, la fête de la transhumance est-elle conçue dès l’origine comme un moyen de créer des liens. Entre monde des villes et monde des campagnes, entre transhumants et sédentaires, peuples du sud et du nord. La fête fait une place de plus en plus grande à ceux d’ailleurs : Corses, Basques, Berbères, Peuls, Touaregs, Kirghises et Turkmènes d’Asie centrale, etc. Son objectif est de « tendre des passerelles entre des mondes qui trop souvent s’ignorent ».
Alors le patrimoine n’est-il qu’un simple prétexte à animations culturelles locales ? Non, répond André Pitte. C’est beaucoup plus, car il touche à l’identité de chacun. Ainsi, une des retombées (et non des moindres) fut-elle de redonner aux bergers une dignité qu’ils avaient souvent l’impression d’avoir perdue.
Mais alors ne risque-t-on pas ainsi de «  folkloriser », de figer, d’enfermer la réalité dans le carcan de la nostalgie ? Pour éviter cet écueil il faut montrer que tout est lié  : « Si l’on montre qu’une profession existe, qu’elle est vivante on sait aussi que ce n’est pas la culture toute seule qui peut la maintenir. Il faut aussi des interventions économiques. Ce n’est pas un hasard si la première convention concernant les mesures agro-environnementales entre le parc naturel régional et l’État a été signée à Die pendant la fête de la transhumance de 1991. »
Pour André Pitte, le patrimoine n’est pas dissociable de la vie. Il constitue ce supplément d’âmes, « ce qui nous rend heureux ensemble ».
Denis Chevallier

André Pitte, organisateur de la fête de la transhumance à Die - Drailles

André PitteInterview réalisée par le CMTRA (Centre de Musiques Traditionnelles Rhône-Alpes)- 1997
André Pitte, vous êtes un des fondateurs de "La fête de la Transhumance" à Die, dans la Drôme. Quels sont les objectifs et la philosophie de cette manifestation, et depuis combien de temps existe-t-elle ?
André Pitte : Cette fête existe depuis sept ans, mais l'idée est née il y a une quinzaine d'années : Au parc du Vercors, il y avait un projet qui s'appelait Patrimoine et Développement. Cette idée a décliné des manifestations qui se sont faites sur la vigne, sur le bois, sur la préhistoire et sur la construction de routes en Vercors ...
L'idée étant que le Patrimoine devienne facteur de développement dans les zones rurales ou d'ailleurs et pas uniquement en France. Ce projet pour le parc du Vercors étant terminé, nous avons pensé, ceci au début des années 1990 à un projet sur le pastoralisme. Le pastoralisme n'avait jamais été traité dans le même esprit, c'est à dire en essayant d'utiliser le patrimoine pastoral très fort dans la Drôme et le Vercors et ce depuis des temps très anciens qui remonte à l'antiquité et même à la préhistoire, puisque nous avons des traces de ces pasteurs dans les pâturages d'altitude.
Cette fête sur le pastoralisme associe d'abord les professionnels, mais aussi d'autres opérateurs comme des scientifiques et des opérateurs culturels, pour justement attirer le public autour de ce patrimoine pastoral.
Quelles sont les activités que recouvre ce patrimoine pastoral ?
André Pitte : Elles se résument en une profession qui depuis des temps mémoriaux transhume pour le cas qui nous intéresse, en Provence de la Crau (à côté d'Arles) jusque sur les pâturages du Vercors. Certains vont bien sûr jusqu'en Savoie.

Le Diois est un secteur de transhumance intense. A l'arrivée de l'été, autour du 20 juin, vous avez là encore quelques vingt-cinq mille bêtes qui montent sur les hauts plateaux du Vercors. Les anciens se souviennent d'avoir vu les bêtes passer dans les rues des villages. En cela, nous n'avons pas créé une fête sur un ex-nihilo, mais à partir d'une tradition très forte. Même si à l'époque il n'y avait pas vraiment de fête, les vieux invitaient les gamins à sortir sur le pas de la porte pour vivre cet événement. C'était l'annonce de l'été. Le troupeau redescendait à la fin de la belle saison et annonçait le retour des mauvais jours.
Fete_transhumanceComment peut-on construire une manifestation culturelle par rapport à cet héritage multi-séculaire tel que le patrimoine pastoral ?
André Pitte : Effectivement, ce n'est pas une manifestation agricole. Pourtant le moment le plus fort c'est de voir les troupeaux traverser les villages, et en particulier dans la ville de Die. Ce n'est pas le seul troupeau, mais celui-ci est vraiment très beau, cinq mille brebis "mérinos d'Arles", une vie entière d'un éleveur génial qui a sélectionné ces bêtes, la petite race de "mérinos d'Arles" une race faite pour marcher, et pour marcher en troupeau.

À partir de cela, nous donnons à voir une profession entière, de tout son savoir faire. Pour cette manifestation, nous avons associé les aspects culturels du cinéma, du théâtre, de la poésie et de la musique. Parce que finalement, nous sommes tous un peu transhumants, le fait de se reconnaître dans un troupeau en marche avec des bergers est une image qui parle beaucoup aux gens.
Comment s'organisent ces manifestations culturelles, et quels sont leurs contenus ?
André Pitte : Les premières années, nous avions organisé des rencontres sur le thème du "mouton dans l'espace de la Transhumance", avec comme invités des personnes très différentes, ethnologues, préhistoriens, économistes, pour parler des aspects de la Transhumance.

Cela a d'ailleurs donné naissance à un livre "L'homme et le mouton dans l'espace de la Transhumance". Par la suite, nous avons continué les rencontres, mais notre désir n'était pas de "faire du scientifique" sans arrêt. C'est pourquoi, maintenant, nous invitons des poètes, puis toujours des ethnologues, notamment, sans trop m'avancer cette année nous aurons Jean Duvignaud voyageur qui a beaucoup écrit sur le Sud tunisien dans les années 60, puis un grand sociologue que l'on a envie de faire venir, Théodore Monod. En fait cette année nous orientons notre sujet sur les "aspects du pastoralisme dans le bassin méditerranéen", qui donnera bientôt naissance au projet que nous sommes en train de réaliser, le projet d'un Centre Pastoral des Cultures Méditerranéennes. Cela nous permettrait de pérenniser toute l'année cette fête, par des expositions et un centre de documentation.
Est-ce que l'idée de l'animal "mouton" domestiqué maintenant depuis au moins sept mille ans est un bien commun entre des civilisations de cultures différentes qui permet de se retrouver, est au coeur de vos préoccupations ?
André Pitte : Tout à fait. Ce n'est pas la première année que nous invitons des personnes, venues par exemple du Maroc. Dans nos colloques en particulier, nous avons eu des gens d'Espagne, de Roumanie... Mais cette année nous offrons la spécificité d'un pays, la Tunisie.

Fete_transhumance_1997 Auparavant, et un peu à l'instar de la fête "Est-Ouest", tous les ans Die invitait un pays de l'Est. Cette année, nous retrouverons les pasteurs berbères tunisiens, mélés à des éleveurs du sud de la France. Car je crois fortement qu'il y a une civilisation pastorale, je ne dis pas "des", mais bien "une", et pas seulement dans le bassin méditerranéen. Ces berbères viendront avec leurs tentes s'installer sur la place de Die, avec des tisseuses tunisiennes, le thème étant "les savoir-faire" des femmes, la laine et la cuisine. Ces tisseuses venues du Sud, tisseront sur des métiers verticaux tout à fait antiques, et il y aura une vente de tapis. Deux potières berbères seront aussi présentes et travailleront des poteries cuites à l'air libre. Enfin, sur cette place sera recréé un véritable souk tunisien, avec de la musique tunisienne mais aussi du pays nissard ou d'ailleurs.
Pouvez-vous nous en dire plus sur les artistes présents ?
André Pitte : Normalement prévu, il y a Gnawa diffusion de Grenoble, Sawtel Atlas (raï), également Khaled Ben Yahia qui sera présent pour le concert de vendredi soir avec d'autres groupes bien sûr. Nous avons insisté pour qu'il vienne en temps que musicien tunisien vivant en Rhône-Alpes. Il y aura aussi un conteur français Jacques Coutureau et puis probablement un groupe de chant polyphonique nissard, le Corou de Berra. Le concert de vendredi soir se passera devant les tentes sur la place, un peu comme une veillée sous les étoiles.

Au point de vue logistique, une manifestation qui a une certaine ampleur dans une zone rurale ne pose-t-elle pas des questions au niveau des capacités d'accueil, au niveau du public ?
André Pitte : Chaque année, se posent des questions d'accueil, car sur place il n'y a pas beaucoup d'hôtels, et énormément de gens viennent occuper les campings au moment de la fête. Déjà le fait de dater la fête au 20 juin, sur une semaine entière permettra d'avoir plus de monde. Mais l'idée est d'élargir la saison avant les vacances et après, au mois de septembre entre la fin Août et le festival St-Ouest qui a lieu le 20 septembre. Nous souhaitons donc inclure la fête de la Clairette qui pourrait avoir la même dimension que celle de la Transhumance. Encore une fois, cela permettrait d'élargir la saison, car sur deux mois il y a beaucoup trop de monde, et bien sûr, pas assez le reste du temps.

Votre action s'inscrit donc dans un plan de développement du tourisme culturel ?
André Pitte : C'est exact, et c'est pour cela que cette année entre le 14 et 22 juin dans le cadre de la fête de la Transhumance, nous accueillons un séminaire. Cinquante personnes débattront sur le sujet qui entre pleinement dans notre démarche : "Nouveaux usages de la Campagne et Patrimoine". C'est le Ministère de la Culture qui impulse ce projet avec la Fédération des parcs régionaux de France
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Interview réalisée par le CMTRA (Centre de Musiques Traditionnelles Rhône-Alpes)- 1997

mercredi 3 octobre 2012

Décès de l' historien engagé Eric Hobsbawm...



Eric Hobsbawm (1917-2012)
Je viens d’apprendre la mort d’Eric Hobsbawm à l’âge de 95 ans (ce 1 octobre2012). Il y a quelques années, j’habitais dans Nassington Road en face de son domicile. Ces derniers temps, je croisais de en plus rarement sa frêle silhouette dans le parc de Hampstead Heath. Hobsbawm a vécu une longue, belle et fascinante vie. C’est un très grand historien marxiste et un homme fermement engagé dans les grands combats de la gauche britannique et internationale qui s’en est allé. Je reproduis, ci-dessous, un entretien qu’Eric Hobsbawm avait eu la gentillesse de m’accorder chez lui en janvier 2005.
Né au Caire en 1917, d’un père britannique et d’une mère autrichienne tous deux juifs, Eric Hobsbawm est présenté comme l’un des « grands historiens » du XXe siècle encore en vie. Auteur d’une œuvre considérable traduite dans le monde entier [1], Hobsbawm est aussi le témoin privilégié de ce siècle d’espoirs et de tragédies. Élevé dans la Vienne et le Berlin des années pré-nazies, il parvient à Londres peu de temps après la prise du pouvoir par Hitler. Dès ses années adolescentes à Berlin, Hobsbawm rejoint le parti communiste. Peu à peu il connaît ses premiers contacts avec le marxisme. Ce mariage politico-intellectuel dure depuis plus de soixante-dix années ; des années rythmées par le militantisme, des écrits engagés et la recherche scientifique. Intellectuel marxiste, amateur et critique de jazz, cosmopolite, « juif non-juif », Eric Hobsbawm a récemment publié ses mémoires, un ouvrage très remarqué de ce côté de la Manche [2].

samedi 14 janvier 2012

Ciel Diois

Ciel de Die janvier 2012, les mésanges chantent, les primevères et violettes fleurissent.

mardi 22 novembre 2011

Décès de Danièle Mitterrand...

Notre amie Danielle Mitterrand est décédée dans la nuit de lundi à mardi.
Danièle était placée dans un coma artificiel. Elle avait 87 ans...
Danielle Mitterrand est morte dans la nuit de lundi à mardi, à 2 heures du matin. Hospitalisée depuis vendredi à l'hôpital Georges-Pompidou, à Paris, l'ancienne Première dame, âgée de 87 ans, avait été placée dans un coma artificiel. Ses deux fils, Jean-Christophe, 64 ans, et Gilbert, 62 ans, se trouvaient à son chevet depuis son admission à l'hôpital.
Née le 29 octobre 1924 à Verdun, dans la Meuse, Danielle Mitterrand souffrait de problèmes respiratoires. Elle avait déjà été admise à l'hôpital Georges-Pompidou en septembre. Elle a néanmoins participé le 21 octobre à l'anniversaire des 25 ans de France Libertés-Fondation Danielle Mitterrand. Ce jour-là, «elle était fatiguée, mais très présente» intellectuellement, avait témoigné auprès de l'AFP Me William Bourdon, avocat et membre du conseil d'administration de l'association.
Le président de France Libertés, Emmanuel Poilane, écrivait lundi sur le site de la fondation son espoir d'un rétablissement de la fondatrice de l'association, et renvoyait vers l'interview vidéo de l'ex-Première dame tournée à l'occasion des 25 ans de sa fondation. De son côté, l'association Ecologie au Quotidien salue les combats de Danièle Mitterrand : «Nous n'oublions pas qu'elle fut associée aux grands moments du mouvement altermondialiste, dans le Chiapas près du sous-commandant Marcos, à Porto Alegre et dans les forums sociaux mondiaux et une multitude de Rencontres fraternelles comme Die.» «Nous aurons à cœur de poursuivre le combat qu'elle incarnait comme femme libre, à la fois attentive, sensible, lucide et intraitable sur ses valeurs. Merci Danielle».
Danielle Mitterrand intervenait il y a 10 mois à Die, au Rencontres de l’ Ecologie, sur l’eau, « un bien public ». Danielle Mitterrand, 87 ans, épouse de l'ancien président de la République hospitalisée à Paris depuis vendredi, avait été placée en coma artificel et se trouvait toujours dans un «état sérieux», a indiqué dimanche un proche de la famille.
Déjà hospitalisée en septembre
Mme Mitterrand a déjà été admise à l'hôpital Georges Pompidou en septembre pour une insuffisance respiratoire. Elle a néanmoins participé le 21 octobre à l'anniversaire des 25 ans de France Libertés-Fondation Danielle Mitterrand.
Ce jour-là, «elle était fatiguée, mais très présente» intellectuellement, a témoigné Me William Bourdon, avocat et membre du conseil d'administration de l'association.
Ces derniers temps, elle est apparue «ralentie dans ses déplacements mais opérationnelle dans ses combats», a confirmé un autre proche.
Pour autant, elle avait gardé une vie active: ainsi en septembre, son hospitalisation était survenue alors qu'elle devait donner quelques jours plus tard une conférence de presse à l'occasion des 25 ans de sa fondation France Libertés - Fondation Danielle Mitterrand.
Tout récemment, le 30 octobre, le JDD a publié une interview croisée de Mme Mitterrand et de l'actrice Mélanie Laurent, dans laquelle Mme Mitterrand commente alertement l'actualité.
Deux fils
Mme Mitterrand, qui s'est engagée à 17 ans dans la Résistance et est restée toute sa vie une militante humanitaire active, a épousé François Mitterrand à la veille de son vingtième anniversaire. Elle a eu deux fils avec lui, Jean-Christophe, 64 ans, et Gilbert, 62 ans.
Ce dernier avait remis en début de mois son mandat de maire de Libourne au préfet, pour se consacrer à la future communauté d'agglomération du Libournais. Jeudi soir, son adjoint Philippe Buisson lui a succédé.
Ecologie au Quotidien
DIE, Rhône-Alpes, France
Le Chastel 26150 DIE
Tel : 04 75 21 00 56
Courriel : ecologieauquotidien.die@gmail.com
Sites : www.ecologieauquotidien.fr
Blog : http://ecologieauquotidien.blogspot.com
Vidéos des Rencontres de l'Ecologie
Film de 1,56mn : http://www.terrealter.fr/voir.php?id=4
2009 Film de 2,30mn : http://www.dailymotion.com/video/xa2yh4_ecologie-au-quotidien_webcam?from=rss

PORTRAIT - Loin d'un rôle de «potiche», Danielle Mitterrand a profité de son rôle de Première dame pour s'engager dans le combat des droits de l'homme et pour la planète...
Elle avait toujours refusé d'être une «potiche». Toujours plus à l'aise dans le rôle de militante en faveur des droits de l'Homme que dans celui de Première dame. Soutien aux peuples kurde, tibétain, à Cuba, au sous-commandant Marcos (Mexique), partage équitable de l'eau ou dénonciation de l'esclavagisme... Les causes qu'elle a ardemment défendues étaient nombreuses.
Résistante toujours
Née le 29 octobre 1924 à Verdun (Meuse), Danielle Mitterrand est la fille d'un directeur d'école -révoqué en 1940 par Vichy pour ne pas avoir dénoncé les élèves juifs de son collège- et d'une institutrice, tous deux militants de la SFIO. Elle rejoint le maquis à 17 ans comme infirmière bénévole et sera l'une des plus jeunes médaillées de la Résistance. C'est à Cluny (Saône-et-Loire), dans la maison familiale où s'est réfugié son père, qu'elle rencontre le capitaine «Morland», alias François Mitterrand, recherché par la Gestapo. Elle l'épouse le 27 octobre 1944.
Vivre dangereusement…
Entraînée malgré elle dans le tourbillon de la politique, elle accompagne son mari lors des nombreuses campagnes qu'il mène entre la guerre et 1981. Avant sa victoire à la présidentielle, elle se présente dans Paris-Match comme une femme d'allure simple, au contraire d'Anne-Aymone Giscard d'Estaing, plus «grande dame». A l'Elysée, elle refuse de se laisser enfermer dans le protocole et parvient à utiliser la tribune que lui offre sa place d'épouse du chef de l'Etat pour se consacrer à la défense des droits de l'Homme. En 1986, elle crée la fondation France-Libertés qui a fêté en octobre son 25ème anniversaire.
En 1992, elle échappe à un attentat (avec le ministre de la Santé et de l'action humanitaire, Bernard Kouchner) lors d'un voyage dans le Kurdistan irakien. Elle suscite la polémique en embrassant Fidel Castro sur les marches de l'Elysée lors de la visite du chef de l'Etat cubain en 1995.
Eloignement d’un Parti socialiste « libéral »
Lauréate du prix Nord-Sud (1996), Danielle Mitterrand, qui s'est rendue à plusieurs forums sociaux mondiaux, s'était, ces dernières années, éloignée du PS, jugeant en 2007 que «les dirigeants socialistes n'ont pas la fibre socialiste». Mère de deux fils, Gilbert et Jean-Christophe, grand-mère et arrière grand-mère, elle ne ménageait pas son temps pour honorer la mémoire de son époux, mort en 1996. Lors de ses obsèques, à Jarnac (Charente), on se souvient qu'elle a étreint avec tendresse Mazarine, la fille de François Mitterrand.
Cette amatrice de reliure a écrit plusieurs livres, dont son best-seller En toutes libertés (1996) et Le livre de ma mémoire (2007). Elle était la soeur de la productrice Christine Gouze-Rénal, décédée en 2002.
APL

jeudi 13 octobre 2011

Il y a 50 ans ...


Il y a cinquante ans, 300 Algériens étaient tués dans la « Bataille de Paris », menée par le préfet Papon. Le Président s'apprête à ignorer l'anniversaire de ce massacre.
Le 17 octobre 2011 , le gouvernement gaulliste de Nicolas Sarkozy ignorera le cinquantième anniversaire d'un événement meurtrier qui, enveloppé dans le silence et la confusion jusqu'aujourd'hui, éclaire de manière cruciale la relation complexe entre le passé et le présent, entre les Français et les Algériens dans la France contemporaine.
C'était dans la fin d'après-midi d'un dimanche froid, il y a cinquante ans, qu'entre 20 000 et 30 000 Algériens, hommes, femmes et enfants, se mirent à converger vers le centre de Paris.
Portant leurs plus beaux costumes et robes, prenant le métro ou le bus depuis leurs quartiers de la périphérie parisienne, les Algériens répondaient à un appel à la protestation contre plusieurs cas de violence policière ayant eu lieu contre leur communauté.
Les organisateurs avaient vivement conseillé aux manifestants de rester calmes et dignes en cas de provocation de la police. Sans succès...
Matraques, crosses et Rangers
Lorsque la nuit tomba sur Paris, les forces de police se déplacèrent rapidement vers une série de grèves organisées. Armés de mitraillettes et de « bidules » (matraques), ils se jetèrent sur les manifestants, les rassemblant en grands groupes sous les coups violents de leurs matraques (un groupe de policiers a brisé trente des cinquante matraques utilisées), de la crosse de leurs mitraillettes et de leurs Rangers.
En plus du saccage fermement contrôlé, on entendait aussi de temps à autres des coups de feu. Tout comme un policier s'en rappela plus tard, « on tirait sur tout ce qui bougeait ».
Des cadavres jetés dans la Seine
Plus tard dans la soirée, cependant, peu de choses bougèrent. Plusieurs témoins ont vu un grand tas de corps sans vie, ramassés par la police devant le fameux Grand Rex (IIe arrondissement), tandis que d'autres ont aperçu de longs morceaux de tissu étendus sur des piles bosselées, le long des trottoirs ensanglantés près de la place de l'Opéra (IXe arrondissement).
En fait, les seuls objets en mouvement étaient ces cadavres qui, jetés du haut des ponts de la ville, flottaient sur la Seine, ainsi que les bus de police qui arrêtaient avec lourdeur les manifestants pour les envoyer en centres de détention provisoire.
Trois cents morts
Loin d'offrir du répit aux manifestants, les centres (des stades pour la plupart) représentaient les arènes de la violence policière. Les Algériens devaient se frayer un passage à travers les matraques et les bâtons des policiers, de la sortie des vans jusqu'à l'entrée.
- Une fois à l'intérieur, ils étaient confrontés à une scène digne de Jérôme Bosch (« Le Jardin des délices ») : des centaines d'hommes et de femmes, ensanglantés et mutilés. Avant que Maurice Papon, préfet de police, ne déclare victoire quelques jours après dans ce qu'il appelait la « Bataille de Paris », pas moins de 300 civils algériens étaient morts, tandis que plusieurs centaines d'autres étaient blessés, traumatisés ou toujours déportés.
Ce qui est remarquable dans la « Bataille de Paris », c'est que personne ne l'ait remarquée, pendant si longtemps en France. Après un premier ballet des compte-rendus de la presse, l'histoire a connu le même sort que les victimes algériennes : elle a été enterrée et oubliée. Les raisons de cet oubli général résonnent encore aujourd'hui.
Papon, cerveau de la répression
Premièrement, le gouvernement de Charles de Gaulle s'était engagé dans un effort futile et désespéré pour vaincre le FLN, le mouvement nationaliste qui se battait pour l'indépendance de l'Algérie. La prétendue « guerre sale » était en fait, positivement épouvantable : les deux camps étaient coupables d'employer une violence hasardeuse qui réclamait la vie de milliers de civils français et algériens. Des actes de terrorisme et de contre-terrorisme ont, de plus, provoqué des vagues sur la Méditerranée qui venaient se briser sur le sol français.
Effrayés par cette marée teintée de sang, beaucoup de Français et de Françaises se sont trop vite hâtés de classer cette tentative de manifestation comme une couverture pour une action militante.
Le cerveau de cette répression policière, Maurice Papon, a exploité cette peur. Il a insisté sur le fait que la République avait vaincu l'initiative du FLN (qui avait en fait appelé à la manifestation) voulant se servir d'enfants comme boucliers et otages dans une manifestation destinée à provoquer la violence des policiers.
« La construction sociale de l'indifférence »
Comme les historiens Jim House et Neil MacMaster le notent, Papon s'est présenté avec succès à la nation comme étant le « héros qui a satisfait la mission personnelle de De Gaulle : vouloir “ garder Paris ” » (beaucoup des techniques employées par Papon contre les Algériens avaient d'abord été testées lorsqu'il était bureaucrate à Vichy, au moment où il avait déporté 1600 juifs à Auschwitz – un autre fait passé inaperçu jusqu'au procès de Papon pour crimes contre l'humanité en 1997).
Finalement, le public français avait été préparé à oublier cet évènement atroce grâce à ce que les sociologues appellent « la construction sociale de l'indifférence » et que le reste d'entre nous appellerait un processus d'abrutissement.
La spirale de violence en Algérie, ainsi que l'Etat français et la propension des médias publics à représenter les Algériens comme étant profondément « différents », ont conditionné la réponse du public français au massacre. Plutôt que comme massacre, en réalité, l'action de la police fut comprise comme un acte nécessaire d'auto-défense contre des barbares. Il leur était beaucoup plus simple de sympathiser avec les manifestants français tués par la police quelques mois plus tard lors du tristement célèbre « Massacre de Charonne », qu'avec leurs pairs Nord-Africains.
Depuis les années 80, les historiens et les scientifiques politiques ont méticuleusement recréé les évènements du 17 octobre 1961. Ce qui s'est passé cette nuit-là ne fait désormais plus de doutes. De nombreuses organisations civiques, y compris 17 Octobre : contre l'oubli, ont longtemps marqué cet anniversaire, en choisissant le Pont Saint-Michel, duquel les manifestants algériens avaient été jetés, comme site de commémoration.
Un silence douloureusement bruyant
Et pourtant la République française, qu'elle soit dirigée par la gauche, la droite ou le centre, a toujours maintenu un silence assourdissant.
Ce silence est particulièrement et douloureusement bruyant sous le gouvernement actuel. En 2005, lorsque Sarkozy était ministre de l'Intérieur, son parti l'UMP a voté une loi qui demandait aux enseignants de discuter des avantages de la « mission civilisatrice » de la France.
Peu après être devenu Président, Sarkozy est allé à Dakar (Sénégal) et dans un discours controversé, les opinions de la loi votée plus tôt (et rapidement abrogée) ont vite trouvé écho. Son effort, créer le ministère de l'Immigration, de l'Intégration et de l'Identité nationale, qui a finalement avorté, a largement été vu comme une action pour isoler les musulmans français, tout comme l'est la loi qui interdit le port du voile islamique en public.
Imaginez Sarkozy, sur le Pont Saint-Michel
Mais Sarkozy a le don pour les changements de bord soudains : en témoigne le rôle joué par la France en Libye. De même qu'avec la récente image de Sarkozy effectuant un salut de héros dans la ville libérée de Tripoli, imaginez l'impact du Président, se tenant devant le Pont Saint-Michel, reconnaissant les crimes commis par la France contre d'autres Nord-Africains il y a un demi-siècle.
Dans un pays où la rhétorique xénophobe est de nouveau en hausse, le geste de Sarkozy servirait de rappel décisif : ceux qui ont perdu la vie il y a cinquante ans n'étaient pas « différents » mais des hommes et des femmes, tout comme nous. Les fantômes du passé de la France pourraient bien faire écho au chant que l'on vient d'entendre à Tripoli :
« Un, deux, trois : Sarkozy, merci ! »
Robert Zaretsky
Professeur d'histoire à l'université de Houston
Traduction : Agathe Raymond Carlo

lundi 11 juillet 2011

Seveso : l' autre histoire....

Seveso : après le nuage de dioxine le 10 juillet 1976, les fumées restent opaques
Quoiqu’il y eût aupa­ra­vant des catas­tro­phes chi­mi­ques bien plus meur­triè­res [1], celle « de Seveso » marqua davan­tage les esprits [2]. Elle appa­raît même comme une des pier­res angu­lai­res de la prise de cons­cience écologique à plus vaste échelle [3]. Trente trois ans plus tard, cer­tains aspects capi­taux demeu­rent non élucidés. Apprendrons-nous un jour la vérité inté­grale sur les tenants et abou­tis­sants ? Les lignes ci-après lèvent le voile sur des pans géné­ra­le­ment occultés.
Le samedi 10 juillet 1976, dans le hangar B de l’ICMESA à Meda, la cuve 101 du réac­teur de tri­chlo­ro­phé­nol explosa. La pres­sion, due à une tem­pé­ra­ture exces­sive (230 degrés) de la vapeur sta­gnant dans les condui­tes, com­bi­née avec l’arrêt du mélan­geur avant l’achè­ve­ment du cycle, pro­vo­qua la rup­ture d’une valve de sécu­rité sur le disque de fer­me­ture. A 12 heures 37, un nuage com­posé d’hydroxyde de sodium, de poly­éthy­lène glycol, de soude caus­ti­que ainsi que de deux kilos de dioxine s’échappa extra muros, conta­mi­nant 1810 hec­ta­res de terres dans la plaine de la Brianza. Paolo Paoletti, le direc­teur de pro­duc­tion, et son adjoint Clemente Barni, priè­rent Fabrizio Malgratti, le maire de la com­mune d’implan­ta­tion (19 000 habi­tants), et Francesco Rocca, celui de Seveso, loca­lité de 17.000 âmes, la plus tou­chée, quant à la toxi­cité de « l’aéro­sol » d’exhor­ter leurs admi­nis­tré(e)s à ne pas consom­mer de fruits et de légu­mes de leur jardin [4]. Le 18 juillet, suite à un mou­ve­ment de grève spon­tané des ouvriers, les portes du lieu sinis­tré furent scel­lées. Soixante dix-sept mille ani­maux péri­rent sur-le-champ ou furent abat­tus. Des dizai­nes de mil­liers d’humains souf­fri­rent, immé­dia­te­ment ou a pos­te­riori, de maux divers : lésions cuta­nées défi­gu­ran­tes, alté­ra­tion des fonc­tions hépa­ti­ques, réna­les, thy­roï­dien­nes… En une décen­nie, le taux de leu­cé­mies doubla, les cas de tumeurs du cer­veau tri­plè­rent.

Conditions de travail « abominables »
« Quelle est ma part de res­pon­sa­bi­lité ? Qu’ai-je fait faux ? Comment aurais-je dû agir ?J’étais tel­le­ment ébranlé par ce que j’avais vu, j’ai eu immen­sé­ment honte ». Jörg Sambeth n’a qua­si­ment jamais cessé de se tri­tu­rer les ménin­ges, a for­tiori en cette jour­née enso­leillée du jeudi 13 mai 2004 où il déam­bule dans les allées du Bosco delle Querce (le bois des chênes) puis s’assied, visi­ble­ment ému, sur un banc. Cette magni­fi­que oasis de ver­dure, s’étendant sur 42,76 hec­ta­res, « rendue » céré­mo­nieu­se­ment, trois jours plus tard, à la popu­la­tion, a été édifiée sur l’empla­ce­ment de la zone A, la plus pol­luée. Dans son remar­qua­ble long-métrage docu­men­taire, Gambit [5], Sabine Gisiger donna la parole à ce « bouc émissaire », qui, dès le 11 juillet 1976, avait trans­mis des pré­lè­ve­ments au labo­ra­toire du groupe à Dübendorf (canton de Zurich) et alerté, le 14, son supé­rieur, Herwig von Zwehl, sur la pré­sence de TCDD dans les échantillons. La réa­li­sa­trice zuri­choise expose non seu­le­ment la logi­que régis­sant le fonc­tion­ne­ment d’une grosse firme, les vils agis­se­ments des « sei­gneurs », mais également les inci­den­ces dra­ma­ti­ques de l’oppro­bre sur la vie d’un homme rongé par le remords, comme sur celle de ses pro­ches [6]. A l’époque, le sus­nommé, embau­ché le 1er juin 1970, offi­ciait comme direc­teur tech­ni­que chez Givaudan à Vernier, dans la péri­phé­rie gene­voise, une filiale de la mul­ti­na­tio­nale phar­maco-chi­mi­que bâloise Hoffmann-La Roche, célè­bre pour le Valium et depuis l’hiver der­nier pour l’anti-grip­pal Tamiflu. L’ori­gi­naire de Bad Mergentheim (Bade-Wurtemberg) super­visa l’usine de l’Industria Chimiche Meda Societa Azionaria, sise à une ving­taine de bornes au nord de Milan.
Ce qu’il décou­vrit sur place le « ter­ri­fia » : des ate­liers « d’un autre siècle », des condi­tions de tra­vail « abo­mi­na­bles ». Il pré­co­nisa une réno­va­tion com­plète ou, à défaut, la fer­me­ture. Les diri­geants du consor­tium ava­li­sè­rent son budget de 12 mil­lions de francs suis­ses, mais, au final, ils n’inves­ti­rent pas un cen­time pour amé­lio­rer la situa­tion. Ils jugè­rent inu­tile d’ajou­ter un conte­neur de récu­pé­ra­tion sur le réac­teur de cinq tonnes en chrome, nickel et molyb­dène. Une mar­mite d’expan­sion eût empê­ché que le mons­tre de dix mètres de haut ne cra­chât les vapeurs empoi­son­nées dans l’atmo­sphère. L’erreur de mani­pu­la­tion (la cou­pure du dis­til­la­teur dans les dix mille litres en ébullition) s’avère une expli­ca­tion par trop com­mode. Avec le recul, aux yeux de Jörg Sambeth, le « vrai scan­dale » réside dans « l’igno­rance », volon­taire ou non, des dépré­da­tions ainsi que les économies dra­co­nien­nes au niveau des appa­reils de mesure [7]. Cet « hon­nête homme » (au sens vol­tai­rien) entama des « inves­ti­ga­tions de détec­tive », car il lui impor­tait de saisir les causes du désas­tre. En lisant des notes inter­nes, il décou­vrit avec stu­peur que l’on avait mini­misé les dan­gers poten­tiels de la mix­ture. Un col­lè­gue lui glissa une étude émise en mars 1968 (avant son embau­che) par le bureau d’ingé­nie­rie lon­do­nien Humphreys & Glasgow Limited. Un dis­po­si­tif ultra-moderne aurait coûté un peu plus de 7 mil­lions de Francs Suisses. La variante « maison » rete­nue ne néces­sita qu’un déblo­cage de 800.000 Francs Suisses.
Volumineux memorandum escamoté
Dans le « docu-roman » du sep­tua­gé­naire, Incident à Seveso [8], Anton, le per­son­nage prin­ci­pal, dépeint les mœurs délé­tè­res au sommet de la hié­rar­chie, « le car­rou­sel des intri­gues » et énonce quel­ques sup­pu­ta­tions. Les ins­tal­la­tions avaient plu parce qu’adap­tées pour l’élaboration de « matiè­res sales » : pas de sur­veillance minu­tieuse, la com­plai­sance des auto­ri­tés, aisé­ment cor­rup­ti­bles, une main d’œuvre bon marché, mal­léa­ble et cor­véa­ble à merci. Nonobstant sa noci­vité dix mille fois supé­rieure à celle du cya­nure, voilà « un moyen peu oné­reux de mener une guerre chi­mi­que ». En 1969, l’ICMESA devint la seule firme au monde à pro­po­ser du tri­chlo­ro­phé­nol, d’où l’on ne tire pas uni­que­ment le désin­fec­tant hexa­chlo­ro­phène, mais également…l’Agent orange, un défo­liant abon­dam­ment déversé par l’armée amé­ri­caine au Vietnam. Condamnés en pre­mière ins­tance, le 24 sep­tem­bre 1983, par le tri­bu­nal pénal de Monza, Jörg Sambeth et Herwig von Zwehl, le mana­ger chez l’ICMESA, furent les seuls aux­quels la Cour d’appel de Milan infli­gea, le 14 mai 1985, une peine pour « négli­gen­ces » d’un an et demi, res­pec­ti­ve­ment deux avec sursis. Le pre­mier se sentit dou­ble­ment floué. Non seu­le­ment, il avait tiré le signal d’alarme quant à la gra­vité de l’acci­dent, mais de sur­croît, son volu­mi­neux mémo­ran­dum poin­tant les man­que­ments de Givaudan et « Hoffroche » ne figura pas parmi les pièces dépo­sées au greffe… Les trois co-inculpés, Guy Waldvogel, le boss de la Givaudan, Fritz Möri, le cons­truc­teur du « chau­dron » incri­miné, et Paolo Paoletti [9] béné­fi­ciè­rent de l’acquit­te­ment.
Un col­lec­tif de tra­vailleurs de la Montedison à Castellanza oeu­vrait depuis plu­sieurs années, par empi­risme et extra­po­la­tion, à l’évaluation des dom­ma­ges écologiques et sani­tai­res géné­rés par l’indus­trie chi­mi­que trans­alpine. Des mili­tant(-e)s du Groupe de pré­ven­tion et d’hygiène envi­ron­ne­men­tal ten­tè­rent d’entrer en contact avec leurs col­lè­gues de l’ICMESA. Lorsqu’ils par­vin­rent, non sans peine, à briser la bar­rière du silence, ils cons­ta­tè­rent l’igno­rance de ceux-ci. Un tiers des 153 employé(-e)s avait plus de 55 ans. Beaucoup avaient contracté des affec­tions sur d’autres sites et per­ce­vaient dans cette embau­che une occa­sion ultime d’assu­rer leur retraite. Le staff imposa des turn-over et des muta­tions inces­san­tes d’une unité à l’autre, pour éviter la matu­ra­tion de toute réflexion de fond et qu’aucune connais­sance pré­cise ne s’ancrât dans les esprits. Luigi Mara et quel­ques-uns de ses cama­ra­des enquê­tè­rent sur les ori­gi­nes du désas­tre. Selon eux, l’on aurait sciem­ment sauté des phases spé­ci­fi­ques du pro­ces­sus usuel et abaissé les seuils cri­ti­ques, dans le but d’accroî­tre le ren­de­ment, donc de récu­pé­rer, illé­ga­le­ment, de la dioxine. Doit-on y déce­ler la cause de la réac­tion exo­ther­mi­que ayant entraîné « l’excur­sion » fatale ? Sur ordre de qui ?
« L’acci­dent de Seveso a confirmé que sans une orga­ni­sa­tion cons­ciente et auto­nome de la classe ouvrière, le risque de dégâts, tant pour la santé que pour l‘envi­ron­ne­ment, lors de la pro­duc­tion de sub­stan­ces dan­ge­reu­ses, aug­mente… ». [10]
Dissémination des matériaux contaminés
Le pro­fes­seur Giulio Alfredo Maccacaro (8 jan­vier 1924-16 jan­vier 1977) diri­gea à comp­ter de jan­vier 1974 le men­suel de vul­ga­ri­sa­tion scien­ti­fi­que Sapere (Savoir), créé en 1935 par Carlo Hoepli. Dénonçant la pseudo-neu­tra­lité de la science, la revue, organe des anti­nu­cléai­res, traita de la crise énergétique, du « cancer du tra­vail », des nui­san­ces de toutes sortes, de l’ali­men­ta­tion, de géné­ti­que… Jusqu’à sa ces­sa­tion, en 1983, elle inséra plu­sieurs papiers sur les consé­quen­ces de la catas­tro­phe, que le direc­teur de l’Institut de bio­mé­trie et de sta­tis­ti­ques médi­ca­les à l’Université de Milan qua­li­fia de « crime de paix ». Le co-fon­da­teur du mou­ve­ment Médecine démo­cra­ti­que [11] émit l’hypo­thèse qu’une partie des com­man­des trans­mi­ses à l’ICMESA émanent de l’armée. L’armée ita­lienne ou l’état-major de l’OTAN ?
Le bio­lo­giste mila­nais Sergio Angeletti sou­tient que les 41 fûts déni­chés, le 19 mai 1983, dans un abat­toir désaf­fecté à Anguilcourt-le-Sart (Aisne), arri­vés à Bâle, le 4 juin 1983, et inci­né­rés vingt-cinq mois plus tard dans le four de Ciba-Geigy, ne pro­vien­nent pas, contrai­re­ment aux asser­tions offi­ciel­les, de Meda. Une piste qu’a suivie également le free lance Ekkehard Sieker. Celui-ci avait réa­lisé un repor­tage reten­tis­sant de qua­rante-cinq minu­tes, « Das Geheimnis von Seveso ». [12] Selon lui et Paul Staes, député euro­péen écologiste belge, il y aurait même, dans la décharge de Schönberg (ex-RDA, aujourd’hui Mecklembourg-Poméranie occi­den­tale), 150 tonnes sup­plé­men­tai­res amon­ce­lées après l’éclatement de la cuve. Michael Gramberg [13] cor­ro­bore la thèse d’une fal­si­fi­ca­tion quant au deve­nir des ton­neaux rem­plis sur le site ; ceux-ci avaient un dia­mè­tre supé­rieur de trois cen­ti­mè­tres et demi à celui des réci­pients voués aux flam­mes sur les bords du Rhin. Autre bizar­re­rie fla­grante : la dis­pa­rité au niveau du poids total (six tonnes et demi contre 8,252 tonnes). Après le fran­chis­se­ment de la fron­tière à Vintimille, on perdit la trace des camions, qui avaient quitté l’aire d’empa­que­tage, le 10 sep­tem­bre 1982. Mannesmann Italiana avait conclu un contrat avec la Givaudan, puis convint d’un deal de sous-trai­tance avec Wadir de Genève et Spelidec de Marseille. Bernard Paringaux, le patron de la seconde société, déposa, en novem­bre 1982, le char­ge­ment dans l’arrière-cour d’André Droy, bou­cher à Anguilcourt-le-Sart. Arrêté, le 30 mars 1983, il ne rompit le silence que le 3 juillet. Une fois la « cachette » décou­verte, le lot fut ache­miné vers le camp mili­taire de Sissonne, près de Laon…
Une dis­sé­mi­na­tion de l’ensem­ble des maté­riaux conta­mi­nés semble plau­si­ble. Ainsi, un cargo aurait embar­qué dans le port de La Spezia [14] du frêt seve­sien pour l’ache­mi­ner vers la Somalie, une des contrées d’Afrique orien­tale ser­vant dans les années 80 de pou­belle pour les déchets hau­te­ment toxi­ques déver­sés par les pays du Nord. Hoffmann-La Roche a déboursé 300 mil­lions de francs suis­ses (183,2 mil­lions d’euros) en guise de « répa­ra­tions », mais à aucun moment, Adolf W. Jann, le PDG du consor­tium, et les autres mes­sieurs des hautes sphè­res ne furent en rien inquié­tés lors de la pro­cé­dure judi­ciaire.
René HAMM, le 1er octo­bre 2006
Seveso - Chronologie de la catastrophe à l’usine ICMESA de Meda, jouxtant Seveso, en Lombardie au nord de l’Italie, gérée par la multinationale Hoffmann-La Roche
- 10 juillet 1976 à 12h37 : explosion d’une cuve et dégagement d’un nuage de dioxine et d’autres gaz toxiques
- 14 juillet : premiers cas d’intoxications et de morts d’animaux
- 15 juillet : le syndicat de l’usine de Seveso émet une première motion d’alerte d’urgence
- 16 juillet : premières hospitalisations - les ouvriers d’ICMESA refusent de reprendre le travail
- 18 juillet : suite au mouvement de grève, les portes de l’usine sont scellées - décision d’une enquête judiciaire
- 20 juillet : le laboratoire Givaudan de Zurich (filiale d’Hoffmann - La Roche) identifie la substance toxique comme étant la dioxine
- 21 juillet : interpellation du directeur et du sous-directeur de l’usine
- 23 juillet : la préfecture est aux abois et hésite dans la conduite à tenir vis à vis de la population du secteur
- 24 juillet : décision d’évacuer une aire de 15 hectares autour de l’usine
- 25 juillet : installation de barbelés autour de la zone évacuée
- 26 juillet : 179 personnes sont hospitalisées à Bruzzano
Entretien de René HAMM avec Jörg SAMBETH, paru dans la revue SILENCE d’octobre 2006
Jörg Sambeth : « L’ignorance est le véritable scandale »
Après deux années comme assistant à l’Université de Londres, puis huit à l’Institut de recherche Battelle à Genève, Jörg Sambeth ne dissimula pas sa « fierté » d’intégrer le trust Hoffmann-La Roche, mondialement réputé pour son sérieux et la qualité irréprochable de ses produits. Non seulement il alarma ses chefs à propos de la gravité de l’accident, mais il avait, dès sa prise de fonction, exposé un catalogue de mesures dont l’application eût permis d’éviter la tragédie. Il quitta la Givaudan à l’automne 1984, puis créa la SMC Sambeth Management Consulting. Jusque fin 2000, il dispensa des conseils dans tous les domaines liés à l’industrie chimique, insistant particulièrement sur la sécurité. Non point pour se dédouaner, mais pour témoigner et recouvrer une certaine paix intérieure, il a rédigé une fiction très réaliste, « Zwischenfall in Seveso » (1), qui a éveillé l’intérêt de la boîte de production cinématographique Dschoint Ventschr à Zurich. « Gambit », le remarquable long-métrage documentaire de Sabine Gisiger (2), nous rend cet « honnête homme » proche, fournit maints éclaircissements sur les événements et leurs conséquences. Le 3 novembre 2005, devant 500 personnes rassemblées dans l’unique salle obscure de Seveso, le natif de Bad Mergentheim (Bade-Wurtemberg) demanda pardon aux victimes. Âgé de 73 ans, il partage sa vie, en compagnie de Caroline, sa seconde épouse, rencontrée à Dübendorf, entre Zoug (Suisse) et Cabris (à neuf kilomètres de Grasse, dans les Alpes-Maritimes).
Pourquoi avoir attendu tant d’années avant de livrer votre version sur la catastrophe ? Aviez-vous l’intention, dès l’origine, de vous exprimer un jour ?
- J’estimais que le temps n’était pas venu. De plus, j’avais à m’occuper d’autres choses, à me réorienter professionnellement, assurer mon gagne-pain. Cinq facteurs, clairement définissables, m’ont poussé à prendre la plume. Le docteur Guido Richterich, directeur du personnel chez Roche, affirma dans l’interview avec Ekkehard Sieker : « Que voulez-vous, les coupables ont été punis ». Sans ambages ! Cela m’a profondément blessé. Ainsi c’est cela l’opinion officielle à mon sujet ! Dans la brochure éditée à l’occasion du « 20e anniversaire » [à l’été 1996], j’avais été à nouveau cité nommément. Et ce en dépit de toutes les promesses formulées précédemment. Ce n’est qu’après mes protestations que le passage fut modifié, sans allusion à ma personne. Mais, à nouveau, ils avaient essayé. L’arrogance, la suffisance, les mensonges de Roche. Des articles parus dans L’Hebdo et Die Bilanz, m’attaquèrent gratuitement, de manière fallacieuse, me nuirent dans ma recherche d’emploi. Mon intervention, toujours auprès de monsieur Richterich n’a servi à rien ; Roche n’a pas remué le petit doigt pour me défendre ou pour obtenir un droit de réponse. Enfin, les contre-vérités flagrantes qui perdurent jusqu’à aujourd’hui.
Vous avancez sans restrictions que vos supérieurs hiérarchiques vous avaient menti et trompé avant et après l’accident ? Ils vous avaient notamment dissimulé des antécédents avec des échappées de dioxine.
- En ce qui concerne le rôle de bouc émissaire qu’ils m’ont fait endosser, c’est absolument évident. Chez Roche, on ne connaissait apparemment rien de précédents de ce type. Voulait-on les ignorer ? Poursuivait-on d’autres objectifs et comptait-on les masquer ? Dans mon livre, j’ai décrit précisément cette situation. Dans le film, j’affirme clairement que l’ignorance est le véritable scandale de Seveso. Etait-elle consciente ou s’agit-il de stupidité ? Cela reste ouvert. Il y a peu, j’ai appris qu’une secrétaire avait eu à l’époque des instructions très strictes de ne plus passer mes appels téléphoniques. Tout contact avec moi parut trop dangereux aux directeurs de Bâle. Ils craignaient que si l’on en avait eu vent, ils auraient pu plonger comme co-responsables…
Avaliseriez-vous l’assertion suivante : le délabrement scandaleux de l’ICMESA et la volonté de ne rien entreprendre pour apporter les améliorations requises participent-ils d’un sentiment de supériorité helvétique à l’encontre du pays limitrophe ?
- C’est effectivement une des raisons principales. Roche et Givaudan à Milan étaient des installations-modèles, car on y conditionnait des médicaments, des vitamines, des parfums et des arômes pour le marché italien. L’ICMESA était uniquement un fournisseur, qui n’avait pas d’existence publique en Italie.
Avez-vous regretté longtemps de ne pas avoir déposé une plainte contre la Hoffroche, comme vous en aviez l’intention ? Ce sentiment vous assaille-t-il encore aujourd’hui ?
- Durant plusieurs années après ma condamnation, la mort de ma femme (3) et les agressions contre ma famille. Aujourd’hui, c’est du passé.
Jugez-vous comme une erreur d’avoir « été obsédé par une trop grande loyauté » à l’égard de vos patrons ?
- Oui, sans aucune réserve.
Anton (4), le personnage principal du roman, semble convaincu que l’établissement lombard avait été conçu pour fabriquer de la dioxine ?
- Il n’en est pas persuadé, mais il considère cela comme une possibilité concrète. Moi-même, je partage ce point de vue. Ma thèse : l’usine avait été prévue pour cela après la guerre du Vietnam. On aurait pu l’utiliser, « au besoin », sans modifications techniques, pour réaliser du trichlorophénol à forte teneur en dioxine, d’où l’on aurait extrait l’Agent orange. Sinon, pourquoi la vapeur surchauffée ? Voilà la perfidie !
Interview réalisée le 22 août 2006, dans la langue de Goethe.
René Hamm.
(1) Unionsverlag à Zurich, avril 2004, 318 pages, 19,90FS. « 80% de vérité, 10% de ce que j’ai vécu, et 10% rapportés par des tiers ».
(2) Cf. mon compte-rendu des 41es Journées cinématographiques de Soleure, « Sonder l’abîme… », dans Silence d’avril 2006.
(3) Gabriele décéda d’un cancer, le 2 août 1983.
(4) Le second prénom de l’auteur.
Notes
[1] Notamment l’explosion, le 4 janvier 1966, suite à une fuite de propane, de la raffinerie de Feyzin près de Lyon (18 morts), ou celle, le 1er juin 1974, imputée à l’échappement de 50 tonnes de cyclohexane, dans une usine de caprolactame, matière de base du nylon, à Flixborough en Angleterre (au moins 50 décès).
[2] Cf. les certes insuffisantes directives européennes des 24 juin 1982 et 9 décembre 1996, complétées par celle du 16 décembre 2003, après plusieurs accidents graves, comme celui dû à la pulvérisation d’un stock de nitrates d’ammonium dans l’usine Azote Fertilisants (AZF) de la société Grande Paroisse à Toulouse, le 21 septembre 2001 (30 morts). En 2005, on comptait 1213 sites classés « Seveso » dans l’Hexagone.
[3] Dans le « Dreieckland » (« Pays des trois frontières »), trois luttes avec occupation de terrain, couronnées de succès, y contribuèrent : à Marckolsheim (Bas-Rhin), du 20 septembre 1974 au 17 février 1975, contre une usine de stéarates de plomb des Chemische Werke München, à Wyhl (Bade), du 18 février au 7 novembre 1975, et Kaiseraugst (canton d’Argovie), entre le 1er avril et le 14 juin 1975, contre un projet de centrale nucléaire.
[4] Les villes de Cesano Maderno et Desio subirent également la pluie acide.
[5] Présenté, le 17 janvier 2006, dans le cadre des 41es Journées cinématographiques de Soleure. Prix de la critique, le 13 août 2005, à Locarno, et celui du public décerné par le quotidien Rheinische Post, le 6 novembre 2005, à l’issue de la Semaine du film à Duisburg.
[6] Sa femme Gabriele décéda d’un cancer, le 2 août 1983. Ses deux enfants, Birgit et Ulrich, l’épaulèrent dans ses épreuves.
[7] Lire dans Silence d’octobre 2006 (9, rue Dumenge 69317 Lyon Cedex 04) l’interview que Jörg Sambeth m’a accordée / texte ci-dessus.
[8] Incident à Seveso, livre de Jörg Sambeth, éd. Eloïse d’Ormesson, mars 2006
[9] Un commando de Prima Linea l’exécuta, le 5 février 1980, à Monza.
[10] « Résistance ouvrière contre la destruction physique des hommes et de l’environnement dans l’Italie des années 70 » (avril 1989) par Sergio Bologna et Luigi Mara, repris en juillet 1991, dans la revue colognaise Wildcat.
[11] A Bologne, les 15 et 16 mai 1976.
[12] Diffusé, le 15 octobre 1993, en exclusivité sur l’ARD, la première chaîne d’outre-Rhin.
[13] Sujet, « 41 Seveso-Giftfässer im Heu », le 29 août 2006 à 0 heure sur la chaîne régionale Westdeutscher Rundfunk, dans la foulée d’une version raccourcie de Gambit. Première programmation, le 20 mai 1998.
[14] La cité ligure possède une base navale ainsi que le plus important arsenal d’Italie. Les trafiquants internationaux y ont trouvé un point de jonction idéal.

samedi 14 mai 2011

10 Mai 81 : La victoire ....en pleurant

Nous avions 20 ans, et enfin la Gauche arrivait au pouvoir ce 10 mai 1981, absente depuis 23 ans. Nous en  avions rêver, avons lutté pour son arrivée, et beaucoup de copains se sont engagés en politique abandonnant la Société Civile et le monde associatif ou syndical. Du coup personne n’a poussé le gouvernement de gauche à tenir ses engagements. Deux ans après la trahison était consommée. Et les socialistes étaient les garants d’une bonne marche du capitalisme.
Quant bien même nous avons ce Dimanche 10 mai fait une fête avec plus de 400 personnes du Diois et Créstois : Pierre Garabiol à la Technique, Monique Grisal à l’accueil, Claude Veyret aux agneaux du méchoui, Jacques et Françoise Liottard  et Jean Designe pour les syndicats paysans en lutte, tous le monde associatif et syndical du Diois et Crestois était à la Ferme écolibertaire du Moulin de Menglon…Le troupeau de vaches n' a pas dormis de la nuit.
Claude Veyret
 «A l’époque, les idées comptaient plus que le look»
Julia Morandy-Serra, retraitée, et sa fille Elsa, bibliothécaire, retiennent la liesse de 1981.
Julia Morandy-Serra jubile encore lorsqu’elle raconte ce moment où le visage de François Mitterrand a envahi l’écran de sa télévision. La liesse qui s’était emparée du salon, ce 10 mai 1981. Elle avait 51 ans, l’âge de sa fille aujourd’hui. «On commençait à se dire qu’à notre âge on ne verrait jamais la gauche», dit-elle. Elle a désormais 81 ans, vit toujours à Marseille, est devenue conteuse pour occuper sa retraite. Infirmière de formation, elle était conseillère conjugale pour le Planning familial en 1981. Donnait des cours d’éducation sexuelle dans les lycées, votait à gauche «depuis toujours». D’abord extrême gauche, pour Arlette Laguiller par «réaction familiale» : son père, militaire corse, étant un grand adorateur du Général. «Mais, à la longue, elle répétait toujours la même chose pour assez peu de résultats.» Alors, en 1981, elle a voté PS dès le premier tour. Et, le 10 mai, elle a rejoint la Canebière pour y faire la fête.
«110 propositions». Le jour s’achève, une belle lumière entre dans son appartement. Elle est assise en tailleur, bien droite dans son canapé. Elégante, discrètement parfumée. Sa fille, Elsa Noble-Morandy, bibliothécaire, se tient à ses côtés. A l’époque, elle préparait un Capes de lettres modernes, votait pour la première fois. Elle se souvient des «110 propositions» de Mitterrand, preuve selon elle «que les idées comptaient alors plus que le look». Ce soir-là, elle a découvert que son futur mari était de droite. «On s’était rencontrés trois mois plus tôt, raconte-t-elle, et on n’avait pas trop parlé de politique. On était tous les deux dans mon studio et il faisait une tête pas possible. Il était furieux. J’étais déçue !» Trente ans plus tard, ils vivent toujours ensemble.
Romain, leur fils, est né deux ans après. Trop tard pour voter un jour Mitterrand, mais le personnage l’intéresse. «Un patriarche, avec un côté père de la France, décrit-il. Il se tenait toujours droit, semblait serein, n’élevait jamais la voix. Il ne ressemblait pas aux hommes politiques d’aujourd’hui.»
Sa mère et sa grand-mère retiennent l’abolition de la peine de mort, et aussi, pour Julia, ce moment où François Mitterrand et Helmut Kohl se tiennent par la main en 1984, à Verdun. Pour le reste, la déception domine, Julia a surtout détesté la cohabitation, aurait préféré que Mitterrand démissionne. Mais elle nuance : «Il était quand même très intelligent, ce qui manque un peu aujourd’hui, et cultivé, ce qui manque beaucoup.»
En 1988 et 1995, elles ont toutes les deux voté utile. Puis, en 2002, la grand-mère a continué. Mais on comprend que trop de votes utiles ont fini par installer une sorte de rancœur, d’amertume, vis-à-vis du PS. En 2002, Elsa a voté Besancenot, «et tant pis pour ce que cela a provoqué, on aurait dû le faire plus tôt, pour aider le PS à se réformer». Son fils Romain (28 ans désormais) votait pour la première fois. Il a choisi Chirac dès le premier tour. «J’étais plutôt influencé par mon père», raconte-t-il. Depuis, sa copine l’a fait évoluer, progressivement. «Elle avait compris plus vite que moi les injustices, le sort des immigrés, les inégalités sociales…» Ils se sont rencontrés à Gap, où il faisait ses études de commerce. Après deux ans de volontariat en Egypte, ils sont rentrés. Depuis, il cherche du travail, s’est résolu à quitter Marseille pour espérer en trouver. Sa mère dit que l’emploi doit être la priorité du prochain président, car «cela conditionne tout». Romain met plutôt l’éducation en tête, dit qu’il faudra «revenir en arrière», retrouver une partie des postes d’enseignants «démolis». Sa grand-mère cite plutôt «les discriminations».
Ecologistes. Désormais, ils votent tous les trois à gauche. Romain a pris le virage en 2007. «Je pensais encore voter à droite, raconte-t-il, mais j’ai changé d’avis en regardant Nicolas Sarkozy à la télé. Il avait une façon agressive de parler. Je me suis dit qu’il ne pouvait pas être président.» Il a fini par voter Ségolène Royal par peur du scénario de 2002. Sa grand-mère a fait de même, et même si elle doute à présent des qualités de Royal, elle reste indignée du traitement «dégueulasse» que lui ont réservé ses camarades socialistes. L’année prochaine, il se pourrait que plus personne dans la famille ne vote PS au premier tour. Seul Romain hésite un peu. Il penche pour les écologistes, mais trouve DSK «moins démagogique». Sa grand-mère votera Europe Ecologie au premier tour, «et, ensuite, on verra ce qui se passera». Elsa fera de même, mais préférerait retrouver DSK au second tour. Sa mère hausse les épaules : «Il se dit socialiste, mais il ne l’est pas. Il n’a qu’à rester où il est. En plus, quand il revient nous voir, c’est en Porsche !» Sa fille rigole, et lui fait remarquer que Mitterrand «ne se déplaçait pas en 2 CV»
- Olivier Bertrand :  «Comme si l’allégresse de 68 revenait»
Ils y ont cru. Jean-Luc et Catherine font partie de cette génération qui avait foi en l’action politique. Et ils s’en sont donné à cœur joie. Avant Mitterrand, déjà. Et surtout avec lui. En 1981. Ils ont connu l’«allégresse», et l’«enthousiasme». Leurs enfants, eux, nés en 1970 et 1977, n’ont pas cette chance. En trente ans, la confiance vis-à-vis du pouvoir politique s’est ratatinée.
C’est un couple d’intellectuels, complices, branchés sur le monde. Tous les deux sont au CNRS : lui en physique, elle en sociologie. Ils sont parisiens et habitent tout près de la rue Soufflot, qui vit remonter vers le Panthéon, le 21 mai 1981, jour de sa prise de fonction, le nouveau président, rose au poing.
- Jean-Luc et Catherine, chercheurs, se souviennent d’une époque optimiste.
En 1968, ils ont la vingtaine. Catherine, étudiante à Nanterre, savoure le «bouillonnement» d’alors, et s’implique dans les mouvements de femmes. Jean-Luc, lui, s’intéresse aux premières critiques contre la société de consommation. Au début des années 70, ils partent vivre dans le Chili d’Allende : Catherine travaille dans un bidonville jusqu’à leur départ, précipité par la chute du régime. A leur retour dans la France de Pompidou, ils ont eu l’impression de débarquer dans un pays «individualiste» «les idées généreuses perdaient de leur sens». Et où, ajoute Jean-Luc, «le spectacle de la gauche était lamentable». Ils se consolent dans leur ferme de l’Ariège où ils passent du temps en communauté, au milieu des chèvres.
Avec la montée en puissance de Mitterrand, l’espoir revient. «D’abord, avant 1981, tout le monde savait que ce serait lui le candidat, rappelle Jean-Luc. Au moins, la situation était claire.» Ce qui fait une grosse différence avec aujourd’hui. Et puis, poursuit-il, «il a su bâtir un véritable programme». «Il y avait enfin la possibilité de sortir du monopole politique de la droite et de l’immobilisme», se souvient en souriant Catherine. «On a voté Mitterrand sans états d’âme, avec l’impression très forte que le changement était possible», renchérit Jean-Luc. Epoque bénie… et lointaine.
Le 10 mai 1981, un quart d’heure avant l’annonce officielle, ils apprennent les résultats par une copine journaliste. La nouvelle fait le tour de leur zone pavillonnaire de l’Essonne. «Notre fils l’a même annoncé à des voisins de droite.» Quand ils voient qu’un rassemblement est prévu à la Bastille, ils y embarquent leurs enfants. «C’était la fête, tout le monde avait un grand sourire, ça dansait. On entendait : "On a gagné"», raconte Jean-Luc. «On sentait une joie collective, comme si cette allégresse qu’on avait vécue en Mai 68 revenait», analyse aussi Catherine.
Confiance. Sur le moment, ils n’attendent aucune mesure en particulier du nouveau gouvernement. Pas besoin de garanties. Ils le reconnaissent aujourd’hui : c’était un sacré signe de confiance. «Nos enfants peuvent nous trouver naïfs. C’est vrai qu’aujourd’hui les jeunes sont obligés d’avoir une vision d’un monde où les rapports sont plus durs.»
Dans un premier temps, leur enthousiasme n’est pas douché. Jean-Luc, impliqué dans les questions d’énergie, voit enfin «une dynamique lancée» sur cette question dans le milieu de la recherche. Catherine se réjouit de l’abolition de la peine de mort, de l’amélioration des conditions de travail et des nationalisations. De parents instituteurs ou médecin, de grands-parents agriculteurs, petits employés, leurs familles leur ont appris que «le changement, c’était le progrès, donc notre force motrice, c’était ça».
Avec les années, les déceptions sont venues : mauvaise gestion sur l’école, passage à la rigueur et «basculement dans le libéralisme en abandonnant les gens de peu», faiblesse d’anticipation sur l’écologie, impression que le pouvoir politique, «élitiste», reconstitue un «ghetto». En 1988, pour échapper à la droite, après la cohabitation, ils votent à nouveau Mitterrand : un vote «utile, sans euphorie». Mais le candidat Jospin aux échéances d’après (en 1995 et 2002) n’obtiendra pas leur suffrage au premier tour.
Jean-Luc et Catherine ont transmis un «sentiment de responsabilité» à leurs deux enfants (maître de conférence et médecin) qui votent l’un extrême gauche, l’autre à gauche. Le couple, lui, est séduit par les écologistes. «On y croit encore, glisse Catherine, mais…» A l’époque du 10 mai 1981, il n’y avait pas de si, pas de mais.
Présidentielle. Catherine souhaite la baisse des hauts revenus et la revalorisation des salaires de base, la lutte contre les modes de vie polluants, des places en crèche… Ils en parlent avec davantage d’intérêt que des différentes candidatures socialistes pour la prochaine présidentielle. «Il faut promouvoir ces changements sociétaux. Mitterrand a eu la force de construire un programme commun. Aujourd’hui, il faut que le PS et Europe Ecologie passent un contrat pour un gouvernement ultérieur», pense Jean-Luc. Alors, il se laisserait aller à parler d’«enthousiasme». A nouveau.
- Philippe Meirieu,
 "Le début d'une immense espérance"
"J'étais comme beaucoup de gens. J'avais 32 ans à l'époque et je n'imaginais pas que la gauche puisse arriver au pouvoir. Je n'avais jamais connu cela et je ne l'espérais même pas. Ça me paraissait tellement impossible. Et cette surprise extravagante de voir apparaitre le visage de François Mitterrand sur l'écran a été à la fois un choc et le début d'une immense espérance, qui, pour ma part a été déçue trois ans plus tard quand Alain Savary, ministre de l'Education nationale, a été limogé et remplacé par Jean-Pierre Chevènement. J'y ai vu le début d'une trahison forte au regard des idéaux qui étaient les miens dans le domaine éducatif". 
- Pascale Crozon
Ce 10 mai 1981 : "J'ai pleuré"
"A l'époque j'étais conseillère municipale déléguée à la petite enfance à Villeurbanne. Je me souviens qu'on avait beaucoup d'espoir, on avait fait une grosse campagne. Quand est apparu le portrait de François Mitterrand à la télé, j'ai pleuré, et n'étais pas la seule. Depuis 1958, il n'y avait jamais eu de gouvernement socialiste et pour nous c'était un grand espoir, une grande grande joie. Ça été vraiment un moment d'émotion formidable. Après l'annonce des résultats, nous sommes allés fêter ça à la fédération socialiste du Rhône, cours de la Liberté. J'avais peur que le plancher s'effondre tellement les gens étaient nombreux. On dansait. Je crois qu'on ne peut pas imaginer aujourd'hui l'espoir que cette victoire a offert à la France".
- Jean-Louis Touraine
"Cela faisait sept ans que j'espérais"
"Jusqu'à 20h, je n'étais pas totalement sûr et ce n'est qu'une fois que le visage de Mitterrand est apparu totalement sur mon écran que j'ai été soulagé. Cela faisait sept ans que j'espérais. Deux ans plus tôt, j'avais été nommé professeur à l'hôpital Edouard Herriot. Une bonne proportion des personnels étaient conservateurs. J'étais le seul à avoir soutenu publiquement François Mitterrand. Le lendemain du 10 mai, j'ai été surpris par l'ambiance de fin du monde qui y régnait. Ils étaient dans une paranoïa étrange. Les gens racontaient qu'on allait devoir s'expatrier en Argentine et dans d'autres pays d'Amérique latine. Peu d'entre-eux avaient lu le programme et croyaient que le programme du PS était proche de celui du parti bolchévique".
 « Ce 10 mai 81 a été pour moi une faille enfin ouverte dans une chape de plomb. Un espoir inimaginable, incroyable, au sens plein : impossible à croire. Une nouvelle ère s’ouvrait, que Barbara chantera quelques mois plus tard : « Regarde…- quelque chose a changé – l’air semble plus léger – c’est indéfinissable. Regarde… -un homme – une rose à la main – a ouvert le chemin- vers un autre demain. Regarde… – on en a tellement rêvé. » Alors ce qui me reste, c’est la foule amassée à la Bastille, sous une pluie battante, et qui scandait : « Mitterrand, du soleil ! ». Cela a été et reste le plus beau jour de ma vie. »
 « Le 10 mai. Pour un événement ce fut un Événement. Depuis le temps qu’on l’attendait. Effacés les désespoirs liés à chaque échec de chaque élection nationale. Enfin quelque chose qui ressemblait, même si cela semble pompeux,  à de l’honneur retrouvé avec l’alternance. Je votais depuis 12 ans et pour la première fois mon vote était majoritaire. Une majorité de Français et de Françaises faisait confiance à la gauche. Quelle attente toute la journée, quelle angoisse à 20h au moment du dévoilement du portrait du Président, quelle explosion de joie quand c’est le visage de François Mitterrand qui est apparu. La nuit fut blanche, il y avait des rassemblements improvisés partout à Voiron : à l’Hôtel de Ville, à la maison, chez les amis. On allait de l’un à l’autre en riant, en chantant. Le lendemain, une majorité des enfants de ma classe (8 ans) racontait la fête à la maison et déclaraient que quand ils seraient grands ils seraient eux aussi présidents. »
Apis