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mercredi 4 juillet 2012

Diois : création d' une association pour la Transition Energétique...


« Association  Dioise pour la Transition  Energétique »
Compte rendu de l'AG  constitutive du 8 Juin 2012 à Die.
18 personnes présentes
I – Constitution de l'association
Il est fondé entre les adhérents aux présents statuts une association régie par la loi du 1er juillet 1901 et le décret du 16 août 1901, ayant pour titre 
« Association  dioise pour la transition  énergétique »
Cette association a pour but : de promouvoir et mettre en œuvre toute action en faveur de la sortie du nucléaire et d'une alternative aux énergies fossiles
1 – Objet
Lors de la réunion du 20 avril 2012, cinq personnes s'étaient portées volontaires pour rédiger une première ébauche du libellé de l'objet de l'association. Le texte produit par ce petit groupe a été présenté ce jour, et débattu ligne par ligne, mot par mot jusqu'à l'obtention du texte définitif, adopté par l'assemblée comme suit.
Objet
L'association a pour objectif de promouvoir et mettre en œuvre toute action en faveur de la sortie du nucléaire et d'une alternative aux énergies fossiles par :
- la réduction conséquente de la consommation d'énergie
- la mise en œuvre de systèmes de production d'énergie renouvelable, compatibles avec la sauvegarde et l'équilibre de l'environnement naturel et climatique, soutenables sur le plan social et démocratique.
Elle se donne pour mission de soutenir et d'entreprendre les actions de sensibilisation, d'éducation, de mobilisation citoyennes ; d'expérimenter et de réaliser des projets utiles à un changement du système énergétique.
Les actions seront conduites en lien avec les réseaux nationaux, associations ou acteurs locaux agissant en ce sens.
2 – Siège
Marc Isoard a aimablement offert son adresse personnelle pour héberger le siège de l'association : Adresse : Le Serre de Pibous et Cougnès 26150 DIE Tél : 04 75 21 19 10 Mail : marc.isoard@orange,fr
3 – Bureau
La désignation des membres du bureau et des référents de groupes a été longue et laborieuse, car peu de personnes étaient volontaires, faute de temps et de disponibilité. Mais au final, certains se sont laissés convaincre, pour que l'association puisse être constituée.
Co-Présidents ou « coordonnateurs »
Hélène Bernard, Marc Isoard et Mireille Verdet
- Trésorière : Christine Fevre
Référents des groupes
- Communication Sylvie Renault sylvie.renault0181@orange.fr
- Économie d'énergie Monique Bessaz monique.bessaz@orange.fr
04 75 21 31 37
- Sortir du nucléaire et des énergies non renouvelables Patrick Varin patrick.varin@voila.fr
- Recherche et applications Technologiques Nicolas Nolibos nicolas.benj@laposte.net 06 12 80 85 42
- Etat des lieux , diagnostic et  accompagnement des projets Claude Veyret ecocitoyensdie@hotmail.com
II – Compte-rendu des groupes
1 – Groupe « Communication » : Marc Isoard et Sylvie Renault présents à la réunion du groupe.
a) Rapport du groupe
Nous avons répertorié les organismes et personnes avec lesquels l'association serait susceptible de communiquer, puis réparti les tâches entre nous :
Le Journal du Diois : Marc
Le Dauphiné : Claude
Les comptes-rendus à l'association « Sortir du nucléaire » et les entretiens avec les élus : Claude, Marc et Sylvie
Les contacts avec les adhérents : Marc, détenteur de la liste des mails.
b) Débat sur le sujet
L'assemblée a discuté sur la problématique de ceux qui n'ont pas de courriel. L'éventualité de les appeler au téléphone a été écartée. Deux solutions ont été proposées :
– Que chacune de ces personnes utilise l'adresse électronique d'une tierce personne.
– Que nous organisions une chaîne téléphonique.
2 – Groupe « Économie d'énergie » : Gilberte, Christine et Emmanuelle présentes à la réunion du groupe.
Rapport du groupe – Nous avons échangé sur nos différentes expériences, puis élaboré une ébauche de plan de travail, notamment en dressant la liste des gestes à envisager en vue de l'économie d'énergie dans divers secteurs (particuliers, collectivités, professionnels).
3 – Groupe « Sortir du nucléaire et des énergies non renouvelables » : 2 personnes présentes à la réunion du groupe.
a) Rapport du groupe
Deux actions ont été prévues :
1er Juillet : une rencontre à Aurel en vue de relancer la mobilisation sur le thème des gaz de schiste, organisée par le collectif de Crest. Repas partagé. Lien : http : // schistealors.wordpress.com
25 novembre : chaîne humaine à Die. A partir de septembre, il faudra prévoir l'infrastructure pour recevoir ceux qui ne sont pas dans le Diois (Hébergement, parkings...)
b) En réunion
Une autre marche a été évoquée par Mireille et Marc : la « Marche pour la vie » qui se déroulera à pieds, en rollers, à vélo, à cheval... dans le « triangle de la mort » (Cadarache, Marcoule, Tricastin), à l'appel du collectif : « Antinucléaire 84 » (CAN 84) en août 2012, du samedi 18 au samedi 25. Ce collectif est pour l'arrêt immédiat du nucléaire.
On pourra s'inscrire auprès de Mireille ou Marc. ( Marc y sera en vélo )
4 – Groupe « Recherche et applications technologiques » : 5 personnes présentes à la réunion du groupe.
Rapport du groupe – Deux axes ont été évoqués sur la production de l'énergie, notamment, celle de l'électricité :
ce qui existe « clé en main ». Un inventaire a été fait sur les possibilités techniques, les impacts sociaux et les ressources dans le Diois.
ce qui est innovant. Deux personnes se sont proposées pour travailler ensemble sur la recherche et le développement.
D'autre part, deux projets ont été lancés :
- une étude sur la méthanisation.
- la création d'un kit d'information sur l'éventail et les moyens d'accéder financièrement aux énergies renouvelables.
5- Le groupe « État des lieux et diagnostic » n'a pas fait de rapport. Il fournira une information générale en septembre. (Et demandé dans un premier temps les diagnostics Biovallée et CCD : Plan Energie Climat)
6- Le groupe « Accompagnement de projets » ne s'est pas réuni.
Ces deux derniers groupes n'en forment plus qu'un.
Il n'y aura pas de réunion pendant les mois d'été. Rendez-vous à la rentrée.
Bonnes vacances !
Marc Isoard et Mireille Verdet
Le Serre de Pibous et Cougnès
26150 DIE
Tél : 04 75 21 19 10
Une boîte mail a été ouverte au nom de l'association . transitionenergetiquedioise@gmail.com  

Jean Jacques Rousseau : initiateur des révolutions...


"Rousseau a nourri toutes les révolutions"
Issu d'un milieu modeste Jean-Jacques Rousseau s'est autant formé par l'expérience que par les livres. Cela explique en partie pourquoi la Révolution française a plus retenu son nom que ceux de Voltaire ou Diderot. Son œuvre est si riche et si subversive qu'aucun parti ne peut la saisir et la faire sienne, mais que tous peuvent s'en prévaloir. Tous les révolutionnaires s'en sont inspirés, explique Tanguy L'Aminot. Enfin le style de Rousseau est lui aussi très novateur parce qu'il mêle sa personne à ses idées, avec un souci de sincérité égal, dans sa pensée et dans sa vie.
Qu'est-ce que le nom de Rousseau évoque en 2012, année du tricentenaire de la naissance du philosophe, pour un honnête citoyen, au-delà des connaissances basiques, voire scolaires qu'il peut en avoir ?
Tanguy L'Aminot : Le nom évoque, à mon avis, pour le plus grand nombre la nature et l'écologie. Pour les plus politisés, la dimension politique reste vive sans doute. Pour les femmes, la première image qui surgit est celle du misogyne, du phallocrate. C'est cela la perception que peut en avoir le grand public aujourd'hui. Il y a également l'autobiographe, puisque c'est le thème proposé dans le cadre scolaire, avec Les Confessions et Les Rêveries.
Cette dimension de l'autobiographie renvoie à la fin de sa vie ou imprègne- t-elle toute son œuvre ?
Tanguy L'Aminot : Elle est présente à la fin de sa vie sans aucun doute, même s'il a produit quelques petits essais d'autobiographie auparavant. Il a eu en 1747 un projet de journal avec Diderot, Le Persifleur, dans lequel il se met en scène sous un jour léger, libertin presque, qui ne correspondra pas à ce qu'il est et à ce que sera sa vie. C'est un peu comme un jeu, mais c'est un texte de caractère autobiographique.
Dans quelle mesure est-il autodidacte ?
Tanguy L'Aminot : Oui, il se forme seul. Il en parle longuement dans Les Confessions, il dit qu'il a une éducation sur le tas. Son père est horloger, sa mère est morte après sa naissance, il est près de son père et lit les romans de sa mère à son père qui travaille dans son atelier.
Comment accède-t-il aux connaissances sur les arts, les sciences, la politique, l'économie, etc ?
Tanguy L'Aminot : Il y aura plusieurs étapes. La première que j'évoquais est celle de la découverte de la sensibilité à travers des romans précieux de la bibliothèque de sa mère avec La Calprenède ou Madeleine de Scudéry, c'est ce qu'il va lire en premier et qui va former sa sensibilité. "Je sentis avant de penser", dit-il. La deuxième intervient aux Charmettes, quand il est dans la maison louée par Mme de Warens ; c'est aussi une époque amoureuse pour Rousseau, mais pas seulement : il va passer l'hiver tout seul et ce n'est pas follement gai contrairement à ce qu'en dit une vision erronée de la vie de Rousseau. Donc, il passe l'hiver là, dévore la bibliothèque et va se faire ce qu'il appelle un "magasin d'idées" ; il va lire les grands philosophes de l'époque John Locke, Charles Rollin, Pierre Bayle, etc. Et il est assez doué pour effectuer ces lectures seul, c'est un peu cela aussi le génie de Rousseau.
Et puis il a une troisième phase dans sa formation : il va fréquenter des milieux très divers, contrairement aux philosophes de son époque qui viennent d'un même milieu, n'en sortent pas ou ne fréquentent que leurs collègues intellectuels. On parle du cosmopolitisme des philosophes, c'est vrai, mais c'est avant tout un cosmopolitisme mondain. Quand Diderot va en Russie, il y rencontre la noblesse russe et Voltaire de même quand il est en Prusse. Rousseau, issu d'un milieu populaire, va traverser des contrées sociales différentes et ne va pas rencontrer que l'élite. À Venise, il va fréquenter un monde interlope, fait d'espions ou de personnages singuliers, pas convenables selon les critères des gens bien.
La première fois qu'il arrive à Paris en 1731, il le raconte dans Les Confessions, il traverse le quartier de Saint Martin, le plus pauvre de Paris, et c'est la première image qu'il a de cette ville. Cette perception du monde va se retrouver dans son œuvre où il ne cessera d'évoquer les capitales qui ruinent un pays parce qu'elles attirent toutes les énergies et les richesses et appauvrissent les campagnes et les provinces. La formation de Rousseau, n'est pas simplement livresque, mais aussi faite d'expériences et de choses vues.
Quelle est la véritable relation de Jean-Jacques Rousseau avec les philosophes ?
Tanguy L'Aminot : Il n'est pas de leur clan. C'est surtout avec Diderot qu'il va bien s'entendre ; ils ont à peu près le même âge, Diderot est un peu plus jeune. Ils ont des projets en commun et s'entendent bien avant de devenir des frères ennemis. Et la détestation sera forte pour diverses raisons. Rousseau a gardé de ses origines genevoises certains traits de caractère. Sur le plan religieux il ne s'entend pas du tout avec les athées comme d'Holbach ; il n'apprécie pas les discours ou les plaisanteries du milieu encyclopédiste. Il reste sur sa réserve et même se fâche et menace de partir si l'on s'obstinait à blasphémer, lors d'un fameux banquet chez Mlle Quinault, en 1754. C'est le fondement et les raisons d'une rupture qui interviendra en 1756. Et le fait que Diderot et d'autres veulent intervenir dans son amour pour Sophie d'Houdetot, amie de Saint-Lambert, le choque. Ce milieu, cette ambiance, cette manière de vivre des philosophes gêne Rousseau, le calviniste. Cette morale qui se défait le détourne d'eux.
Comment s'élabore sa réflexion, et en quoi est-il subversif ?
Tanguy L'Aminot : La Révolution française a plus retenu le nom de Rousseau que ceux des philosophes. Pendant la révolution tous les groupes vont se réclamer de lui : les aristocrates, les contre révolutionnaires, les Bourgeois, les Girondins, les Montagnards, les Jacobins ou les Enragés même. Tous vont à un moment ou à un autre se référer à Rousseau ou l'invoquer pour attaquer les autres. Un pamphlet édité par un certain Lenormand, sous la révolution, s'appelait même Jean-Jacques Rousseau aristocrate.
Il est subversif parce que son œuvre est si forte qu'aucun parti ne peut la saisir et la faire sienne. Il peut juste y puiser. Rousseau ne propose pas une doctrine reposante que l'on peut ranger sur un rayonnage ou dans un livre une fois la lecture terminée, sans suite aucune. On ne s'étonnera pas qu'il ait également nourri les révolutions du monde entier : en Russie, en Pologne au XVIIIe siècle. En Amérique latine, il a influencé Simon Bolivar, le libérateur du continent sud américain. Mais également en Asie, au Japon à la fin du XIXe on découvre son importance. Il va toucher le mouvement socialiste et anarchiste japonais et cela va se répandre dans tous les pays proches parce que le Japon en est alors la puissance dominante. C'est Nakae Chômin qui l'a traduit et donné à comprendre. Sa traduction n'est pas simplement académique ; Rousseau est adapté, récupéré, détourné, trahi pour les besoins de causes, d'enjeux d'une époque, d'un pays. C'est en cela qu'il est vivant et toujours agissant. L'œuvre de Rousseau permet cet accaparement, et cela aussi c'est subversif.
L'extrême droite n'en a-t-elle pas fait un de ses auteurs de référence ?
Tanguy L'Aminot : C'est complexe : il a une authentique aura dans de nombreux milieux, même à l'extrême droite. Marcel Déat, un ancien socialiste, va écrire en 1942, pendant la guerre, un texte intitulé Jean-Jacques Rousseau totalitaire qui fait l'apologie d'un Rousseau socialiste et national et qui, écrit-il "s'inscrit parmi les précurseurs et les ancêtres de la révolution nationale, même si par ailleurs on le déteste". À l'inverse d'un Maurras, issu d'une droite plus classique, qui rejette Rousseau en tant que précurseur de la Révolution française.
Comment qualifiez-vous son écriture ?
Tanguy L'Aminot : Il y a également une subversion de l'œuvre, du style, qui a donné naissance au romantisme. Rousseau va permettre l'adhésion du lecteur à son œuvre. Dès le début son éloquence est soulignée par tous ses opposants. Les royalistes Joseph de Maistre et Antoine de Rivarol se plaignent qu'il soit si talentueux, ce qui permet à sa pensée de se diffuser et de convaincre. Son style est révolutionnaire parce qu'il mêle sa personne à ses idées ; les deux choses sont liées ce qu'on ne trouve pas chez Montesquieu ou chez les autres philosophes. Même un texte plus théorique comme Du contrat social comporte des phrases fortes qui brutalisent le lecteur et le font réfléchir. Raoul Vaneigem note la force de la phrase qui ouvre le livre "L'homme est né libre et partout il est dans les fers".
Même à l'étranger, dans de toute autre culture, il agit. Les lettrés égyptiens comme Taha Hussein ou Mohamed Heykal sont sous le charme lorsqu'ils le découvrent  vers 1920 ; les Chinois peuvent également lire la traduction du Contrat social faite par Yang Tindong vers 1900 et le mouvement romantique chinois qui va naître entre 1920 et 1930, va puiser dans Les Confessions et Les Rêveries ce qui correspond à la sensibilité nouvelle de la jeunesse qui a pris la parole en 1919, après les événements du 4 mai. Ils sont enthousiastes parce qu'ils voient en lui ce qu'ils appellent "la sincérité", cette correspondance entre la vie et l'œuvre.
Sa vie est singulière et son parcours atypique, quelles en sont les raisons ?
Tanguy L'Aminot : Ses ennemis ont voulu minimiser le complot, mais la souffrance dans l'exil, les poursuites policières, la suspicion, la haine des Encyclopédistes ont existé : il en a véritablement bavé. Il n'a pas été un philosophe de salon. Il a vécu dans des conditions financières difficiles. Lorsqu'il remporte le prix de l'académie de Dijon en 1750 il doit faire sa réforme comme il dit ; il a eu auparavant la fameuse illumination de Vincennes, un grand moment de sa vie qui lui a fait entrevoir tout son système de pensée. Sa fameuse réforme le conduit à renoncer à la fréquentation des riches et des puissants ; il renonce à réussir dans le monde, décide de vivre de son travail et devient copiste de musique dès décembre 1751. Vivre de ses mains ; cela sera le slogan de certains de ses disciples, comme les romanciers prolétariens dont Henry Poulaille et Michel Ragon sont les plus connus. Rousseau a vécu de son travail quotidien, pas comme un Voltaire qui avait des rentes et faisait des opérations financières.
Jusqu'à la fin de sa vie Rousseau a vécu modestement, même quand son œuvre lui a rapporté quelque argent. Sa fin de vie a été particulièrement difficile. Entre 1776 et 1778 il est à Paris et n'en peut plus. Son loyer a augmenté, il est vieux et fatigué, il lance un appel pour qu'on le protège et qu'on lui trouve une maison bon marché. Il finit démuni, et s'il va à Ermenonville ce n'est pas pour le paysage, mais contraint par la nécessité. Il a la protection du marquis de Girardin, tout heureux d'exhiber un philosophe dans son jardin tout en le sortant de la misère. Il n'y séjournera que quelques semaines, d'ailleurs, avant de mourir. Cela aussi va émouvoir ses lecteurs du monde entier, parce que c'est un destin qui sort du banal.
D'où vient la fascination pour le Rousseau aseptisé, représenté dans des gravures du type " Fêtes galantes " ?
Tanguy L'Aminot : En fait, chaque époque a créé un Rousseau à son image.
Il y a donc eu une suite d'images du philosophe ?
Tanguy L'Aminot : L'image la plus connue est le Rousseau de la Révolution française. Il y a aussi le Rousseau romantique qui a nourri Chateaubriand, Hugo, Balzac, mais s'ils ont puisé dans son style, ils l'ont rejeté sur le plan politique, considérant qu'il y a des aspects de l'œuvre et de sa vie qui ne devaient pas être retenus, comme l'abandon de ses enfants et sa vision de la religion. Au XXe siècle, il fera l'objet de belles polémiques. Déjà à la suite de la Commune, Hippolyte Taine avait désigné Rousseau comme l'un des inspirateurs des troubles sociaux qui s'étaient produits. C'est ce qu'a fait Barrès en 1912 avec la Bande à Bonnot en désignant le philosophe comme l'inspirateur des attaques commises par elle. Il y a alors un mouvement haineux fort. Le discours de Barrès, à la chambre des députés, le 11 juin 1912, qui refuse de voter les crédits pour la commémoration du bicentenaire de la naissance de Rousseau, va provoquer des manifestations violentes et importantes de l'Action française et des Camelots du roi. Une centaine d'entre eux sont arrêtés à Paris, place du Panthéon le 30 juin 1912. Cette tendance se prolongea jusqu'à la deuxième guerre mondiale. Même le régime de Vichy va apparaitre comme une suite du courant de l'Action française, la plupart de ses dirigeants étant des disciples de Charles Maurras.
La naissance de la critique moderne de Rousseau, est née après la guerre entre 1955 et 1960 avec les œuvres de Jean Guéhenno, Henri Guillemin, et évidemment Jean Starobinski ou Jean Fabre encore. Tous ces auteurs vont faire naître un Rousseau beaucoup plus académique. Avant il était un auteur pour tout le monde et il va devenir un auteur pour universitaires. Les colloques qui auront lieu en 1962 pour le 250 e anniversaire de sa naissance et le bicentenaire de la parution de Du contrat social, seront exclusivement l'œuvre d'universitaires. Rousseau n'est pourtant pas entièrement dans le seul monde de la pensée : des partisans de l'OAS le désignent alors, par exemple, comme le responsable de la perte de l'Algérie et des colonies.
Existe-t-il des écrits précis sur ce thème ?
Tanguy L'Aminot : Des membres de l'OAS, refugiés dans le Portugal de Salazar, diffusent leur propagande sur une radio dans une émission appelée "La voix de l'Occident". Ils publient des textes qui mettent en cause Rousseau comme étant celui qui a ouvert les portes de l'Occident aux barbares d'Afrique du Nord et d'Afrique noire. Dans le même temps les socialistes et les communistes, très puissants à l'université, écrivent plusieurs livres sur lui. Guy Besse, Jean-Louis Lecercle, Roger Barny sont parmi les plus connus. Ils écrivent à la fois des études fort sérieuses et encore valables aujourd'hui, et des textes plus partisans dans les publications du parti.
Quel est son rôle dans la contestation qui s'installe dans les années 1970 ?
Tanguy L'Aminot : Un Rousseau subversif apparait en 1968 avec de nombreux articles et ouvrages qui se réclament de lui. Un livre 1968, un bilan d'un auteur allemand, Wolfgang Kraushaar, paru en 2008, consacre un chapitre entier à Rousseau présenté comme une figure essentielle de l'époque. Il est présent dans l'aventure des hippies, dans la contestation sociale, les crèches pour enfants, dans le mouvement alternatif, écologiste, etc. Allen Ginsberg, Gary Snyder, Stephen Gaskin m'ont écrit combien il les avait influencés.
À la fin des années 1970, le mouvement punk et les Sex Pistols émergent et une revue parisienne, Façade, publie un article titré : "Je préfère le nucléaire au Rousseauisme", signé Yves Adrien qui conteste le Rousseau écologiste. Rousseau est toujours présent, il apparait dans des romans de SF comme Les Erreurs de Joenes de Robert Sheckley ou Un pont de cendres de Roger Zelazny, dans des mondes futurs et comme une figure de la contestation écologiste. En 1978, Marcel Schneider publie un Jean-Jacques Rousseau et l'espoir écologiste qui explore un thème qui aura de plus en plus de succès.
Les nouveaux philosophes, Bernard-Henri Lévy en tête lui reprochent d'être le père des totalitarismes modernes. La nouvelle droite d'Alain de Benoist considère qu'il est dépassé, parce que l'homme n'est pas bon mais mauvais, faisant appel à des courants de pensées comme ceux de Konrad Lorenz et d'autres comportementalistes pour le discréditer. Cela dit, rien n'est simple puisque la revue d'Alain de Benoît Éléments, avec son n° 143, lui rend hommage dans un dossier intitulé "Rousseau parmi nous" tout en jouant de nouveau sur les contradictions des sociétés. Un article "Rousseau et les anti Lumières" en fait une figure de la résistance aux pensées erronées des philosophes du XVIIIe siècle. "Rousseau conservateur révolutionnaire ?", est le titre d'un autre article qui montre que Rousseau présente des aspects contradictoires intéressants.
Comment percevez-vous les célébrations du tricentenaire ?
Tanguy L'Aminot : C'est un produit suisse ; en 2007 Genève a lancé un appel pour être le fédérateur des célébrations, et cela arrange finalement tout le monde et les Français en premier. L'Assemblé nationale a fait de février à avril une exposition des manuscrits remis par la femme de Rousseau à la Constituante pendant la Révolution. Est-ce l'hommage national d'aujourd'hui ? 1912 avait fait mieux. Ce qui est organisé dans l'Oise, à Ermenonville, ou en Rhône Alpes, à Chambéry en particulier l'est sous la houlette de Genève.
La célébration est consensuelle, évite les polémiques, tourne autour de la botanique, de l'animation citoyenne ou de banquets plus ou moins gastronomiques. Et la campagne électorale n'a donné lieu qu'à quelques tentatives de récupération comme celle de Jean-Luc Mélenchon qui, dans un meeting à Nantes, a évoqué le Rousseau qui défend la souveraineté du peuple par l'exigence du vote citoyen. Une manière de rappeler que le texte sur la constitution européenne repoussé par les électeurs lors d'un referendum a été validé par un simple vote du Parlement.
La citoyenneté, telle que l'entend Rousseau, est simplifiée quand on veut la récupérer ; dans toute son œuvre et en particulier dans Emile quand il s'agit de choisir entre l'éducation d'un homme et celle d'un citoyen, il opte pour la première parce qu'il n'y a plus la possibilité d'avoir des citoyens. Rousseau explique qu'on est dans la cité du faux contrat social où il n'y a pas de citoyen, parce qu'il n'y a pas de réelles délibérations. Aujourd'hui le débat sur la citoyenneté, au sens où Rousseau l'entendait, n'existe pas. Et le mot citoyen est galvaudé à tous les niveaux.
Pensez-vous que la tendance est à le simplifier parce que le personnage et son œuvre sont trop complexes ?
Tanguy L'Aminot : La tendance est d'attirer l'attention sur certains aspects de Rousseau, surtout à notre époque alors qu'il ne peut pas être contenu dans un cadre rigide ou formel. Le coté promeneur solitaire, botaniste, musicien, autobiographique permet d'éviter les questions qui fâchent. C'est un produit de l'école, des programmes scolaires qui dans les années 1990 ont donné à lire Rousseau uniquement comme le père de l'autobiographie. Et quelle idée de Rousseau donne aux lycéens une telle lecture réduite aux livres I à IV des Confessions ? Celle d'un personnage grimpé dans un cerisier balançant des cerises dans le corsage des filles, un pleurnicheur et un petit cochon qui prend du goût aux fessées. Aucun manuel scolaire ou parascolaire ne mentionne la découverte de Michel Launay qui montrait dans sa thèse sur Rousseau, écrivain politique en 1968, que Rousseau avait passé son enfance à Plainpalais, à Genève, dans un milieu de militants contestataires épris de leurs droits et que cela avait eu une importance décisive dans l'élaboration de son œuvre.
Mais cet "oubli" permet d'éviter d'aborder la pensée politique du philosophe et ce qu'elle pourrait faire naître d'idées subversives dans les jeunes cervelles. Depuis 30 ans, les élèves sont formés à ce Rousseau-là. Même chose en philosophie, où on étudie seulement deux des quatre livres du Contrat social. Les deux derniers qu'on néglige sont ceux qui disent que tout gouvernement dégénère quoi qu'on fasse, que la corruption est liée à tout pouvoir et que la représentation nationale est impossible. Les élèves n'ont que le début de l'histoire, pas la fin. Cela revient à simplifier Rousseau et à le rendre conforme à la consommation "citoyenne" du moment. Maurice Barrès, d'ailleurs, disait "J'aime bien le Rousseau de La Nouvelle Héloïse, pas celui du Contrat social".
Propos recueillis par Alain Abellard
Tanguy L'Aminot est chargé de recherche au CNRS, directeur de l'équipe Rousseau à l'Université Paris Sorbonne. Il est directeur et fondateur de la revue Études Jean-Jacques Rousseau, et du site Rousseau Studies.

mardi 3 juillet 2012

Les marchés festifs Bee Ô débarquent à Ste Croix !


logo axolotl

La toute jeune association Axolotl est née au printemps dernier afin de chapeauter et poursuivre l'initiative l'année dernière d'un marché de producteurs bio.


Cette année encore, les marchés auront lieu les jeudis à partir de 17h à l'Ancien Monastère de Sainte-Croix, mais cette fois de nouveaux ingrédients et des surprises ont été ajoutés pour que celui-ci soit dynamisé et festif !

Vous trouverez donc entre autres :
  • des producteurs bio locaux
  • des artisans locaux
  • des animations pour les enfants
  • des causeries animées par les producteurs
  • des visites commentées du jardin botanique
  • des agitations festives variées et plein d'autres surprises encore !
Et sur place bien sûr : apéro et repas bio et locaux mettant à l'honneur les produits des producteurs présents au marché !

Tout ça les jeudis 12, 19, 26 juillet et 2, 9 août... qu'on se le dise !!


Plus d'infos : asso.axolotl@gmail.com / 06 63 07 42 23 

Marchés Festifs Bee Ô de Ste Croix

Canons à neige : on touche le fond...

L'ingénue des alpages
En quoi la Montagne est-elle un territoire particulièrement intéressant pour une écologiste ? Les enjeux sont immenses : pression foncière, gestion des espages protégés, agriculture à forte valeur ajoutée ....

Les canons à neige, c'est comme avec le nucléaire : on fonce


Canons ou « enneigeurs » ? Derrière la bataille des mots, la réalité est surtout que la plupart des pistes se sont couvertes de ces dispositifs censés permettre de passer les mauvaises périodes et qui deviennent par moment la principale source de neige pour nombre de stations.
A quel coût ? Avec quels risques ? Premier point sur ce système très industrialisé, à partir des résultats 2010-2011 que publie l’Observatoire neige de culture (préfecture de la Savoie).
Je vous le disais, actuellement dans les Alpes du Nord, il y a de la neige et elle est très bonne, très douce. Pas partout avec la même épaisseur, mais quand même. Un anticyclone installé depuis une petite semaine et des températures sibériennes (- 12°C dimanche matin vers 9 heures aux Gets, Haute-Savoie), permettent à la neige de se stabiliser et aux professionnels du damage de créer des conditions de glisse exceptionnelles (j’y reviendrai un de ces jours !).
Dans les Pyrénées, à basse altitude, ce n’est pas la même chose, comme l’annonce La Dépêche, « les petites stations souffrent “. Même si, comme au Mourtis, un lourd investissement avait été réalisé sur une installation de ‘neige de culture’. A lire d’ailleurs, le suivi quotidien des conditions d’enneigement par le gardien du gîte de l’Isard

On skie de plus en plus sur neige artificielle

Ce qui me donne l’occasion de faire un premier éclairage sur ce fameux dossier de la neige de culture… Et d’abord sur ces fameux canons que les skieurs résidant près des pistes entendent dans la nuit, entourés d’une brume légère formée de gouttelettes. C’est lorsque les températures ont baissé qu’ils crachent l’eau brumisée sur les domaines skiables. On skie de plus en plus sur de la neige artificielle. Et on dort en entendant, au loin, le son du canon, qui siffle et souffle. Pendant que les touristes dorment, les exploitants préparent le théâtre des opérations pour le lendemain : neige étincelante et lourde, pour le confort de tous.

Un canon à neige, Whistler Blackcomb, Canada, mars 2006 (Tim in Sidney/Flickr/CC)
Les mots ont un sens. On disait ‘ canons à neige ’, certains voudraient qu’on dise désormais ‘ enneigeurs ’. C’est plus noble. On pense moins à la guerre, ou à l’industrie qui est derrière. Mais l’activité est la même. A partir d’eau sous pression et d’air comprimé, et par temps froid (température inférieure à 0°C) on fabrique de la neige, dite ‘ de culture ’, ou artificielle – selon la manière dont on voit les choses.
L’an dernier, alors qu’il n’y avait pas un gramme de neige naturelle tombée du ciel, j’ai même vu deux stations de Haute-Savoie faire une pub sur l’arrivée de ‘ neige fraîche ’… Un peu gonflé, tout de même ! En tout cas une manière habile de leurrer le skieur.

Plus dense, la neige de culture érode plus

Evidemment, les plus prosélytes sont les opérateurs ; et particulièrement Domaines skiables de France (le syndicat des exploitants de remontées mécaniques), qui a dédié un bout de site web – ‘la montagne en mouvement – à l’explication de ce qu’est la neige de culture. En oubliant d’évoquer les impacts du système sur l’environnement, ou d’expliquer les risques économiques liés au développement de ces machines un peu partout sur le domaine skiable national.
  • 3 canons à l’hectare (ha), c’est à peu près la moyenne, pour les pistes, en France. Avec des technologies différentes. En 2008, on comptait environ 15 000 enneigeurs haute pression (sur perches) et 1 100 basse pression (ventilateurs) ;
  • toujours en 2008, l’enneigement artificiel couvrait 5 300 ha, soit près de 20% du domaine skiable français. Mais ce chiffre est en constante augmentation. En 2010-2011, la préfecture de Savoie évalue à quelque 2 000 ha enneigés pour la Savoie, soit près de 27% du domaine savoyard. Les opérateurs se dédouanent en avançant que l’Autriche en est à 40%, les Dolomites (Italie) à 80%, les Etats-Unis, de 85 à 100%... Mais la Suisse n’est qu’à 12% !
  • côté glisse, neige naturelle, contre neige de culture, on nous dit que c’est à peu près la même chose. Eh bien non ! Il y a une différence notable de densité entre les deux. Alors que la neige naturelle est légère (entre 50 et 100 kg/m³), la neige de culture est cinq à dix fois plus dense (400 à 500 kg/m³). Sur le sol, la neige de culture reste plus longtemps et entraîne plus d’érosion.

Des retenues alimentées par de l’eau potable

Il faut 1 m³ d’eau pour fabriquer 2 m³ de neige, ce qui, pour un hectare de neige fabriquée sur une épaisseur moyenne de 60 cm, nécessite 4 000 m³ d’eau, soit un peu moins de deux piscines olympiques à l’hectare ! Et cette demande augmente avec le nombre d’installations qui se déploient et le manteau de neige fabriqué qui lui aussi s’épaissit (en moyenne 70 cm l’hiver dernier).
Une retenue collinaire est une sorte de barrage d’altitude (les retenues sont d’ailleurs classées en barrages). Autrement dit, un petit lac creusé dans la montagne, totalement étanchéifié’ par des bâches, et destiné à accumuler de l’eau pendant toute la belle saison pour la restituer de novembre à la fin de la saison de ski (mars), si besoin.
Ce qui n’empêche pas de la remplir plusieurs fois en hiver, quand elle est vide. Pour ce faire, les exploitants doivent respecter des réglementations et notamment ne pas pomper dans un torrent en dessous d’un débit (dit réservé, qui permet à la faune et la flore de subsister). Mais le contrôle est impossible à mettre en place. L’hiver dernier en Savoie, seuls six contrôles (sur 37 retenues collinaires) ont pu être pratiqués et deux étaient non conformes !
Les départements de Savoie et Haute-Savoie comptent au total plus de 100 retenues collinaires. Le volume moyen d’une retenue se situe autour de 60 000 m³. Mais ce chiffre aussi est en constante augmentation. La plus grosse, aux Arcs (l’Adret des Tuffes), retient 404 000 m³ d’eau !

Retenue collinaire de l’Alpe d’Huez (Mountain Wilderness)
D’où vient l’eau ? Dans le cas des deux départements de la Savoie et Haute-Savoie, comme le montre l’Observatoire de la neige de culture et pour la saison dernière :
  • directement des cours d’eau pour 23% ;
  • des cours d’eau, via une retenue collinaire, pour 28% ;
  • du réseau d’eau potable directement, pour 3% ;
  • du réseau d’eau potable via une retenue pour 24% !
  • d’autres sources comme le ruissellement via retenue, marginale, ou l’hydro-électricité, directement ou via une retenue pour 21%...
En fait ce qu’il est important de comprendre, c’est que les retenues collinaires sont encore en grande partie approvisionnées par de l’eau potable, ou par des torrents d’altitude, captés à cet effet.

Deux euros au moins, sur le forfait à 20 euros

La part du prix lié à l’activité d’enneigement artificiel progresse dans le bilan des stations. Logique, puisqu’il y a plus de canons et plus d’utilisation. Le coût moyen de production de neige de culture est estimé de l’ordre de 0,80 euro/m³, soit environ 5 600 euros l’hectare pour 70 cm d’épaisseur de neige (énergie, frais de personnel, entretien compris – 2008).
Pour les retenues collinaires, on compte entre 20 et 30 euros par m³ de capacité de stockage (2008). Soit par exemple, jusqu’à 1,8 million d’euros pour une retenue de 60 000 m³. Vu le prix de ces machines et de leur maintenance, les investissements (hors retenues collinaires, à savoir le système de canons, de tuyaux et l’usine de gestion, plus le terrassement) représentent environ 150 à 200 000 euros par hectare enneigé. Tout cela fait beaucoup. On peut compter que sur un forfait de 20 euros, plus de 2 euros correspondent au coût de la production de la neige de culture… Et à ces coûts s’ajoutent bien d’autres, comme les travaux de sécurisation, d’aménagement et d’entretien des pistes de ski.
Et encore faudrait-il ajouter les coûts externes, liés aux impacts sur l’environnement, du modèle actuel. Il y aurait beaucoup à dire sur la neige dite de culture, notamment. Je reviendrai, dans un prochain billet, sur une question essentielle et souvent passée sous silence : les impacts de ces équipements et de cette ponction sur l’environnement et les bassins versants.

Avec les rustines, on a fait la chambre à air !

Juste pour finir deux remarques. Au début, dans les années 80 en France, les exploitants assuraient que les canons allaient surtout permettre de mettre quelques ‘ rustines ’, à arranger ici une piste trop exposée au Sud, et là permettre un retour vers la station.
Aujourd’hui, avec les rustines, on a fait la chambre à air ! C’est un système qui est compris dans le business de la neige. Il faut limiter le risque de manque de neige, alors on fabrique la sous-couche de neige dès novembre sur la plus grande partie du domaine de ski. Sauf quand, comme cette année, il fait trop chaud : au-dessus de 0° C, les canons ne peuvent pas produire de neige. Alors, la panique s’empare des exploitants…
Au fond, c’est un peu comme avec le nucléaire. On est dans un système et on fonce, quels que soient les signaux extérieurs : dérèglement climatique, ressource en eau et risques économiques... Et on assure qu’il n’y a pas d’autre solution. En refusant de s’interroger sur le sens et la finalité de ce que l’on fait.
ClaudeComet

Quelle place pour les jeunes à Saillans ?

Communiqué de presse
Pays de Saillans (26340)
25 juin 2012
Quel avenir pour l’enfance et la jeunesse au Pays de Saillans ?
Alertés par les changements substantiels prévus dans l’accueil des enfants à partir du mois de septembre à Saillans, un collectif de parents a pris l’initiative d’écrire une lettre ouverte au maire de Saillans.
Leurs inquiétudes concernent les conséquences d’un refus de subvention à l’association Les P’tits Bouts par la Communauté de communes du Pays de Saillans (CCPS) : d’une part, les conditions de la reprise du service périscolaire en régie par la CCPS ; d’autre part, l’arrêt du centre de loisirs.
- Le quotient familial ne sera plus pris en compte pour le calcul des tarifs de la cantine et de l’accueil du matin et du soir, et les prix vont globalement augmenter.
- Le projet éducatif et pédagogique sera abandonné, et le nombre d’enfants pris en charge par chaque animateur va considérablement augmenter.
- Le travail associatif des P’tits Bouts et les compétences des bénévoles sont négligés.
- La MJC Nini-Chaize proposera un nombre restreint de places à Aouste-sur-Sye en centre de loisirs le mercredi et pendant les vacances scolaires, et les 4-6 ans ne seront plus accueillis.
- Deux salariés vont être licenciés.
Les parents signataires de la lettre ouverte demandent donc solennellement au maire de Saillans, en tant que délégué communautaire et maire de la commune où résident 77 % des enfants inscrits, de conserver le service tel qu’il a fait ses preuves jusqu’à aujourd’hui, notamment de ne pas délocaliser le centre de loisirs, de maintenir le nombre de places et de continuer à établir les tarifs en fonction du quotient familial.
Jeudi 28 juin, à 19 heures, à la mairie de Saillans, la CCPS réunit son conseil mensuel, au cours duquel une délibération concernant ces questions a été inscrite à l’ordre du jour.
Copie intégrale de la lettre ouverte ci-jointe

Lettre ouverte à monsieur le maire de Saillans
Quel est l’avenir de l’enfance et de la jeunesse au Pays de Saillans ?
Monsieur le Maire,
Nous habitons au Pays de Saillans. La vie sociale de nos enfants est à Saillans, dans le cadre de la crèche, de l’école, de la cantine, du centre de loisirs… Et nous sommes inquiets.
Nous avons appris il y a peu que l’encadrement de la cantine et de l’accueil du matin et du soir (avant et après l’école) ne serait plus confié à l’association Les P’tits Bouts, car une subvention leur a été refusée par la CCPS.
Nous avons appris également que, pour la même raison, les activités du centre de loisirs le mercredi et aux vacances scolaires n’auraient plus lieu à Saillans avec Les P’tits Bouts, mais seraient délocalisées à Aouste-sur-Sye dans les locaux de la MJC Nini-Chaize avec un transport par minibus. Les conséquences de ces décisions nous inquiètent :
- Abandon du calcul des tarifs en fonction du quotient familial. Concrètement, les familles les plus modestes vont payer 0,22 euro de plus par enfant et par heure le matin et le soir, alors que les familles les plus aisées paieront 0,54 euro de moins. En outre, le prix total du temps de midi passera à 4,50 euros pour tous (augmentation du prix du repas par Les Gourmands + suppression du quotient familial par la CCPS), soit une augmentation globale de 0,68 euro pour les plus modestes et de seulement 0,22 euro pour les plus aisés.
Choisissons plutôt une véritable justice sociale pour les familles du Pays de Saillans !
- Abandon du projet pédagogique de l’accueil périscolaire initié depuis cinq ans par les bénévoles et les salariés des P’tits Bouts. Les activités proposées aux enfants ne seront donc plus construites autour d’objectifs éducatifs réfléchis.
- Abandon des taux d’encadrement prescrits par la Direction départementale de la cohésion sociale (un adulte pour 10 enfants de moins de 6 ans ; un adulte pour 14 enfants de plus de 6 ans). Avec le ratio envisagé de un pour 15 et plus, les enfants seront reçus dans des conditions où l’attention portée à chacun sera minime, les sorties à l’extérieur seront réduites au minimum et les risques d’accident seront considérablement augmentés.
Choisissons plutôt un accueil de qualité pour les enfants du Pays de Saillans !
- Abandon du projet associatif parental des P’tits Bouts et des compétences des bénévoles. Depuis onze ans, des parents se sont mobilisés et ont donné beaucoup de leur temps afin d’organiser un service de qualité pour les familles.
Les enfants ont apprécié la variété des activités proposées et la relation avec les animateurs salariés. Les parents utilisateurs sont satisfaits du nouveau périscolaire et du centre de loisirs. Les enseignants de l’école ont largement plébiscité la qualité de l’encadrement du midi, qui permet aux enfants d’être disponibles aux apprentissages pour l’après-midi.
Choisissons plutôt le développement des services associatifs au Pays de Saillans !
- Abandon de près de 70 % des enfants pendant les vacances scolaires. En effet, la MJC Nini-Chaize propose
10 places en centre de loisirs, alors que certaines semaines de vacances à Saillans ont réuni 30 enfants ces dernières années. Comment les 20 autres familles vont-elles s’organiser ?
- Abandon des 4-6 ans le mercredi et pendant les vacances scolaires. En effet, la MJC Nini-Chaize ne propose aucune place pour cette tranche d’âge. Comment les parents qui travaillent vont-ils s’organiser ?
Choisissons plutôt le maintien du service public au Pays de Saillans !
- Abandon de deux salariés et réduction du temps de travail de deux autres salariés.
Choisissons plutôt la sauvegarde des activités et de l’emploi au Pays de Saillans !
Notre inquiétude nous pousse donc à vous demander solennellement, en tant que délégué communautaire et maire de Saillans (où résident 77 % des enfants inscrits), de conserver le service tel qu’il a fait ses preuves jusqu’à aujourd’hui, notamment de ne pas délocaliser le centre de loisirs, de maintenir le nombre de places et de continuer à établir les tarifs en fonction du quotient familial.
Madeleine Weinling, Joachim Hirschler, Élise Richer, Claire Faure, Céline Gautheron, Yasmina Kachouche, Céline Berchaud, Willy Rot, Gislhain Berchaud, Élise Gascoin, Élisabeth Amaro, Stéphan Gueydan, Alain Philibert, Galadrielle Gouirand, Stéphane Pourrat, Hervé Lissy, Marie-Pascale Abel-Coindoz, Isabelle Canquelain, Ania Osiecka, Marie-Alice Rosique, Christian Caron, Justine Desprez, Maryline Banos, Gabrielle Lonchampt, Jean-Christophe Faure, Bruno Lonchampt, Pascal Abel-Coindoz, Claire Paillot, Stéphane Algoud, Francis Coupillaud, Valérie Coclers, Julie Audibert, Laurie Sanquer, Mathieu Foëx, Céline Roche, Yann Dégruel, Julien Maes, Sophie Madengar, Julien Maire, Sabine Girard, Sylvain Thévenet, Christine Amalbert, Dominique Giry, Michel Degallaix, Florence Tomas, Sarah Buih, Gaud Blayo, Valérie Pasquier, Christian Plumel,
Murielle Coursange, Amélie Martinez, Fabienne Morvan, Caroline Debeaux, Stéphanie Roche, Bastien Bonnat, Nathalie Medjadji, Martine Gentili, Cécile de Chivré, Jessica Victoire, Rodolphe Victoire, Marie Avenel, Anne Bar, David Arthaud, David Frier, Céline Carraud, Vincent Trevisi, Marjorie Cosset, Delphine Vautrin, Christophe Delcroix, Corine Ossela, Sandrine Douillère, Joël Skubich, Gilles Cabrol, Fanny Provent, Henrietta Hatfield, Cédric Nicolas, Anne-Laure Mangou, Isabelle Simon, Jörg Schleicher,
Contact : enfance.ccps@yahoo.fr

lundi 2 juillet 2012

Divajeu 26400 : chantier Bois...


« Les Bonnes Energie », AMAP-Bois ?
Bonjour,
Notre aventure forestière continue les 7 et 8 juillet 2012, à Divajeu, avec la fin du chantier et une soirée barbecue pour fêter cette première expérience de chantier collectif et participatif pour une gestion douce des forêts et une autonomie locale en bois.
Suite à une phase d'abattage en mars, une vingtaine de personnes ont participé les 16 et 17 juin à un chantier collectif pour sortir les bois de la forêt. Cela a été l’occasion de travailler ensemble, de mieux se connaître, et de discuter du projet et des méthodes de travail utilisées. Les 7 et 8 juillet, nous finirons le travail et fêterons cette belle première avec un agneau cuit au bois de "notre" forêt !

Vous trouverez tous les détails pratiques dans le fichier ci-joint, ainsi qu'une présentation du projet dans son ensemble. Merci de transférer dans vos réseaux, plus nous serons nombreux, plus ce sera rapide et sympathique !
Venez participez à un temps collectif pour faire avancer notre relation à la forêt et nos pratiques pour en extraire du bois !
Il est important de nous signaler au plus tôt si vous serez présent afin que nous puissions adapter l’organisation au nombre de participants.
Pascale, pour le collectif.
Pascale Laussel
Dryade
10 rue archinard, 26400 Crest
0811 26 00 64 / 06 26 69 25 88

Le cancer est bien du à notre environement...

Pourquoi les cancers se développent-ils ?


Mina Bissell est venue partager ses 35 ans recherche sur le cancer, 35 années de travail autour d'une même question : qu’est-ce qui fait que les cancers se développent ? Sa réponse : leurs interactions avec leur micro-environnement. Elle n'a pas été la première à en avoir l'intuition mais la première à le prouver. A la conférence TEDGlobal, elle a raconté son expérimentation.
D’une cellule unique, nous nous développons pour en former entre 10 et 70 milliards, « chacune avec la même information génétique ». La théorie dominante en cancérologie veut qu’ « il suffit d’un oncogène (gène mutant, cancérigène) dans une seule cellule pour déclencher un cancer ». Selon Mina Bissel, cette explication n’a jamais tenu debout. Si c’était exact, chaque cellule maligne de notre corps se transformerait en tumeur  et « nous serions tous de gros amas cancéreux ».
Pour sa démonstration, Mina Bissel est partie d'une tumeur maligne affectant les poulets. Les chercheurs tracent son origine à un seul gène, transmis par le premier virus à avoir été identifié comme oncogène, en 1911. Les scientifiques de son laboratoire ont marqué ce gène et constaté que lorsqu’il était injecté dans des poulets sains, ceux-ci développaient un cancer, mais s’il était injecté dans des embryons, le cancer ne se développait pas. Pourquoi cette différence ? Pour Mina Bissell, cette découverte prouve que « le micro-environnement dans lequel se développe le cancer domine le gène cancérigène lui-même ».
Pour aller plus loin, Mona Bissell et son équipe ont étudié l’acinus, l’unité de base d’une glande mammaire. Ils en ont extrait les cellules épithéliales (celles qui produisent le lait) pour les disposer dans une boîte de Pétri. En moins de trois jours, ces cellules s’étaient complètement transformées. Elles n’étaient plus fonctionnelles, s’étaient distordues et avaient arrêté de produire du lait. Autre chose autour d’elles, une chose qui faisait partie de leur micro-environnement, était également nécessaire à la production de lait.

Ils procédèrent alors à une section de la glande mammaire pour étudier les parties autour de l’acinus, qui jusque-là n’avaient été considérées que comme de simples éléments d’échafaudage, de simples supports pour ces cellules « importantes ». Peut-être que cet échafaudage émettait aussi des signaux. Ils firent donc pousser des cellules épithéliales à proximité de l’échafaudage et celles-ci se mirent de nouveau à produire du lait, démontrant ainsi l’importance du contexte.
Elle s’est ensuite attaquée à l’envers sa théorie : “Si les tissus architecturaux et le contexte font partie du message, alors des cellules tumorales avec un génome anormal devraient pouvoir redevenir normales lorsqu’on les cultive dans un micro-environnement sain ». Avec ses étudiants, elle a mis cette hypothèse à l’épreuve en utilisant des cellules malignes qu’ils ont fait pousser sur un échafaudage sain. Ils ont ainsi montré qu’ils pouvaient rendre normales des cellules qui ne l’étaient pas. Ils pouvaient même injecter ces cellules dans des souris sans qu’elles ne développent de tumeurs, contrairement aux cellules malignes qui, elles, déclenchaient des cancers. Ce qui montre, selon Bissell, qu’il existe une autre façon de considérer le cancer, dans laquelle les gènes des cellules cancéreuses sont régulées par leur environnement.
Ses découvertes ont été accueillies froidement. Missel s'est souvenue d'Einstein : « une idée qui n’apparaît pas folle de prime abord n’a aucun avenir ». Après avoir rendu hommage à son équipe, elle a conclu sur un conseil pour les chercheurs : “ne soyez pas arrogants, car l’arrogance tue la curiosité ».

Auteur: Ben Lillie
Traductrice:  Carla Lavaste 

Photos: James Duncan Davidson

lbl.gov/LBL-Programes/lifesciences/BissellLab/main.html

Bientôt une nouvelle loi sur le harcèlement...

Harcèlement sexuel : Najat Vallaud-Belkacem vient consulter les associations à Lyon

L'ancienne adjointe au maire fait son premier "grand" déplacement de ministre à Lyon ce vendredi. Elle vient consulter les associations concernant son projet de loi sur le harcèlement sexuel, co-écrit avec la ministre de la Justice, Christiane Taubira.
Najat Vallaud-Belkacem© Tim Douet_002 ()
La précédente loi sur le harcèlement sexuel ayant été abrogée le 4 mai dernier, il y urgence à légiférer. Aussi la ministre aux Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem aussitôt nommée a co-écrit un nouveau texte de loi avec la ministre de la Justice, Christiane Taubira. Celui-ci donne une définition précise du délit de harcèlement sexuel, jugé trop flou par le conseil constitutionnel. 
Le nouveau texte prévoit une double définition du délit de harcèlement sexuel : "par répétition" et "par chantage". Le premier recouvrirait tous les gestes et propos qui par leur répétition créent un environnement intimidant, hostile ou offensant, le second inclurait tout chantage s’accompagnant de menaces ayant pour but d’obtenir une relation sexuelle. Le premier serait punit d’un an d’emprisonnement et le second de deux ans de prison et 30 000 € d’amende.
Femmes-Solidaires, FIL, VIFF – SOS Femmes et le planning familial consultés 
Najat Vallaud Belkacem et Christiane Taubira ont déjà consulté les associations au niveau national. Elles ne souhaitent pas que l'on distingue différents degrés de harcèlements sexuels de peur de minimiser certains cas.
Ce point de débat sera encore au coeur du débat de ce vendredi avec les associations lyonnaises. La ministre les rencontrera durant une heure au siège de l'Association Femmes-Solidaires à Lyon 3e : Femmes Informations Liaisons (FIL), VIFF – SOS Femmes, le planning familial, ainsi que l'adjointe aux Droits des femmes au maire de Lyon, Thérèse Rabatel (GAEC) seront présentes.
"La main au fesses aussi grave que les petits mots répétés"
Denise Margery, responsable de l'accueil des femmes et membre de la direction nationale de l'Association Femmes solidaires précise être elle aussi opposée à la double définition du délit de harcèlement sexuel : "la main aux fesses peut être toute aussi humiliante et peut provoquer d'aussi graves dégâts psychologiques que les petits mots répétés. Cela dépend de l'état psychologique de la personne au moment des faits. Car souvent quand il y a harcèlement sexuel, les agresseurs savent très bien choisir leurs cibles parmi les personnes les plus faibles. C'est pourquoi nous ne voulons pas créer de degrés de pénalité", affirme-t-elle. 
Et même si la commission des lois du Sénat n'a pas supprimé la double définition du délit mercredi, les associations gardent encore espoir de convaincre les parlementaires d'ici mi juillet. "Si nous ne convainquons pas la ministre, nous pourrons encore essayer de convaincre les députés et les sénateurs d'amender le texte" affirme Denise Margery. Et en effet, Pascale Crozon, députée de Villeurbanne et Christiane Demontès, sénatrice, accompagneront la ministre ce vendredi. Le texte sera débattu au Sénat à partir du 11 juillet et à l’Assemblée nationale à compter du 24 juillet. Les deux chambres devront l'adopter en urgence pour combler le vide juridique laissé par l'abrogation de la loi.  
Lucie Blanchard

dimanche 1 juillet 2012

Eurre 26400 : Portes ouvertes de la Biovallée...


Vendredi 28 et Samedi 29 Septembre 2012 Biovallée et la Communauté de Communes du Val de Drôme et Biovallée® vous invitent à exposer votre activité lors des portes ouvertes sur l'éco-site du Val de Drôme et sur la Biovallée®.
Notre objectif est de faire connaitre l'écosite et ceux qui font la Biovallée®.
Ces journées feront suite à la conclusion des Rencontres nationales énergie et territoire ruraux (26-28 septembre)  et à l'inauguration de l'Ecosite du Val-de-Drôme. Deux temps auxquels nous convions la presse nationale et trois ministres, sous réserve de leur participation.
Différentes animations gratuites et tout public seront proposées : visite du site en petit train, démonstration de toute la gamme de voitures électriques de Renault -y compris ZOE, la dernière née-, vélos électriques, jeux pour enfants, marché d'art, d'artisanat et de producteurs locaux, restauration sur place. Nous comptons sur plus de 2000 visiteurs.
Pour vous exposants, c'est l'occasion de présenter vos produits ou vos services et de vous faire connaître, dans une ambiance festive et conviviale :
Nous vous proposons un emplacement gratuit pour votre stand
Vendredi 28 Septembre de 16h à 20h
et/ou
Samedi 29 Septembre de 11h à 17h.
Entrée gratuite pour les visiteurs
Place Paulus, Ecosite à Eurre.
Gardiennage nocturne prévu sur le site.
Espace couvert en cas de mauvais temps
Retrouvez plus d'informations dans le dossier d'inscription joint à ce mail ou en nous contactant au 04 75 22 47 95
Contactez-nous à l'adresse mail : contact@biovallee.fr
Visitez notre blog : www.biovallee.fr/blog

Arréter de subventionner les pollueurs...


Les pollueurs payés, un vrai gisement
Analyse Pour renflouer l’Etat, le Réseau Action Climat propose d’arrêter de subventionner certains industriels.
Le gouvernement cherche 10 milliards d’euros ? Fastoche, rétorquent les ONG écolos : il n’a qu’à réviser sa fiscalité en cessant d’exonérer ou de subventionner des activités polluantes. Il fera ainsi d’une pierre deux ou trois coups : trouver des milliards (4 à 5 la première année), minimiser la pollution et préserver la biodiversité.
Nicolas Hulot et des ONG regroupées au sein du Réseau Action Climat ont présenté hier une jolie boîte à outils fiscale, verte, histoire de tuyauter le gouvernement à la veille du projet de loi de finances rectificative. D’après eux, il serait judicieux de s’en inspirer au plus vite, d’autant que la France fait figure de cancre de l’UE en matière de fiscalité écologique. Après analyse du programme de stabilité transmis par l’ex-gouvernement Fillon, Bruxelles a pointé du doigt la faiblesse de la part de fiscalité verte dans les recettes de l’Hexagone. «La France occupe l’avant-dernière place dans l’Union européenne, ce qui lui laisse une sérieuse marge pour augmenter ce type de taxes», a taclé la Commission. «Ni fiscaliste ni économiste» mais fin analyste, Nicolas Hulot résume ainsi l’affaire : «Il faut taxer plus ce que l’on veut moins, et taxer moins ce que l’on veut plus.» Donc, taxer plus fortement l’énergie qui va se raréfier et dont la consommation pollue, et moins le travail.
Aberration. Ces aides publiques qui augmentent les émissions de CO2, la pollution de l’eau et de l’air et qui nuisent à la biodiversité sont un peu partout. «Dans les domaines des transports, de l’énergie, du bâtiment ou de l’agriculture, les subventions et les exonérations fiscales dommageables à l’environnement s’élèvent à environ 50 milliards d’euros», calcule Guillaume Sainteny, auteur d’un livre sur le sujet (1). Le consultant a épluché les annexes au projet de loi de finances 2010 et passé au crible vert toutes les niches fiscales, ainsi que les subventions publiques. Ainsi, conclut-il, l’Etat soutient le secteur énergétique à hauteur de 22,7 milliards d’euros chaque année, et les transports carburant aux énergies fossiles pour 8,8 milliards. La prime à la cuve coûte ainsi 190 millions d’euros aux contribuables, tandis que la facture de gaz et de pétrole destinés aux centrales électriques d’appoint s’élève à 568 millions. En appliquant des taux de TVA réduits sur les carburants tels que le fioul domestique ou le gazole, l’Etat se prive de 8,8 et 6,9 milliards d’euros. «Ce faisant, la France dispose d’un parc de véhicules avec 60% de diesel, fortement émetteur de particules. Un cas unique», précise Sainteny.
Les recettes potentielles se logent aussi dans le secteur des transports, qui se fait rembourser une partie de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE, ex-TIPP). Manque à gagner : 300 millions d’euros. Idem en agriculture, où la politique de soutien aux agrocarburants sur la période 2005-2010 a coûté 820 millions à l’Etat.
Selon les ONG, qui lancent un appel pour l’arrêt des subventions à la pollution (2), c’est une aberration, en 2012, d’exonérer de toute taxe ou de subventionner des activités ayant des effets nocifs avérés sur l’environnement. L’exemple le plus criant reste celui de l’aviation. Gros émetteur de CO2 (+110% d’émissions entre 1990 et aujourd’hui) et glouton énergétique, ce secteur bénéficie d’un régime privilégié hérité d’une autre époque. Depuis les années 40, le carburant destiné aux vols internationaux est exempt de toute taxe. Au niveau national, le kérosène est totalement exonéré de TICPE ou de TVA, ce qui représente 3,5 milliards d’euros non perçus. Et pourquoi les billets d’avion bénéficient-ils d’un taux réduit de TVA (0% pour les vols internationaux et 7%pour les vols nationaux) ? «Au niveau de l’UE, cela représente un manque à gagner de 10 milliards d’euros», souligne Morgane Créach, du Réseau Action Climat.
Mutation. Avec cet appel, les ONG et Hulot espèrent que le gouvernement mettra en place des outils fiscaux facilitant une mutation vers des comportements et activités moins énergivores et polluants. «Sans alourdir la barque fiscale des Français», prévient Hulot. «Pour cela, il faut planifier une fiscalité différente sur le long terme, redessiner les subventions, réorienter les aides publiques… plaide Sainteny. L’Allemagne, qui a augmenté le gazole et le fioul de 3,7 centimes d’euro le litre chaque année, a diminué la consommation de ces carburants de 8% entre 2003 et 2008.»
Pour les ONG, la fenêtre de tir pour engager le verdissement de la fiscalité, c’est maintenant. Mais ils redoutent d’avoir perdu, lors du remaniement de la semaine dernière, une avocate de choix pour plaider leur cause. «Avant le changement d’affectation de [la ministre] Nicole Bricq, toutes ces propositions avaient une chance d’être entendues, note un observateur. Elle avait même nommé un conseiller fiscal à son cabinet, une première au ministère de l’Ecologie.» Il faudra faire sans.
LAURE NOUALHAT
(1) «Plaidoyer pour l’écofiscalité», éd. Buchet Chastel, 2012,., 20 €.

20 milliards d’euros de subventions à la pollution
20 milliards d’euros : c’est le montant annuel des niches fiscales grises – qui favorisent directement ou indirectement la pollution. Parmi leurs heureux bénéficiaires : le secteur de l’aviation, avec l’exonération de taxe intérieure sur l’énergie pour l’aviation (3,5 milliards d’euros dont 1,3 pour les vols intérieurs) ; le transport routier, avec le remboursement partiel de la taxe intérieure sur l’énergie (300 millions d’euros) ou encore les agrocarburants (196 millions d’euros).
« Aujourd’hui en France, on subventionne trois fois plus le problème climatique que sa solution », s’insurgent la Fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l’homme (FNH) et le Réseau action climat (RAC-F), dans un courrier adressé au président de la République et aux parlementaires. Soutenues par de nombreuses associations et personnalités, les deux organisations appellent à la fin des « subventions à la pollution ».
Elles plaident également pour la mise en place d’une véritable fiscalité écologique. Avec, par exemple, l’écotaxe poids lourds, ou encore l’indemnisation kilométrique vélo, qui existe en Belgique. Le gouvernement, qui prépare actuellement le budget 2013, ferait bien de piocher des idées dans cet appel. Les ministres et élus de la majorité présidentielle peuvent aussi jeter un œil à un rapport du Sénat sur les prélèvements obligatoires et leur évolution. Publié en octobre 2011, et dirigé par une certaine Nicole Bricq, ce rapport titrait un de ses chapitres : « Incohérence, le rendez-vous manqué de la fiscalité écologique ». Subira-t-il la même « promotion » que l’ancienne ministre de l’Écologie ?
Nolwenn Weiler