Information Participative

Médias Citoyens Diois continu !

Retrouvez-nous sur notre nouveau site :

http://mediascitoyens-diois.info

Affichage des articles dont le libellé est Egalité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Egalité. Afficher tous les articles

samedi 22 février 2014

Révolution en Ukraine...



Ukraine : Timochenko libérée
Kiev. Le parlement ukrainien a libéré samedi l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko et décidé d'une élection présidentielle anticipée en mai, destituant de facto Viktor Ianoukovitch, qui, de son côté, refuse de démissionner et dénonce un «coup d'Etat».
L’opposante doit se rendre sur la place de l’Indépendance dans la soirée…
Son portrait est dressé depuis le début de la contestation sur la place de l’Indépendance. A Kiev, celle qui est surnommée «l’opposante à la tresse d’or» est devenue le symbole de la répression de la présidence Ianoukovitch.
A l’annonce de sa libération, les feux d’artifice ont résonné dans le centre de la capitale, épicentre de la contestation ukrainienne. Elle a pris une voiture depuis l’hôpital carcéral où elle était détenue à Kharkiv dans l’Est du pays. Elle doit prendre un avion pour se rendre à Kiev et rejoindre le Maïdan, où les manifestants l’attendent avec impatience.

samedi 8 février 2014

12èmes Rencontres de l'Ecologie au Quotidien en Rhône Alpes ( J+22 et J+23 )...

Samedi 8 février                vital rural
Espenel-rive droite– Association Labelvie (rourebel.fr)
10h Visite des installations solaires thermiques et photovoltaïques
12h Repas partagé convivial
14h Un Environnement Intérieur Sain
Habitat Sain et Géobiologie… Comment créer un espace de vie sain ?
Bruno Monier, géobiologue
Cornillon sur l’Oule- Association le Présent Simple-Le Fournil
Vivre en Milieu Rural
10h-16h  Des acteurs ruraux des Canton de Rémuzat,  la Motte-Chalancon et Drôme Provençale se présentent : stands, animations, dégustations des produits. Contacts : 06 42 30 53 52 ou 06 24 61 73 43
12h  Déjeuner partagé convivial. Repas en vente
15h  Vivre en Milieu Rural : témoignages de vie et échanges
Des femmes et des hommes innovent et font revivre un territoire. Une nouvelle génération de paysans, artistes et artisans a fait le choix de s’installer en milieu rural mais ce n’est pas sans quelques sacrifices
19h30  Soirée Conviviale : Soupe, boissons chaudes autour d’un feu de joie. Site : www.lepresentsimple.com
 
Dimanche 9 février  en conscience 
Cantons de la Motte Chalancon, Rémuzat, et Drôme Provençale  
10h à 16h Découvrir les Alternatives
Cantons-Rémuzat, la Motte Chalancon et Drôme Provençale  
Baladez-vous chez les acteurs ruraux qui vous ouvrent leur porte.
Visite sur réservation au 06 42 30 53 52 ou 06 24 61 73 43
Espenel Labelvie-Rourebel (rourebel.fr)
10h  Vivre l’Instant Présent 
Mieux Etre et Pleine Conscience : une pratique pour se libérer de nos conditionnements, réduire le stress et ainsi vivre pleinement l’instant présent.
Anne Tesson, Association Résonance (http://associationresonance.blogspot.fr/)
Espenel 14h Santé et Energie Vitale
Comment pratiquer la santé au quotidien et cultiver son énergie vitale.
Isabelle Lecoq, naturopathe
Espenel 16h  Habiter notre Corps
Découverte de la méthode Rosen, une approche corporelle qui va à la rencontre de l’être.
Lene Espensen,  praticienne et enseignante Méthode Rosen et Sophie- Do Baugier,  Méthode Rosen

mardi 10 décembre 2013

Mandela : le dernier des justes...

Nelson Mandela : le dernier héros de notre temps ?



Au risque de choquer un peu, l’annonce du décès de Nelson Mandela est finalement un soulagement. Comme le disent les Zoulous en Afrique du Sud, « il est retourné dans sa maison » après une vie entière consacrée à la lutte pour une société démocratique. Le héros sud-africain a le droit de partir en paix. Il a le droit de se reposer.
Raphaël PORTEILLA est politologue à l’Université de Bourgogne
(tiré de Recherches internationales)


Car sa vie a été particulièrement dense, parfois heureuse, souvent dramatique, toujours combative. Nelson Mandela a connu plusieurs vies qui en ont fait une icône vivante (son effigie figure depuis novembre 2012 sur les billets de banques sud-africains) aussi bien qu’un mythe, ce qu’il n’appréciait finalement que modérément ; il voulait que l’on se souvienne de lui non comme un prophète ou un messie mais simplement comme un être humain au service de son peuple.
Le jeune homme, le mari et le père
Né le 18 juillet 1918 à Mvezo dans le Transkei (aujourd’hui partie de la province du Cap est), Rolihlala (secoueur d’arbres/fauteur de troubles en Xhosa) Mandela a été à l’école de son village de Qunu. C’est là que son instituteur lui donna son second prénom Nelson. Confié aux soins du roi des Thembu au décès de son père en 1927, il est le premier à aller à l’école puis au lycée de Fort Beaufort où il rencontrera Oliver Tambo qui le suivra dans ses nombreux combats. A l’Université de Fort Hare, la seule accueillant des Noirs à cette époque, il resta un an (1939-1940), renvoyé pour avoir participé à une manifestation... déjà. De retour dans son village, pour échapper à un mariage arrangé, il décide de partir à Johannesburg et en 1941, il rencontre Walter Sisulu, l’autre grand compagnon de tous ses combats. Il reprend ses études universitaires en 1942/43 tout en commençant à assister aux réunions de l’ANC (créée en 1912). Sa vie personnelle se confond alors avec sa vie publique, la première pâtissant incontestablement de la seconde.
En 1944, alors qu’il se marie avec Evelyne Mase (cousine de W. Sisulu) dont il aura quatre enfants (trois sont morts à ce jour), il co-fonde la ligue de la jeunesse de l’ANC, dont il devient secrétaire national en 1948 puis Président en 1951. Pris entre son travail, ses études et son engagement politique, Mandela est trop souvent absent et la séparation avec sa femme est inéluctable ; le divorce est consommé en 1958. Un an auparavant, il rencontre Winnie Madikizela, jeune et jolie femme de seize ans sa cadette avec qui il se marie en 1958, en plein procès pour trahison. Leur vie privée est alors totalement tributaire de son entrée en clandestinité. Ils ne se voient qu’occasionnellement, toujours en secret. Ils ont deux filles nées avant le passage à l’action armée et son emprisonnement à vie. Durant sa détention, la photo de Winnie ne le quittera jamais et Mandela se fera beaucoup de soucis pour ses filles quand elle-même sera en prison. Ses geôliers ne l’épargneront jamais, à plusieurs reprises ils lui laisseront des coupures de journaux relatant les frasques de Winnie. Le plus dur sans doute fut la liaison avec un homme bien plus jeune qu’elle, ce qu’il ne pouvait pas croire ni accepter. Ruinant ainsi non seulement son mariage mais aussi sa lutte de libération, leur divorce sera acté en 1995, cinq ans après sa libération. Mandela aimait la compagnie des femmes et sa dernière cour, il l’a réservée à la veuve du Président mozambicain, Graça Machel, qu’il épousera à l’âge de 80 ans. « Je suis amoureux d’une dame remarquable. Je ne regrette pas les revers que j’ai subis dans ce domaine ». Tout au long de sa vie, Mandela a du choisir entre le devoir et l’amour, c’est le premier qui l’a souvent emporté car il n’y a guère de place pour l’amour dans la vie d’un révolutionnaire, d’un combattant ou d’un détenu.
La vie publique ou la vie privée... de liberté : du résistant au détenu
Bien qu’engagé au sein de l’ANC dès le début des années 40, c’est en 1952 que son combat pour la libération entre dans une nouvelle phase, celle du résistant plusieurs fois arrêté par le gouvernement d’apartheid. Bien que frappé de bannissement en 1952 et interdit de toute activité politique, il ouvre avec O. Tambo le premier cabinet d’avocats africains. Dès lors, Mandela conçoit la stratégie des futures opérations clandestines de l’ANC dans le cadre de la lutte non-violente. La rédaction de la Charte de la liberté en juin 1955 adoptée par le Congrès du Peuple (regroupement de quatre organisations de lutte contre l’apartheid) à laquelle il assiste depuis le toit d’un magasin voisin, fixe pour l’avenir le contenu et le sens de son combat : « l’Afrique du Sud appartient à tous ceux qui y vivent, Noirs et Blancs ». Renforçant la dimension non-raciale de sa ligne de conduite Mandela, alors influencé par les idées africanistes d’Anton Lembede, s’est pourtant opposé à la fin des années 40, à l’entrée des Blancs ou des communistes à l’ANC, ce qu’il regrettera plus tard, car de fait le combat du parti communiste sud-africain (SACP créé en 1921) et celui de l’ANC sont plus que convergents ; l’apartheid étant aussi un laboratoire du capitalisme.
A nouveau emprisonné en 1960 au lendemain du massacre de Sharpeville (21 mars), l’ANC et le PAC étant alors déclarés illégaux, Mandela, acquitté en 1961, optera dès lors pour une autre stratégie : « nous avons toujours cru à la stratégie de la non-violence. Quand les conditions exigeaient de s’en tenir à la non-violence, nous le faisions ; quand les conditions nous dictaient de dépasser la non-violence, nous le faisions ». Après avoir convaincu non sans mal les dirigeants de l’ANC du passage à l’action armée, Mandela est chargé de créer le bras armé de l’ANC, le MK (la lance de la nation). Dès décembre 1961, des actions ont lieu mais peu fidélisé au maniement des armes, Mandela part début 1962 se former à l’étranger suivre un entraînement militaire et chercher des soutiens. Plus d’une vingtaine de pays l’accueillent ainsi que certains de ses compagnons d’armes. A son retour en Afrique du Sud mi-1962, il est arrêté et condamné à cinq ans de prison pour incitation à la grève et pour avoir quitté illégalement le pays.
Le 11 juillet 1963 une descente de police dans la ferme de Liliesleaf à Rivonia (près de Johannesburg) conduit à l’arrestation des principaux leaders du MK. Mandela, déjà détenu, sera joint à leur procès (le fameux procès de Rivonia) qui durera jusqu’en juin 1964. La déclaration lue par Mandela (alors considéré comme terroriste) sera reprise et largement diffusée faisant connaître au monde la lutte morale contre l’apartheid : « J’ai condamné le racisme toute ma vie, je le combats aujourd’hui et je le combattrai toute ma vie jusqu’à mon dernier souffle. J’ai défendu l’idéal d’une société démocratique et libre dans laquelle tous les individus vivront en harmonie et bénéficieront de chances égales. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et que j’espère voir se réaliser. Mais c’est aussi un idéal pour lequel je suis prêt à mourir ». Tous furent finalement condamnés à la prison à perpétuité et conduits à Robben Island (sauf Goldberg qui était blanc).
Le matricule 466/64 reçu par Mandela à Robben Island est aujourd’hui célèbre mais à cette époque, il était un numéro de prisonnier comme un autre, soumis au silence, aux conditions de détention les plus dures et les plus inhumaines, le but étant de briser les prisonniers politiques Dépouillés de presque tout, la prison a été pour tous le lieu d’une épreuve extrême, celle du confinement, du dénuement maximal, du travail quasi-forcé. Ce fut aussi le lieu d’une formidable (« université de ») résistance luttant pied à pied pour ne pas perdre leur humanité : « la prison loin de nous briser a renforcé notre détermination à poursuivre le combat jusqu’à la victoire ». Pendant ces 27 années sombres, d’abord à Robben Island, puis à la prison de Pollsmoor et enfin à celle de Victor Vorster près de Paarl, Mandela et ses amis ont obtenu des petites victoires, quelques améliorations, mais jamais ils ont accepté de discuter avec le gouvernement sud-africain tant qu’ils n’étaient pas libres.
Cette obstination, conjuguée aux résistances et luttes en Afrique de Sud, au large mouvement de solidarité internationale, aux (timides) prises de positions de la société internationale (pour plusieurs pays, il était un « terroriste »), ont commencé à éroder l’apartheid. De rencontres secrètes en réunions plus officielles, Mandela, avec l’accord de l’ANC, obtint de réelles négociations et la libération des prisonniers. Tout d’abord en octobre 1989 pour huit de ses compagnons, puis le 11 février 1990, il sort de prison le poing levé au côté de Winnie : « Free at least ». Son discours au balcon de l’hôtel de ville du Cap le jour même situe d’emblée son ambition, ouvrant sur une nouvelle période...de sa vie et de l’Afrique du Sud.
Du réconciliateur au premier Président noir d’Afrique du Sud
Bien qu’affaibli par ces années de détention et de maladies, Mandela s’engage dès le 2 mai 1990 dans les négociations avec De Klerk. Ces années sont éprouvantes car non seulement il doit discuter des conditions de la transition à venir en passant des compromis mais doit aussi se montrer très ferme avec son propre camp et envers De Klerk dont le « double agenda » entretient au quotidien des tensions souvent mortelles (en soutien du parti zoulou de Buthelezi par exemple). Loin de l’homme de paix que d’aucuns se plaisent à imaginer, De Klerk entend faire durer cette période de négociation aussi longtemps que possible, voire faire déraper le processus en cours. C’est dans ce contexte que Mandela, sur proposition de Joe Slovo en 1992, ancien Secrétaire Général du SACP, avance l’idée du partage du pouvoir pour un temps limité afin de mettre fin aux tensions. Contraint, De Klerk accepte cette proposition, engageant l’ultime phase du processus de transition politique ; démarche qui vaudra à Mandela et à De Klerk le prix Nobel de la paix en 1993.
En votant pour la première fois à l’âge de 75 ans en avril 1994, après une campagne électorale elle aussi éprouvante, Mandela sait que le chemin vers la liberté est encore long et sinueux. Elu premier Président noir de la nouvelle Afrique du Sud, il se met tout entier au service de « sa » cause : bâtir une Afrique du Sud pour toutes et tous, libérée de l’apartheid et de la division. La création de la Commission Vérité et Réconciliation confiée à Desmond Tutu, autre grande figure de la lutte, consacre son immense humanité et compassion : « pardonner mais ne pas oublier ».
Dès le début de sa présidence, Tata (pére ou grand-père) Madiba (nom de son clan) comme les sud-africains l’appellent affectueusement dorénavant, entend maintenir le cap de la réconciliation, seul chemin possible à ses yeux. Il y consacrera toute son énergie à la tête d’un gouvernement d’union nationale, puis à partir de 1996, sous l’empire d’une nouvelle constitution, sans doute à l’époque, l’une des plus progressistes du monde. Plusieurs de ses actes témoigneront de sa volonté de réconciliation envers les Blancs, signes évidents du triomphe de l’espoir et de l’avenir sur l’injustice.
C’est aussi sans doute à ce moment que Mandela choisit de s’effacer progressivement de la vie politique - il ne fera qu’un mandat - et laissera son vice-Président, T. Mbeki, diriger le pays. S’occupant essentiellement de la lutte contre le Sida (il perd un de ses fils en 2005 de cette maladie), délaissant la vie publique, rattrapé par la maladie, Mandela annonce qu’il se retire de la vie publique en 2004.
La vie de « patriarche » qu’il mène ensuite est consacrée à sa famille - ce qui lui a le plus manqué en prison -, à des œuvres de charité ou autres institutions/fondations, tout en conservant au moins pendant quelques années, une réelle influence morale et politique. Mais la maladie - une infection pulmonaire - se faisant de plus en plus présente amenuise ses dernières forces depuis 2010. Hospitalisé à quatre reprises depuis 2013, toujours combatif mais épuisé, il s’éteint le 5 décembre au milieu des siens, à l’âge de 95 ans.... « Rest In Peace ».
L’héritage de Mandela 
Les journaux sud-africains n’ont pas attendu son décès pour dresser l’inventaire de ce que l’Afrique du Sud, mais aussi le monde, doit à Madiba. Nombre de valeurs dont il a été porteur, mais aussi son humour, son sens tactique, (« ses chemises »), l’ont incontestablement élevé au rang de « patrimoine commun de notre Humanité », à l’instar du concept africain d’Ubuntu dont il ne s’est jamais départi.
Mandela est devenu le symbole universel (avec d’autres avant lui) de la résistance, de la lutte, de liberté et de la réconciliation. On ne compte plus les places, rues, sites, institutions (le 18 juillet a été déclaré par l’ONU journée internationale Mandela) qui portent son nom ou ses déclinaisons, lesquels ont d’ailleurs fait l’objet d’une protection juridique spécifique pour ne pas être dévoyés par de sordides utilisations...
C’est aussi tout le sens de l’avenir de ce pays et des jeunes sud-africains « born frees » pour qui Mandela demeure sans aucun doute un mythe puissant (un père ou un fils) mais dont l’effet pourrait s’estomper avec sa disparition, si ses successeurs ne parviennent pas à transformer le rêve politique de la réconciliation en réalité émancipatrice de la justice sociale.
Raphaël Poteilla

vendredi 6 décembre 2013

Madiba...Loué soit le grand homme...



Mandela, des idéaux universels
Nelson Mandela, quelques jours après sa libération, lors d'une manifestation à Bloemfontein, Afrique du Sud. 25 février 1990 -Trevor Samson
Nelson Mandela était donc mortel. Celui que l’on considérait comme un ange ou comme un saint laisse au monde une impression de vide. Comme si personne ne s'était vraiment préparé à le voir partir. Sauf peut-être les Sud-Africains.
En 1964 déjà, le combattant de l'ANC assurait être "prêt à mourir" pour défendre ses idéaux. Des idéaux qui résonnent au-delà des frontières de l'Afrique du Sud : l'égalité, la justice, le rejet du racisme et de l'exclusion. Mais c'est son autorité, son calme, son humour parfois et son esprit de leadership surtout qui ont assuré une transition paisible à la fin de l'apartheid.
Aujourd'hui, le monde entier rend hommage à sa lutte. Mais dans le tourbillon médiatique, on oublie qu'à sa libération, en 1990, Nelson Mandela était considéré comme un dangereux "terroriste" sur la scène internationale. Il a certes pardonné à ses anciens bourreaux, il a ouvert son pays à cette partie du monde qui l'avait autrefois oublié. Mais ce n'est pas sa bonté d'âme qui a permis de faire de l'Afrique du Sud une grande puissance émergente et démocratique. C'est son esprit politique. Mandela n'est ni un ange ni un saint. Ce serait simplifier son combat, ses sacrifices. Madiba était bien mortel. Et il fut un grand homme.
Personnalité historique d’exception, Nelson Mandela a sacrifié une grande partie de sa vie pour émanciper son peuple et lui conférer la dignité que tout être humain est en droit d’obtenir. Il a transformé une société de haine en une nation arc-en-ciel plus ouverte et plus respectueuse des différences.
Nelson Mandela aura profondément marqué son époque. Il constitue en effet un formidable exemple d’engagement, de conviction et de dépassement de soi au service de l’égalité entre tous les citoyens.
Prisonnier politique et Président, combattant de la liberté et artisan de la réconciliation, Nelson Mandela est un véritable héros de notre époque contemporaine. Son courage et sa détermination forcent l’admiration et invitent à l’humilité.

Cet homme hors du commun restera une source d’inspiration pour des millions de citoyens. Madiba incarne pour beaucoup l’idée que l’on peut changer le cours des choses et qu’un monde meilleur reste possible. Avec son souvenir, plus que jamais, cette idée continue à vivre.
Mais qu'est-ce qui rendait Mandela si spécial?
A part, bien sûr, le fait d'avoir croupi vingt-sept ans dans les geôles de l'apartheid et d'en avoir émergé sans la moindre rancune.
A part son insistance pour que la «réconciliation» soit au centre d'une commission de vérité constituée pour soigner les plaies infligées à l'Afrique du Sud par des décennies de haine raciale.
A part son apparition sur le terrain de la finale de la Coupe du monde de rugby en 1995, un maillot des Springboks sur les épaules, courageux appel au pays pour qu'il s'unisse derrière une équipe sud-africaine composée en grande majorité de Blancs.
Et à part son départ de la présidence de l'Afrique du Sud au terme de son premier mandat, contrairement à tant de dirigeants dans le monde qui, une fois qu'ils ont goûté au pouvoir, s'accrochent à lui jusqu'à ce qu'il les détruise ou jusqu'à ce qu'ils détruisent les pays qu'ils gouvernent.
Voilà les qualités les plus connues du héros de la lutte contre l'apartheid. Mais pour les journalistes qui ont eu la chance de suivre son remarquable parcours, depuis sa sortie de prison en 1990, pendant les années de transition jusqu'aux premières élections présidentielles multiraciales de 1994 et jusqu'à ce jour de 1999 où --trop tôt pour certains-– il tira sa révérence, Nelson Mandela était plus que cela. Beaucoup plus que cela.
Il n'était pas un politicien comme les autres. Couvrir «l'histoire Mandela» vous marquait pour la vie. Il nous incitait tous à devenir de meilleurs êtres humains ou, plus exactement, à reconnaître les vertus de la réconciliation à une époque où les Sud-Africains, blancs ou noirs, subissaient encore les stigmates de l'apartheid.
J'assiste à un meeting de campagne dans la township d’Alexandra, dans la banlieue de Johannesburg. La tension est extrême. Mandela prend la parole devant une foule imprégnée de sentiments anti-Blancs après un énième massacre de Noirs attribué à la «Troisième force» --des barbouzes blancs qui cherchent à torpiller par la violence le processus de démantèlement de l'apartheid.
Et puis, brusquement, il s'arrête de parler. Il montre du doigt une femme blanche qui se tient debout parmi les participants, un peu en retrait. «Cette femme, là-bas», dit-il avec un large sourire. «Elle m'a sauvé la vie.»
Il l'invite à monter sur scène et l'embrasse chaleureusement. Il raconte qu'en 1988, alors qu'il était incarcéré dans la prison de Pollsmoor, près du Cap, il avait été hospitalisé après avoir attrapé la tuberculose et que c’était cette femme, une infirmière, qui l'avait soigné.
Mandela réussissait à renverser l'humeur de la foule. Les grondements vengeurs se taisent, noyés sous les murmures d'approbation.
Il y a aussi ce jour où Mandela, devenu président de l'Afrique du Sud, accueille une réunion de la Communauté de développement d'Afrique australe. Pratiquement tous les chefs d'Etat et de gouvernement de la région sont là. Depuis le matin, les journalistes attendent une conférence de presse qui n'arrive pas. Une reporter radio, très agitée, doit s'éclipser en milieu d'après-midi pour récupérer son fils à l'école, en priant pour que la conférence de presse ne démarre pas pendant son absence. Heureusement pour elle, elle revient juste à temps, accompagnée de son gamin dont la «chemise Madiba» tranche avec les costumes stricts de l'assistance.
En entrant dans la salle avec les autres dirigeants, Mandela remarque l'enfant. Sans hésiter, il se dirige vers lui, lui serre la main et lui dit: «Bien le bonjour. Comme c'est gentil d'avoir pris le temps de venir parmi nous malgré votre emploi du temps chargé!» Le gamin rayonne, sa mère aussi. Les journalistes sont enchantés et les présidents et Premiers ministres ont l'air de bien s'amuser.

Il en allait toujours ainsi. Nous étions émerveillés en voyant Mandela s'adapter sans difficulté à son nouveau rôle d'homme d'Etat d'envergure mondiale. Nous étions émus lorsque, de temps en temps, il laissait entrevoir son côté humain. Pendant son divorce, il avait confié publiquement que la femme qu'il aimait si profondément, Winnie, n'avait pas passé une seule nuit avec lui depuis sa sortie de prison. L'activiste Strini Moodley, incarcéré à Robben Island, raconte que Mandela avait toujours une photo de Winnie avec lui dans sa cellule. Un jour, Moodley demande à emprunter l'image pour réaliser un croquis. «Tu peux l'avoir pendant la journée, mais la nuit elle revient avec moi», lui répond Mandela.
Pendant la campagne électorale, Nelson Mandela n'oubliait jamais de demander aux journalistes s'ils avaient bien dormi et s'ils avaient bien pris leur petit-déjeuner. Il connaissait beaucoup de reporters et de photographes par leur nom. Il s'arrêtait souvent pour bavarder avec eux, en commençant toujours par un: «Comme c'est bon de vous revoir!»
Un des moments les plus emblématiques de ses efforts permanents pour réconcilier les Sud-Africains fut sa visite à Betsie Verwoerd, la veuve de l'architecte de l'apartheid Hendrik Verwoerd, l'homme qui l'avait, de fait, envoyé en prison.
C'est sous Verwoerd, Premier ministre de 1958 jusqu'à son assassinat en 1966, que le Congrès national africain (ANC) et le Parti communiste avaient été mis hors la loi. Contraint à la clandestinité, Mandela avait été arrêté et condamné à la prison à vie, en 1964, pour «actes de sabotage» et «complot en vue de renverser le gouvernement».
Le «Thé avec Betsie» se déroula au domicile de cette dernière, dans une enclave blanche connue sous le nom d'Orania, au nord-est du Cap, en août 1995. Mme Verwoerd, alors âgée de 94 ans, n'a jamais révélé grand-chose sur cette rencontre, se contentant de dire qu'elle était contente que le président lui ait rendu visite. Sa petite-fille, Elizabeth, s'était avérée moins accueillante, affirmant qu'elle aurait préféré que Mandela devienne «le président d'un pays voisin».
Mandela était digne. Il était généreux. Il devait affirmer plus tard qu'il avait été reçu à Orania «comme à Soweto», la gigantesque township noire de Johannesburg dont il est le héros. Toujours prêt à rappeler qu'il s'inscrivait dans la lignée de nombreux dirigeants sud-africains, il avait posé pour les photographes au pied d'une statue de Verwoerd haute d'environ 1,80 m. «Vous avez érigé une bien petite statue pour cet homme», avait-il même dit aux résidents d'Orania en prenant un air déçu.

Quelques mois plus tôt, le 27 avril 1994, les journalistes s'étaient massés dans une école près de Durban où Mandela devait voter lors des premières élections multiraciales à avoir lieu dans le pays. Je me souviens avoir pensé: «Est-ce que tout cela est bien réel? Est-ce que Mandela est bien en train de voter? Est-ce que l'apartheid est vraiment en train de se terminer?»
Oui, c'était bien le cas. Dans un bref discours, Mandela avait salué l'aube d'une «Nouvelle Afrique du Sud où tous les Sud-Africains sont égaux». Puis il avait déposé son bulletin dans l'urne et, rayonnant sous le soleil matinal, il avait souri. Un long sourire. Un sourire heureux.
Le genre de sourire qui, on le sent, n'est pas destiné aux caméras. Le genre de sourire qui vient du très profond de l'âme. Et dans le cas de Mandela, d'une âme d'une grande rareté, et d'une grande sagesse.
MCD

jeudi 5 décembre 2013

Le féminisme est toujours d' actualité....



Le féminisme ne fait plus mauvais genre : Trois femmes sur quatre pensent que le féminisme a encore un sens en 2013.
SONDAGE - Trois Françaises sur quatre pensent que c'est un concept qui a encore du sens aujourd'hui, selon le troisième et dernier volet de l'Observatoire «Dans le miroir des femmes», Terrafemina publié ce jeudi...
Le féminisme, un combat d’arrière garde? Pas sûr. Alors que pendant des lustres, il était de bon ton chez les femmes de commencer ses phrases par: «Je ne suis pas féministe, mais… », le vent pourrait bien être en train de tourner. 75% des femmes françaises interrogées dans cette nouvelle étude estiment en effet que le «féminisme a encore un sens». Parmi  elles, 50% affirment même «qu’il reste des inégalités à combattre». «On a été surpris par l’ampleur de ce résultat: même si cette perception globalement positive n’équivaut pas un engagement, cela montre que ce n’est pas un simple féminisme symbolique en souvenir des batailles passées mais bien que la lutte a toujours lieu d’être», souligne Nicolas Fert, chargé d’étude sénior au Pôle Opinion du CSA.
«Des inégalité encore plus injustifiables»
«Qu’autant de femmes reconnaissent que le féminisme agit pour le progrès et l’émancipation des femmes est une nouveauté et une vraie avancée, car longtemps le terme féminisme fonctionné comme un vrai repoussoir, une idée qui faisait mauvais genre», réagit Margaret Maruani, directrice de recherche au CNRS, responsable du réseau de recherche Mage (marché du travail et genre). Mais pour elle, ce retour de flamme est assez cohérent avec le sentiment d’inégalité professionnelle exprimé dans le reste de l’étude*: «Comment expliquer que les femmes aujourd’hui aient des salaires moindres (27% inférieurs à ceux des hommes), et des carrières moindres (seuls 40% des emplois cadres sont occupés par des femmes), et qu’une majorité d’entre elles occupent des emplois dans le salariat d'exécution sous-payé, qu'elles soient plus souvent à temps partiel ou au chômage alors qu’elles sont plus diplômées que les hommes et qu’elles ont les mêmes trajectoires professionnelles continues qu’eux-mêmes quand elles ont des enfants?» s’interroge la spécialiste. «Aujourd’hui, les inégalités entre les hommes et les femmes se sont pas plus importantes, mais elles sont encore plus injustifiables et illégitimes qu’auparavant», explique-t-elle.
La perception de leur corps par les femmes varie en fonction de leur classe sociale
Ainsi, 74% des femmes cadres et professions libérales estiment que leur corps constitue une part de leur identité, contre seulement 54% des employées et des ouvrières.
Un écart de perception s’expliquant par le fait que les femmes de catégorie sociale supérieure sont les plus satisfaites de leur corps (58%), tandis que les ouvrières expriment un rapport plus compliqué à celui-ci (32% en sont mécontentes). «Or, dans une société ou l’impact de l’apparence physique est croissant, le corps ne peut être source d’identification que si on le trouve beau», souligne le sociologue Jean-François Amadieu, notamment spécialiste des déterminants physiques de la sélection sociale. «Les ouvrières et les employées dépensant généralement moins d’argent et de temps pour entretenir leur corps, elles le jugent souvent plus sévèrement et ne veulent pas s’identifier à lui. Elles préfèrent se définir par leur maternité, leur appartenance à une région…», souligne le sociologue.
Plus grave: 22% des ouvrières considèrent même leur corps comme unhandicap dans leur quotidien. «Elles savent qu’une apparence physique non conforme aux canons en vigueur se paye sur le marché du travail», analyse Jean-François Amadieu, qui cite le dernier baromètre du Défenseur des Droits publié en janvier dernier, où l’apparence physique apparaissait à la sixième place des facteurs de discrimination. A contrario, 23% des cadres perçoivent leur corps comme un atout et 36% comme un critère important de reconnaissance. «Ces dernières sont sans doute plus influencées par le diktat de la beauté véhiculé par les médias et la publicité. Elles ont aussi conscience du rôle joué par l’apparence non seulement pour trouver un conjoint, mais aussi pour faire carrière».
La réalisation décomplexée des femmes
Selon un sondage de l’Observatoire Terrafemina réalisé par CSA, l’ambition n’est plus taboue chez les femmes, surtout chez les plus jeunes…
Exit le temps où les femmes n’affichaient pas leur ambition, par crainte d’apparaitre comme des carriéristes sans scrupules. Selon un sondage de l’Observatoire Terrafemina, l’ambition apparait comme un trait de caractère connoté plutôt positivement chez les femmes.

D’ailleurs, la moitié d’entre elles se définissent comme ambitieuses. Une proportion encore plus forte chez les plus jeunes: 69% des 18-24 ans et 63% des 25-34 ans, à l’opposé des 50 ans et plus (40% pour les 50-64 ans). «Cela s’explique par un changement des mentalités, qui a démarré dans les années 80 où l’argent et la réussite ont été valorisés dans la société», souligne Agnès Balle, directrices des études à l'institut CSA.
Le travail mené par les grands groupes depuis une dizaine d’années sur l’égalité professionnelle et la promotion des femmes dans l’entreprise a aussi également joué un rôle dans cette évolution. La preuve: 69% des femmes cadres se définissent comme ambitieuses et veulent désormais jouer à armes égales avec les hommes en entreprise.
Pas prêtes à tous les compromis
Pour autant, les femmes ne semblent pas  concevoir l’ambition comme un enjeu de pouvoir. Car pour 40% des sondées et même pour 55% des cadres, leur premier souhait sur le plan professionnel est de s’épanouir et 20% d’entre elles veulent surtout que leur travail leur permettent de préserver leur vie privée. «Pour la majorité d’entre elles, le travail est un facteur d’équilibre. Mais elles ne sont pas prêtes à tout sacrifier à leur ambition, qui ne doit entraver personne d’autre qu’elles mêmes », décrypte Agnès Balle.
Ainsi, si 55 % des femmes se déclarent prêtent à des sacrifices pour réaliser leurs ambitions, 28 % d’entre elles choisissent de rogner sur une partie de leur temps libre. En revanche, très rares sont celles qui sont prêtes à renoncer à des moments partagés avec leur conjoint ou leurs enfants. Ambitieuses oui, mais pas à tous prix.
Pas si facile d'être une femme libérée en 2013
Dans le troisième et dernier volet de l'Observatoire «Dans le miroir des femmes», «20 Minutes»-CSA-Terrafemina, les Françaises dressent un portrait contrasté de leur statut social en 2013...
Etre une femme c’est bien, mais être un homme parfois, c’est mieux… Même en 2013! C’est ce que révèle le troisième sondage de Terrafemina publié ce jeudi. Ainsi, si 70% des Françaises interrogées assurent qu’elles n’auraient pas aimé être un homme, seule une femme sur deux déclare aujourd’hui se sentir «aussi libre qu’un homme». Et 44% affirment même que leur sexe «a été un frein dans leur vie professionnelle», 24%« dans leur vie sociale». «C’est extrêmement élevé», souligne Nicolas Fert, chargé d’étude sénior au Pôle Opinion de CSA. «Cela démontre la dualité de notre société, où les femmes sont satisfaites de leur identité mais lucides sur les inégalités liées à leur condition sociale dans un contexte qui reste plus favorable aux  hommes et notamment dans le monde du travail», ajoute-t-il
Au travail, avantage aux hommes
Leur perception des avantages relatifs à être femme ou homme aujourd’hui en France le confirme: 41% des Françaises qui aiment être femmes apprécient avant tout le fait de «pouvoir enfanter», 30% le sentiment «d’appartenir à une génération qui fait évoluer le droit des femmes», 29% «la possibilité de cumuler les rôles de mère, de compagne et de professionnelle» et 28% la capacité «d’assumer sa féminité». A l’inverse, parmi les 17% de femmes qui auraient préféré être un homme, 31%  formulent ce souhait «pour être mieux payées», 26% pour «accéder plus facilement à des postes à responsabilité», 24% «pour être moins jugées sur leur physique» et 18% «pour avoir une pression sociale moindre dans la gestion de la vie familiale».
«Ces résultats ne sont pas surprenants: quand on sait que seule une minorité de femmes occupe des emplois prestigieux, bien payés et donc valorisants alors qu’une majorité travaille dans des secteurs précaires et souvent à temps partiel, on comprend facilement qu’elles se sentent avant tout valorisées dans leur rôle de mère», analyse Azadeh Kian, professeure de sociologie et directrice du Centre d’Enseignement, de Documentation et de Recherches pour les Etudes féministes (CEDREF) de l’Université Paris-Diderot. Sans surprise, les femmes ouvrières sont ainsi plus nombreuses à regretter ne pas être un homme (22%, contre 17% pour l’ensemble des femmes) tandis que les femmes cadres sont 22% à ne pas se sentir vraiment différentes en tant que telles (contre seulement 14% au global). 
«Malgré la nécessité de l’égalité des droits’, ce sondage confirme que les inégalités sont toujours bien là, entre les hommes et les femmes mais aussi entre les femmes elles-mêmes. C'est-à-dire entre celles qui pensent avoir le pouvoir et se sentent libres et valorisées dans leur corps, dans leur vie personnelle et professionnelle et celles qui ont les mains liées au travail et à la maison et subissent certaines contraintes liées à leur sexe dans leur rôle de mère, épouse, employée précaire. Et il est important de dire que toutes ces inégalités ne sont pas normales, surtout pour les jeunes générations», souligne cette spécialiste.
Lire aussi le dossier de Terrafemina.com 
*«Qu’est-ce qu’être une femme en 2013», sondage réalisé par l’Institut CSA par Internet du 29 octobre au 7 novembre 2013 auprès d’un échantillon de 1.054 femmes âgées de 18 ans et plus, issues d’un échantillon national représentatif de 2.015 Français âgés de 18 ans et plus, résidant en France, constitué d'après la méthode des quotas (sexe, âge et catégorie socioprofessionnelle), après stratification par région et taille d’agglomération.
Die et z’elles
26150 Die

vendredi 26 juillet 2013

Chercher de nouvelles routes...



Don Quichotte au Club Med
Dans le Larousse médical de 1924, on peut lire : «Les voyages, en distrayant l’esprit et le détournant de tout travail, sont excellents pour les individus ayant une grande fatigue intellectuelle, confinant à la neurasthénie.» Dans cette optique, les voyages sont vus comme un remède, un viatique. Mais est-ce toujours le cas ?
Ce n’est pas mon expérience. Quelques mauvais souvenirs ont eu raison de ma bonne volonté. Tout d’abord, entre le moment où je quitte le confort de ma maison et celui où je m’habitue à mon lieu de villégiature, je me sens vulnérable, sur la défensive, en danger. En exagérant à peine, je ressemble à ces crustacés sans coquille, à une sorte de bernard-l’hermite en transit entre deux abris, exposé aux agressions. Ensuite, le tourisme de masse (y en a-t-il un autre ?) m’indispose. Le fait d’être traité comme du bétail dans les aéroports, l’inconfort rencontré à l’étranger (je n’ai pas les moyens de voyager dans le luxe) m’ont guéri du prétendu «remède» par le voyage. De ce point de vue, je me sens plus proche de Baudelaire qui notait : «Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poêle, et celui-là croit qu’il guérirait à côté de la fenêtre.» Bref, le voyageur est travaillé par l’envie d’un changement salutaire qui n’est pas toujours au rendez-vous.
Dans Le voyage était presque parfait, l’anthropologue Jean-Didier Urbain s’est intéressé à ceux que les voyages ont blessés, déçus, navrés. Il classe les voyageurs en trois types, avec des mélanges et variantes. Il y a les «découvreurs», les «performeurs» et les «vérificateurs».
A l’instar de Christophe Colomb, les découvreurs cherchent une nouvelle route, ils sont en quête d’inouï, d’inattendu, d’aventure.
Les performeurs, eux, ne s’intéressent pas au Monde, mais carburent à l’exploit et aux défis. Ils veulent réaliser une performance, faire le Tour du monde en quatre-vingts jours, comme le héros de Jules Verne, Phileas Fogg.
Quant aux vérificateurs, ils voyagent habités par une idée de ce qu’ils recherchent. Ils sont en quête d’une confirmation. Ils veulent retrouver dans le monde extérieur l’objet de leur attente. Ils vont vers du connu, un déjà-vu ou entrevu (ils iront en Chine voir les pagodes qui les ont fait rêver dans Tintin). Robinson Crusoé appartient à ce type de voyageur. Echoué sur une île, Robinson l’annexe à ses normes, il rebâtit là-bas un ici, et son compagnon, Vendredi, n’est guère plus qu’un double servile. Robinson ne s’accommode pas du différent, il recrée l’ailleurs à l’image de chez lui. Il est certes débrouillard, mais réduit l’autre au même, à l’image de ces touristes qui vivent à l’autre bout du monde dans un «village vacances». Il est prisonnier d’une île, mais il est surtout captif d’une île intérieure, imperméable au dehors, hermétique à l’autre, à ce traumatisme potentiel.
Ainsi, ce qui distingue les voyageurs est «la petite histoire» qui les motive. Cela dit, par-delà leurs différences, ce qui les réunit est la nécessité d’être habité par un scénario imaginaire. Les fantasmes sont variables, mais leur présence est nécessaire. Colomb veut trouver, Robinson retrouver. Mais les deux agissent une rêverie. Et la déception naît du décalage entre le projet et l’expérience, une demande et une offre. Le sentiment d’échec découle du refus que la réalité trahisse l’idéal. Le «découvreur» exige que son périple le surprenne. Dans son cas, l’échec consistera à voyager dans une réalité trop familière. A l’opposé, le vérificateur sera navré de ne pas reconnaître lors de son voyage l’idée qu’il s’en faisait. Certains, qui voulaient vérifier, ont découvert, et ne s’en sont jamais remis.
Pour atténuer la déception, le vérificateur pourra recourir à une stratégie souvent utilisée, celle de Don Quichotte : préférer son imagination à sa perception. Pour apaiser la déception, le vérificateur niera la réalité et imposera son imaginaire : un troupeau deviendra une armée, la paysanne une princesse, l’auberge un château. Transposé dans les voyages actuels, cette stratégie se prolongera dans toutes sortes de variantes : la foule insupportable deviendra la preuve que la destination choisie est géniale (puisque tous y vont !) ; l’hôtel miteux, un «lieu d’accueil avec une vue imprenable» ; la popote indigeste, un «mets exotique». Bref, pour supporter la déception, le baume de l’automystification est souvent un recours nécessaire.
Réfléchir au voyage est intéressant car les considérations qui lui sont applicables sont généralisables à l’existence elle-même. Dans le périple qui conduit du berceau à la tombe, le bonheur dépend de l’écart entre ce que j’expérimente et mes espoirs secrets. S’ils concordent, j’éprouverai une grande satisfaction, sinon, la déprime guettera. L’individu pourra alors faire une psychanalyse : trouver un jeu avec son fantasme, à la fois lui être fidèle et mieux goûter à ce qui le déborde. Sinon, d’autres options se dessineront, comme cultiver un petit délire, quelques donquichotteries…
ERIC VARTZBED Psychanalyste
Derniers ouvrages parus : «le Bouddhisme au risque de la psychanalyse» et «Comment Woody Allen peut changer votre vie», Seuil, 2009 et 2011.

dimanche 9 juin 2013

Printemps turc

Un printemps turc ? Place Taksim, Istanbul


Ces images inattendues et impressionnantes ont fait le tour de la planète : rues bondées de manifestants, affrontements violents, foules traversant le pont du Bosphore à pied au petit matin… Mais que se passe-t-il donc dans ce pays qui a pourtant vu ces dernières années un miracle économique que beaucoup lui envient ; dont le parti au pouvoir, l’AKP, est parvenu à se faire reconduire avec pratiquement 50% des voix ; qui est acclamé dans les forums internationaux ; et qui semblait en passe de régler le plus épineux dossier politique, la question kurde ?

De manière discrète, mais continue, les tensions s’accumulaient pourtant depuis quelques temps. Les nouvelles restrictions à la vente d’alcool votées cette semaine s’ajoutent à une liste déjà fournie et font grincer quelques dents. Pas plus tard que la semaine passée, s’est déroulée à Ankara une mobilisation originale : des couples sont venues protester contre des lieux publics de plus en plus moralement restrictifs, en s’embrassant en public. Mais ce n’est pas un hasard si la protestation actuelle est partie du parc de Gezi (la « promenade »), voué à disparaître dans un projet d’aménagement urbain du centre « moderne » d’Istanbul, adopté sans concertation.

lundi 27 mai 2013

Un autre monde est possible...

Un échange riche est nécessaire entre l’écologie et le féminisme

Eco-féminisme pour un autre monde possible


Alicia Puleo García est doctoresse en Philosophie à l’Université Complutense de Madrid, Professeure de l’Université de Philosophie Moral et Membre du Conseil de la Chaire d’Etudes de Genre de l’Université de Valladolid. Elle a publié récemment, « Eco-féminisme pour un autre monde possible », Madrid, Cátedra, 2011. Juan Tortosa – En quoi consiste l’éco-féminisme ?
Alicia Puleo García – Je le comprends comme la rencontre entre la conscience féministe, écologiste, pacifiste et animaliste dans un XXIe siècle où il devient indispensable de revoir notre compréhension de la place de l’humanité sur notre terre. L’éco-féminisme n’est pas seulement la conservation des espèces en voie de disparition. L’éco-féminisme allie la préoccupation pour la justice envers les humains à l’écologie sociale. Je dois, toutefois, souligner que je réponds à la question depuis ma proposition éco-féministe. Mais il y a différentes manières de penser l’éco-féminisme, certaines, par exemple, ne s’intéressent pas au sujet de l’ « Autre animal ».
Ce que tout le monde partage est la préoccupation pour les sujets écologiques qui concernent surtout les femmes. Nous, les femmes, sommes vulnérables biologiquement et hormonalement aux produits toxiques utilisés actuellement, et nous sommes concernées autant comme consommatrices que productrices.
Prenons l’exemple des paysannes et même des femmes qui vivent dans des zones proches de cultures, elles sont très exposées aux herbicides et aux pesticides dans ces régions. Les produits toxiques utilisés dans l’agriculture sont des perturbateurs endocriniens, des substances chimiques similaires aux œstrogènes, capables de produire des pathologies féminines spécifiques. Evidemment, ceci ne signifie pas que les hommes soient insensibles aux agressions chimiques. Mais le syndrome d’hypersensibilité chimique multiple affecte spécialement les femmes et de nombreuses études confirment que l’augmentation du cancer du sein durant les dernières décennies est due à l’exposition aux toxiques agricoles, aux dioxines libérées dans l’environnement par les fours d’incinération, aux résines synthétiques des peintures, etc.
D’un autre côté, comme l’a déjà souligné Vandana Shiva, la situation des femmes rurales et pauvres de l’appelé « tiers-monde » a empiré avec le « mal développement ». La Révolution verte (pas « verte » au sens écologique, car ce nom a été donné pour parler de l’intensification de la production industrielle des monocultures) a détruit la production familiale paysanne. Avec la globalisation du capitalisme, on a reconverti de grandes surfaces sauvages. Une des raisons de la naissance de l’éco-féminisme dans le Sud est justement la grande baisse de la qualité de vie de millions de femmes qui doivent maintenant marcher de nombreux kilomètres pour trouver de l’eau ou du bois pour leur foyer car leur terres sont vouées au marché mondial. La méga exploitation minière ou la destruction des terrains par le soja transgénique obligent les humains à partir et anéantissent les « non-humains ». L’empoissonnement de l’eau, de la terre et de l’air est la nouvelle et la dernière forme de colonisation. La plus monstrueuse et la plus totale qu’on n’ait jamais vue. L’éco-féminisme est une forme de résistance contre la domination, la convoitise sans limites et la fantaisie d’omnipotence qui fait de l’humain un être totalement différent et détaché de la nature.
Quels sont les apports de l’éco-féminisme au féminisme et à l’écologie ?
Le féminisme est enrichi par la sensibilité environnementale et la compréhension de la grave crise écologique que nous sommes en train de vivre. Il ouvre aussi des portes à la critique de l’anthropocentrisme extrême qui conçoit l’être humain comme digne de considération morale. Il aide à voir qu’existe une dimension écologique dans certains problèmes dont souffre le collectif féminin, comme dans les solutions. Le féminisme a toujours été ouvert aux nouvelles théories et thématiques. Ce n’est pas surprenant qu’il s’ouvre maintenant à l’écologie.
L’écologie gagne à la fois parce que les clés analytiques du féminisme lui sont utiles et les revendications d’égalité la rendent plus attractive pour les femmes. Une des peurs que suscitent les discours écologiques chez les femmes, est de voir leurs mauvaises conditions de vie encore péjorées. L’écologie doit être claire et tenir compte des droits des femmes et doit être prête à travailler contre le sexisme et l’androcentrisme.
Finalement, j’aimerais signaler qu’il y a des points communs entre ce qui a été appelé « citoyenneté écologique » comme forme souhaitable d’habiter le monde et l’ « éthique du soin » étudiée par la théorie féministe des dernières années. Les deux sont des modèles de coopération, de responsabilité et les deux proposent l’abandon de la tyrannie de la logique égoïste et marchande.
Tu soutiens un éco-féminisme de l’Illustration. Que signifie-il ?
J’ai parlé d’ « éco-féminisme critique » ou illustré pour définir ma position théorique. Ceci implique une révision de l’héritage de l’Illustration (Les Lumières) qui distingue entre ce qu’il est nécessaire de transformer et ce qu’on doit conserver. Par exemple, on ne peut pas nier les droits humains, la triade de liberté, égalité et fraternité que sont l’origine des mouvements d’émancipation comme le socialisme, l’anarchisme, le féminisme ou la considération des animaux « non humains » dans le monde occidental.
On essaye d’appliquer la pensée critique illustrée à la même Illustration sans arriver à l’érosion. L’Illustration a un double héritage, comme l’a mis en évidence le féminisme en dénonçant les formes de patriarcat fraternel qui surgissent avec les révolutions bourgeoises. Ou, par exemple, les pratiques de domination sur la Nature.
L’éco-féminisme que tu défends et celui que défendent les femmes du sud, ont des points en commun, ou bien l’éco-féminisme de l’Illustration ne parle qu’aux femmes du Nord ?
Bien sûr que l’éco-féminisme critique que je soutiens a des points en commun avec l’éco-féminisme du Sud. En effet, le Manifeste des Femmes pour la Souveraineté Alimentaire (Nyéléni, Mali, 2007) me semble un texte complétement en accord avec nos idées. Par exemple : “Inscrivant notre lutte dans celle pour l’égalité entre les sexes, nous ne voulons plus subir ni l’oppression des sociétés traditionnelles, ni celles des sociétés modernes, ni celles du marché. Nous voulons saisir cette opportunité de laisser derrière nous tous les préjugés sexistes et de développer une nouvelle vision du monde bâtie sur les principes de respect, d’égalité, de justice, de solidarité, de paix et de liberté.” Elles reconnaissent deux types d’oppression sur les femmes et expriment le besoin de lutter contre les deux. Il n’y a ni mythification du passé, ni vision acritique du « développement » destructeur. Les éco-féministes du Nord et du Sud doivent être unies dans la solidarité internationale pour bâtir le projet commun d’un autre monde possible.
Pourquoi y a-t-il autant de résistances dans les secteurs féministes et dans les mouvements sociaux pour s’approprier ce sujet ?
Je crois que, pour la majorité, il y a une méconnaissance des courants constructivistes plus récents. On identifie l’éco-féminisme avec un esprit bi polarisateur des sexes sans informer qu’il y a d’autres options. Beaucoup de féministes pensent que l’éco-féminisme est synonyme d’identification de la femme avec la nature et la maternité. Depuis longtemps je me bats pour démontrer que ce n’est pas vrai. Il existe aussi la peur de la sacralisation de la vie présente, ceci pourrait mettre en danger les droits sexuels et reproductifs, particulièrement dans l’interruption volontaire de grossesse. Un des axes de l’éco-féminisme critique que je propose, est la reconnaissance de ces droits conquis avec autant d’effort par des générations de femmes qui ont lutté pour cela. Je ne suis pas la seule éco-féministe qui présente ceci. Les mêmes éco-féministes spiritualistes latino-américaines du réseau Con-Spirando font parties de « Catholiques pour le droit à décider ».
Est-ce possible pour un homme de défendre l’éco-féminisme ?
Bien sûr que oui ! L’éco-féminisme, comme je le présente, n’a pas une base anthropologique philosophique essentialiste sinon constructiviste. Nous, hommes et femmes, sommes des individus avec des identités sociales qui changent avec le temps et qui s’améliorent. Un point essentiel est la revalorisation des attitudes et des pratiques du soin, généralisées dans le monde non humain et son universalité. Hommes et femmes, nous sommes capables de les développer. C’est pour cela que l’éducation écologique est nécessaire, surtout pour lutter contre les stéréotypes virils déconnectés des sentiments comme l’empathie et la compassion, stéréotypes destructeurs hégémoniques dans l’Histoire de la domination. Aujourd’hui il y a beaucoup d’hommes qui sont critiques envers ces modèles et qui veulent les changer. L’éco-féminisme peut être leur choix !  
Alicia Puleo Garcia
Interview : Juan TORTOSA, Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM) et pour la Commission Tiers Monde de l’Eglise Catholique (COTMEC- Genève).
 Traduction Inès Calstas.

lundi 13 mai 2013

Die 26150 : Co-construction des Rencontres Citoyennes de la Vallée 2014 : une action coopérative....



Nous vous invitons à participer à la dernière réunion d'évaluation des 11èmes Rencontres de l'Ecologie 2013 " Les Utopies en Marche" lors de laquelle seront abordées :
- les perspectives pour 2013 : les 4 Saisons d'Ecologie au Quotidien (Fête des Jardins du 02 juin, Incroyables Comestibles dans le Diois, etc...)
- ainsi que  les perspectives pour les Rencontres de l'Ecologie 2014 : thèmes, intervenants ...
Mardi 14 Mai 2013 Salle des Sociétés 
Rue Joseph Reynaud- Die( presque en face du Tchai Walla)
- 19h30 : Repas partagé
- 20h30 : Réunion Ouverte         Les Rencontres de l’Ecologie au Quotidien : un projet co-construit  avec les habitantes et habitants.
Avec les habitant-e-s dans une démarche d’intelligence collective.
Ecologie au Quotidien a mis en place une démarche de concertation active afin d’organiser ses actions avec tous les habitant-e-s qui le désirent.
Les réunions d’organisation des Quatre Saisons d’Ecologie au Quotidien sont ouvertes à touEs les habitantes et habitants qui proposent des thèmes, des intervenant-e-s, des programmes, actions et des lieux pour les conférences qui sont discutés avec les personnes présentes aux réunions. Les propositions sont ensuite présentées au Conseil d’Administration pour validation en référence avec les valeurs et objectifs de l’association.
Une fois le projet déterminé, les personnes qui se sont proposées pour être référents d’une table-ronde, conférence ou autre prennent contact avec les intervenants et déterminent avec eux le contenu de leurs interventions, les modalités et les dates de leurs interventions. Un point sur l’avancée des contacts est fait à chaque réunion d’organisation ouverte à tous animées par la coordinatrice salariée de l’association ou toute personne qui le désire ou pendant les réunions des Commissions.
Afin d’organiser les Rencontres de l’Ecologie, les habitant-e-s s’investissent dans des Commissions Thématiques comme référents ou pour faire partie de l’équipe (Communication presse, Site Internet, Affichage, Logistique, Achats,  Décoration,  Régie Son, Espace Gratuité, Librairie, Accueil, Restauration, Buvette, Hébergement, Coordination journées, Animation, Jeunesse, Artistique, Compte rendus des conférences, Sécurité, Référents intervenants, Coordination Tables Rondes/Conférences/Ateliers/Visite de Site, Coordination action hors Die … ) L’organisation est souple et « organique », elle s’adapte aux situations, besoins, demandes et toute personne qui le désire peut s’intégrer à tout moment dans une commission. Un bilan des bénévoles et participants ouvert à tous est réalisé le dernier jour des Rencontres et précisé dans le programme. Des réunions de « bilan qualitatif » ouvertes sont organisées pendant les semaines qui suivent les Rencontres.
Le tarif des EcoPass pour participer aux Rencontres s’adapte aux budgets de chacun jusqu’à la participation libre pour les petits  budgets.
Régulièrement, des formations à l’Intelligence Collective, à la Communication Non-Violente, sont proposées à toutes et tous. 
Avec les Acteurs Locaux
L’association associe tous les acteurs qui le désirent (jusqu’à 50 associations, collectivités, institutions et entreprises) afin que le projet des Rencontres de la Biovallée de la Drôme prenne en compte le mieux possible les enjeux culturels, économiques, sociaux ou environnementaux du territoire. 20 réunions préparatoires ouvertes à toutes et tous, aux associations citoyennes et d’éducation populaire du territoire  sont des éléments forts de cette démarche. Une diversité d’actions
Près d’une vingtaine d’actions d’information et de collecte des réactions des habitants ont été réalisées à ce jour (du 01 janvier au 22 octobre 2012). Elles ont touché plus de 400 personnes. Au mois de février 2012 de nombreuses contributions écrites ont été produites en 3 rencontres spécifiques sur la qualité désirée de l’évènement de Janvier 2013 : Les Rencontres  « Les Utopies en marche… ».
En parallèle, de nombreuses actions se déroulent sous des formes diverses : balades, groupe de travail sur l’histoire du quartier, groupe sur les jardins de proximité, expositions,  photographiques, débats et ateliers créatifs, visites de sites, lectures de paysages…
Les animations citoyennes de l’association
La concertation se poursuit activement tant avec les habitants que les autres acteurs impliqués dans l’évolution du territoire, c’est notamment le cas à travers la rencontre « prospective Biovallée 2040» à Saillans : (60 personnes), lancé le mardi 22 mars. Des  temps dans l’espace public sont tenus régulièrement pour en discuter.
Participation au choix des lieux pour installer des temps des Rencontres pour diversifier les retombées et appréhender des lieux neutres (non connoté trop engagés comme les cafés citoyens)
Nous avons demandé aux habitants de choisir parmi 20 propositions un lieu pour l’implantation des Rencontres : Livron, Loriol, Espenel, Cobonne, Eurre, Die, Sainte Croix, Marignac, Saint Julien en Quint, etc…
L’organisation des « Journées de la Terre »,  à Vercheny  (26) avec Terre de Liens,  les 2  Cld, la LDH,  MJC-NiniChaise, Lycée Armorin, mouvement de  Biodynamie et le  CFPPA de Die et la Fête des Jardins en Biovallée « Que 1000 jardins s’épanouissent » permettent de remobiliser pratiquement et en faisant tomber les barrières entre ceux qui savent et ceux qui subissent…
Ateliers
Des ateliers participatifs, ludiques et pédagogiques se sont déroulés à  Cobonne depuis deux ans pour cerner le sens du projet ! Nous avons mené des ateliers de réflexion thématiques autour  des outil d’animation, des connaissance de chacun et de reconnaissance de tous afin fde responsabiliser les personnes présentes. De nombreux habitants, adultes et enfants (notamment les classes de l’ Ecole  publique Chabestan ) ont participé à ces ateliers. La maquette des habitats-terre était réalisée par « vert-de-terre.org ».
Après avoir collecté bon nombre d’informations et de propositions sur le secteur de Die et du Diois  ce sont deux journées de séminaire (22 et 23 septembre 2012) qui ont planché sur ce projet des Rencontres 2013 « Les Utopies en marche… ».
In fine le Conseil d’administration de Ecologie au Quotidien  procède à une mise en forme et au cheminement  du projet élaboré par les habitantes et habitants en garantissant l’éthique, la faisabilité et le bon usage de l’argent public, l’égalité d’accès, cohérences des journées, négociations avec les institutions et les élus,  la qualité des intervenants, et la laïcité fondatrice (nous sommes adhérent de la FOL-Ligue de l’Enseignement).     
Bonsoir,
Nous vous invitons à participer à la dernière réunion d'évaluation des 11èmes Rencontres de l'Ecologie 2013 " Les Utopies en Marche" lors de laquelle seront abordées :
- les perspectives pour 2013 :  les 4 Saisons d'Ecologie au Quotidien (Fête des Jardins du 02 juin, Incroyables Comestibles dans le Diois, etc...)
- ainsi que  les perspectives pour les Rencontres de l'Ecologie 2014 : thèmes, intervenants ...
Mardi 14 Mai 2013 Salle des Sociétés 
Rue Joseph Reynaud- Die( presque en face du Tchai Walla)
- 19h30 : Repas partagé
- 20h30 : Réunion Ouverte        
Au plaisir de vous retrouver,
Anne Tesson
Pour Ecologie au Quotidien
04 75 21 00 56
Site : www.ecologieauquotidien.fr

vendredi 3 mai 2013

Ecouter ...

Keny Arkana - La révolution permanente


À mille lieux du bling-bling et de la guerre d’ego des rappeurs français, Keny Arkana s’est forgée un chemin très personnel ou l’essentiel est mouvement, un mouvement qui se fait cohérence entre sa musique, son cri et ses actions de citoyenne.

On a répété ad nauseam la petite Keny, fille d’un père argentin qu’elle ne rencontrera qu’à 22 ans et d’une mère française. Fugueuse dès l’âge de neuf ans, elle est trimbalée de foyer en foyer où on essaie de la calmer à coup de médicaments sans y parvenir. Dans ce no man’s land d’où il est difficile de sortir, surtout en France, elle a puisé ce qui l’a construite, a subjugué ses épreuves à travers le rap, à travers le verbe. Un verbe clair, net, rapide. Un verbe qui rappelle le chemin parcouru, qui interpelle, qui dénonce, mais qui n’est jamais culpabilisant. Malgré la noirceur traversée, Keny Arkana n’est que lumière.
En décembre dernier, elle a sorti son deuxième album studio, Tout tourne autour du soleil. Par un beau samedi de février, alors que le printemps nous faisait de l’oeil, votre humble serviteure a eu le grand bonheur de discuter de longues minutes par téléphone avec Keny. La voici donc, toute simple, en vie, flot d’énergie pure qui se déverse à travers la ligne.
Isabelle Baez (I.B.) – Commençons par la chanson « Los Indignados » que tu chantes en partie en espagnol. As-tu l’impression que le mouvement des Indignés est le début de quelque chose ou bien, comme je te l’ai entendu dire à propos des forums mondiaux qui servent de soupape, les gens viennent sortir leur frustration, mais après tout le monde rentre chez soi ?
Keny Arkana (K.A.) – Justement, ça m’a tellement touchée parce que c’est une première dans l’histoire de l’humanité le fait que ce soit des mouvements au-delà des frontières et horizontaux, sans partis politiques derrière, sans syndicats, des gens sont spontanément sortis dans la rue par indignation. Et ça a dépassé les frontières, en Espagne, en France, en Grèce où il y avait déjà des émeutes qui avaient commencé depuis longtemps pour d’autres raisons. On en a vu jusqu’au pied de Wall Street. Pour moi, c’est vraiment le début de quelque chose, des gens qui sont connectés qui descendent pour le même ras-le-bol. Ce n’est pas quelque chose qui est fini, c’est le début d’une nouvelle forme de manifestations où il n’y a pas de chef derrière, rien de pyramidal.
I.B. – En 2007, au lieu de partir en tournée ou de faire un enregistrement, tu avais décidé d’aller rencontrer des gens, de faire plusieurs villes, ça s’appelait Les sans voix, c’est ça ?
K.A. – Oui, pendant un an, on a dû faire une quarantaine de villes en France, en Belgique et en Suisse où on a créé ces espaces de discussion, des assemblées populaires. À l’époque, je recevais énormément de messages de gens qui disaient : « J’ai vu ton documentaire (1), j’ai envie de faire quelque chose, mais je connais personne. » Moi, je ne veux pas faire un parti politique, mais je voulais profiter de ça pour que les gens de chaque région puissent se rencontrer et après puissent rebondir sur des projets, faire des liens entre eux. Ce sont des gens qui ne se croisent pas, des milieux qui sont un peu cloisonnés : les militants, les anarcho-autonomes, les jeunes des quartiers, les petits gars qui écoutent du rap. Le but était de rassembler tous ces gens non pas autour de nous, mais autour d’eux-mêmes. On a fait ça pratiquement toute l’année 2007.
Après, j’ai repris des concerts fin 2007, mais on faisait quand même ça, le lendemain des concerts. C’était une période préélectorale, tu vois. Moi, ça me semblait urgent parce que je me disais « Sarkozy au pouvoir et demain, si on veut faire des assemblées populaires, on se prendra des fourgons de CRS dans la gueule, donc si on doit parler faisons-le maintenant ». Pour essayer de pousser une vibe, tu vois, quelque chose d’horizontal. On doit inventer des choses, on doit inventer nos vies, arrêter de reproduire les mêmes erreurs. Ça s’appelait Appel aux sans voix parce que c’était un appel à ceux qu’on n’entend pas.
I.B. – Quand tu parles aux gens dans tes chansons, tu ne le fais jamais de haut. Il y a une énergie, une rage, une colère, mais pas de haine, comme si nous disais de faire comme toi, d’utiliser notre énergie individuelle pour essayer de l’amener vers quelque chose de positif pour changer les autres. D’ailleurs, je t’ai déjà entendu différencier la haine et la rage.
K.A. – Pour moi, la haine, c’est quelque chose qui nous bouffe de l’intérieur, qui nous tue. Tu vas rester inerte dans cette haine, tu vas ruminer. Alors que la rage, c’est une énergie qui va t’amener au-delà des barrières. Souvent, ça part de quelque chose qui t’as semblé injuste. OK, tu te bats contre, mais tu as envie de te battre pour quelque chose. Alors que la haine, y’a plus trop de pour, il y a que du contre. Tu vas te fermer et te dessécher de l’intérieur, jusqu’à craquer. La rage, c’est une énergie qui va vers dehors. Bon, elle peut être maladroite si elle est mal canalisée. Ce que tu vas voir d’injuste va te mettre la rage, parce que c’est à l’humain que ça touche. Derrière la rage, il y a de l’amour aussi.
I.B. – Dans ta chanson « Cynisme nous a tué », tu dis que le cynisme est un poison si tu le nourris. Ça m’a fait du bien parce que je suis née en France de parents immigrés et j’ai toujours trouvé ça dur. Tout ce qui est bonté, compassion, empathie, tu as l’air con si tu en parles.
K.A. – Je critique, c’est vrai, ce cynisme qui comme tu dis est très français. Même s’il existe ailleurs, en France il est vachement courant. Nourrir le cynisme en soi, c’est mettre une barrière entre toi et les autres. Tout le monde peut l’incarner. Il faut faire attention parce que ça durcit le coeur. Comment peut-on rire de l’enfant qui meure de l’autre côté du globe ? Mais il y en a énormément en France des hauts placés qui rigolent. Ces gens-là, j’ai envie de les trainer par les cheveux et d’aller leur montrer pour voir s’ils ont encore envie de rigoler. « Les enfants qui meurent de faim, on le sait depuis des années, t’as pas un autre discours. » Ben, non, j’ai pas un autre discours, désolée, mais ils crèvent encore et c’est grave. C’est une façon de tacler la vieille France, cette position hyper hautaine.
I.B. – Quand tu parles de cynisme, il y a tout le jeu sur les mots. Ici, par exemple on va parler de violence quand il y a une vitrine qui pète, alors que pour les flics qui tabassent, on ne va pas parler de violence, mais de gestion de foule. Les mots sont vidés de leur sens et les médias reprennent ces mots sans critiquer la perversion qui s’est faite au passage. Est-ce que tu essaies d’aller contre cette perversion-là ?
K.A.– Oui, que ce soit dans les manifs, mais aussi par rapport à certains pays. J’ai du mal, par exemple, à entendre le mot « guerre » quand on parle d’Israël- Palestine. Et il y a plein de mots galvaudés comme ça. Mais les mots, c’est pas des coquilles vides. Avec des mots, tu peux écraser quelqu’un, comme tu peux niveler vers le haut, comme tu peux lui donner de la force, comme tu peux le mettre dans la haine. J’essaie de dire des choses qui sont pas forcément dites, j’essaie de rappeler des sentiments qu’on a tendance à laisser éteindre.
I.B. – Pour finir avec les médias, pendant la grève étudiante, entre ce qui se passait le jour dans la rue et ce qui se disait le soir à la télé, il y avait un monde. Les Québécois regardent la télévision 32 heures par semaine. Crois-tu qu’on peut arriver à percer cette sorte d’écran de fumée médiatique ?
K.A. – Dès que t’es tout petit, on t’apprend à obéir, à obéir bêtement, pas à avoir un avis, tu vois. On a trois ans, quatre ans, on est déjà dans la lourdeur, tu vois, même la lourdeur du cartable... On nous apprend le verbe avoir. On nous apprend qu’il faut avoir des bonnes notes, pour avoir une situation, pour avoir une maison plus tard, pour avoir un mari ou une femme, des enfants. Bref, je crois que les gens, du coup, ils s’évadent en regardant la télévision pour mettre leur cerveau de côté contre cette lourdeur. C’est un mauvais réflexe de s’évader par les écrans. C’est compliqué parce que ça part vraiment de l’enfance, alors à moins de pirater le journal télé et de dire les vrais trucs (rires)… Le verbe être, être humain, être avec les siens, être dans l’empathie, c’est des choses qu’on nous a pas appris, tu vois. Tout ça, c’est lié pour moi. C’est de la détresse d’aller se réfugier devant un écran de télé où on ne peut être que passif, où on débranche son cerveau. Par contre, tu vois en France, il y a de plus en plus de gens qui commencent à prendre conscience que les médias disent beaucoup de conneries. On a eu la preuve de ça en 2009 quand il y a eu toute la vague par rapport à la grippe porcine. Tous les médias parlaient juste de ça, toutes les unes de magasines, c’était les vaccins, « il faut se faire vacciner, c’est trop dangereux ». Quand ont commencé les vaccinations, il a dû y avoir 2 % de Français qui sont allés se faire vacciner. Personne ne voulait aller se faire vacciner. Là, j’ai compris que le pouvoir médiatique avait perdu beaucoup de sa force. On peut jouer sur la peur pendant des mois comme ça, en disant qu’il faut se faire vacciner et le jour J, personne veut aller se faire vacciner. Là, je me suis dit « il y a quand même quelque chose qui avance. Il y a quelques années, on aurait pris les médias pour parole d’évangile ». Je crois que c’est aux jeunes générations de changer le pli, que ce besoin d’évasion on le crée ailleurs que dans la télé ou dans les drogues. Je crois en l’humanité créatrice, créatrice de son chemin, de choses qui lui correspondent et qui font qu’on peut rentrer dans une spirale d’épanouissement et non pas une spirale de repliement sur nous-mêmes. C’est compliqué… comment faire pour réveiller vraiment les gens ?
I.B. – Si on te pose la question, c’est qu’on n’a pas trouvé la réponse (rires)
K.A. – Il faut peut-être essayer d’incarner autre chose aussi. Les mots, des fois, c’est pas suffisant. Montrer des exemples, montrer que c’est possible.
I.B. – Tu parles aussi dans ton album de Marseille où j’ai habité. Tu nous dis à quel point maintenant on est en train de dénaturer l’identité de Marseille. Est-ce que c’est une ville où tu es encore bien ?
K.A. – À Marseille, c’est gravissime, ce qui se passe. J’avais trois semaines de repos, j’ai fait un petit documentaire qui dure vingt minutes (2). Tous ces Marseillais qui se font expulser de Marseille, plein d’investisseurs, de gens de l’extérieur qu’on amène avec des primes. On construit des buildings, on défonce les quartiers pour construire des buildings. Bon, Marseille, c’est un port et puis tu as la Méditerranée, alors stratégiquement, ils veulent en faire un gros pôle économique et pour ça virer les Marseillais. Bon, moi je suis contre ça, mais même si j’étais dans leur délire, je leur dirais : « Pourquoi vous formez pas les Marseillais ? Formez les gens de la ville ! C’est vrai qu’il n’y a pas trop d’emplois tertiaires, mais vous pouvez les former, ils sont pas plus cons que les autres. » J’ai fait un petit truc de vingt minutes et je le balance pas comme Keny Arkana l’artiste, mais la militante, la Marseillaise. D’ailleurs, c’est copyleft et c’est pas signé à mon nom, mais La Rabia del pueblo. J’ai pas la prétention de rentrer en profondeur dans toutes les problématiques. Je voulais faire un truc assez court, donner matière à réflexion pour les gens. Après s’il y a des gens qui veulent faire des documentaires plus profonds, plus précis, tant mieux.
I.B. – Oui, tu ouvres une porte. D’ailleurs, en parlant d’ouvrir une porte, est-ce que tu penses qu’on peut espérer un concert au Québec ?
K.A. – Je crois que c’est en négociation. Je touche du bois mille fois pour que ça puisse se faire, mais normalement ça devrait être en juin. J’espère de tout mon coeur parce que depuis 2004 – 2005 j’harcèle tout le monde. Je sais qu’il y a du soutien depuis longtemps, depuis ma première mix tape, donc ça commence à devenir assez urgent.
I.B.– Ça serait génial que tu viennes en juin et que la population se réveille, qu’il y ait des manifs. Tu dois t’en douter un peu, mais Réveillez-vous et La rage du peuple, ça passe bien dans les manifs (rires).
K.A. – Alors là, il n’y a pas de problème : s’il y a des manifs, je suis là !
Le site de l’artiste : http://www.keny-arkana.com/
Notes
1 Carnet de route – Un autre monde est possible, http://goo.gl/24DeA
2 Marseille, capitale de la rupture