« Une révolution écologique est nécessaire ». Entretien avec John Bellamy Foster
John
Bellamy Foster, éditeur de la revue socialiste étatsunienne « Monthly
Review » est économiste et enseigne la sociologie à l’Université de
l’Oregon. Il est l’auteur d’une série d’ouvrages consacrés à l’écologie
et au marxisme, dont « Marx écologiste » (éditions Amsterdam, Paris,
2011) et « The Ecological Revolution » (Monthly Review Press, New
York, 2009). Cet entretien a été réalisé par Aleix Bombilà en juin 2010
pour le journal anticapitaliste espagnol « En Lucha ». (Avanti4.be)
Dans
ton livre « Marx écologiste », tu affirmes que le marxisme a beaucoup
de choses à offrir au mouvement écologiste. Quel type de travail commun
doit s’établir entre marxistes et écologistes ?
Je crois qu’il est important de reconnaître que les marxistes et les
écologistes ne constituent pas totalement deux groupes différents. Bien
sûr, il est vrai qu’il y a eu des « rouges » qui ont été
anti-écologistes et des « verts » anti-marxistes. Mais il n’est pas
surprenant que les deux se superposent et qu’ils convergent sans cesse
plus. De nombreux socialistes sont écologistes et de nombreux
écologistes sont socialistes. De fait, dans un sens, le marxisme et
l’écologie, tant classiques qu’actuels, portent la même conclusion.
Pour Marx, l’objectif était la création d’une société dans laquelle la
relation métabolique (c’est-à-dire la production) entre l’humanité et
la nature est rationnellement régulée par les producteurs associés. Le
titre original de mon livre auquel tu fais référence aurait du être
« Marx et l’Ecologie », mais je l’ai changé pour « Marx écologiste » vu
la profondeur des conceptions écologiques de Marx.
Je pense qu’une approche marxiste critique, particulièrement à notre
époque, requiert une cosmovision écologique, tandis qu’une écologie
humaine critique requiert en dernière instance une orientation
anticapitaliste et socialiste (c’est-à-dire marxiste). Quand au travail
commun que les marxistes et les écologistes peuvent partager, je dirai
que c’est la justice sociale et le respect des équilibres
environnementaux : sauver l’humanité et sauver la planète. On ne peut
pas attendre pour obtenir l’un sans l’autre et il n’est pas possible de
le faire dans le système actuel. (...)
La lutte contre le changement climatique semble un peu
abstraite à première vue. Comment pouvons-nous organiser des campagnes
contre le changement climatique ayant un impact réel ? Qui doit les
promouvoir ?
Le changement climatique et la crise écologique planétaire dans son
ensemble, qui est plus vaste encore, représente la plus grave menace
que la civilisation matérielle et, de fait, l’humanité, aient dû
affronter. Si nous ne changeons pas de cap, nous risquons de voir la
disparition de la Terre en tant que planète habitable pour la majorité
des espèces vivantes d’aujourd’hui. Mais, comme tu le dis, cela semble
un peu abstrait.
Les gens ne peuvent pas le sentir, vu que cela ne se reflète pas de
manière constante dans les conditions climatiques à court terme, au
quotidien ou même sur une saison. En outre, ce n’est pas un problème
qui grandit peu à peu et doucement, il s’accélère au contraire avec
toute une série de points d’inflexion et provoque des changements
irréversibles. Ainsi donc, la marge de temps pour l’action est très
courte et requiert un certain niveau d’entendement sur ce qui est en
train de se passer.
Il existe aujourd’hui parmi les scientifiques une certaine unanimité
sur la menace, bien que ce ne soit pas dans tous les détails. Il y a
très peu de ces gens faisant autorité qui nient la véracité du
réchauffement global et leur « science » a été réfutée à plusieurs
reprises. Mais l’opinion qui nie ce changement apparaît constamment
amplifiée dans les médias, à cause du pouvoir de la classe capitaliste
qui considère toute action destinée à affronter le problème comme une
menace pour ses intérêts immédiats.
Les gens sont donc plongés dans la confusion et ne savent que
penser. En outre, ils sont frappés par d’autres problèmes matériels qui
semblent plus immédiats : la stagnation économique, la récession
extrême actuelle et les effets destructeurs de la politique
néolibérale. Les travailleurs voient comment leur niveau de vie
économique décline et ils sont préoccupés par leur emploi, avec un
nombre croissant de chômeurs et de pauvres. Il est difficile par
conséquent de se concentrer sur quelque chose d’apparemment aussi
nébuleux que le changement climatique.
S’il faut chercher une révolte massive d’en base sur ce terrain, je
crois qu’elle émergera en premier lieu non du centre mais bien de la
périphérie du monde capitaliste. Arnold Toynbee, dans ses études sur
l’Histoire, parle d’un prolétariat interne et d’un autre externe. Sur
le changement climatique, ainsi que dans les révoltes contre le
capitalisme en général, c’est le prolétariat externe qui jouera le rôle
principal.
J’ai signalé dans mes derniers écrits la possibilité de ce que j’ai
appelé un « prolétariat de l’environnement ». Les personnes les plus
opprimées dans le monde, qui n’ont rien à perdre, se trouvent sans
cesse plus dans certaines régions du Tiers-Monde qui sont et seront les
plus affectées par les effets du changement climatique. C’est
particulièrement évident avec la conséquence de la montée du niveau de
la mer dans le delta du Gange et du Brahmapoutre au Bangladesh et en
Inde ainsi que dans les terres basses fertiles situées le long de
l’Océan Indien et de la Mer de Chine, dans l’état du Kérala en Inde, en
Thaïlande, au Vietnam et en Indonésie.
Certaines régions, comme le delta des terres basses du fleuve de la
Perle en Chine, correspondent aux zones qui connaissent le
développement le plus rapide (dans ce cas-ci, la région industrielle de
Guangdong, de Shenzhen à Guangzhou) et aussi les contradictions de
classe les plus aigües. Ainsi, les épicentres mondiaux de la lutte
environnementale et de la lutte des classes pourraient coïncider et
fusionner.
Il y a deux types de signaux qui indiquent que les bases matérielles
de la lutte sociale sont en train de se transformer. Cela est démontré
par les guerres de l’eau, des hydrocarbures et de la coca en Bolivie,
qui ont contribué à l’arrivée au pouvoir d’un mouvement politique
socialiste et indigène.
Même dans les centres du système, les écologistes sont en train de
mener à bien une grande quantité de luttes, en particulier le jeune
mouvement pour la justice climatique. Bien qu’il n’y ait pas
actuellement d’indices d’une révolte d’en bas des travailleurs, et
malgré le fait que le mouvement syndical semble être totalement inactif
aux Etats-Unis – en particulier dans le contexte de détérioration de
l’économie (et de l’environnement) -, il y a quelques espoirs que les
luttes reposant sur la communauté, le travail et l’environnement
génèrent un nouveau contexte pour le changement. Il faut espérer que
quelque chose comme le prolétariat environnemental émergera
éventuellement dans le centre également. Si tu lis des œuvres
classiques comme « La condition de la classe laborieuse en Angleterre »
d’Engels, cela te donne une idée de l’importance fondamentale des
luttes environnementales dans la formation de la classe ouvrière
anglaise à cette époque classique et dans des formes qui contredisent
l’étroite vision productiviste.
La vérité, c’est que, quand il s’agit des contradictions duales
représentées par les échecs économiques et environnementaux du système,
seuls les socialistes sont capables d’intégrer efficacement ces deux
problèmes. Seuls les matérialistes historiques peuvent pleinement
incorporer une théorie et une pratique qui reconnaissent qu’il ne
s’agit pas de questions séparées, qu’elles ont au contraire une base
commune dans le mode de production capitaliste. De fait, je crois que
nous assistons à une convergence croissante des visions d’avenir
socialistes et écologistes, dans une voie qui nous conduit dans une
direction beaucoup plus révolutionnaire que dans le passé.
Mais nous ne devons pas verser dans un optimisme aveugle. Car tout
cela requiert aussi une organisation. Et il y a de grands dangers,
comme la croissance de l’écofascisme ou des tactiques dilatoires des
gouvernements, qui pourraient signifier « la ruine conjointe des
classes belligérantes ».
Comment pouvons-nous promouvoir la justice environnementale sans affecter la classe travailleuse ?
On pourrait aussi se demander « comment ne pas fomenter la justice
environnementale sans affecter la classe travailleuse » ? Une des
premières œuvres sur la justice environnementale est, comme je l’ai
déjà signalé, celle d’Engels sur la condition de la classe laborieuse
en Angleterre, qui s’est centré sur la manière dont la classe
travailleuse était soumise à des conditions de vie toxiques, avec ses
conséquences en termes de santé, et en cherchant la forme sous laquelle
ceci avait affecté les divisions de classe et la structure urbaine.
Ces préoccupations faisaient partie de la lutte de la classe
travailleuse dès ses débuts. La justice environnementale inclut aussi
la santé et la sécurité dans les entreprises – et dans un sens plus
large de ce qu’on entend généralement par là, en incluant des questions
comme la durée du temps de travail, l’intensité des cadences, etc.
C’est le développement d’un mouvement syndical de « services » et sa
segmentation abandonnant d’autres aspects qui concernent pourtant eux
aussi la classe travailleuse qui a fait qu’on imagine que le mouvement
ouvrier ne peut se centrer que sur des questions très restrictives et
séparées de la justice environnementale. En réalité, cette dernière
mesure l’inégalité subie par les gens dans les multiples domaines
matériels de la vie.
Bien entendu, l’injustice environnementale aux Etats-Unis est vue,
de manière compréhensible, comme étant liée à une question de « race »,
et peut être d’une manière plus forte que comme une question de classe,
vu que son impact majeur repose principalement sur les personnes et les
communautés qui sont l’objet d’un « racisme environnemental ». Comme on
le sait, les résidus toxiques sont plus souvent l’objet d’un dumping
dans les communautés de couleur. On est ainsi souvent confrontés à
l’idée erronée qu’il s’agit strictement d’un problème de « race » et
non de classe. Ce qui est souvent implicite ici aussi, c’est la notion
fausse selon laquelle la classe ouvrière est blanche et que, s’il
s’agit d’un problème qui affecte principalement les Indiens, les Noirs,
les Latinos et les Asiatiques, cela signifie alors que ce n’est pas un
problème de classe. Pourtant, la classe travailleuse aux Etats-Unis est
précisément majoritairement composée par les dénommées « minorités
raciales ».
Cela n’a donc aucun sens de dire que la classe travailleuse est
blanche, comme certains le supposent. La justice environnementale est
donc bien à la fois une question de « race » et de classe (et aussi de
genre). Elle pose des questions que le mouvement ouvrier contemporain,
avec sa position limitée de « négociateur » et avec les divisions
« raciales » qu’il a souvent contribué à perpétuer, n’est pas très bien
équipé pour affronter. C’est un mouvement socialiste de la classe
travailleuse qui pourra aborder la question avec plus de facilité.
Est-ce que l’imposition des industries polluantes constitue une solution ?
Si tu te réfères à une solution définitive, la réponse est non.
L’unique solution réelle est de se débarrasser du capitalisme et de
créer une société égalitaire et soutenable à charge des producteurs
associés. Mais nous devons affronter le fait que le problème de
l’environnement, y compris le changement climatique, est en train de
s’accélérer. Il s’agit d’une question de survie pour l’humanité et pour
la majorité des espèces qui peuplent la Terre.
La marge de temps pour agir si nous voulons éviter une détérioration
environnementale irréversible est incroyable courte, c’est une question
d’une génération plus ou moins pour mettre en route un changement de
cap drastique. C’est du moins ce que la science nous dit aujourd’hui.
Dans ces circonstances, nous avons besoin de réponses radicales à court
terme et d’une révolution écologique à long terme. Les premières
doivent aider à promouvoir les conditions pour la seconde.
A court terme, nous avons besoin, et j’en suis convaincu, d’un impôt
sur le carbone comme celui proposé par James Hansen : un impôt
progressif mensuel sur les puits de pétrole, les mines, etc., et avec
un taux de 100% des revenus ainsi collectés qui soient dirigés vers la
satisfaction des besoins des populations. Comme le dit Hansen,
l’objectif est de garantir dans la mesure du possible que cet impôt sur
le carbone s’impose dans la production et qu’il retombe sur ceux qui
ont l’empreinte carbone la plus importante (surtout les riches). Pour
sa part, la majorité de la population sortirait gagnante avec la
distribution de ces fonds, vu que son empreinte est inférieure à la
moyenne par habitant.
Ni le capital ni les gouvernements contrôlés par le capital
n’auraient le contrôle de ces revenus, qui reviendraient directement à
la population. L’application de cette mesure dans le type de société
que nous connaissons serait évidemment difficile. Mais si elle est
comprise comme étant à la fois nécessaire pour la protection de la
Terre (en augmentant le prix du carbone) et comme une forme de
redistribution des richesses favorable à ceux d’en bas, elle pourrait
bénéficier d’une grand soutien populaire.
Le fait est que, tant que nous sommes dans une société capitaliste,
la voie fondamentale pour le contrôle d’un produit polluant – et,
malheureusement, le dioxyde de carbone est devenu cela – sera
l’augmentation de son prix. Des formes politiques de régulation plus
directes doivent également être utilisées, bien entendu. Il faut, par
exemple, interdire la construction de centrales à charbon tant qu’on ne
dispose pas d’une technologie permettant de « séquestrer » leurs
émanations (et il y a actuellement toutes sortes d’obstacles à cela),
et celles existantes doivent être éliminées. Mais pour parvenir à cela
à l’échelle nécessaire, il faut une révolution écologique générale qui
bouleverse à la fois la manière avec laquelle nous produisons et nous
consommons ainsi que la forme d’organisation de notre société.
Existe-t-il une solution collective possible à la crise
écologique au sein de ce système (énergies renouvelables, amélioration
des transports publics, fin des grandes infrastructures…) ?
Encore une fois, il n’existe aucune solution définitive à
l’intérieur de ce système. Mais nous pouvons promouvoir des réformes
collectives de l’intérieur du système, ce qui va à l’encontre de sa
logique et jouera un rôle important dans la transition vers un autre
système contrôlé par les gens. La nouvelle société surgira de
l’intérieur de l’ancienne. Fred Magdoff et moi avons discuté en détail
du problème du capitalisme et de l’environnement dans un article de
mars 2010 de la « Monthly Review », intitulé « What Every
Environmentalist Should Know About Capitalism » (« Ce que tout
écologiste doit savoir sur le capitalisme »).
Le point essentiel, qui requiert évidement une élaboration, c’est le
fait que le régime du capital repose sur la création de valeur de
manière auto-expansible. Pour son existence même, le capitalisme
requiert une croissance économique constante et, de manière plus
explicite, une accumulation de capital constante. Ce système peut être
jusqu’à un certain point très clairement efficace dans la stimulation
de la production et dans le développement économique. Mais il est
également très exploiteur et, en dernière instance, il conduit à la
destruction des conditions environnementales nécessaires à l’existence.
L’unique solution réelle, sociale et écologique, est une société non
centrée sur la croissance économique en soi, mais bien sur le
développement humain soutenable.
Quelles que soient les mesures introduites pour moderniser le
capitalisme et le rendre « écologique », le système requiert une
croissance constante de la production. Si on remplace le transport
privé par des transports publics, si on introduit les énergies
renouvelables et adoptons d’autres mesures collectives, tout cela peut
aider. Mais ces mesures tendent à être limitées vu l’objectif global
d’accumulation du système. Le passage aux ressources renouvelables, par
exemple, est important. Mais, pour cela, on a précisément besoin d’un
système qui permette leur renouvellement. Ce qui n’est pas le cas du
capital qui repousse sans cesse toutes ces frontières et limites.
Cela ne signifie pas qu’il faudrait renoncer à la promotion de
solutions plus sociales, collectives et publiques. Mais nous devons
reconnaître qu’en allant toujours dans cette direction-là, cela
signifie aller toujours à l’encontre de la logique du système et que
cela nécessite une organisation radicale. Nous parlons donc de créer,
en partie à l’intérieur du capitalisme, l’infrastructure pour un type
de société différent.
Avec une pression constante d’en bas, on peut conquérir certaines
choses, tant que cela n’affecte pas substantiellement l’objectif
d’accumulation du système. Mais si ce dernier est mis en péril, c’est
l’accumulation du capital qui va l’emporter et il est probable que les
petites victoires nous seront arrachées. L’unique réponse – et pas
simplement posée comme une question de justice, mais aussi de survie –
est de pousser les choses au-delà de ce que le capital est disposé à
accepter ; autrement dit, promouvoir les besoins humains et collectifs
au-delà de ce qu’on appelle le système de « marché ». Dans ce cas, si
nous allons suffisamment loin que pour marquer une différence réelle,
il s’agit alors d’une révolution écologique et sociale et d’une
transition vers un autre type de société.
Certains mouvements sociaux croient qu’il est possible de
vivre en marge du capitalisme. Crois-tu que c‘est possible ou bien que
cela ne conduit qu’à une atomisation de l’opposition ?
Le socialiste nord-américain Scott Nearing, qui a écrit pendant de
nombreuses années une rubrique dans la « Monthly Review », a été l’un
des penseurs les plus influents de l’autosuffisance et du soutien au
mouvement paysan. Il ne fait aucun doute que ce type de séparation
individuelle vis-à-vis de la logique principale du système et ses
effets (un mode de vie en dehors du système) constitue une sorte de
résistance passive – mais une résistance tout de même.
Tout au long de l’histoire de l’humanité, face à des systèmes
répressifs, des êtres humains ont décidé de « retourner à la terre » et
de cultiver leurs propres potagers, pour ainsi dire. Cela peut
représenter une forme de cure ou de regroupement. Bon nombre de ceux
qui ont été dans cette direction générale ont été des pionniers dans
les alternatives d’agriculture, y compris l’agriculture écologique,
pour une agriculture ayant un soutien communautaire.
Nous ne devons pas sous-estimer l’impact que ces actions peuvent
parfois avoir en créant des alternatives fondamentales pour le
développement d’une nouvelle société qui se niche d’abord dans les
interstices du système. Mais la véritable lutte pour créer une nouvelle
société requiert, en outre, la résistance active et l’organisation
politique : une révolte directe contre les rapports sociaux de
production existants. Aussi, les forces accumulées pendant une période
de « retraite » doivent faire partie elles aussi d’une telle résistance
active.
Se retirer complètement d’un système capitaliste globalisé est en
grande partie une illusion. Il est intéressant de noter comment Nearing
combine sa vie en autarcie avec une résistance continue et active. Il a
travaillé à partir des deux extrêmes. Nous avons aujourd’hui besoin de
personnes qui sont actives dans leur résistance. Si elles peuvent
combiner cela avec diverses formes visant à se libérer du système,
c’est encore mieux.
Le mouvement pour la décroissance promeut des initiatives
individuelles et collectives dans la recherche d’alternatives au
capitalisme. Quelle est ton opinion sur lui ? Comment pouvons-nous
décroitre globalement à l’intérieur du système capitaliste ?
On ne peut pas. Le capitalisme repose sur l’accumulation ; il s’agit
d’un système où l’alternative se résume à « croître ou mourir », et
cela à une échelle sans cesse plus globale. Quand il n’y a pas de
croissance économique, et en particulier de croissance du taux de
profit, les choses déraillent et le système entre en crise, comme
aujourd’hui. Et cela se traduit par un chômage massif.
Il y a tout un tas de bonnes choses à dire sur le mouvement pour la
décroissance. Cependant, il repose sur le présupposé irréel selon
lequel un état stationnaire serait possible, autrement dit une économie
de croissance zéro. Il s’agit là tout simplement d’un malentendu quant
à la nature réelle du capitalisme. Comme l’a écrit l’économiste Joseph
Schumpeter, le capitalisme sans croissance est une contradiction en
acte. Il est exact que nous avons besoin d’une nouvelle structure
économique centrée sur l’autosuffisance. Une réduction générale de la
production économique au niveau mondial et en particulier dans les pays
riches pourrait s’accompagner de progrès dans le développement humain
soutenable, dans l’amélioration des conditions de vie réelles de
l’humanité, en passant d’un individualisme possessif au collectivisme.
Mais pour qu’une telle chose soit possible, il faut une économie
socialiste.
Si l’alternative au capitalisme est une économie
démocratiquement planifiée, comment devrait-elle fonctionner pour
inclure les questions écologiques ?
Je crois que nous devons rappeler l’avertissement de Marx dans « Le
Capital » sur le fait « d’écrire des recettes de cuisine pour les
marmites du futur ». Ce serait une erreur que de tenter de décrire le
plan détaillé d’une société socialiste et la manière dont elle
intègrera les questions écologiques.
Cependant, je crois que Paul Burkett a brillamment démontré dans un
article intitulé « Marx’s Vision of Sustainable Human Development »
(« La vision de Marx sur le développement humain soutenable »), en
octobre 2005 dans la « Monthly Review », que la notion de Marx du
communisme reposait sur un développement humain soutenable et que c’est
uniquement en ces termes que nous pouvons comprendre comment devrait
fonctionner une société de producteurs librement associés qui régulent
leur métabolisme avec la nature.
Hugo Chávez avait définit la lutte pour le socialisme du 21e siècle
en termes de « triangle élémentaire du socialisme ». En accord avec
cette conception, dérivée de Marx, le socialisme consiste alors en : 1)
la propriété sociale des moyens de production, 2) la production sociale
organisée par les travailleurs et 3) la satisfaction des besoins
sociaux.
D’après moi, on peut aussi parler d’un « triangle élémentaire de
l’écologie », découlant directement de Marx et qui mène la lutte à un
niveau plus profond. Il peut être défini comme ; 1) l’usage social – et
non la propriété – de la nature, 2) la régulation rationnelle par les
producteurs associés du métabolisme entre les êtres humains et la
nature et 3) la satisfaction des besoins sociaux, non seulement des
générations actuelles, mais aussi de celles du futur.
Source :
http://www.enlucha.org/site/?q=node/2190
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera