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mercredi 20 octobre 2010

La chaleur de nos coeurs empèche nos corps de rouiller


Cultivons l'art de bien vieillir

Actuellement, le débat autour de la question des retraites nous invite à parler de la vieillesse et du vieillir. Il est beaucoup question d'argent, d'économie, de solidarité envers les plus vulnérables. Des questions essentielles, qui témoignent d'une réelle prise de conscience. Mais le fond du problème n'est pas vraiment posé.

Vieillir fait peur. Et cette peur n'est pas seulement matérielle. Il ne s'agit pas seulement de la crainte de ne pas avoir les moyens de jouir de sa retraite, d'être acculé par la maladie et la dépendance à vivre à l'écart des siens et loin de chez soi. Il s'agit d'un mal-être qui a sa racine ailleurs. Dans l'interrogation inquiète sur le sens des années qui restent à vivre, et qui rapprochent de la mort. Interrogation spirituelle qui se cache derrière la peur de ne plus être utile, aimable ou désirable, de ne plus avoir sa place dans le monde, d'être un poids pour la société. Qu'est-ce que vieillir ?

Changer notre regard

Des voix se sont élevées récemment pour dénoncer cette exclusion dramatique des personnes âgées dans un monde "jeuniste", pour rappeler que la vieillesse est une ouverture et non pas une fermeture, qu'elle est une chance et non pas un fardeau pour la société. Elles disent l'urgence de changer notre regard sur ce temps de la vie, en lui accordant sa valeur propre.

La vieillesse n'est pas seulement un déclin. Elle n'est pas seulement le signe avant-coureur du tragique et du néant avant la mort. Pour ceux qui refusent de vieillir et s'accrochent désespérément à leur jeunesse, vieillir peut être vécu comme un naufrage, mais pour d'autres, qui savent se transformer avec l'âge, mûrir, s'alléger, et se détacher, la vieillesse n'est pas un effondrement.

On se souvient de la manière dont Paul Ricoeur en parlait. Face aux deux fléaux qui la menacent, la tristesse et l'ennui, il proposait une stratégie : être attentif et ouvert à tout ce qui arrive de nouveau. Rester capable de ce que Descartes appelait l'admiration. C'est-à-dire rester jeune de coeur et d'esprit.

Cela suppose de ne pas subir passivement les assauts de l'âge, et c'est pourquoi je soutiens l'idée que vieillir est un "travail". Une tâche difficile qui suppose des deuils et des renoncements, mais qui ouvre sur de nouvelles perspectives.

Pourquoi Victor Hugo aurait-il parlé d'"éclosion", Robert Misrahi d'"entreprise de renaissance", si cette conscience heureuse du vieillissement était une utopie ? Pourquoi les centenaires d'Okinawa sont-ils les porte-bonheur de leurs enfants et petits-enfants qui les considèrent comme des trésors ? Quel est leur secret ? Ils voyagent en esprit, pensent leur vie, écoutent de la musique ou chantent, lisent, écrivent, contemplent, découvrent des oeuvres d'art, marchent, méditent.

Bref, ils vivent et font vivre ce qui en eux ne vieillit pas, la vie intérieure, s'appuyant sur ces ressources qui, non seulement ne diminuent pas, mais continuent à croître et à se renouveler : la joie, la bienveillance, la sagesse. C'est le paradoxe du vieillir : diminution sur un certain plan, croissance sur un autre.

Responsabilité éthique

Il est urgent, dans la désespérance actuelle, de montrer cet autre visage de la vieillesse, lumineuse et intéressante, afin qu'en vieillissant nous ne pesions pas de notre mal-être sur les jeunes générations. Imaginons que, demain, la vieillesse continue d'être vécue comme un échec à cacher. La tristesse, le désespoir, les marasmes psychiques engendrés par cette vision seront effectivement ruineux. Il est donc de notre responsabilité éthique de nous préparer suffisamment tôt, dans la vie, à cette révolution de l'âge, afin de transmettre aux générations qui viennent l'image d'un vieillir enviable, avec sa mission propre.

Le débat actuel autour de la réforme des retraites nous invite à une réflexion plus large, plus spirituelle. L'heure est venue de repenser la vie dans sa globalité et de développer, très en amont, cette vie du coeur, de l'esprit, qui trouve dans le terreau de l'âge ce dont elle a besoin pour croître.

Marie de Hennezel, psychologue et écrivain est ‘lune des invitée des Rencontres Régionales de L’ Ecologie de Janvier 2011 à Die.

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